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Rencontre avec Elisa, voyageuse, avec l’Argentine au cœur par Channe

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Elisa, Argentine Elisa est argentine, donc sa langue natale est l’espagnol avec un zeste d’accent particulier pour l’enraciner en terres amérindiennes. Elisa tient son blog en français et l’enchante de quelques fautes qui donnent à entendre la musique de sa langue. Elisa est une voyageuse qui semble trouver grand plaisir à retrouver sa terre.

Elisa, je ne la connais pas pour de vrai, comme disent les enfants, je tente de l’imaginer avec ce que je connais de l’Argentine dans mon cœur.

Elisa, je l’ai rencontrée via son blog : « L’origami, les voyages et les endroits du monde ».

Bonjour Channe et tout le monde sur Ideoz. Merci de m´inviter à répondre à des questions pour faire connaître mon pays et mon blog. Je suis fière de ce blog et de l´autre, où je raconte mes histoires en espagnol. J´y travaille beaucoup. Je vous prie d´excuser mes fautes. J´aime le français, je lis, j´ai beaucoup étudié, je continue, mais écrire en français sans être francophone… cela c´est du boulot.
Tout d´abord, je veux me présenter : Elisa, argentine, mariée et mère de deux filles adolescentes. Je suis comptable et ex-entrepreneuse. Maintenant, je ne travaille pas. J´aime étudier les langues : le français, l´anglais et l´italien et surtout, j´adore écrire.
Elisa, je crois que nous avons quelque chose en commun, nous aimons toutes les deux « Le petit Prince » d’Antoine de Saint Exupéry. Est-ce que cela influence la façon dont tu voyages, une tentative d’apprivoiser le monde et toutes ses différences ?

elisamini
À propos de ta question, c´est vrai et très joli ce que tu dis à propos de la lecture de « Le Petit Prince », l´adorable personnage. Et je pense à voyager comme une belle manière d´attraper le monde, ses gens, leurs habitudes et les paysages, mais en gardant le propre regard de l´univers et ses beautés.

Avec mes 55 ans, mes engagements politiques à gauche, la Sud Amérique est une terre à laquelle je me suis particulièrement attachée. Un jour, en 1975, j’ai rencontré, pour de vrai, Suzana d’Argentine et son rire cristallin, avec une fêlure qui trahissait la douleur de l’exil. L’Argentine avait la couleur des ombres en ce temps-là, les ombres des disparus, des argentins, des chiliens réfugiés en Argentine (quelle désillusion !), les ombres des militaires, et les petites lumières de la résistance des mères des disparus, ces femmes au foulard blanc qui tournait leur douleur sur la place de Mai.

mercedes-sosaElisa, j’écoute Mercedes Sosa, alors que je viens à ta rencontre. Je t’offrirai du café si tu étais chez moi, à défaut de mate. J’ai eu l’occasion de boire du maté mais je buvais surtout les paroles de ceux qui me l’offraient. Je sais que tu rentres de voyage. Alors les voyages, c’est comment quand on revient au pays. La joie de retrouver ses racines, la terre où l’on se sent bien ? Les Argentins que j’ai connus, vivaient douloureusement leur exil. Comme un vide dans le cœur. Il fallait qu’ils construisent une Argentine virtuelle autour d’eux. C’est celle-là que je connais. Je suppose que cette Argentine virtuelle reflète surtout la culture de ton pays vue de loin. Je me trompe ?

J´étais très jeune dans ce moment-là et heureusement je n´ai pas dû souffrir des pertes. On ne savait pas ce qui arrivait vraiment en Argentine. Peut être que cette donnée t´étonne. Même mes parents, ils ne savaient pas, ils ne voyaient pas ces ombres dont tu parles. Il y avait une partie très importante de la population qui ne connaissait pas.
Mon adolescence fut donc normale et heureuse.
Mais après, tout le monde commençait à avoir la gênante sensation de se réveiller d´un sommeil profond, presque d´une cauchemar. Il fut très douloureux.
Grâce à la gestion du premier gouvernement démocratique de Raul Ricardo Alfonsin, qui est mort cette année, notre pays a rencontré doucement la démocratie.
Ces fantômes du coup d´état, bien que toujours présents dans notre histoire, ont disparu. En conséquence, cette « Argentine de l´exil » pour des motivations politiques n´existe plus.
Aujourd´hui, on trouve que l´utilisation de cette période obscure de notre histoire dans un but politique est mesquine.
Parlant de ceux qui ont du partir à ce moment-là, j´imagine le vide qu’ils ont ressenti.
Mais je crois que l´image de cette « Argentine virtuelle » est encore une vision pour les étrangers à propos de mon pays. Je vois qu´ils ne le connaissent pas bien. Pas plus que la culture argentine.

