ALLEMAGNE

Le poisson mouillé de Volker Kutscher ; le Berlin des Années Folles (Polar, Litterature allemande)

Par Katell Bouali, le Juil 2, 2014 - Culture allemande, Littérature allemande, nazisme, Roman, roman polar
Le poisson mouillé est un roman de  Volker Kutscher (Litterature allemande). Ce polar plonge le lecteur dans le Berlin de la fin des Années Folles ; une période de forte effervescence sociale et politique.

Roman Polar – Litterature allemande

Le poisson mouillé de Volker Kutscher ; le Berlin des Années Folles (Polar, Litterature allemande) 1
Le poisson mouillé de Volker Kutscher

Berlin, 1929: entre l’effervescence de la construction et l’ébullition sociale et politique, la République de Weimar tremble sous les émeutes communistes et les coups de mains des chemises brunes, les SA. Berlin, ville cosmopolite où les réfugiés russes hantent les boîtes de nuits et les coins d’ombre, ville où les plaisirs illicites attirent les nantis des quartiers ouest, histoire de s’offrir quelques frissons en côtoyant les malfrats et les professionnelles. Berlin où la police tente de lutter contre le crime, Berlin désireuse de concurrencer New York, Berlin à la pointe du progrès et des explorations artistiques; Berlin ville de tous les possibles même les plus sordides, ville phare d’une Mittel Europa qui lentement se dessine dans le paysage européen de l’entre deux guerre, ville où, en l’espace de quelques mois, les “poissons mouillés”, ces affaires criminelles classées sans suite, deviennent un peu trop nombreux.


 


Un corps est retrouvé dans une voiture au fond d’un canal: l’homme, non identifié, a été torturé et mutilé. A priori personne ne semble le reconnaître, sauf Gereon Rath, jeune commissaire, de l’inspection E (les Moeurs), originaire de Cologne muté à Berlin en raison d’une affaire embarrassante, qui l’a croisé quelques jours auparavant chez sa logeuse: en effet, cet homme, venait, tapageusement, voir le précédent locataire, un russe. Commence alors, pour Rath, une enquête longue et délicate au cours de laquelle sa carrière se jouera de nombreuses fois. Très vite, il comprend que la police est infiltrée par les anciens de 14/18 qui barbotent des armes à l’armurerie, qui entretiennent des relations dangereuses avec des russes tsaristes, et qu’autour du cadavre du canal se greffent moults intérêts divergents, intérêts portés sur le mythique or d’une famille russe, l’or des Sorokine. Rath mettra tout en oeuvre pour élucider le meurtre, comprendre le pourquoi et le comment, car loin de se plaire aux Moeurs, il ne rêve qu’à une seule chose, revenir aux affaires criminelles et faire oublier la bavure de Cologne.

“Le poisson mouillé” est le premier volet des enquêtes du commissaire Gereon Rath et je dois avouer que j’ai été agréablement surprise par la qualité du récit, le déroulement de l’enquête et surtout l’ambiance berlinoise de cette fin des années folles. Volker Kutscher croque avec justesse le monde interlope des nuits de la capitale prussienne, il embarque son lecteur dans une quête difficile d’une vérité, ou plutôt de vérités qui ne seront pas toujours très agréables à dire: les groupuscules paramilitaires encadrés par les nostalgiques de l’Empire et ceux qui n’ont pas accepté les conditions draconiennes de l’Armistice de 1918, les groupes révolutionnaires communistes prônant une véritable révolution du peuple conspuant, comme leurs antagonistes SA, la République de Weimar qui se perd à vouloir mettre de l’ordre dans le chaos des aspirations allemandes. Les prémices d’un coups d’état sont en place (dans 4 ans, Hitler arrivera au pouvoir sans que lui soit opposée une grande résistance, avec une armée de l’ombre qui s’est lentement constituée sous la houlette d’anciens soldats de l’Empire) : stigmatisation de la mollesse socialiste ou du nombre de juifs dans les couloirs du pouvoir, rancoeur due à la défaite ou difficultés économiques des classes populaires. Au fil de l’enquête qui se déroule d’avril à juin 1929, la tension due à la montée en puissance du National Socialisme (à un moment, Rath appelle “nazis” les membres des SA), donnant à Berlin une atmosphère de fin d’époque et le lecteur pressent que plus rien ne sera comme avant.

Roman traduit de l’allemand par Magali Girault

 318 Visites au total,  2 aujourd'hui

Katell Bouali

Il était une fois une passion des mots, de tous les mots, ces petites lettres qui, ordonnées au gré de l'inspiration, ont formé une des plus belles inventions de l'Humanité: l'Ecriture. Il était une fois un amour des chats, une fascination pour ce petit animal domestique tout en charmes et mystères. Il était une fois une inclination pour le thé, breuvage de délicates feuilles venues des montagnes d'Asie, un breuvage qui se déguste dans la sérénité d'un moment privilégié. Il était une fois une envie de faire partager et de coucher sur un cyber-espace lectures, écrits, clins d'oeil et réactions.....Chatperlipopette!!! ____________________________________________________________________________________________________________________ http://chatperlipopette.blogspot.com/

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre commentaire sera révisé par les administrateurs si besoin.