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Promenade en forêt ; un moment merveilleux

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  • Je marchais.

    Je marchais dans le bois et je regardais la ramure des arbres. Elle était d’un vert foncé qui annonçait la fin de l’été. Curieusement, quand le vent se levait, des dizaines de feuilles jaunes tombaient par terre, sans qu’on sût d’où elles venaient car les arbres restaient bien verts. La nature, prévenante, annonçait imperceptiblement l’arrivée de l’automne.

    foret balade

    J’ai regardé longuement la forêt. Il n’y avait plus qu’à attendre. Attendre qu’elle devînt jaune et que toutes les feuilles se missent à tomber. Après ce serait l’hiver, avec son givre sur les branches nues, ses tempêtes de neige ou son gel permanent, qui ferait craquer le sol sous les pas. Plus tard, beaucoup plus tard, viendrait le printemps. Tout renaîtrait et tout recommencerait.

    Je me suis demandé si ce printemps serait aussi notre printemps. Notre amour pourrait-il enfin s’épanouir à ce moment-là, suivant le rythme de la nature ? Suffirait-il d’attendre, de laisser les choses s’écrouler d’elles-mêmes, de traverser une longue période de latence avant de renaître comme le Phénix ? Seras-tu au rendez-vous, mon amour, quand reviendra l’équinoxe de mars ? Seras-tu là, à m’attendre sur le petit parking à l’entrée de la forêt, ou bien m’auras-tu oublié ?

    Je me suis dit qu’il fallait faire confiance à la nature et qu’il fallait te faire confiance.

    Alors j’ai poursuivi ma promenade. Après avoir marché longtemps dans la forêt profonde, je suis arrivé dans une ancienne sablière. De tous côtés, j’étais entouré par des falaises de vingt mètres de haut et on voyait le sable jaune qui brillait au soleil. La mer s’était avancée jusqu’ici autrefois, il y avait des millions d’années. Je marchais au fond de l’océan. Alors, je me suis souvenu que tu adorais la mer et subitement, tu t’es retrouvée à mes côtés. Sans rien dire, J’ai pris ta main et on a continué la promenade à deux. Tu ne m’as plus quitté. Je marchais et sans rien dire, je regardais ton visage à la dérobée. Il était doux comme dans mon souvenir. Parfois je disais quelques mots et tu semblais m’écouter avec attention ou bien je te souriais et tu me rendais mon sourire.

    On a continué, main dans la main. Parfois, je te montrais les falaises jaunes ou bien l’empreinte de nos pas dans le sable. Même si j’étais seul, il y avait quatre empreintes, je serais prêt à le jurer. Cette promenade au fond de la mer était un peu fantastique, alors je ne savais plus très bien où j’en étais. Il me semblait même entendre le cri des mouettes et des oiseaux de mer, mais je savais bien que ce n’était que dans mon rêve, comme ta présence à toi, d’ailleurs, car c’est mon seul désir qui souvent te fait apparaître.

    Soudain, le chemin s’est mis à monter et on a quitté la sablière pour se retrouver dans la grande forêt. Les arbres étaient immenses et touchaient les cieux. Ils devaient être d’un autre âge. On a continué à marcher jusqu’au sommet du bois, là où une borne en fer marque l’emplacement d’une ancienne station géodésique. Puis j’ai voulu prendre un sentier inconnu, pour rester seul avec toi et je me suis perdu. A un moment donné, je me suis arrêté et tu as posé ta tête contre mon épaule. On était bien comme cela. On était vraiment bien. Mais le soir tombait et il fallait y aller. On m’attendait ailleurs, là où tu ne serais pas.

    J’ai accéléré le pas et je sentais que je devais te tirer un peu car tu commençais à te fatiguer. Ou peut-être voulais-tu prolonger ce moment merveilleux où nous étions ensemble. Mon pauvre amour… J’aurais voulu rester encore avec toi, mais déjà j’arrivais près du petit parking qui est à l’entrée du bois. Il était désert et il n’y avait plus que ma voiture garée dans un coin. Quand j’ai démarré, j’ai regardé vers la forêt, mais il n’y avait personne. Alors j’ai roulé en direction de la ville, seul, désespérément seul.

