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Tourisme Ukraine : Odyssée à Odessa

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odessa ukraineEt si nous partions pour un voyage en Ukraine et notammentune odyssée jusqu’à Odessa (Одеса), ville portuaire majeure en Ukraine située sur les rives de la Mer Noire…?

Les clochers hanséatiques, les longues rues bordées d’édifices art nouveau de Riga , et la tour de l’hôtel Latvia d’où le voyageur peut, tout en fumant un cigare, contempler une des plus belles vues de la Baltique sont derrière nous depuis près de trois heures lorsque nous approchons de notre but. Tous les charmes de notre escale sur le chemin d’Odessa étaient désormais oubliés quant l’avion reliant mer baltique et mer noire atterrit enfin dans la ville au nom choisi par Catherine 2 pour sa résonance grecque et donc byzantine ( Thalassa : la mer).

Odessa , sœur méridionale de Saint Petersbourg est une ville sortie du néant pour célébrer la victoire de la grandeur russe sur un territoire auparavant ottoman et pour permettre à l’Autocrate Catherine de s’élever au niveau glorieux de Pierre Le grand. Confiant à Grigori Potemkine, l’un de ses nombreux amants, cette tâche d’ édification, Catherine , phare des Lumières russes , voulait ainsi marquer par un grand port l’accomplissement d’une tâche stratégique et économique que se donnaient les tsars depuis quelques siècles : se rapprocher de la méditerranée en créant une façade maritime en mer Noire.

Odessa, où Trotski fit ses premiers pas d’intellectuel révolutionnaire, Odessa, où Isaac Babel a campé quelques uns des plus truculents personnages de la littérature russe , Odessa où a été immortalisée la fusillade du cuirassé Potemkine par Eisenstein, Odessa, la seule ville de l’empire russe où se soient jamais rencontrés l’ardeur brûlante du soleil, l’infini de la mer , et l’ étendue de la steppe, Odessa s’offre à nous comme porte de l’Ukraine.

Les formalités accomplies à l’aéroport , munis de notre carte d’immigration sponsorisée par un casino local nous décidons de prendre un taxi. La généreuse intervention d’ukrainiens nous évitera de recourir aux plus douteux.
Nous nous enfonçons perdus dans la nuit odessienne en compagnie d’un taxi municipal averti au téléphone par notre ange gardien de l’aéroport, pour un involontaire raid à travers Odessa la sombre à la recherche de notre logeur. Les règles de la sécurité routière sont ici de lointaines considérations occidentales et dirigés au téléphone portable par son centre d’appels, notre chauffeur tente difficilement de nous déposer au lieu recherché qui semble inaccessible.

Le voisinage amical d’une pastèque affectueusement glissée du coffre sur le siège arrière et emmitouflée dans un drap confère à la scène que nous vivons une allure inhabituelle. Arrivés devant la porte close d’une tour soviétique qu’une ressemble en rien à un logement pour voyageurs, nous finirons par renoncer. Après quelques palabres en Russe , la seule langue parlée à Odessa, nous demanderons de l’aide au chauffeur pour nous tirer de ce que nous craignons être une éventuelle escroquerie.
En désespoir de cause nous trouvons refuge dans un grand hôtel de la ville guidés par ce dernier, fourbus mais soulagés .

La serviabilité des ukrainiens nous a déjà séduits, mais les nuits à la belle étoile ne sont pas à notre programme.

La recherche de notre logeur va nous mobiliser le lendemain , ayant appris à manipuler les subtilités d’une communication téléphonique en Ukraine, Nous le contactons enfin.
Abdu , un emirati marié à une ukrainienne loue un appartement aux visiteurs de passage. Il nous a donné rendez-vous à la porte de l’ inquiétant immeuble de la veille.
Puis il nous emmène en centre ville vers notre lieu de villégiature, près de la mer et du centre.

Le garçon se révèle aussi enjoué que l’immeuble est décrépi. Les boîtes aux lettres transformées en mur de rouille et la vielle porte soviétique de métal rouge sont notre introduction dans un grand immeuble aux larges couloirs parquetés, l’odeur de vieux bois se mêlant à une humidité vaporeuse et une chaleur étouffante.
Notre premier contact avec un autre voyageur sera l’une des rencontres les plus étranges de notre périple.
Un homme à la barbiche blanche surnommé »sexy john » se trouve en short dans la pièce dédiée internet à genoux devant un réchaud .

Son allure de vieux Beatnik nous laisse penser qu’il s’agit d’un américain, en effet John a bourlingué à travers les USA , il a croisé des personnages comme Lawrence ferlinghetti , le poète Beat devenu libraire à New York.
L’abus des substances les plus diverses en a fait un aventurier usé ,dans ses yeux se luit la lueur de ceux qui ont perçu des territoires inexplorés du commun des mortels. Nous le laissons à ses rêveries sulfureuses et chimiques.

Enfin, notre chambre dotée d’une salle de bains sans lavabo et d’un miroir juché sur une chaudière rouillée nous semble un palais après tant d’efforts. Abdu est un sympathique marchand de sommeil et rien ne nous rebute plus.

Les longues rues quadrillent Odessa , bordées de leurs murs pastel. Le rose , le vert , le bleu se côtoient donnant l’air de tendres pâtisseries aux lignes parallélépipédiques. On trouve ces tonalités rencontrées à Stockholm ou Helsinki où la pâleur des couleurs est équilibrée de leur diversité pour créer une sorte d’aimable aquarelle urbaine.
Deribasovskaia ulitsa, la rue principale se fait festive au rythme des pas des devouchki aux jambes interminables, de la musique de bastringue ans que de Jo Dassin très en vogue. Il règne ici le soir une certaine excitation bon enfant digne d’une ville maritime de la côte atlantique. Odessa, ville de la pègre, ne nous aura jamais semblé dangereuse.

