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New-York, une ville comme les autres ???

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L’eau monte inexorablement sur la ville. Irène n’en finit pas d’arriver. Pourquoi toute cette attention sur New-York ? New-York n’est pas le centre du monde quand même ! On dirait pourtant que si. Parce que New-York c’est « le monde ».

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Je suis venue ici pour rencontrer Agga, un moine birman, j’ai sympathisé avec Chon, un coréen, je tchatche avec Jean-Claude, réceptionniste congolais, je rigole avec une vendeuse portoricaine, c’est une philippino qui me sert mon café, un chinois qui me vend mon parapluie, un mexicain qui nettoie le trottoir, ma voisine de bar est japonaise, le cuistot est anglais, le chauffeur de taxi indien du Pendjab, la femme de ménage qui a fait tomber DSK était guinéenne. Une ville cosmopolite qui n’est pas tout à fait l’Amérique mais plutôt une sorte de capitale mondiale.

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Je prends mon petit dej. Au bar de l’hotel, plus sympa que le restaurant sous la verrière. Je suppose qu’elle résistera aux assauts de la pluie et du vent, qu’elle est bien waterproof, mais on n’y est pas à l’abri du crépitement des gouttes qui frappent.

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Pourquoi je ne suis pas allée au « Sunak » coréen ce matin puisque c’est ouvert jour et nuit ? La pluie sans doute, mais en courant il faut moins d’une minute pour s’y rendre, donc ce n’est pas vraiment ça….Trois jours de suite on s’est parlé le coréen et moi… Lui avec son air sévère qui ne sourit pas, avec son regard attentif en permanence sur le personnel mexicain et le jeune coréen qui tient la caisse. Moi, la voyageuse décontractée même lorsqu’elle pète de trouille… ma désinvolture, mon œil intéressé par tout ce qui est « different »… Conversations banales, sur le coin d’un tabouret et d’une table face à la rue qui s’éveille. A chaque fois il est entre 5 h.30 et 7 heures du matin. Chon m’empêche d’écrire mais je ne vais pas laisser passer une occasion de comprendre quelque chose à cette ville particulière, vue à travers le regard de cet homme concentré, posé, scrutateur.

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Hier, troisième jour, Chon me demande d’entrée de jeu : « Vous voyagez seule ? (question d’asiatique, même s’il est américain depuis 13 ans). J’explique : mon choix, petit ami thaïlandais etc… et le coréen glisse vers les confidences : « J’ai tourné le dos à la Corée il y a 13 ans. Suis divorcé depuis 13 ans. Tourné le dos à ma vie passée. A mon ex-femme. Tourné le dos aux femmes. Ici je travaille, je dors, je travaille, je dors…c’est New-York. La ville la plus froide du monde. Impossible de se créer de vraies relations ici. D’ailleurs je n’ai pas eu une seule relation avec une femme depuis 13 ans. Les femmes, c’est fini, j’ai donné »

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Bon, j’ai le chic pour susciter les confidences. Si je suis bavarde, je suis aussi bonne « écouteuse »… et puis je ne le vois pas venir… ça glisse vers…. « Vous êtes seule pendant ces heures d’attente et d’angoisse durant le cyclone. J’arrête mon travail à 13 h et ne reprend qu’à 7 heures du soir. Je ne peux pas rentrer chez moi… plus de transport. Vous n’avez rien de spécial à faire non plus ? On pourrait rester ensemble l’après-midi » et…le plus touchant : « Nous sommes des êtres humains après tout, ce serait mieux d’être à deux ». Je lui ai dit au revoir. Il m’a dit « à tout à l’heure, midi ». J’ai répondu par un sourire. What else ? (dirait Clooney)

Je ne suis pas retournée à « Sunak »… Alors petit-déj à l’Holiday Inn, dans le bar à la joyeuse ambiance, quoiqu’un peu électrique : deux serveuses de nationalités  différentes ont failli se crêper le chignon devant quelques clients médusés. La pluie tombe depuis 10 heures, la mer monte, un coréen est sûrement triste, je suis désolée… c’est New-York après tout ! Une ville pas comme les autres.

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                                          26e rue il y a une heure (9 heures du matin heure locale)

Du bleu au safran à New York

La ville est devenue bleue après les assauts du typhon Irène. Un bleu profond, presque excessif. Une  vapeur semble s’échapper des gratte-ciels. Décalage entre leur froideur sévère et lisse,  leur fierté provocante comme des lames tranchant les profondeurs vaporeuses du ciel lavé par le typhon au non féminin. « Irène moins terrible que ce que l’on imaginait mais qui laisse des blessures derrière elle » annonce les vendeurs des journaux noirs dans les rues de Manhattan. Armageddon ce n’est pas encore  pour cette fois.