     

    Sablière

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    Automne…

    Automne,du latin « automnus ». Mot probablement d’origine étrusque, mais les Romains avaient fini par le confondre avec le verbe « augere », croître, augmenter. C’est que l’idée première était bien positive, celle d’une saison où l’on engrangeait les récoltes, où la terre donnait en abondance fruits et légumes et récompensait ainsi les hommes du mal qu’ils s’étaient donné au printemps pour labourer. Jusqu’au XII° siècle, on employait d’ailleurs le terme « gain » (temps de la récolte) et pas notre mot « automne », qui est en quelque sorte emprunté tel quel au latin au XIII° siècle, dans un premier temps toujours avec cette idée de récolte, puis progressivement avec celle de déclin.

    « Gain » , déverbalde gagner (gaigner) désignait bien ce que l’on gagne et s’appliquait donc à la saison qui suit l’été (voir aussi le « regain » si cher à Jean Giono), caractérisée par son abondance.

    Les dictionnaires ne nous disent pas pourquoi on est passé de ce sens positif à celui négatif de déclin, de mort annoncée. Là où les hommes de l’Antiquité et du Haut Moyen-âge ne voyaient que récompense ou don gratuit, ceux qui les ont suivis n’ont plus vu que l’idée de mort lente. Les mentalités avaient-elles changé ? Le Christianisme culpabilisateur avait-il fait son œuvre ? Le climat du Nord de la Gaule, si différent des hivers romains cléments explique-t-il cela ? C’est l’histoire de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine en fait. Les Anciens regardaient derrière eux et voyaient dans l’automne le résultat concret de leurs efforts antérieurs tandis que leurs successeurs avaient déjà les yeux tournés vers l’hiver qui s’approchait inéluctablement.

    automne,étymologie

    Il est vrai que la chronologie antique était cyclique : de même que les saisons revenaient d’année en année, l’Histoire elle-même était circulaire, chaque civilisation passant régulièrement par un Age d’or suivi de périodes plus sombres. Dans le Moyen-âge chrétien, au contraire, le temps est devenu linéaire. Dieu a créé l’homme et celui-ci doit vivre sur terre un certain nombre de siècles avant la fin du monde et le grand jugement de l’Apocalypse. L’être humain n’est plus que de passage en quelque sorte et il a les yeux tournés vers sa mort prochaine. Il voit donc dans l’automne l’annonce de cette fin qui s’approche et il la souhaite autant qu’il la redoute. Comme Chrétien il espère en finir au plus vite avec cette vie terrestre et il aspire au Royaume de Dieu, mais comme être humain, évidemment, il voit avec angoisse approcher sa propre fin. Dans tous les cas, il ne voit plus dans l’automne que le commencement d’un déclin inéluctable et plus du tout cette saison belle, aux couleurs chatoyantes, qui remplit nos greniers et nous empêche de mourir de faim une fois l’hiver venu.

     

     

     

    Photo personnelle

     

     

    Automne nostalgique

    Je marche sur les sentiers de l’automne

    Comme je marche dans ma vie

    Sans trop savoir où je vais.

    Je regarde les couleurs, qui lentement se fanent,

    Le ciel qui pâlit et le jour qui tarde à naître en des matins de brume.

    J’écoute le chant de rares oiseaux

    Tandis qu’un vent encore tiède

    Me parle de pays lointains que je ne connais pas.

    Devant moi détale un lièvre, effarouché déjà par tout ce qu’il pressent.

    Une feuille d’un profond vert sombre frémit sur  sa branche.

    Littérature

    Bientôt elle s’envolera,  paillette d’or dans le ciel pur,

    Pour retomber sur le chemin que la pluie détrempera.

    C’en sera alors fini de toute cette beauté éphémère,

    Il ne restera que la boue des chemins

    Où n’apparaîtra même plus la trace de mes pas.

