La “vraie” Thailande : A chacun “sa” Thaïlande

a chacun sa thailande rencontre avec des thailandaises

Pourquoi ne puis-je me contenter d’être cette naïve touriste qui se satisfait de la surface des choses et de ce que ce pays lui donne à voir, au lieu de chercher à explorer le dessous des cartes, à s’obstiner à regarder au-delà des apparences, à tenter de comprendre la « vraie » Thaïlande. La « vraie » Thaïlande ! Expression cent fois entendue dans la bouche de nombreux touristes.

La “vraie” Thailande

Je prends toujours le train entre Bangkok et Chiang Mai. Plus de dix-sept heures pour 650 kilomètres, alors qu’il ne faut pas plus de 11 heures pour 8000 kilomètres en vol direct entre  Paris et  Bangkok ! Ne me demandez pas d’être logique, je fonctionne selon ma propre logique qui est illogique la plupart du temps. Je la revendique, c’est ma vraie liberté.

Les employés des chemins de fer, eux, ont un principe, ils placent systématiquement les « farangs » ensemble, dans les mêmes compartiments, plutôt que de les mêler aux autres voyageurs thaïlandais. Pour les voyages de nuit en tout cas. Alors ces trajets interminables, ces nuits bercées (rocketed) par les mouvements désordonnés de ces trains d’un autre âge (c’est ça qui doit me plaire), je les ai souvent passés en compagnie de backpackers de tous âges et de tous continents.

Lors de ce dernier voyage, nous étions deux couples partageant les 4 couchettes d’un compartiment : deux sympathiques et jeunes hollandais d’Amsterdam, mon ami et moi-même. J’ai l’art, si pas toujours la manière, de faire tomber quelques idées reçues. Ces raccourcis sont parfois bénéfiques aux voyageurs qui découvrent la Thaïlande pour la première fois. Certaines illusions s’évaporent sans doute mais pour une meilleure compréhension du pays. Une question revient très souvent au cours de ces conversations : « Nous aimerions découvrir la vraie Thaïlande, rencontrer des vrais thaïs, la vraie vie quoi ! Où faut-il aller ? »

 La « vraie » Thaïlande                                                 Une image de la vraie Thailande ? Dans les rizieres d’Isan

Si je réponds : « La vraie vie est partout, autant dans les rizières d’Isan que dans les bars de Pattaya, dans les champs de potirons des montagnes et dans les « malls » luxueux de la capitale » Cette réponse semble ne jamais satisfaire pleinement mes interlocuteurs. C’est vrai qu’on débarque souvent dans un pays avec des aprioris, des clichés plein la tête, des idées reçues dont certaines sont probablement justes – ou l’étaient il y a 6 mois ou 20 ans – dont certaines sont fausses ou plus exactement sont « faussées » par la lecture de dépliants touristiques.

Est-ce que la vraie Thaïlande est celle de la pauvreté, celle des filles à la peau diaphane hésitant entre un sac Hermès et une robe Vivienne Westwood au magasin Central, celle des policiers arrondissant leur fin de mois aux carrefours des villes, celle des lady boys dans les boites de nuit, celle des conducteurs de tuk-tuk ou des business men d’origine chinoise essayant de fourguer leur marchandise à mon « chéri » avec promesse de bénéfices faramineux, dans un système pyramidal  interdit en France ?

Voyageurs curieux, la vraie Thaïlande est partout où vous posez le regard, les vrais thaïs sont ceux que vous croisez. La vraie Thaïlande est un pays changeant qui vous semblera différent à chaque visite. Lorsque je la quitte, pour une France que je trouve de plus en plus vieillissante  et que je la retrouve deux mois plus tard, c’est avec un nouveau condominium, dix nouvelles boutiques, cinq nouveaux restaurants…alors je me dis que la vraie Thaïlande est un kaléidoscope en éternel mouvement. Et surtout terriblement jeune….

