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Dialectes occitans : le gascon

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Quel gascon parlez-vous ? Moi aucun. En dehors d’Adishatz je ne sais rien dire d’autre en gascon. Je ne suis pas née ici, je n’ai pas baigné dans les effluves du langage local, et je dois avouer que c’est assez amusant d’avoir une oreille extérieure. Le Gascon est considéré comme étant l’une des multiples formes de l’Occitan. L’Occitan étant la langue de l’Occitanie, la langue d’Oc. Mais l’Occitanie, c’est grand, très grand. Elle englobe  une bien grosse partie du sud de la France, de manière assez irrégulière. Et cet Occitan comporte de très nombreuses variantes  dont le Gascon. Le Gascon qui lui-même comporte de nombreuses variantes. Le gascon est assez proche du languedocien (et ressemble parfois à l’espagnol), mais ces proximités linguistiques sont logiques car toutes les variantes de l’Occitan sont pour leur grande majorité lexicale, dérivées du latin. Bon, vous m’suivez ?

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Certains parlent de dialectes, de sous-dialectes, de patois. S’il y a une langue mère, il me semble que chacune de ces variantes a ses particularités, ses règles syntaxiques, ses divergences de vocabulaire et je m’accorde à leur donner le statut de « langue », sinon il serait facile de classer le français, l’espagnol ou encore l’Italien comme des dialectes du Latin (même si ce n’est actuellement plus une langue vivante ). Pour moi, ces langues sont l’évolution d’une langue à un moment donné, à un endroit donné, pour des raisons qu’on a du mal à identifier et qui comme au titre des Langues comme le Français ont été l’objet d’une évolution qui les a rendues chacune unique malgré les ressemblances.

J’ai déjà remarqué très souvent, en écoutant les gens du coin parler, quelques formes syntaxiques qui m’ont surprise et m’ont rappelé les cours de linguistique  à la fac, quand j’analysais les diverses manières de parler à l’oral, un oral qui est fondamentalement différent de l’écrit. Bref, en prêtant attention au langage des gascons, je me suis étonnée d’entendre des expressions du type

« Tu m’appelles à moi ? » avec un pléonasme évident puisque le pronom réfléchi est répété à la fin. Il existe en occitan des tournures de phrase où le pronom réfléchi se trouve à la fin de la phrase d’après ce que j’ai pu lire sur le net. Cette forme peut donc s’expliquer par un mélange de gascon et de français courant !

« Ca fait puisheu ! » avec un mot que je ne connaissais pas. L’expression signifie « Ca fait désordre /C’est embarrassant ». Puisheu signifie « Embarras » et peut s’écrire également « poishiu ». Et moi ça me fait penser au classique « Peuchèèèreeee ! » provençal qu’on dit plutôt à l’Est de L’Occitanie et qui exprime la désolation ou l’étonnement face à une situation embarrassante même si je ne pense pas qu’il y ait un lien étymologie, il faudra que j’approfondisse les recherches.

« Donne-me-le ! » avec encore une fois une syntaxe différente du français courant : le pronom réfléchi devrait fermer la phrase et être « Moi ». Encore une fois, il existe des formes syntaxiques en Occitan qui réduisent le pronom personnel à juste sa première lettre. En italien on dira « Damme lo » me semble-il, et comme j’ai très peu de souvenir du latin, je dirai que mes suppositions ne doivent surtout pas être prises au sérieux. Il n’en reste pas moins que, durant ma première année de troisième année de licence de lettres (oui j’ai fait deux troisièmes années pour être encore plus perfomante ! ), j’avais entendu parler de ce « Donne me le » très courant dans le Sud Ouest justement dans le cour de linguistique consacré à la syntaxe orale (qui m’avait beaucoup plu d’ailleurs, mais avec le temps j’ai un peu tout oublié !).

« Je suis espanté » qui signifie « je suis épaté, étonné» est une expression que j’entends très souvent dans tout le sud de la France d’ailleurs. L’ « Espantar » espagnol signifie lui « Terrifier, effrayer » comme s’il y avait eu soit une « dévalorisation sémantique » en gascon ou l’inverse en espagnol. En attendant, ça prouve bien que la langue évolue et est créée par ceux qui la parlent !

J’ai aussi remarqué une forte indécision concernant la prononciation du nom même du département. Tantôt « Gers » est prononcé sans le « s », tantôt le « s » est appuyé et tantôt on insiste sur le « r » roulé et le « s ». Et moi, je dis Gers, en prononçant le s. Si je ne prononce pas le « s » , je digère et ça ne sonne pas bien du tout à mon oreille de non gasconne d’origine.

