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Visiter le Jura à pied sur la transjurassienne

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Connaissez-vous la principauté d’Arbézie? Avez-vous déjà pénétré dans une de ces immenses fermes du Jura, conçues pour abriter troupeau et gens, autour du tuyé, l’énorme cheminée pyramidale où l’on fume les saucisses? Non? Alors, il est temps d’explorer et visiter le Jura à pied idéalement. Un massif au relief tourmenté, à la riche histoire, et aux habitants accueillants. Sans parler de la gastronomie!

Nous avons choisi de joindre l’utile et l’agréable en parcourant une partie de la transjurassienne. Connu aussi sous le nom de GTJ (grande traversée du Jura), ce sentier court sur près de 300 kilomètres. Il parcourt ce qui est probablement la région la plus verte de France. Dans le Jura, pas de grandes industries, le bleu des lacs et le vert des forêts dominent.

Pontarlier, le point de départ de notre découverte du Jura

Pour visiter le Jura à pied ou pas d’ailleurs, Pontarlier s’avère un excellent point de départ. Pontarlier, une ville qui conserve des traces élégantes de sa richesse passée. Lieu de passage, située au débouché d’une cluse, Pontarlier fut une place de commerce puis une ville de garnison, avant de devenir la capitale mondiale de l’absinthe. Remarquez la forme du clocher, typique de la Franche-Comté. Cette forme dite “à l’impériale” date du 17ème, où la province était encore une possession des Habsbourg, et contrôlée par les rois d’Espagne.

Visiter le Jura : randonnée entre vallées et châteaux

Nous démarrons par le diverticule qui relie Pontarlier à la GTJ. Au passage, nous admirons la petite chapelle de l’Espérance, au porche remarquable:

A quelques kilomètres au sud de Pontarlier, le sentier ménage une superbe vue sur la vallée du Doubs.

Vallée du Doubs près de Pontarlier. On aperçoit à gauche le château de Joux.

Le château de Joux, place forte comptant pas moins de 5 enceintes, défendait l’accès à la vallée. Il est lui-même défendu par un autre fort, le fort Malher, d’où la vue est celle-ci:

Le fort de Joux est connu pour avoir servi de prison notamment à Mirabeau. Mais aussi à Toussaint-Louverture, héros de l’indépendance haïtienne. Malheureusement, ce dernier mourut en 1803, un an avant qu’elle ne soit proclamée.

Le soir, nous faisons étape à Malbuisson, un petit village animé l’été, au bord du lac de Saint-Point. Celui-ci est le rendez-vous des pêcheurs. Pas très grand mais profond, c’est tout simplement le 3ème réservoir naturel d’eau douce en France.

Lac de Saint PointMichelin ne fait pas que du pneu… Derrière sa vieille fontaine, la boutique du fromager de Malbuisson regorge  de spécialités alléchantes. Comté, morbier, mont-d’or sont les plus connues. Accompagnés de charcuteries fumées, autre spécialité du Jura, ils ont fait nos délices à la pause casse-croûte du midi sur les sentiers.

 Le lendemain, changement de décor : nous grimpons sur les pentes du Mont d’Or, qui surplombe la petite station de ski de Métabief. La vue porte jusqu’aux Alpes. De là-haut, on peut apprécier l’alignement des crêtes et des combes.

Les gentianes parsèment les prairies d’altitude. On voit aussi de nombreuses carlines, baromètre du pauvre, dont les fleurs se ferment à l’approche de la pluie.

Nous approchons de Mouthe, un village que l’on ne présente plus: il a le privilège d’être le plus froid de France. Tout près du village on peut se rafraîchir dans les sources du Doubs… l’été en tous cas.

Le lendemain, notre prochaine étape est Chapelle des Bois. La majeure partie du sentier se déroule sous les sapins. Il pleut abondamment. Par conséquent, à la sortie de la forêt, nous sommes trempés, malgré notre équipement de pluie. Mais dans une grande ferme à l’ancienne, se déroule une petite fête. On nous fait de la place, et on nous sert gentiment une part de tarte et un café. L’occasion de voir un de ces bâtiments de l’intérieur. On dit qu’il fallait trois ans pour les construire. Il y a assez de place pour abriter 3 familles et 50 vaches!

Traditionnellement, l’habitation se situait du côté le plus froid, au nord, pour épargner les animaux. Au centre, la grande cheminée de bois, le tuyé, réchauffait les animaux, le fourrage dans le grenier, et les humains qui se tenaient dans la pièce attenante: le poële. Témoin de cette époque, cette photo qui ornait un de nos hébergements:

Les éclaircies reviennent le soir avec le soleil couchant. Des lambeaux de brume s’accrochent encore dans les combes.

Le GR longe l’ancien cimetière des pestiférés. Lorsque les villageois le soupçonnèrent de contaminer l’eau des sources, ils le déplacèrent. Sage décision!