A chacun « sa » Thaïlande

Si j’évoquais la  « vraie » Thaïlande, celle qu’on a dans la tête en arrivant et celle qu’on emporte dans le cœur en la quittant…. Il me semble logique d’évoquer aujourd’hui une « autre » Thaïlande, celle qu’on a trouvée, celle qu’on a recherchée, celle qu’on a découverte et aimée, en un mot, celle qu’on s’est appropriée. C’est ainsi, on a chacun « sa » Thaïlande, « sa » propre vision du pays en fonction de ses rencontres, de ses aventures, de ses propres centres d’intérêt… et Oh my Bouddha ! ils sont multiples et variés. Evidemment elle n’appartient à personne la Thaïlande,  mais donne l’illusion de s’offrir (sans jamais se livrer tout à fait et je dirais « heureusement »)

MAE SARIANG_1960

La Thailande des motards (a cote de ma modeste bicyclette)

Si je m’attardais sur ma seule position géographie, j’appellerai « ma » Thaïlande, mon quartier de Nimmanheimin : trendy et frivole, studieux et superficiel, volage et buveur, bruyant, prétentieux et parfaitement xénophobe. Si, si. Pour ne pas tomber dans le cliché et par goût du vagabondage aventureux (géographique mais aussi social et culturel), je navigue dans tous les domaines, ou du moins j’essaie.

Décrire la Thaïlande, sans rester neutre – surtout sans rester neutre – (sinon se contenter de dire que la Thaïlande est le pays du sourire), c’est prendre le risque de se faire « alpaguer » par ceux qui pensent, à  tort ou à raison, détenir la vérité, leur vérité, tant le sens de l’appropriation est fort chez l’homme en général.

Chacun a sa vision, mais ne me tapez pas sur les doigts si je décris une Thaïlande aujourd’hui ou demain, qui ne correspond pas à la vôtre, il y en a peut-être autant qu’il y a de visiteurs. Alors j’ai beau traîner mes guêtres partout (Dieu ! si vous saviez ! les thaïs disent : «  if you don’t try you don’t know. If you dont see you don’t know »), je n’ai pas forcement décrit la vôtre. Je ne suis jamais allée dans les parcs nationaux par ex. je ne sais pas pourquoi. Je ne suis jamais en trekking organisé, je me débrouille seule etc…

BANGKOK 1888                                          La Thailande de la mode et du shopping

Mes rapports avec les commerçants dans mon quartier à Paris sont les mêmes que ceux que j’établis ici… je discute. Dernièrement au pressing du Bd Montparnasse, la fille me demande : « Alors quand repartez-vous là-bas ? » Je lui réponds. Elle ajoute : « Mon frère y va tous les ans ». Je lève un sourcil intéressé : « alors il connait bien ? » « Ah oui, il va chaque année à Pattaya. Il y retrouve la même bande. »

Eh bien à chacun sa Thaïlande. Avant de rencontrer mon « chéri » il ya presque 7 ans, j’ai beaucoup vadrouillé (je continue), avec des chauffeurs-amis différents avec lesquels je partageais un peu de leur vie et eux un peu de la mienne. Ce fut épique ! et instructif. L’un n’avait qu’une hâte en arrivant à l’étape : trouver un bar et faire le bœuf avec les chanteurs de « phleeng pheua chiwit » et surtout « picoler ». L’autre, ex prof, ne comprenait pas pourquoi je photographiais de vieilles et sublimes femmes Karen qu’il trouvait laides et repoussantes avec leur bouche rouge de bétel.  « Ce n’est pas la Thaïlande ça !! » A chacun ses canons de la beauté. A chacun sa Thaïlande.  Elle n’appartient à personne, et c’est bien ce qui fait son charme.

Voyager en Thaïlande avec discernement

Un petit coup de gueule, ça fait du bien, ça ne mange pas de pain et c’est même signe de bonne santé !