Une plaque indique la maison où vécut Isaac Babel, l’auteur des « Récits d’Odessa » le long d’une rue adjacente.

. A mesure que l’on traverse des parcs , des jardins voisinant avec des édifices neo-classiques du siècle des lumières russe, le cachet d’Odessa se découvre, mélange de fronde et de classicisme à l’ombre d’une statue de Pouchkine, exilé involontaire en ces lieux.

C’est à présent l’escalier Potemkine que nous descendons. La perspective gâchée par l’imposante tour de l’ultramoderne hôtel Odesssa s’apprécie davantage à la base, quand l’escalier semble devoir vous submerger à la manière d’une vague de pierre s’ abattant sur le récif.

Les images du landau tombant dans le film d’ Eisenstein »Le Cuirassé Potemkine » ne peuvent pas échapper à notre esprit , on se demande où le génial Serguei a posé ses caméras et on ferme les yeux en imaginant fusillades et baïonnettes.

Le port grouillant d’activités industrielles nous rappelle qu’ Odessa fut le centre par lequel l’Ukraine envoyait au monde le blé des champs proches du Dniepr lors du 19 eme siècle ainsi que les richesses énergétiques de la Russie Une ville construite par les marginaux venus de partout , évadés , criminels, apostats en quête d’une nouvelle virginité, une ville légendaire où les talmudistes les plus subtils argumentaient à n’en plus finir au pied des synagogues .

Odessa fut alors la ville de tous les possibles , de tous les complots, brassant peuples et langues.

A ce point le plus au sud de l’empire avec la Crimée , nous découvrons une ville slave sœur de Marseille, Lisbonne ou Amsterdam, un port duquel de lourds navires à la coque ventrue partent vers le Bosphore pour franchir le détroit d’Istanbul. C’est ici déjà un peu l’Orient , les vendeurs de pastèques caucasiens et leurs étals installés au coin des longues avenues bordées d’arbres protecteurs renforcent ce sentiment d’une autre durée.
Bergson aurait aimé ODESSA.

Les bleus turquoise mêlés d’or des églises orthodoxes dont les bulbes se détachent dans le ciel comme en lévitation vers les nuages nous poussent irrésistiblement au recueillement et lorsque nous assistons à une messe orthodoxe où les chants résonnent au milieu des icônes embrassées avec ferveur, de l’or et de l’argent plaqués en feuille sertissant CES splendides images propices à la dévotion. L’ émotion gagne. Ici chacun sort ,rentre prie,fume dehors , le pauvre , le moins pauvre, la jeune élégante comme la babouchka.
La ferveur n’exclue pas une certaine accessibilité de cette foi orthodoxe millénaire qui semble mêler le sacré le plus profond et le profane le plus terrestre d’un même élan.

C’est Byzance qui semble renaître sous nos yeux dans une simple église et l’on se réjouit rétrospectivement de la défaite des iconoclastes.
Le dôme argenté de la gare, cathédrale laïque de la vitesse et du progrès, semble répondre par sa propreté de marbre aux bulbes environnant.

La découverte est plaisante alors que la ville est soudain privée d’électricité.
Une tempête a eu raison du réseau à proximité de la Frontière moldave, de fortes inondations ont contraint les populations de cette région à se déplacer.
Le soir approche et la perspective de l’obscurité généralisée gagne, finalement les groupes électrogènes ont pu faire tenir les restaurants de la ville et après 12 heures d’interruption tout est rétabli.

La plage d’ Arcadia située à 10 kilomètres, objectif de notre dernière nuit nous donne l’impression d’un grand Luna Park avec ces boites kitsch en forme de Galion., C’est un mini Vegas ukrainien qu’il a fallu rejoindre en marchroutka, l’un de ces petits bus locaux dont l’itinéraire et la périodicité demeurent des mystères au non-initié qui se contente donc de les héler au passage sans trop savoir où il atterrira.

Cette promenade est la seule fois de notre séjour où nous rencontrerons les forces de l’ordre, mais deux contrôles en cinq minutes dont l’un assorti d’une demande de cadeau nous pousseront à ne pas traîner en ces lieux.
Cet épisode ne doit pas faire oublier les progrès considérables de l’Ukraine en la matière.
Ancienne troisième pays le plus corrompu de la planète , il a désormais quitté ces eaux troubles se rapprochent des standards occidentaux et la demande ne sera ni insistante ni menaçante.

Le bienheureux manque d’habitude des français pour ce genre de phénomène nous pousse à marcher tout en accostant les voitures qui passent. Ici tout le monde s’improvise taxi, et il vaut mieux utiliser un de ces amateurs aux tarifs mesurés. La voiture qui nous emmène n’a certes pas des freins bien solides et son chauffeur , une tendance surprenante à accélérer dans les virages ainsi qu’ à frôler les murs ,mais nous arriverons à bon port.

Notre départ vers Kiev s’approche et après une journée à profiter des plages qu’utilisaient auparavant les heureux privilégiés du régime soviétique en dégustant en soirée un bortch vert accompagné d’un chachlick géorgien arrosé de vins ukrainiens , moldaves et géorgiens. Un dernier trajet en marchroutka nous mène vers la gare où le train en direction de Moscou nous attend.

Le voyage de nuit dans les trains de l’ère Brejnev s’annonce inoubliable. Le grincement des essieux inaugure le début de la nuit.



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