     

  •  

    Dans la forêt profonde

    Dans la forêt profonde, j’ai mis mes pas dans ceux d’autrefois.

    Rien n’a changé. C’est toujours le même silence, le même calme des origines.

    Le petit chemin serpente dans le sous-bois aux senteurs étranges et enivrantes. Parfum indistinct fait de feuilles en décomposition, de champignons, de branches mortes et de menthe sauvage.

    Je marche. Voici le carré de pins et aussitôt l’odeur de la résine, qui coule le long des troncs, m’envahit. Souvenirs de jours anciens. Je ferme les yeux, je respire. Rien n’a changé. Eternité.

    Je progresse encore.

    Le chemin longe maintenant la rivière. Murmure étouffé et discret, clapotis chantant, petite musique dans l’épaisseur du silence.

    Je marche toujours.

    A un tournant, je quitte le sentier et pénètre au hasard dans le grand bois, à flanc de colline. Mes pas font craquer quelques branches. Un merle s’envole, donnant l’alerte. Cri perdu qui résonne dans ma solitude.

    Je me fraie tant bien que mal un passage à travers les ronces et les myrtilliers. Puis ce sont les fougères, aux grandes feuilles jaunes couchées dans un désordre de fin du monde. Obstacle infranchissable, qu’il faut pourtant franchir.

    Il fait sombre. Déjà, le jour décline.

    Je tâtonne un peu, j’hésite, reviens sur mes pas, repars dans l’autre sens. Enfin le voici. Seul au milieu de la clairière, le chêne est là. Il a toujours été là, aussi loin que les hommes s’en souviennent. Je m’assois entre ses racines, sur la mousse tendre. C’est là qu’un jour tu t’es étendue, encore adolescente. C’est là qu’un jour, d’un doigt timide, j’ai effleuré ton épaule nue…

    Il y a si longtemps ! Qu’es-tu devenue ? Seul le grand chêne est encore là. Ton rire a disparu, et l’éclair de tes yeux, et la rougeur sur tes joues quand je me suis aventuré vers d’autres chemins.

    Aujourd’hui, dans le grand silence de la forêt, il n’y a plus rien. Le soir tombe, bientôt il fera noir. Seul mon souvenir conserve l’image des jours anciens, des jours d’innocence, d’avant la vie.

    Il faut rentrer.

    Dans l’obscurité, j’erre et je tâtonne. Mes pieds se prennent dans les fougères, je trébuche. Je ne retrouve plus le chemin, le chemin qui traverse la grande forêt et qui mène au village.

    Il fait noir. J’écoute. On n’entend que le silence, l’éternel silence, et parfois, dans les lointains, comme le sanglot d’un oiseau de nuit.

    Littérature

  • Il y avait la forêt, la grande forêt profonde.

    Il y avait des champs et des prairies, dans la chaleur de l’été.

    Il y avait des fermes, rien que des fermes, qui avaient fini par former un village.

    Il y avait une rivière, qui sautait sur les cailloux.

    Il y avait un pont avec deux  arches, d’où je regardais passer l’eau.

    Il y avait le long de la berge, des arbres centenaires qui avaient toujours été là.

    Il y avait le vent dans leurs branches et ce chant que je n’ai jamais oublié.

    Il y avait l’église et son vieux cimetière, au centre de tout.

    Il y avait un jardin devant l’épicerie, avec des centaines de papillons volant de fleur en fleur.

    Il y avait une fille de mon âge dont le corsage entrouvert m’intriguait beaucoup.

    Il y avait un vieux cheval qui s’en allait débarder aux bois.

    Il y avait des nuits noires avec des milliers d’étoiles.

    Il y avait la lune, parfois, qui faisait luire les toits d’ardoise.

    Il y avait dans la forêt des sentiers mystérieux qui menaient vers l’inconnu.

    Il y avait des bêtes furtives, qu’on entendait parfois.

    Il y avait toujours dans la boue la trace de leurs pas.

    Il y avait en automne, le brame des cerfs qui résonnait dans les lointains. 

    Il y avait la forêt, la grande forêt profonde.

     

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