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Les loups de Voïvodine de Miroslav Popovic (Littérature serbe)

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Popovic dresse une grande fresque sociale d’une petite ville de Voïvodine où cohabitent, avant la deuxième guerre mondiale, Souabes, Serbes et Juifs dans une relative harmonie que la guerre va brutalement bouleverser, renvoyant chacun vers sa communauté sans souci des amitiés et alliances passées. Une page d”histoire de cette région de Serbie méconnue.

Les loups de VoivodineEn recherchant un livre de Danko Popovic, je suis tombé sur ce roman de son homonyme Miroslav qui a retenu mon attention car il évoque une région dont on parle rarement dans la littérature, la Voïvodine, contrairement à la Croatie, la Bosnie, la Serbie, le Kosovo, etc … qui ont servi de cadre à de nombreux ouvrages.

Dans son roman Popovic raconte l’histoire d’une petite ville de Voïvodine qui pourrait se concentrer dans l’entreprise où Frans, un Souabe, Serbe d’origine allemande, et son apprenti David, un vrai Serbe, accueillent Zurajica, qui pourrait être d’origine croate, comme le nouveau gardien des locaux de l’entreprise Albrechts, un Juif, pour lequel ils travaillent. Cette communauté multiethnique vit une vie plutôt médiocre, suite à la crise des années trente, mais relativement paisible, sans heurt particulier, quand survient la guerre qui les surprend dans la torpeur de cette vie sans relief et sans grand intérêt.

Dès le début de la guerre, les anciennes fractures ethniques se redessinent et modifient considérablement le paysage social. Les amitiés et les inimitiés se nouent désormais en fonction de l’appartenance à une ethnie et chacun se replie sur sa famille et sa nation d’origine pour se protéger et surtout éviter de se commettre avec les membres de l’un des autres clans. Les Souabes, les Folksdeutsche, retournent à leurs origines et soutiennent activement l’envahisseur allemand, alors que les Serbes raidissent leur position vis-à-vis de cette invasion et que les Juifs s’interrogent et glosent quant à leur avenir. Bizarrement Popovic n’évoque pas les Tziganes qui ont cependant payé un lourd tribut à cette occupation, ni les Islamiques qui ne semblent pas être très nombreux dans cette contrée des Balkans.

Le récit est largement encombré par de nombreuses digressions rapportant la vie des principaux acteurs de ce drame social et ethnique et stigmatise les différents comportements que l’on rencontre habituellement à l’arrière de toutes les guerres : la trahison, l’abus de pouvoir, la violence gratuite, la corruption, le vol, la spoliation, etc… Le vainqueur écrase les vaincus et abuse largement de sa force, les vaincus ploient et souffrent et les plus malheureux, en l’occurrence les Juifs, paieront très chèrement le prix de ce conflit

A travers cette fresque sociale, Popovic pose ouvertement le problème de la responsabilité du génocide et plus particulièrement de la part qu’il faut accorder à ceux qui pourraient être les loups de Voïvodine, les Folksdeutsche, qui ne se sentent peut-être pas responsables de vivre à cette époque. Toutefois, « on peut toujours remplacer les gens. Mais l’époque n’a ni mains ni jambes pour faire des choses qui ne se font pas… »

C’est aussi toute la question balkanique qui se trouve une nouvelle fois posée dans ce roman, sauf que les Musulmans ne sont cette fois pas concernés, et on retrouve toutes les démonstrations construites par Andric, Draskovitch, Jergovic, et bien d‘autres… sur ces peuples qui peuvent vivre en bonne entente et se déchirer et se massacrer à la première occasion mettant ainsi en lumière toute la fragilité de l’humanité qui comprend le pire et le meilleur, celui qui assassine gratuitement et celui qui va au bout de son idéal. Si on peut retirer la vie on ne peut pas tuer la dignité de celui qui accepte le sacrifice pour la justice et le respect des hommes. Et, dans ce livre, plein de haine, de violence et de misère, il y a tout de même un rayon de soleil, un juste au sens où Marek Halter l’entend.

Avec ce roman trop lourd, un peu laborieux, Popovic propose une image réaliste, dénuée de passion et d’émotion, une explication didactique, un témoignage impartial qui manque toutefois de souffle, d’émotion, d’indignation et d’humeur. Mais, c’est certainement un parti pris une image qu’il faut accepter et admettre car cela c’est passé comme ça !

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A propos de l'auteur

Retraité depuis juin 2007, je suis un dirigeant sportif très impliqué mais surtout un passionné des littératures du monde. "La littérature pour passion, le sport pour engagement" De formation historienne, maîtrise, que je n'ai jamais utilisée dans mon job que j'ai exercé pendant plus de 33 ans dans une institution qui se préoccupe de l'économie et de la vie des entreprises.

Un commentaire

  1. La Voïvodine est une région passionnante et qui est source de tensions… D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que traditionnellement, Novi Sad, sa capitale est aussi l’un des fers de lance du nationalisme, ce qu’on a pu observer lors des dernières élections …

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