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Istanbul et la rencontre avec la mythique Byzance : le rêve devient réalité

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Istanbul a été l’un de ces désirs, rares donc précieux, déjà ancien (juillet 2002). Pourquoi Istanbul ? Parce que dessous il y a Byzance et toute cette ancienne chrétienté oubliée, et que par-dessus tout je rêvais de Sainte Sophie (Hagia Sofia), sa pérennité impressionnante depuis tant de siècles et de siècles, ses fresques immatérielles, son témoignage écrasant.

 

Il me faut donc un grand désir pour passer outre ces menus inconvénients, et de me décider à sortir de chez moi ou du TGV Lyon-Paris, apprivoisé lui depuis longtemps ..

Istanbul a été l’un de ces désirs, rares donc précieux, déjà ancien (juillet 2002).

Pourquoi Istanbul ? Parce que dessous il y a Byzance et toute cette ancienne chrétienté oubliée, et que par-dessus tout je rêvais de Sainte Sophie (Hagia Sofia), sa pérennité impressionnante depuis tant de siècles et de siècles, ses fresques immatérielles, son témoignage écrasant.

Et puis accessoirement, ces fameux » incontournables » qu’on trouve dans tous les guides et récits : Topkapi, la Mosquée Bleue, le Bosphore et le Grand Bazar ..

J’en parlerai bien sur, mais ce n’est pas le plus important.

… Mais se retrouver un dimanche après midi, sur un boulevard géant enjambé par les aqueducs d’Hadrien, un peu hagarde et perdue dans cette ville inconnue, sursautant aux hurlements du muezzin sortis de nulle part, ayant traversé un grand parc où s’ébattent des familles rassurantes, longé une mosquée monumentale (Fatih), sur des trottoirs effondrés.

Mais tenter de prendre des repères pour ensuite pouvoir réintégrer son petit hôtel : la rue qui monte vers la mosquée, tourner à gauche et longer une grande Poste, traverser le boulevard urbain à la circulation déchaînée, puis le parc, et enfin descendre ce grand boulevard qui semble mener au Bosphore puisque je distingue tout en bas, très loin, la tour de Galata ..

…. Mais avoir soif et se souvenir qu’il faut impérativement boire de l’eau en bouteille ..

…..Mais se dire que ce matin encore on disait au revoir à son chat et se trouver là, seule avec les taxis qui ralentissent devant moi, espérant une course – Ciel, mes souvenirs d’écolière me reviennent, et toutes les fois où j’ai bien failli être enlevée par des satyres qui eux aussi, ralentissaient devant moi – Angoisse, passe ton chemin, et toi, regarde droit devant toi et marche !

… Continuer son chemin de découverte, par les 36° affichés à l’aéroport, et puis se trouver bien finalement, se trouver autre.

C’est ça mon voyage, que je voudrais vous faire partager, ces sentiments, impressions, notations incongrues qui vous traversent l’esprit quand celui-ci est exilé, transporté, soumis à la question, et qu’il s’éveille et semble voir ce que tout le monde ne voit pas.

Avant de m’évader pour cette première escapade, les excursions n’étant prévues que les deux jours d’après, j’avais découvert mon hôtel, l’hôtel “Gran Savur” qui n’est pas très grand mais charmant, avec son style années 30 plein de cuivres et de boiseries sombres, des nappes blanches sur les table, un ascenseur à l’ancienne. La chambre est toute petite, mais agréable et pourvue de tout le confort (climatisation, petit réfrigérateur garni de bouteilles d’eau, TV5, une salle de bain complète et un mobilier rococo.

J’y dormirai étonnamment bien les quatre nuits de mon séjour, en dépit de la clim bruyante et de l’appel à la prière de 4h45 ..

Mais retournez avec moi près du Bosphore, au bout de ce long boulevard Atatürk.

Devant le port envahi de rafiots en tous genre, des familles sont assises sur de maigres pelouses, autour de leur réchaud à thé, ce qui ajoute encore quelques degrés à la température étouffante.