Depuis mon apparition sur FB, en 2009, on m’a parfois prise pour une agence de renseignements… que je ne suis pas. Je vais être claire, j’écris un blog qui me demande un travail de recherche et de réflexion (en dehors de mes connaissances théoriques). Donc à ceux qui souhaitent venir vivre en Thaïlande, pour des raisons évidentes d’éblouissement pour ce pays, je leur recommande de faire un petit effort et d’aller au-delà des apparences. Ne pas tout prendre pour argent comptant (ou alors il est temps de retourner à l’école pour réapprendre à compter).

Donc, non je ne connais pas le prix des guest-house, non je ne connais pas les noms des hôtels de Chiang Mai, non je n’ai pas d’itinéraire à conseiller, chacun doit vivre ses propres expériences, les miennes demandent un esprit d’aventure bien trempé que j’ai acquis en voyageant depuis ma toute jeunesse. Les gens que je photographie ne m’attendent pas le long de la route, je voyage souvent avec un guide, donc il faut de l’argent.

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Maya : illusion en thaï

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J’écris pour aller au-delà des clichés et de ce que la Thaïlande donne magnifiquement à voir avec une belle impudeur, mais il faut savoir qu’elle est un peu comme la flamme qui attire les papillons. Beaucoup s’y brûle les ailes.

Chacun est libre de venir s’installer ici, dans la mesure de ses moyens (et il en faut) d’ailleurs, l’ambassade est en train de relever la barre de ses exigences et ce n’est pas un mal. Rester à la vision « carte postale », pourquoi pas ? FB regorge de clichés.

Si vous souhaitez des renseignements ou en savoir plus sur ce pays, il faut apprendre un peu de son histoire et lire les journaux, mais ne comptez pas sur moi pour vous faire un « reader’s digest » sur la politique, l’économie, la société…en  3 phrases.

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Tout acte, engagement, décision demande un effort personnel, et c’est bien là, la beauté de la chose. Avec un zeste de prise de risque et d’aventure.

Un conseil cependant : voyagez avec discernement. Est-ce trop demander aux candidats à la vie au paradis terrestre, lequel n’existe que dans leur imagination. En revanche, il est souvent pays de l’illusion. (je n’ai pas forcément dit désillusion)

Dec. 2013 L6A7924

La Thaïlande n’est pas une terre de bisounours. Jamais entendu parler de « Amok » ? Les thaïs ont l’esprit de revanche aiguisé comme un rasoir, ils sont jaloux et ne supportent pas la moindre atteinte de face (énorme égo, comme dans toute l’Asie, et ça ce n’est pas un cliché), alors vaut mieux apprendre juste un peu plus que la couleur de l’océan, les sourires des marchands et le sex -appeal de celles qui vendent leur corps à défaut de vendre leur âme, dans les karaokés, bars et salons de massages en tout genre.

Connaissez-vous un autre pays au monde où des lois iniques sont si débiles qu’elles forcent des parents à dénoncer leur fille à la police par exemple, sous le seul prétexte que celle-ci a fait circuler une vidéo sur « qui vous savez » (alors que toute la Thaïlande l’a déjà visionnée, même moi, c’est dire !) ??

Blog _1444

Connaissez-vous un pays qui organise des chasses aux sorcières pour « éradiquer » (je pèse mes mots, “éradiquer” veut dire « exterminer ») ceux qui ne pensent pas comme eux ?  Lisez le Bangkok Post du jour. Avez-vous entendu parler d’une organisation (RCO : Rubbish Collection Organization) ? des extrêmistes qui ont dejà près de 100 000 followers sur leur page FB, des fanatiques qui veulent “éliminer” leurs frères qui n’ont pas les mêmes idées qu’eux ?  C’est aussi ça la Thaïlande, un pays que je “tente” de décrire au fil des jours et de mes blogs.

Ce pays est gentil et le sera avec vous, si vous êtes  « conforme ». Est-ce que je le suis, moi, conforme ? Oui et Non. En tout cas, connaissant bien les limites de ce pays, je peux les frôler, en connaissance de cause, sans les franchir. Si vous voulez vivre ici, ne vous contentez pas de cartes postales, bdm.