 

Un peu plus loin, juste au dessus du lac des Mortes, un bâtiment nous rappelle que nous sommes à moins d’un kilomètre de la frontière. L’histoire nous raconte que ces terres ont souvent fait l’objet de disputes et de raids de la part des suisses. Mais oui, nos voisins helvètes n’ont pas toujours été neutres! D’ailleurs, si Jules César a débarqué chez nous, c’est à cause d’eux (ou grâce à eux: question de point de vue). En effet, les helvètes ayant franchi le Jura, c’est une tribu gauloise, les Séquanes, qui appela César à son secours pour les renvoyer chez eux. Alors, Jules est venu, il a vaincu, et il est resté…

Puis le sentier longe une falaise où nous découvrons de nombreuses inscriptions. Ici se tenaient des cérémonies religieuses clandestines sous la Révolution, époque peu clémente pour le clergé.

.Le lendemain, nous nous élevons au-dessus des Rousses, sous un grand soleil. Direction : la frontière suisse.

L’Arbézie ; aux portes du Jura Suisse

Juste avant de passer la frontière, à La Cure, c’est le moment de traverser la principauté d’Arbézie. On sait que le Vatican est le plus petit état du monde, mais l’Arbézie est minuscule: elle se réduit à un hôtel-restaurant. Dès que vous montez à l’étage, vous passez de la France à la Suisse, au niveau de la 7ème marche. Ce petit territoire est considéré comme français par la Suisse, et suisse par la France!

Cliquez sur ce lien pour en savoir plus sur son histoire.

Dès la frontière franchie, on remarque le changement de style. En effet, les petits chalets fleuris et bien entretenus abondent.

Le GR5 se termine à Nyon, jolie petite ville à l’ambiance à la fois montagnarde et provençale.

Et plus précisément, nous terminons notre randonnée au bord du lac Léman, après avoir parcouru une bonne centaine de kilomètres à pied.


Le Jura à pied : y aller, randonner, et se loger

Cette petite randonnée se fait sans forcer en 5 jours, elle est donc accessible à toute personne en bonne condition physique. Bien sûr, vous pouvez aussi visiter quelques-uns de ces lieux en voiture, mais la marche a des vertus incomparables!

Pontarlier est facilement accessible. Depuis Paris, en TGV, il faut compter environ 3 heures de trajet, avec un changement à Frasne. Le retour depuis Nyon est tout aussi facile, en train via Genève.

Que vous soyez à pied ou en voiture, deux adresses que je vous recommande à Pontarlier: la Maison d’à côté, pour dormir dans une maison ancienne vraiment superbe, où l’accueil est excellent. Tout près, le restaurant Côté Pont a su créer des plats où fusionnent les classiques franc-comtois et des saveurs exotiques.

A Mouthe, le gîte d’étape La Chaumière, dans un style simple et rustique mais confortable, dispose d’une cuisine partagée. Prix doux.

L’étape Malbuisson-Mouthe est assez longue, mais il est possible de la raccourcir en utilisant le télésiège. Possibilité également de raccourcir la randonnée à la fin, côté Suisse, en prenant le train de Saint-Cergue à Nyon.

N’oubliez pas votre topoguide: la grande traversée du Jura à pied. Outre les cartes, il contient une foule de renseignement utiles sur les hébergements, la flore, les traditions locales… Et n’oubliez pas votre équipement de pluie: le Jura est une des régions les plus arrosées de France. Cependant, il peut y faire très chaud en été.

Dernière précision : la transjurassienne (Transju pour les intimes) est en fait une course à ski de fond, qui emprunte une partie de la grande traversée du Jura. La GTJ se parcourt aussi bien l’hiver que l’été, et dans les deux cas c’est le bonheur !



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A propos de l'auteur

Pourquoi voyage t'on ? Par curiosité, par goût de l'inattendu ? Pour se faire surprendre, ou bien pour vérifier que la réalité est conforme à ce que l'on avait imaginé ? Sans doute tout cela à la fois. Le voyage, cela se prépare, mais il faut laisser aussi un peu de place à l'inconnu, ne pas hésiter à se laisser déstabiliser, à sortir de notre quotidien si prévisible. Et vous, pourquoi voyagez-vous?

2 commentaires

  1. Même si je n’ai jamais fait tout ce chemin à pieds j’aime particulièrement bien cette région où j’ai souvent eu l’occasion d’aller. De l’autre coté de Pontarlier aussi il y a de superbes balades vers la vallée de la Loue, ou vers Gilley, Morteau etc etc la liste serait très longue 😉

  2. La photo de couv’ de l’article c’est le château de Joux, il est magnifique et surtout plein d’Histoire et d’histoires <3 un "coin" de France si agréable et où j'ai fait pas mal de belles balades 🙂

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