Je m’assois à l’ombre, j’allume une cigarette et peu après, une femme turque portant un foulard me rejoint et sort aussi une cigarette, s’efforce de l’allumer avec une allumette sans y réussir, à cause d’un bienfaisant petit courant d’air, et je lui offre le feu de mon briquet, qu’elle allait me demander. Entraide sans paroles, émouvante. Je me perds un peu, j’erre dans un étroit marché où aucun prix n’est affiché, des chatons maigres sortent d’on ne sait où, au-dessus des échoppes minables, de vieilles maisons à encorbellement On trouve des vêtements de mauvaise qualité, des ustensiles de cuisine, des chaussettes, des épices .. il fait frais dans ces ruelles sombres.

Je me résigne à prendre le même chemin pour regagner mon hôtel, c’est tuant cette chaleur et ces magasins fermés, et au retour, ça monte ! Ici, les trottoirs sont bizarres, parfois très hauts, parfois totalement effondrés, serait ce sismique ? Enfin je parviens, rouge et transpirante, à la hauteur du parc de la mosquée, le plus dur est fait !

Les femmes d’ici, elles, sont sèches et pâles, emmitouflées pourtant dans de longs manteaux tristes en tergal, avec un foulard bien serré autour du cou, et des chaussettes fines sous leurs sandales !

Une fois revenue à moi, je me dirige vers « mon quartier » sans la moindre hésitation, et je découvre un autre boulevard (Ordu) très animé pour un dimanche soir, où je m’achète un « doner » et une bouteille d’eau pour mon dîner ; comme je n’ai pas de monnaie, et lui non plus, le vendeur, sympa, me laisse le tout pour un peu moins cher que prévu!

Je déguste mon repas dans un petit jardin public derrière mon hôtel, le partageant avec des chats affamés, car ce doner dépourvu de sauce n’est pas excessivement bon !

Nuit parfaite donc, et je dois maintenant parler du petit déjeuner à la turque car il vaut le déplacement.

