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Paris Plage

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Vacances à Paris : rues désertes, avenues silencieuses, boulangeries closes, vieilles dames recluses en alerte canicule… Vous aviez fait le choix de rester sans rivages, une croix sur le croissant des lagons. Raté. La plage, vous y avez eu droit, de gré ou de force. Pour la troisième édition, comme nous l’a susurré notre nouvel et très chaud euh… non, je voulais dire très « chaleureux » Harry R, les palmiers ont poussé en quelques nuits sur les quais de la Seine, jaillis d’un haricot magique.

Alloha ! Du pont Henri IV aux Tuileries, les transats, les brumisations, les terrains de volley, les cocotiers, ont vu déambuler des cadres sup’ beachy –bitchy ?- boys, des ménagères itsy-bitsy bikinis, et des bambins juste ravis. Certains s’indignent : « et pourquoi pas la mer à la montagne, la montagne à la ville, la ville en campagne ? Et combien ça coûte, et ne faudrait-il pas mieux restaurer des monuments avec cet argent, ouvrir des crèches, envoyer de VRAIS enfants en VRAIES vacances… et patati et patata » et pendant ce temps-là le Parisien étouffe, le Parisien hante la moindre terrasse, frémit au plus menu glouglou de fontaine, « s’extasy » sous la plus mince encoche d’ombre. Il se mettrait bien du vent dans les voiles, le Parisien, prêt à gober tout et n’importe quoi. Flibusterie des vieilles campagnes chiraquiennes promettant des plongeons dans le fleuve ou maquillage flagorneur d’un quai de seine delanoïsé façon Club Miko : même combat. Toujours en eaux troubles, le Parisien…

Pour compléter l’ambiance G.O, les frimas printaniers nous ont laissé les villages de tentes SDF, poussés en grappe sous l’œil de l’habitant concerné : « Ils ont bien fait Médecins du Monde, je trouve que cela nous fait prendre conscience de la situation, ça interpelle le passant, ça indexe le problème… By the way, c’est pas mal cette quetchua 2 secondes, on avait la même pour le trek au Maroc… ». Constatant toutefois à son retour de la plage – la vraie cette fois- que ces « personnes en difficultés » ne sont pas « descendues » avec la cueillette des cerises et le festival d’Avignon, le Parisien s’impatiente. Comment ça ? Nos gentils pauvres n’ont toujours pas plié leurs gaules ? Généreux le Parisien, partageur sur le papier, mais moins sur le palier… Plus loin, sous les ponts, juste après les drapeaux proprets de Paris-Plage, d’autres dorment entre les poutrelles d’acier et les pans de cartons, flashés par le ballet des bateaux-mouches, leur spleen halluciné suspendu au-dessus des reflets bleus de la Seine…  3 millions de  visiteurs : « un succès, on vous dit », sourit l’attachée de presse…

L’Anachroniqueuse

[Lire la 1ére édition le 04 septembre 2006]



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