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Ce qui est angoissant à New-York ce n’est pas la foule ou la masse des new-yorkais en mouvement perpétuel, de jour comme de nuit, ni la hauteur impressionnante de ses buildings qui vous rabaisse au rang de nain, bien au contraire, c’est le vide qui vous embarrasse, vous met mal à l’aise au point de provoquer un oppression quasi insupportable. New-York privée du grouillement de sa population vous étouffe de  son vide, vous étreint de son néant et ce n’est plus New-York. Le typhon pendant deux jours a siphonnée la vie d’une ville qui avait la prétention de ne jamais dormir. Vrai pour les « Deli » ouverts 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Pour les métros qui fonctionnent sans interruption. Pour la bouffe offerte à tous les coins de rue et à toute heure. Des laveries qui tournent nuit et jour.

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 Une ville toujours prête à produire, prête à rire dans ses bars ouverts et assourdissants où il faut  crier pour se faire entendre. Cette ville où tout est trop grand. Regarder les pieds des mecs dans le métro m’a fait frémir. Le 43 me semblait taillée pour des géants européens, ici le 49 n’est qu’une moyenne banale. Ce gigantisme n’a pas que du mauvais. Vivant une partie de l’année à Chiang Mai et m’habillant en XL thaïlandais, j’ai ici rétrogradé au « Small » tendance « Xsmall ».

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La vie a enfin repris après deux jours de confinement forcé. Comme avant, comme si rien ne s’était passé. Une vie plutôt bien huilée. On se repère facilement à New-York avec la numérotation des rues et des avenues. Une circulation avec feux rouges à chacun des croisements. Les files sages aux caisses. Pas de bousculades. Bonjour, merci, au revoir.  « How are you » ?  Questions qui n’attendent surtout pas de réponse. Personne ne vous écouterait si vous vous mettiez à raconter vos malheurs, les comptes rendus de votre dernière mammographie ou l’évolution de votre rhume attrapé lors de votre dernier week-end à long Island.

Dans le métro, sur la ligne qui descend de Manhattan jusqu’au sud de Brooklyn, je comprends d’un coup pourquoi il y a quelques jours, on demandait  à mon ami Agga – jeune moine birman – où il avait acheté son « déguisement ». Lui avec sa robe orange de bouddhiste, son épaule nue et ses tongs aux pieds, semble vraiment porter un déguisement, comme celui des noirs aux accoutrements les plus farfelus, les plus époustouflants, à la limite de l’effrayant. La silhouette fluette d’Agga se promène à l’aise et indifférente au milieu de la masse d’obèses dont je n’imaginais pas à quelle point elle était effrayante par son nombre et sa monstruosité rarement vue en France.

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Je rencontre U Pyinya Zawta le directeur de « All Burma Monk’s Alliance »  au Metta Parami Monastry du sud Brooklyn. On parle de la Birmanie et de la comédie d’ouverture jouée par le gouvernement nouvellement élue. 40 des moines qui ont participé à la marche pacifique pour la démocratie à Rangoon en 2007, se sont retrouvés aux Etats-Unis dont 7 seulement ont pu garder leur statut de moine. Agga, Pyinya et Gawsita ont donné des conférences dans les plus prestigieuses universités américaines : Harvard, Columbia. Actuellement, il y aurait environ 450 moines dans les prisons de Rangoon. D’autres se cachent toujours sous des vêtements civils, quelques-uns ont eu la chance de s’échapper et vivent aux Etats-Unis.

« Tu es venu me voir ici à New-York c’est une première étape, maintenant je serais très touché si tu pouvais accomplir une deuxième étape : celle d’aller voir ma mère dans un village près de Pagan en Birmanie. Depuis 2007 je n’ai jamais pu l’entendre au téléphone directement. Je dois passer par des intermédiaires. Je ne peux pas lui écrire non plus, il n’y a pas de distribution de courrier dans les villages. Et si tu vas la voir montre lui toutes mes photos et dis-lui que je vais bien. Mais fais-attention ne dis mon nom à personne, ce serait trop dangereux pour elle.

New-York est bleue, et dans un tout petit endroit perdu au fond de Brooklyn, elle a aussi un peu de couleur safran.

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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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