15 juillet

On se sert au buffet dans une vaste salle à manger pleine de monde..Thé, café à volonté, et jus de fruit. Des petits pains au fromage à mourir, tendres et goûteux. Pas de beurre, mais des triangles de fromage élastique, des tomates, olives, concombres et tranches de pastèques ! En Hongrie, on mangeait aussi comme ça, normal, Budapest a été envahie au 15e siècle par les armées de Soliman.
Journée d’excursion encadrée, et je ne rechigne pas : le minibus climatisé m’évitera les souffrances d’hier et puis une guide et un repas au restaurant entre touristes, c’est pas chic mais kitsch, et puis il faut parfois se laisser un peu conduire, non ?
Après la visite d’une adorable petite Mosquée Bleue, toute en faïence d’Iznit éclatante et couverte de tapis rouges, nous descendons devant l’embarcadère pour une croisière sur le Bosphore, un grand classique « incontournable ». On n’est même pas 20 sur le grand bateau de pêche, pourvu de deux ponts, j’adore prendre le bateau car je sais nager !
Brume de chaleur sur l’eau et les contours de la ville mythique, mais sur le pont, on est au frais de la brise, deux filles me passent tout de même un peu de mousse solaire, à ma demande. Le bateau tangue doucement sur les eaux du Bosphore, je suis encore seule à être seule, mais je m’en fous royalement, bien installée à la poupe ! Je suis à Istanbul, « la Sainte Sophie » veille sur le détroit, Topkapi se cache dans les pins de la pointe du Sérail, on passe sous le pont de Galata, puis bien après, sous ce grand pont si léger, haut suspendu entre l’Europe et l’Asie, on longe des palais en ruines, une copie du château de Versailles, des villas en bois, des quartiers étagés sur les rives, des mosquées grises et tarabiscotées du 19e siècle, une forteresse médiévale .. Rêverie, bonheur parfait .. pourquoi faut il revenir ?
Après ce moment de grâce, il faut bien suivre la guide dans une lointaine fabrique de tapis, autre « incontournable » des voyages bon marché, mais j’ai appris à ne pas m’y faire remarquer, baissant les yeux et ne m’intéressant à rien (en apparence !) seule stratégie valable pour ne pas être importunée ..
Heureusement suit le repas, pris en plein air devant la mer de Marmara. Il parait qu’on ne peut pas s’y baigner tant elle est polluée par de vieux bateaux russes et d’étranges matières.
Pourtant le cadre est celui d’une riviera, innocent et banal.
Délicieux repas : brick au lait et fromage (sorte de quiche locale), aubergines confites, doner aux poulet et petits légumes, et des abricots délicieux avec le café serré.
Bonne compagnie, rien que des couples, mais assez sympas et ouverts pour ne pas me laisser de côté.
Le grand moment est arrivé, l’après midi au palais de Topkapi. Ce lieu enchanteur occupe toute la pointe du Sérail, avancée boisée entre la mer et le Bosphore. On y pénètre par une succession de « Portes » sans muraille aujourd’hui, de cours et d’ esplanades, avec cette impression d’être dans un conte de fées, invité à progresser sans fin sous des arcades ouvragées, dans un immense parc fleuri et peuplé de paons solennels, pour arriver devant de multiples pavillons de toutes formes et de toutes couleurs. Le style est plus oriental que daté, il faut savoir que tout cela a été construit entre le 15e et le 16e siècle, mais j’aurais juré que c’était plus récent.
Je choisis de visiter le Harem (15 millions en CB !), sur la gauche du parc. Notre guide est une femme autoritaire et souriante, mais souvent menaçante, que je verrais bien en « valide sultane » ! Elle est donc très bien pour nous faire visiter cet endroit plutôt sinistre ..
En fait, cela donne l’idée d’une prison, malgré le luxe de la décoration : étroits couloirs carrelés de faïence d’Izmit, petites cellules closes par des volets grillagés, sur trois étages, cours secrètes fermées de toute part. Souvent les salles et les couloirs sont éclairés par des « moucharabieh » : les parois ou les plafonds sont en bois, percé de petits trous sculptés protégés de la pluie par du gros verre style « cul de bouteille ». On dirait que les pièces sont éclairées par des spots, c’est très actuel, et ça garde la fraîcheur intacte.
Les pièces d’apparat (chambre du sultan, appartement de la mère du sultan, salon de réception et de danse, hammam ..) sont superbes, décorées avec raffinement de fleurs et de fruits peints sur les murs, mais toujours cette tristesse des lieux de détention, pesante, je pense à toutes ces belles filles enlevées qu’on amenait là, et qui n’avaient aucun espoir d’en sortir, même si le sultan ne les regardaient plus ! Elles partageaient leur détention avec des centaines de femmes, leurs enfants, et les Eunuques. Avec le risque de se faire assassiner, elle ou leur enfant, par une rivale jalouse ..
Le sultan choisissait toujours son épouse légitime parmi les étrangères sans famille, donc parmi ces femmes enlevées sur les bateaux ou dans les comptoirs européens.
Après cette plongée in vivo dans « Angélique et le Sultan », je ressors soulagée, il reste encore une heure de visite dans le parc et les différents pavillons dont l’entrée est libre. De partout, la vue est superbe, sur la Corne d’Or ou bien sur la mer de Marmara ; j’achète une énième bouteille d’eau dans un kiosque, c’est vraiment stressant de ne pas pouvoir boire l’eau publique, incroyable pour une ville moderne comme Istanbul ..
On retrouve le bus, et à la demande générale, on va nous laisser devant le Grand Bazar, avec des explications succinctes mais bien utiles pour regagner mon hôtel par le tram. Un des couples me dit même qu’avec ce même tram, je peux rallier facilement Sultanamet, le quartier de St Sophie.
Je suis contente de découvrir le Grand Bazar, dont l’entrée n’est pas évidente à trouver, sans cet arrêt providentiel, je n’y serais sans doute pas allée. Je sais que je n’achèterai rien : pas de prix affiché, (pas de prix, pas d’envie !) et les vendeurs toujours à l’affût qui ne vous laissent pas regarder tranquille.. J’aimerais bien pourtant une de ces suspensions colorées en gros verre épais monté sur fer forgé.
Tiens, une fontaine publique ! Des gens du pays s’y abreuvent et remplissent des bouteilles, donc l’eau doit en être potable. J’entends des français à côté de moi, qui regrettent de n’avoir pas de bouteille en plastique : j’en ai deux vides et je leur en propose une, qu’ils acceptent avec reconnaissance, je me mets à leur place !
Je remplis l’autre de ce breuvage. Puis je vais prendre mon tram ; en lisant le trajet, je vois avec bonheur que dans l’autre sens, il va à St Sophie ! J’adore comprendre ainsi la géographie d’une nouvelle ville, elle restera imprimée dans mon cerveau à jamais, je ne savais rien, et je sais ! Dans ce tram très au point, il fait frais, une voix annonce les stations, comme à Montréal. Je dois descendre à « Laleli », sur le grand boulevard Ordu qui traverse la ville. En fait, c’est à 3 stations. Comble de joie, en sortant du tram je découvre une succursale de « Koska », le célèbre confiseur de loukoums et halva vanté dans le Routard ! j’y passerai avant de partir.
Petite balade dans le quartier de l’hôtel.
L’absence de tout supermarché même petit me fait perdre mes repères, j’aime bien avoir accès aux produits, pouvoir les comparer, choisir, calculer le total avant de payer, comme au Canada ou même à Monastir ! ici, une ville aussi énorme (15 millions d’habitants !) ils en sont encore aux épiceries de quartiers sans le moindre prix affiché, ou alors tout effacé sur une vieille ardoise ! Beaucoup d’immigrés russes dans ce quartier, des femmes blondes effrontées qui fument sur le pas de leur commerce. Les boutiques de linge de maison se touchent dans la même rue, vendant les même nappes damassées, les mêmes couvre lits en satin à volants ! Des boutiques de prêt-à-porter aussi, d’un goût très discutables, des fourrures pour enfants, avec des falbalas autour du col et des poignets et ceci en plein mois de juillet!
Aucune chaîne style Pimkie, Naf-Naf etc ..

