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Symphonie porcine dans la jungle urbaine

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Je marche les yeux bandés au milieu de nulle part.. Les lumières fébriles qui jalonnent ma quête brûlent timidement sous la pluie obscure.. Les odeurs nauséabondes des rues insalubres, des caniveaux saturés, des mentalités impropres, même sous le froid brutal, ont pris d’assaut mes narines en poussant mon esprit au bord du dégoût..

 

Je marche, et je ne sais faire que ca, avancer jusqu’à épuisement dans cette jungle urbaine où les prédateurs portent les masques blancs de l’anonymat et de l’indifférence..

Je marche entre les arbres immenses faits de béton et d’acier, ces refuges en tour d’ivoire dans lesquels germent tous ces individus solitaires que l’on nomme le peuple.. Je marche en observant cette étendue de feux incandescents, de couleurs mélangées qui donnent tant de fierté à l’homme, faire écho aux ténèbres et s’imposer en toute puissance face à la nature ensevelie, à la fois rebelle et vaincue, sous les pavés de ruelles engorgées est un besoin vital qui a galvanisé son évolution..

Je marche, la capuche relevée, où mon intuition me guide, brassant le vide meublé de modernisme vorace, un peu comme la cupidité, qui laisse couler le sang de ma profonde amertume.. Je franchis les lignes invisibles qui me séparent des mondes à part, créés pour cantonner les espèces humaines à la fois si semblables et si différentes les unes des autres ; je pénètre dans la luxuriante foret des hôtels particuliers, des quartiers embourgeoisés, le royaume étincelant  des flamboyants, juste à quelques encablures de la désespérance des faubourgs mal éclairés, presque inexistants.. L’underground des intouchables.. J’affronte le regard absent de ces espèces en voie de disparution poussées à la périphérie de la civilisation d’où me parviennent la symphonie détestable de longues et douloureuses litanies..

Le Monde s’en plaint et pourtant il continue d’aller plus vite que le temps.. L’homme a contraint la nature à pousser plus vite pour la retrouver en plus grand nombre sur les étalages ; l’enfance a été accélérée pour s’adapter aux travaux de leurs parents qui sont contraint à s’adapter aux rythmes des entreprises.. Le temps est utilisé en voie de pourvoir des compétitions qui ne visent que le gain. Alors oui se poser, écouter le battement de son coeur et prendre le pouls de l’environnement, est nécessaire pour donner une chance à la vie.

Je suis né en septembre, là ou tout le monde court, moi curieusement je me suis posé là sur 23,    j’ai regardé les gens remettre une veste, moi curieusement j’ai retiré ma peau, je savais déjà que les printemps seraient toujours rudes..

(extrait de “Symphonie Porcine” à paraitre prochainement)..

 

 

Vivre dans les cités : à la périphérie de la Civilisation…

Quel sentiment étrange que de vivre en banlieue, de quitter l’univers onirique des quartiers cousus du centre-ville où l’existence prend tout son sens, pour finalement se crasher sur les rivages austères et salissant de la « cité »…

 

Vivre dans les cités : à la périphérie de la Civilisation...Il y a quelque chose de pourri dans les cités difficiles.. L’uniformité de la même désespérance plantée dans les rues dévastées, délaissées aux hordes de barbares que l’abandon des pouvoirs publics n’a fait qu’attiser le sentiment de victimisation.. La racaille, terme générique dans lequel l’on empile trop souvent à tort l’ensemble de cette population misérable, est le fruit d’une politique volontairement irresponsable qui achève dans l’envers des grands discours les valeurs d’égalité et de fraternité.. La périphérie appartient à la peuplade dont l’attitude médiatiquement hostile, primaire, empreinte de violence et d’ignorance contribue à alimenter les commérages faciles dans les chaumières des beaux quartiers.. Elle reste une zone hors de la société, en dehors de tout progrès social, économique, humain.. Un vaste cimetière de jeunes talents prodigieux à qui l’on refuse la chance de leur vie et qui sont obligés de se contenter des miettes distribuées par le Léviathan étatique..

Il y a réellement quelque chose de pourri dans les faubourgs obscurs.. La colère du désespoir qui embrase et réduit en cendres le minimum de modernité survivant péniblement aux assauts répétés du temps, et narguant doucement les passants dans leurs véhicules superbes.. Une modernité en trompe l’œil, derrière laquelle repose la vétusté agressive des infrastructures étalées à perte de vue dans un épais brouillard grisâtre.. Ce désespoir là légitimise toute la violence des émeutes urbaines, car au fond le plus révoltant n’est-il pas de laisser croupir dans des oubliettes ouvertes des masses entières d’hommes, de feindre d’agir tout en maintenant coûte-que-coûte le statu quo désolant… La véritable insécurité est celle qui vient du sentiment d’injustice, de l’avenir branlant, inexistant et angoissant.. L’on peut bien vouloir pacifier ces zones de détresses humaines en multipliant sur le terrain les forces de l’ordre qui paradoxalement exciteront la meute, mais en fin de compte l’on ne parviendra qu’à renforcer cette frustration déjà profonde que ces grabataires planqués en dehors du « vrai » monde ne valent définitivement pas grand-chose..