httpv://www.youtube.com/watch?v=WyOJ-A5iv5I

L’Argentine, pour moi, c’est Perón, la junte militaire au pouvoir, la coopération avec les Etats Unis pour détruire toute opposition, de gauche surtout, les disparus parmi lesquels des enfants, la guerre des Malouines, un fragile espoir de démocratie, la crise de 2001 et une accalmie qui semble se dessiner. L’Argentine vit elle la crise internationale d’aujourd’hui avec la même ampleur ?

Tu vois, c´est ce dont je parlais. Pour vous, mon pays est cet ensemble de choses que tu mentionnes.
C´est bizarre pour moi et je ne veux pas, même je ne peux pas dans cet entretien essayer de vous expliquer qu´il y a tant d´autres choses essentielles qui nous déterminent en tant que nation et qui n’ont rien à voir avec ces évènements là.
En parlant de la crise internationale, elle nous a brisé comme tout le monde, mais nous les argentins, sommes habitués à subir des étapes de crise.
Notre nation est riche mais jeune, donc on a d’énormes difficultés pour trouver des solutions tous ensemble. L´Argentine ne souffre pas tant des crises économiques ou financières comme elle souffre de ses propres crises internes.

L’Argentine, c’est le tango, bien sûr mais pour moi, c’est surtout Atahualpa Yupanqui, Mercedes Sosa et le Cuarteto Cedron. Pour la littérature, Jorge Luis Borges l’incontournable…. Et bien d’autres dont certains prirent le chemin de la France. La France et l’Argentine semblent avoir un lien de cœur particulier, comment le ressens-tu-toi qui parles si remarquablement notre langue ?

La chère Mercedes, l´adorable, l´inoubliable « Negra »…. Don Ata… ils sont des personnages très aimés. Et pour la littérature, n´oublions pas à Ernesto Sabato et Roberto « el Negro » Fontanarrosa.
L’Argentine et la France ont des racines latines et les idéaux politiques française furent une source d´inspiration pour le mouvement du mois de mai de 1810. Après, l´immigration renforce cette liaison, ce rapport culturel. On se sent à l´aise en et avec la France.
De mon côté, j´ai mes ancêtres basques et j´ai commencé à étudier très jeune le français, à l´Alliance Française de Rosario, ma ville.

Je viens d’apprendre la mort de Mercedes Sosa, puis-je rajouter cette question ? Comment sa disparition est elle ressentie en Argentine ? Moi, j’étais en train de l’écouter en boucle depuis que j’ai pris contact avec toi…

C´est dommage, Channe. Elle était très malade depuis longtemps, mais on pense à la Negra comme à une personne éternelle. Elle ? Elle ne pouvait pas mourir… Elle était un symbole…
Comme disait le musicien de Rosario, ma ville, Fito Paez : « Mercedes a développé une oeuvre qui va toujours marquer l´histoire de la musique populaire de notre continent, avec sa volonté de liberté exposée dans chaque coin de son chemin par des décennies, sur ses albums et sur les scènes du monde. Et il a ajouté qu´elle était une femme exemplaire ne cherchant pas le « le parfum » parfait d´une chanson sinon « l´arôme » de la région représentée par la chanson. »

L’Argentine, c’est un immense pays ou résonnent les mots « pampa », « terre de feu », « Patagonie », « Cordillère des Andes », le tango, le quechua, la langue des indiens, la Patagonie où Benetton pour tricoter nos pulls occidentaux, tond les indiens Mapuche aussi bien que les moutons. L’Argentine, c’est beaucoup de joie et de douleurs mêlées. Alors dis moi, le pays de tes racines, Elisa, dis le moi avec tes couleurs, tes ombres à toi ou bien les lumières… Si tu me prenais par la main, où m’emmènerais-tu en Argentine ? Propose-moi un itinéraire idéal pour que je ressente ton pays aujourd’hui et non à travers mes souvenirs.