Au pied des ascenseurs, un employé m’invite dans le sien qui vient d’arriver, je ne refuse pas, mais mal m’en a pris, car une fois arrivés à mon étage, il me suit carrément près de ma chambre, et attend ma décision, sans bouger ! Fébrilement, je cherche la serrure dans le noir, enfin la trouve, entre et claque la porte sans demander mon reste ! Il frappe deux ou trois fois à la porte, puis enfin se décourage ! Ce n’est même pas un turc, mais un russe, vu son air slave (blond, pale et des yeux bleus globuleux,!).

A mon avis, les hommes ici croient qu’une femme seule ne vient que pour chercher l’aventure !

Du coup je ne ressors plus, de peur de le croiser à nouveau, et je mangerais dans la chambre devant TV5, barre de céréales, biscuits, et des pêches.

16 juillet

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Il y a foule au petit déjeuner, car un grand groupe de français est arrivé hier soir. Je me case près d’un couple russe avec leur fille. C’est toujours aussi bon, surtout les petits pains au fromage !
Puis départ avec le groupe pour la Corne d’Or, c’est assez loin et on roule longtemps sur un périphérique qui longe le Bosphore vers l’intérieur. Encore un lieu où je n’aurais pas pu venir seule, à moins de rester au moins une semaine.
Le « Café Pierre Loti » est ici une institution, C’est une guinguette en bois sombre nichée dans la verdure, de vieux arbres et des pierres tombales .. Bizarrement, nul serveur ne se précipite sur nous, il est encore tôt sans doute, et ce fait étrange achève de me charmer : on peut flâner le long de la terrasse fleurie, jouer avec les chatons du coin, admirer la vue sur le Bosphore, fermé, à l’horizon, par le grand pont suspendu : c’est magique .. « la « St Sophie, comme on dit ici, veille à côté de sa jeune cousine, la Mosquée Bleue, sur l’immense cité byzantine ..
Pierre Loti venait souvent ici, alors qu’il se languissait d’amour pour « Azaydé », et il parait que c’était en fait un jeune homme .. Un petit tour à la boutique de souvenirs, une cigarette sur une petite table en compagnie de la guide, échanges sur la vie quotidienne en Turquie, l’éducation, la santé .. ici les enfants ne vont à l’école que jusqu’à 8 ans et à mi temps, sinon, ils faut payer l’école privée .. pas de Sécu non plus, pas de soins gratuits sauf à l’hôpital public, surchargé et incompétent ..
Encore bien du boulot pour entrer dans l’Europe, je crois ..
Descente sur Eyüp parmi les tombes d’un cimetière bucolique et marin ; je remarque souvent le mot « Fatiha » que je croyais être un prénom. Mais il s’agit en fait d’une formule signifiant « Paix à son âme » ..
C’est encor plus pentu que le Père Lachaise .. Alors s’il fallait remonter ..
On arrive au Sanctuaire d’Eyüp, un lieu de pèlerinage musulman, tout un complexe religieux autour du tombeau de ce saint musulman, une mosquée, des cours plantées d’énormes arbres creux et penchés qui assombrissent le ciel, des boutiques de souvenirs religieux, des fontaines pour les ablutions .. Ce sont surtout les gens pauvres et intégristes qui viennent là, on rencontre des femmes énormément couvertes et parfois entièrement voilées de noir, de gracieux enfants, certains en « costumes de circoncision » : une semaine avant la cérémonie, l’enfant est le petit roi : on l’habille en militaire ou en sultan, on l’emmène en pèlerinage, et aussi au parc d’attraction, on lui fait des cadeaux .. ; J’en prends un en photo, avec sa maman, elle n’en est pas choquée et sourit, détendue, mince et gracieuse.
Pour entrer dans la mosquée, on se pare d’écharpes en tout genre, ils ont même des jupes montées sur élastique pour ceux qui sont en short, homme ou femmes travestis drôlement, donc !
Des corbeaux rôdent partout, une phrase me revient « les corbeaux d’Eyüp », le titre d’une nouvelle de Pierre Loti ?
Ensuite, on se dirige vers la mosquée de Soliman le Magnifique, alors qu’il fait 35° à l’ombre, mais que l’air est à 60 % d’humidité, ce qui accentue encore l’effet de chaleur, parait il ..
