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Le dernier seigneur des Balkans ; affrontements, nationalismes et mythe du bandit

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Necati Cumali (1921-2000), lui-même descendant de sujets ottomans des Balkans rapatriés en Turquie par l’échange de populations de 1923, est connu comme un spécialiste de la Roumélie (la partie européenne de l’Empire ottoman) : poète, romancier essayiste et réalisateur de documentaires.

le dernier seigneur des balkansNecati Cumali nous livre ici un roman sous forme d’épopée du dernier seigneur féodal turc de Macédoine, Zülfikâr Bey, héros qui traverse et illumine de sa bravoure, sa prodigalité et son hédonisme, les Guerres des Balkans (1908-1911) et la Première guerre mondiale, jusqu’au seuil de la capitulation ottomane, sans faille et sans tache – selon les critères de l’époque et de cette aire géographique, qui font certes fi de l’égalité des genres et du respect de la loi avec les scrupules d’un comptable helvète !

Le cadre est donc la Macédoine, région qui depuis est divisée entre le pays du même nom (sous influence serbe et fortes pressions politico-militaires des Albanais – cf. des affrontements armés datant d’il y a quelques semaines seulement), la Grèce et la Bulgarie qui ne le reconnaissent pas (même au prix de certaines entorses au Traité de Schengen…).

On y découvre, selon une perspective turque qui est désormais rare à entendre, les rapports inter-ethniques et inter-religieux entre ces mêmes multiples communautés qui se trouvent là et s’affrontent encore cent ans plus tard, avec quelques différences dans leur importance numérique (exeunt les Turcs, intrant les Albanais du Kosovo, surtout à partir de 1990-91…), avant et durant les guerres issues des mouvements nationalistes du XIXe siècle.

On voit aussi comment ce nationalisme a pénétré dans cette région, de la pire façon possible dira L’Histoire, et de quelle manière les ingérences étrangères, notamment française, sont perçues un peu malgré elles.
D’un point de vue littéraire, on ne peut ignorer la parenté du héros avec le mythe du bandit en cavale dans les montagnes, les gendarmes à ses trousses et la population de son côté, qui ressemble beaucoup à Memèd le Mince de Yachar Kemal. Mais du point de vue stylistique, Cumali a subi beaucoup plus les influences de Sabahattin Ali que de l’aède kurde.

Pour tous ceux à qui les Balkans paraissent un nid de guêpes inextricable, ça peut être le début d’une explication…

Apoapo

Le dernier seigneur des Balkans a donné lieu à une mini série télévisée :

Carte de la région où se situe l’histoire du dernier seigneur des Balkans

carte région des lacs de Macédoine




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