Le gascon s’évertue à prononcer les consonnes finales, à prononcer le « v » en « b » comme en Languedocien ou en Espagnol , mais le gascon se différencie très vite des autres dialecte par sa syntaxe et son vocabulaire qui lui sont propres. Le gascon remplace parfois le f par un h (la fille se dira la hilha ou chauffer se dira cauhar ). Le gascon oublie parfois des n, double le r à l’initiale précédée d’un a, a sa propre conjugaison, transforme des ll en r, différencie énormément le masculin du féminin, de plus comme toutes les langues occitanes les voyelles ont tendance à être ouvertes (je me suis d’ailleurs déjà fait engueulée parce que je prononce Auch de manière très fermée comme dans le Nord-Pas de Calais où je suis née) etc… Comme une langue à part entière, le gascon semble être régi par des règles qui lui sont propres.

Je me souviens avoir déjà remarqué selon les endroits que visite, que le « gascon » change. Ainsi, dans les musées ou autres expositions dont les légendes sont aussi en gascon, on remarque des différences. Le Gascon est composé de dialectes différents selon les vallées et la position géographique. C’est ce qu’explique Claude Pierson dans la partie Langue et Littérature de la petite encyclopédie intitulée Gers.

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Il compare les diverses formes du mot qui signifie « Maïs » dans plusieurs villes différentes du Gers : milh, milhoc et turguet. Leur répartition semble être due à une frontalité avec d’autres dialectes environnants Mais quand l’un d’entre eux s’impose au milieu des autres, c’est assez mystérieux. On pense alors à un mariage, une famille déménagée et ainsi une « pollinisation » de la langue. Toutes les langues sont finalement le fruit hasardeux de l’utilisation que le peuple en a fait et de la manière dont il l’a modelée et propagée.

Alors évidemment, aujourd’hui, on ne parle pas totalement gascon, parce que le français courant a pris sa place et que seuls quelques gascons âgés délient leur langue uniquement en gascon. A noter d’ailleurs qu’il me faut bien souvent une concentration extrême pour comprendre ce qu’ils disent mais fort heureusement, gascon , occitan ont des ressemblances avec l’italien et le français. Mais le Gascon perdure encore et encore quand même : en toponymie par exemple, il y a de nombreux villages et lieux-dits dont le nom est dérivé du gascon et dans la langue courante avec ce que l’on appelle des « Gasconismes » (au même titre que des belgicismes par exemple) aussi appelées « expressions francitanes » et qui donnent aux conversations énormément de charme (même si je ne comprends pas toujours tout du premier coup !). Ces gasconismes m’ont valu une fois à ma caisse une conversation rigolote :

-« Vous vendez pas des gamates ici ? »
-« Des quoi ? »
-« Des gamates ! »
-« Euh, c’est quoi ? »
-« Pour le ciment, le préparer dedans ! »
-« Ah des auges ? »
-« Oui, des gamates ! »
-« Non, pas dans ce supermarchés, il vaut mieux vous rendre dans un magasin de bricolage ! »

Et qui sait, peut être qu’à force de lire des livres et articles sur le Gascon, j’en viendrai moi aussi à jouer avec les gasconismes ! Mais je ne suis pas là de vous espanter à ce sujet !

Bibliographie :

-Diccionari Elementari Occitan-francés Francés-Occitan (gascon), EditIons  Per noste, 2005

-Gers, collection Bonneton, encyclopédie collective (Jacques Lapart, Odile Bordaz, Gilbert Sourbadère, Claude Pierson, Bruno Sirven, Georges Courtes), 2009

-Occitanie notre terre, Yves Rouquette, Editions Loubartieres Toulouse, 1991



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2 commentaires

  1. Merci pour votre commentaire et vos précisions !
    Je me suis permise de copier coller votre commentaire sur mon blog pour ouvrir éventuellement aussi, le débat là bas !

  2. LECLERCQ Jean-Marc on

    Bravo pour ce texte très bien fait !
    Juste une petite remarque : le mot “patois” n’a rien de scientifique. On ne peut pas dire qu’une langue est un “patois” ou pas, c’est juste une façon méprisante (et donc politique) de parler d’une langue. Je rajouterai que l’occitan (et donc sa partie gasconne) connait des variantes sur le terrain, car c’est le cas de toute langue à l’état naturel, surtout quand elle est écartée de l’école et des médias.
    Encore bravo pour votre sensibilité à la langue.
    JM Leclercq (“le Gascon de Poche”, éd.ASSIMIL)

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