Quelle émotion que cette peur de s’avancer découvert dans ce monde bâti sur le bas-côté de la civilisation, de trembler à l’idée de croiser sous des réverbères mal éclairés les roitelets à moitié cagoulés de cet empire torturé par ses propres démons, instable, toujours au bord du chaos.. La vie de quartier est rythmée par un ennui permanent, la désertion de la plupart des services publics et privés laisse un peu plus chaque jour champs libre à toutes les perverses imaginations, les jeunes s’inventent des jeux dangereux, des loisirs dont le gros lot est la réclusion pénale à perpétuité.. Il y a aussi les sempiternelles disputes de voisinage, sordides et lassantes, qui sont comme les épices nécessaires pour agrémenter la fadeur du quotidien..

Lorsque certains dans une arrogante ignorance qualifient le rap de sous-culture d’analphabètes, d’autres s’activent à le faire sortir de cette condamnation péremptoire en essayant difficilement de produire ces symphonies underground qui n’ont pas à rougir de nullité.. Le rap dans la cité est un moyen d’expier le trop plein de colère, de parler au monde autiste avec des mots en souffrance, de brandir un nouvel étendard au-dessus des immondices héritées de la « générosité » de ceux qui gouvernent, là-bas de l’autre coté du miroir.. Comme les romantiques de la littérature, de Lamartine à Hugo, qui laissaient éclater leur déception sentimentale ou leur jouissance de l’existence, ces artistes du ghetto font une poésie de la rue émancipée de l’élégance du style et de l’exigence de la forme, une écriture sans compromis à des années lumières de la lexique académique mais si riche en émotion, intense et authentique… Dans ces quartiers à l’abandon, ce rap tant décrié, reste pour de nombreux jeunes le meilleur moyen d’entrer en sympathie avec la langue, de se l’approprier et d’établir enfin une connexion réelle avec la société.. Bien évidemment comme dans tout art, il y a des impostures inévitables, celles qui concentrent l’attention de la bien-pensance, médiatique et politique, toujours tapis dans l’ombre.. Des abus de langage malheureux, une violence excessive, un sexisme navrant, le rap s’encombre souvent des égarements tapageurs d’un certain nombre minoritaire qui lui font tellement de tort, mais où n’y a-t-il pas de dérives ? Le problème du rap est qu’il est porté par la populace des bas-fonds, qu’aux yeux de l’aristocratie intellectuelle et culturelle il n’a pas suffisamment de noblesse pour entrer dans le panthéon des arts majeurs, MC Solaar n’est pas Alfred de Musset, qu’importe la force du vers et la puissance de la rime, une poésie urbaine ne sera jamais de la poésie.. C’est bien là toute la perversité du système, une ségrégation sociale transformée en apartheid culturel et ne laissant aucune chance à ceux qui ont le malheur d’y naître..

En même temps, il est aisé de rejeter tous les malheurs de la cité sur les autres alors que la réflexion principale devrait se faire sur le comportement général des populations locales caractérisé par un manque patent de civisme… Bâtiments vandalisés, voitures caillassées, la liste est longue et donne le vertige… Ce n’est pas au gouvernement de dire aux résidents qu’il n’est pas dans leur intérêt de détruire les infrastructures publiques, d’éviter de dégrader les structures sociales, de ne pas uriner dans les ascenseurs ou de ne pas couvrir de tags les rues de la cité, de ne pas respecter les règles fondamentales de salubrité… Le gouvernement ne peut pas refaire l’éducation des personnes, il est de la responsabilité de chacun de faire un effort pour préserver les acquis et améliorer la vie en communauté.. L’éducation ne se résume pas à la simple instruction, le rôle de la famille est crucial dans l’imprégnation des principes du vivre-ensemble, par extension du savoir-vivre, aux enfants afin qu’ils ne soient pas d’absolus errants.. Avec l’éclatement de la cellule familiale, la sacralisation de l’enfant-roi, la faiblesse de l’encadrement scolaire qui se traduit par la fragilisation de l’enseignant, ce sont les fondations de la société que l’on sacrifie un peu plus tous les jours, et on semble étonné de voir jaillir de l’ombre d’une certaine irresponsabilité, des monstres abominables…

Il faut sillonner les quartiers abandonnés, s’attarder dans les cités pour s’éloigner des clichés et plonger dans la complexité des problèmes que vivent les communautés de ces zones dites « à risque »… Le fort des hommes politiques est de laisser croire que les solutions sont simples : soit une doctrine sécuritaire maximale, soit une approche compassionnelle inappropriée.. Dans les faits, ce manichéisme est obsolète… Il serait sans doute préférable d’associer le besoin de sécurité à une démarche pédagogique, d’offrir une éducation de qualité, d’encourager la mixité sociale et culturelle, bref de valoriser l’humain afin qu’il puisse s’épanouir sereinement.. On a beaucoup parlé de relancer l’économie par l’investissement industriel, financier mais l’on a fait semblant d’ignorer que seul l’investissement dans l’homme est susceptible de pérenniser l’évolution, le changement, c’est aussi là une manière de contribuer au développement durable de la société… Les résidents de ces lieux ont juste envie de vivre dans un environnement sain où ils n’auront pas le sentiment d’être des marginaux, c’est-à-dire de survivre à la périphérie de la civilisation..

The Ludewic’s Chronicles..



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2 commentaires

  1. Qu’es-ce que c’est un livre ou votre texte? En tout cas c’est pas mal du tout…
    On s’en plaint, mais on y va quand meme. Chaque semaine un million de personnes quittent les zones vertes pour les zones grises d’absurdite.

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