Cette mosquée que l’on voit de partout est très grande, mais peu ornée, du moins à l’intérieur il y fait frais ..
Repos dans l’herbe du parc, sous les arbres, en attendant l’heure de repartir vers le Bazar Egyptien, à côté de Eminomu, l’embarcadère.
On a rendez vous dans une heure, au même endroit. Devant cette autre mosquée construite pour une épouse de sultan, avec des nuées de pigeons sur ses escaliers.
J’entre néanmoins au frais dans ce Bazar, où les prix sont affichés, comme le dit le Routard, enfin pas tous .. J’erre entre les échoppes, avec toujours cette impression qui me suit partout dans le monde, d’être repérée par les « résidents » car je passe toujours aux mêmes endroits et je suis seule, donc repérable facilement. Ca me le fait partout, à Paris aussi, à Marseille surtout, en plus ici, les commerçants sont tous sur le pas de leur porte à ne rien faire ; aucune femme ( sauf les russes sans doute ?) ne vend, ça me gêne aussi.
Par bonheur, je tombe sur un jeune vendeur de confiserie qui parle parfaitement le français, et m’a reconnue comme telle au premier coup d’œil ! En me disant bonjour au lieu des hideux « Hi ! Hallo ! Skiouze me .. » réservés aux allemands et aux anglophones .. A tuer !
Il a vécu à Marseille 5 ans, il me tutoie, je craque, et on s’arrange fort bien pour deux paquets de loukoums assortis, ma foi très bons et pas chers .. Il me donne son email et un petit cadeau, une babiole en cuivre.
Du coup le temps a passé et le car ne m’a pas attendue ! ça me dispense des au revoirs et du pourboire mais bon, j’ai tellement envie d’être à l’hôtel sous mon air conditionné, prendre une douche, boire l’eau fraîche dans le mini bar .. et surtout poser les loukoums (1kg !).
Je repars pour Sultanamet, repérer les lieux saints réservés à mon dernier jour ici, un peu découragée par les faux guides, la foule des touristes, des chansons bruyantes hurlées dans une sono branchée à fond ..
Je me réfugie à la Mosquée Bleue dont l’entrée est libre, malgré le préposé à l’entrée qui encaisse des dons facultatifs, contre le prêt des écharpes et sacs à chaussures ..
Pour y couper, j’entre, mes sandales à la main, vêtue discrètement d’une jupe longue et d’un tee shirt à manches (pas trop) courtes.
Mais vite un policier me coince furibard, car je n’ai pas d’écharpe et pas rangé mes sandales, je suis chassée telle une infidèle, bien que je consente à m’excuser .. Il me poursuit encore car j’ai remis mes sandales trop tôt ! Cette façon de traiter les chrétiennes m’indispose un peu, non mais, Byzance c’est Byzance avant de devenir Istanbul !
Je découvre ensuite un havre de paix : le café bien caché du Ministère de la Culture, au fond d’un jardin où des pierres tombales sont exposées ; surprise agréable, les prix sont affichés devant le trottoir, ils sont très doux, mais chose curieuse, le café n’est pas complet, des tables et fauteuil en bois foncé sont disposés sur la terrasse ombragée, les hommes te foutent la paix et discutent entre eux, ils ont l’air d’intellectuels évolués et fument sans arrêt ! Je prends un thé à la pomme et une gauloise, c’est un très bon moment ..
St Sophie que j’aperçois derrière un jet d’eau, ce sera demain matin ..il faut sa voir faire durer le plaisir. Je rentre me changer et je repars dans mon quartier populeux, affairé, qui me rappelle tellement Budapest : style de magasins (années 50), couleurs, (jaune et rouge dominants) circulation automobile effrénée et désordonnée, odeur d’essence et d’épices ..
En bas de l’avenue je distingue la mer, mais elle est sans doute plus loin que je le pense. Des chasseurs de restaurant tentent de me faire entrer, mais j’achète un doner à 700 000 TL, et je viens le déguster dans le square de mon hôtel, en compagnie des chiens et chats errants, des touristes fatigués, et de quelques hommes seuls pas trop insistants ..
Ce square est triste mais je l’aime bien. Il ressemble à mes voyages et à mes états d’ âme.