Rumbo al glaciar

Rumbo al glaciar

Ah, si je pouvais vous emmener et faire bien connaître ma terre…. Ça serait joli ! Vous les européens, vous trouvez l’Argentine, lointaine et exotique. Je ne connais pas beaucoup des gens qui parlent de mon pays comme tu le fais, même avec des clichés que tu mentionnes.
Pour te donner un exemple, et d´après l´échange que je fais sur mon blog, j´ai trouvé des gens qui ne savaient pas qu´il y avait des centres de ski en Argentine. C´est bizarre et, je dois avouer, quelques fois … c´est décourageant.
Mon itinéraire idéal devrait inclure : – Buenos Aires, la belle capitale, – le nord-ouest et ses couleurs, – la région de Cuyo, au bord de la cordillère des Andes, célèbre par ses vins et ses oliviers, – les merveilleuses chutes d´Iguazú, – et la Patagonie dans tous ses coins.

Quelles sont tes destinations de voyage préférées ?
Et au fait, pourquoi ce nom pour ton blog, l’origami. Au début, j’ai cru que je partais pour le Japon. Expliques moi ?

J´aime voyager. Je n´ai pas autant voyagé que je l´aimerais. C´était une passion dès mon adolescence. En plus, je me suis mariée très jeune, donc c´est difficile de rendre compatible la vie de famille, la profession et les voyages…
De nos jours, les voyages sont moins compliqués et les jeunes voyagent plus. L´Argentine a une difficulté supplémentaire pour les budgets : les distances. Cela rend le voyage beaucoup plus cher. C´est dommage.
J´adore voyager de par mon pays. Il y a tant d’endroits à découvrir. Il m’en reste encore beaucoup à connaître… Les coins les plus remarquables qui sont toujours dans ma liste : Ushuaia, le bout du monde, et le Nord-ouest, avec Salta, Jujuy et Catamarca. Tout à fait incontournables, un must chez nous.
A l´étranger, l’Europe reste ma destination favorite.
Et à propos du choix du nom de mon blog…. je rigole, c´est vrai que j´ai choisi un titre presque « japonais »…
Toutefois, je voulais trouver la dénomination parfaite, dans un seul mot, si possible, pour exprimer ce « sentiment » de voyager. Et j´ai pensé à l´art et à l´origami, parce que c’est un art complet en lui-même, sans fin, sans arrêt.
Voilà mon idée : voyager comme synonyme d´une expérience de toute une vie. Je pense qu´on peut voyager partout et à n´importe quel âge. Si on ne peut pas s´éloigner, il est possible de parcourir la ville où on habite avec les yeux d´un touriste curieux. Pourquoi pas ?

Qu’est ce qui t’amène à voyager autant, le travail ou le plaisir ?
Tu voyages en famille, en groupe ou en solitaire ?

Voici l´ensemble parfait : le voyage et le travail, mais il faudra ajouter du temps aux séjours.
Ce n´est pas mon cas. Je voyage pour le plaisir seulement. Et je le fais en famille (j´adore car elles me manquent mes filles…), avec mon mari, en groupe avec des amis et avec d´autres couples.

En lisant ton blog, j’ai remarqué que tu aimais particulièrement Paris, qu’est ce qui te charme dans cette ville ? Je préfère de beaucoup la campagne aux villes personnellement. Quel est le coin de campagne où je pourrais trouver ma place en Argentine ?