Différences de point de vue

Vivre en Thailande permet de constater combien tout est différent quand on vient de France. Etre une femme en Thailande a été, et reste pour moi, un statut privilégié.


Dans un univers qui attire tant d’hommes – pour des raisons avouables ou non, respectables ou non–  dans un univers décrit et raconté à quatre vingt dix neuf pour cent par des hommes, j’adore ma position de femme libre et indépendante dans ce pays. Je me balade au gré de ma fantaisie « avec des semelles de vent », j’ouvre les yeux, les oreilles, mon cœur aussi. Confidente, amie, sœur, mère, amante, côté féminin aussi bien que masculin. Et ce que j’entends ne correspond pas forcement à ce que racontent les hommes.

Blog MIXED ETHNIES54

Au début des années 2000, je dînais, à Bangkok, dans un endroit très chic, une maison traditionnelle thaïe, proche de l’époque « Emmanuelle », en compagnie d’un homme d’affaires de Nouvelle Calédonie et sa copine thaïlandaise,  d’un dandy, français et désabusé,  qui n’aurait pas assez de sa vie pour dépenser toute  la fortune de son père.  – lui aussi avec une jolie copine thaïe – et enfin moi, avec mon petit copain du moment, un chanteur isan aux doigts effilés.

Le businessman vantait les qualités professionnelles de sa petite amie et son salaire plutôt élevé. La petite copine du dandy était sublimissime, mais lui s’en moquait, plus intéressé par le vin français que nous venions de commander que par les charmes de sa compagne. Une compagne qui pouvait aussi bien être « l’escorte » d’une nuit  qu’une amoureuse de longue date. De toute façon, elle ne disait rien. Moi, j’appréciais l’ambiance un peu décadente en tenant la main de mon musicien qui se demandait ce qu’il faisait là alors qu’il n’avait qu’une envie : boire de la bière (on était au vin) et grimper et chanter sur une scène – qui n’existait pas – sur laquelle il aurait été  plus à l’aise.

A la fin du diner, le dandy me déclare, en français et un peu « éméché» : « « Tu as de la chance, tu es avec un homme libre. Les hommes sont libres ici. Pas les femmes. Ton copain te quittera lorsqu’il en aura envie. S’il est avec toi c’est par choix. Les filles n’ont pas le choix. Elles dépendent trop de l’argent. ”  Il faut dire que la responsabilité des parents âgés incombe aux filles et non aux garçons (Je parle en règle générale)

Plus tard, nous quittons le restaurant pour rejoindre nos hôtels respectifs. Mon musicien rejoint les hommes. La petite copine du businessman s’aligne sur mon pas et me prend le bras… On « chit chat »… la nuit est belle. « Tu vas te marier avec x ? » je demande. Elle me serre très fort la main. « Non, J’ai déjà un mari thaïlandais mais il ne le sait pas. » me répond-elle. Elle a serré ma main encore plus fort, comme pour me dire « ne lui dis rien »…

Des années plus tard, je demandais à mon compagnon actuel – entre temps j’ai quitté le musicien, pas lui – pourquoi les femmes thaïlandaises semblaient toujours intéressées par lui alors que nous étions en couple. Il me répondit « 1) Parce que je suis toujours « handsome », 2) “phraw wa mee yot » (j’ai du pouvoir) et 3) parce que je vis avec une farang, donc elles pensent que j’ai beaucoup d’argent !

« Tu me tromperais ? » je lui demandais encore. “Non. Si j’avais une aventure ou une relation avec une femme thaïe je serais obligé de payer !  alors non ».

Il aurait pu me répondre «  parce que je t’AIMEEEEEEEE », ou « Non, jamaissssss », mais il ne sait pas minauder ni mentir

Et les mots n’ont pas forcement le même sens des 2  côtés de la planète.

J’aime vraiment la Thailande……  tout y est  si différent

Lb lundi 19 avril7
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