……. Le lendemain : découverte de Sainte Sophie ! …………………………

16 juillet – 11h30 : C’est le choc stendhalien devant la Beauté ! Les pleurs de joie ! Sainte Sophie que depuis si longtemps je rêve de découvrir est là, à ma portée, au terme d’un long voyage.. Dans son enceinte je me sens enfin en sécurité totale, et je ressens ce que devaient ressentir les Croisés de 1097 en débarquant à Constantinople : foi et émerveillement devant tant de splendeur et de majesté !
537 ! Et toujours debout, sublime, évidente .. Le maquillage musulman offense la « franque » en moi : les grotesques macarons suspendus sur les piliers, peints au nom du Prophète, les petits mausolées trop chargés dans le chœur à la place de l’autel (qui était parait il en or massif ..).
Atatürk (encore lui) a voulu réconcilier tout le monde en faisant de St Sophie (AyaSofya) un musée, désaffectant la mosquée. Mais je rêve quand même de la voir restituée dans sa beauté première, le plus grand, le plus étonnant et le plus ancien des sanctuaires chrétiens, bien avant le Schisme, devrait sans doute être rendu à son culte originel ? -vœux pieux ..
Je n’hésite pas à repayer 15 millions de TL en liquide pour voir de près les mosaïques anciennes, qu’on a retrouvé sous le badigeon. Il faut monter par une rampe très longue, sans doute d’origine car pavée grossièrement de gros cailloux usés par les siècles.
La « Deisis » est le groupe le plus beau, la Vierge entre le Christ et St Jean Baptiste. Je passe et repasse, émerveillée par les éclats d’or qui jaillissent entre les couleurs douces, bleues, vertes, rosées, l’expression pensive des visages .. Si restauration il y a eu, elle est très réussie. De là, on mesure encore plus l’immensité de cette basilique presque carrée (70 m sur 75 m et 56 mètres de haut au sommet de la coupole, large de 31 mètres de diamètre ..). La couleur de fond est jaune ocre, le haut des arcades, des voûtes, est peint dans le style oriental, dans d’étranges tons violine.
Les quatre énormes piliers qui soutiennent la coupole, carrés, sont recouverts de plaques de marbre jaspé, dans toutes les nuances de verts, gris, beige, veinés de blanc et de noir. La grande coupole est étayée par plusieurs demi coupoles astucieusement disposées, que j’ai été incapable de dessiner correctement ! Je m’assois sur les marches du chœur, j’écoute des bribes d’exposés en français, quelle aubaine ! Je vais dans les jardins jonchés de colonnes brisées fumer une cigarette et boire de l’eau, mais je reviens toujours dans le narthex immense, surmonté d’une mosaïque du Christ en gloire ..
Puis je passe la marche usée (les portes sont carrément monumentales !) qui mène à ce paradis de pierre, de marbre et de couleur .. Un échafaudage est posé sur le côté gauche pour la restauration de la coupole, il monte jusqu’en haut, avec des escaliers, des ascenseurs.. Loin de gâcher le spectacle, il souligne encore davantage la vertigineuse hauteur de l’ouvrage.
En France, les plus anciens monuments datent du 11e siècle, alors que dans ces pays du Moyen Orient, les constructions du premier millénaire sont encore intactes, malgré la chaleur, l’humidité .. C’est bizarre.
J’imprime dans mon cerveau (craignant à juste titre que mes photos soient loupées !) le plan (inspiré dit-on par un Ange) de la basilique, les couleurs -violet, ocre jaune, vert jade .. – les énormes dalles usées, tout en marbre, sur lesquelles on marche, les ailes des chérubins aux angles de la coupole, la mosaïque de la Vierge à l’Enfant au dessus du chœur, qui dit-on encore, représente en fait l’impératrice Théodora (une prostituée) épouse de l’empereur Justinien qui fit rebâtir St Sophie en moins de 6 années !
Et pour imprimer, il faut contempler, encore et encore, et toujours revenir sur ses pas, lever la tête bien haut, voir les détails, le pigeon qui vole sous les voûtes, telle mosaïque pas encore remarquée, les chapiteaux ouvragés, la bordure répétitive de la base des colonnes de marbre ..
Ce matin, j’aime Dieu et ses Anges ..