J´adore Paris depuis mon adolescence, dès l´époque d´étudiante à l´Alliance. Une ville charmante, classique, pleine d´histoire et de culture. Pour moi, c´était la « ville lumière », avec ses musées et ses monuments. Et n´oublions pas sa gastronomie, toujours présente.
Je lisais, je voyais des films, j´avais un drôle de rêve de « terre promise » avec elle.
Et, quand je ai visité Paris pour la première fois, elle ne m´a pas déçu, pas du tout.
Mais tu sais, j´adore New York aussi.
Si tu aimes la campagne, je te suggère la Pampa… et San Antonio de Areco. On y trouve ce qu´on appelle des « cascos de estancia » fantastiques pour un séjour reposant.

Tu évoques souvent la Patagonie sur ton blog, est ce que la révolte des indiens Mapuche est audible en Argentine ou n’est-elle perceptible qu’à travers nos curiosités occidentales ? J’évoque la problématique de la propriété des terres des indiens Mapuche cernées de barbelés par les grands propriétaires dont Benetton, l’industriel du pull over.

La Patagonie en Argentine est un endroit d´une beauté incroyable. La communauté des mapuches et ses problèmes sont peu écoutés par les autorités.

Quelle est la musique qui donnerait à entendre l’âme de ton pays ? Peux-tu nous donner un lien pour l’écouter ?

Notre pays est très riche de ce côté aussi. On a la nostalgie du tango et la joie de la milonga, le charme du folklore dans chaque région, et mon favori : le rock national. Je n´ai pas un lien particulier qui rajoute tous ces styles pour vous donner, mais je vais chercher bien sûr.

Qu’espères-tu pour le devenir de notre planète alors que notre climat s’échauffe et que nos dirigeants ne font que discuter ? Cela t’inquiète-il pour vos enfants ? Je suppose qu’en Terre de Feu, on voit les glaciers se dissoudre dans la mer de plus en plus vite. Y-a-t-il des régions qui souffrent particulièrement en Argentine des désordres climatiques ?

Les changements du climat autour du monde sont particulièrement inquiétants. Les hivers et les étés ne sont plus ce qu´ils étaient jadis.
On a du subir des tempêtes, de la grêle et des inondations même dans ma ville, Rosario, placée au cœur de la région de la « Pampa Húmeda ». C´était incroyable.
En plus, les glaciers de Patagonie sont en train de perdre de la surface chaque année, et risque de se dissoudre dans un futur proche. La chambre des députés et sénateurs a fait une loi sur la protection des glaciers, pourtant la présidente a mis son veto pour des raisons d´intérêts économiques.
En plus, les chutes à Iguazú ont diminué leur débit.
Ce tout d´horizon est préoccupant, pour nous et pour nos enfants. Enfin, je ne vois que les autorités du monde entier gèrent la situation…

Je sais que mes questions sont teintées de brume, mais l’Argentine a pour moi la couleur des yeux gris verte de Suzana avec un rire éclatant par-dessus tout, comme s’il fallait espérer malgré tout. C’était la leçon de vie de Suzana. C’était une danseuse avec les bolas. Alors, Elisa, je te souhaite beaucoup d’espérance en la vie, en tes voyages autour du monde.

Merci beaucoup Channe. J´aime l´image de ton amie, quand tu la décris comme une danseuse avec des « boleadoras ». C´est amusant.
En fait, on a toujours de l´espoir d´améliorer, de trouver les solutions aux problèmes, de guérir des blessures et de croître comme pays, mais ensemble et en paix.
Merci de tes jolis souhaits et j´espère que vous continuerez avec le succès de votre site, si complet et intéressant.

Merci à toi Elisa. Et gracias a la vida que nos a dado tanto avec la voix de Mercedes Sosa et les mots de Violeta Parra la chilienne.
httpv://www.youtube.com/watch?v=WyOJ-A5iv5I



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13 commentaires

  1. Salut Sandrine,
    Je viens de lire ton commentaire.
    J´attends toujours les nouvelles de ton père! Dis lui de m´écrire s´il te plaît.
    J´ai hâte de lire son message et de commencer à “parler” avec lui.
    À très bientôt.
    Elisa

  2. J’en profite pour te dire Elisa que mon père est très content à l’idée de te parler et de faire ta connaissance, quoiqu’il appréhende un peu car il est un grand débutant en informatique et qu’il manque de temps pour apprendre. Aujourd’hui, il bosse, hélas, et en prime, il a un mauvais rhume qui l’affaiblit, mais dans la semaine, il devrait trouver un moment pour oser t’écrire! Je lui ai déjà imprimé l’interview…

  3. Bonjour tout le monde sur Ideoz
    Bonjour Nath et Denis
    @ Nath, merci de tes mots.
    @ Denis, gros merci pour ajouter ces livres et auteurs. J´adore Ernesto Sabato dès mon adolescence.
    À très bientôt
    Elisa

  4. Merci Denis. Je vais regarder dans mes stocks de livres. Là, je me suis penchée surtout sur la musique. Mais ne pas oublier Pablo Neruda pour toute l’Amérique Latine.

  5. Quelques livres pour mieux connaître le pays d’Elisa :

    – Mempo Giardinelli – Fin de roman en Patagonie : un grand “road movie” du Nord de l’Argentine jusqu’en Patagonie pour découvrir cs pays tout en vivant une histoire.

    – Pablo Ramos – L’origine de la tristesse que je viens de lire et qui permet de mieux connaître les quartiers populaires de Buenos Aires à travers les aventures d’une bande de gamins délurés.

    – Patricio Manns, un Chilien – Cavalier seul sur la vie en Patagonie quand les rancheros coupaient les oreilles des indiens pour touche rune prime.

    Et quelques autres auteurs : José Luis Borges, bien sûr, Roberto Arlt, Adolfo Bioy Casares, Arnaldo Calveyra, Julio Cortazar, Marco Denevi, Alicia Dujovne Ortiz, José Pablo Feinmann, Ernesto Sabato que j’ai testés mais qui ne sont pas tous d’un abord très faciles.

  6. Une dictature marque définitivement me semble-t-il, même si on ne l’a pas subie directement, même si on était jeune. J’ai un ami qui a aussi vécu sous une dictature communiste en Roumanie. Il était au début de l’adolescence, quand Ceaucescu est tombé… Même deux décennies après, je ne suis pas sûre que beaucoup de choses aient changé pour lui, ni à ses yeux…. Chaque jour, je me rends compte par ce qu’il ressent, par ce qu’il dit ou plutôt ne dit pas, ce que cette dictature a eu comme effet sur sa vision au monde, son appréhension des choses et sa manière de percevoir les relations avec les autres. De la méfiance, de la peur, de la pudeur, de la distance… et pourtant, un souci profond de vérité qui explique que cette personne soit devenue aussi si importante pour moi, d’autant que ses enseignements me sont souvent utiles pour voir justement le monde autrement que dans le prisme de la facilité!

  7. Bonsoir amies,
    Je suis ravie de partager votre site et d´avoir fait le joli reportage.
    Channe, tes commentaires sont très touchants. Et c´est vrai, la problématique de continuer après une dictature est presque universel. Jamais oublier, mais il faut continuer.
    Le mot que tu emploies, la résilience, est très approprié.
    Empruntant les paroles de Mercedes Sosa dans “La cigarra”:
    “Cantando al sol como la cigarra…
    después de un año bajo la tierra…
    como los sobrevivientes, que vuelven de la guerra…”
    Ce n’est pas facile. Pas du tout.
    Channe, l´objet qui symbolise la terre d’Argentine, est le mate ! D´après moi, il n´existe pas d´autre. Un animal ? Le cheval !
    À très bientôt.
    Elisa

  8. Je n’oublie pas Atahualpa Yupanqui
    Avec sa berceuse, Duermate negrito, il m’a bien des fois aidé à tomber dans le sommeil en douceur.
    httpv://www.youtube.com/watch?v=0Jo5mBZZGqU
    Et puis sur les indiens… de toutes les terres, ceux qui étaient là, avant que les autres n’arrivent et ne les chassent, Atahualpa leur a donné ses mots et sa musique.
    httpv://www.youtube.com/watch?v=cKApsZ4t-5g
    y el cuarteto cedron et leur tango si apre
    httpv://www.youtube.com/watch?v=6phVVXZU3ww

  9. Oui, bien sûr et j’ai bien compris pourquoi Elisa ne voulait pas aborder plus loin ce sujet : les disparitions, les mères de la place de mai. Je trouve qu’elle s’est déjà bien engagée sur le suejt.
    Je lui ai demandée “comment elle avait vécu les évènements ou la mémoire, les souvenirs du temps des ombres ? Parle-t-on encore des Mères de la place de Mai, des disparus ou les pages se tournent elles en douceur ? Comment vit-on tous ces bouleversements ?
    En France, nous avons nos propres ombres, la collaboration pendant la deuxième guerre mondiale et notre non intervention face à la déportation des juifs, une histoire coloniale pas très jolie, la guerre d’Algérie, notre politique en Afrique. Pas de quoi être fier et personnellement, je le vis mal et je ne trouve à exprimer ma résistance que dans mon travail artistique. Toi, comment fais tu pour ne pas désespérer ?”
    Mais en même temps, je me parlais à moi-même. Je pense toujours au compagnon chilien qui a perdu sa femme et l’enfant qu’elle attendait. Il les avait envoyé en Argentine pour les protéger. Il ne savait pas quoi dire à ces deux fillettes restées avec lui. Je pense à mes compagnons. C’est moi qui porte ce désespoir. Comme d’autres qui font que les comportements des humains me désespèrent souvent.
    Elisa est dans la vie de l’Argentine. Je sais que les mères de la place de Mai sont récupérées politiquement. Mais savoir comment on faisait au jour le jour avec l’image de ces enfants perdus qui sont des adultes maintenant. Pourvoir s’imaginer qu’on est un de ces enfants perdus.
    C’est la même problématique au Chili, doit on faire passer en jugement les bourreaux ? Qui est responsable ? Cela vaut pour bien des pays. L’Afrique du sud en choisissant d’offrir le pardon à la condition d’un témoignage honnête, cela me semblait bien.
    En France, nous aurions un travail semblable à faire. Ce n’est pas seulement demander pardon, c’est regarder son histoire en face, les ombres, les lumières et les grisailles.
    Tous les pays qui ont eu à subir une dictature, de gauche ou de droite vivent la même problématique. Oublier, faire avec, la résilience… Ce n’est pas facile.
    Je crois que fermer les yeux et oublier, c’est le pire. C’est comme les secrets de famille, un jour ça revient à la surface et cela explose.
    Mais je comprends Elisa.
    Sur les Indiens Mapuche, il semble que le problème soit peu connu en Argentine.
    Cela m’étonne.
    Mais Elisa a envie et c’est compréhensible de donner une image positive de son pays.
    Je n’ai pas su lui dire que la culture des indiens mapuche, c’est peut être essentiel pour la survie de notre planète tout comme de l’Argentine.
    L’Argentine et le Chili, enfin presque toute la sud amérique ne sont pas que des destinations de voyages. Ce sont des humains qui m’ont fait naître à la vraie vie.
    Mais là, j’ai raconté mon voyage à moi. Avec l’Argentine. Et c’est un pays que j’aime. Parce qu’il y a une telle force de vie en dépit de tout ce qui peut pousser les gens à se désespérer que tu finis par te donner un coup de pied dans le cul avec tes petits malheurs à toi.
    Alors oui, “Gracias à la vida”.
    Pour en savoir un peu plus sur les Mapuche : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mapuches
    Il y a bien d’autres sites plus détaillés et intéressants.
    Si vous voulez écouter du rap mapuche
    httpv://www.youtube.com/watch?v=Nt1QECUN_sk

  10. Bravo pour cet échange, très agréable à lire… Une découverte de l’Argentine, mais pas seulement… Un article qui correspond assez bien à ce que l’on peut déjà découvrir au fil des photos et des mots d’Elisa dans ses billets.

    Au fait, y a-t-il des sujets que tu aurais aimés aborder avec Elisa et qui n’ont pas pu l’être?

  11. Elisa, si je peux me permettre encore une question ? S’il y avait un objet qui symbolise la terre d’Argentine, ce serait quoi ? A part le maté et son bol très particulier ? Un animal peut être ?

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