Mais il faut bien partir un jour, et je me dirige vers Topkapi, vers la jolie église St Irène (fermée au public) où je nourris toute une famille de chats maigres avec les miettes de mon petit pain acheté à un vendeur ambulant. Le plus malin me contourne et me fait de la patte pour avoir quelque chose !

Mais il fait encore très chaud sous les arbres, car pas de vent du tout. Je vais donc retourner à la Mosquée Bleue, harcelée en chemin par les faux guides et autres profiteurs que j’ignore superbement.

Cette fois je me comporte bien : j’ai amené un foulard (en voile léopard mais enfin un foulard) et je joue les odalisques à fond en rangeant mes sandales dans les casiers des fidèles, négligeant l’écharpe rose ou bleue et le sac plastique noir et or des touristes !

La Mosquée n’est pas si bleue, tellement elle est grande, mais son plan est limpide, parfait, semblable à celui de St Sophie, en plus simple, moins gigantesque. Il y fait beaucoup plus chaud, la preuve qu’elle est moins grande ! Ou alors ses matériaux sont différents, mais vraiment, la chaleur est très sensible ici. D’ailleurs, une jeune touriste, victime d’un coup de chaleur ou autre, est étendue au sol, protégée par ses copines. Plus tard, je la verrai avec soulagement assise et souriante.

Je repars dans le feu du jour, encore plus harcelée ! j’ai alors l’idée de remettre le foulard qui me protégera aussi du soleil, mais rien à faire, un jeune homme fort beau s’arrête à ma hauteur, puis commence à me suivre discrètement, ce qui me dissuade de retourner à mon café d’hier .. Dommage ! Je m’engouffre prestement dans le tourniquet du tram, pour rejoindre l’embarcadère. J’ai encore des achats à faire.

Courte balade en ville dans la chaleur suffocante. Je passe voir l’ancienne gare de l’Orient Express, elle est toute petite et donne sur l’embarcadère, de l’autre côté du boulevard, et refais un tour au marché égyptien, dire au revoir à Hassan, mon gentil vendeur de loukoums . Il essaie de m’entraîner boire un verre, mais je ne marche pas !

Je finis par céder à la tentation de m’enfermer dans un MacDo pour me mettre au frais et déguster un grand coca light glacé ! 1million 5 tout de même, le coca ..

Ultimes achats de loukoums chez Koska, de toutes les couleurs et à tous les parfums ! Il ne dureront pas très longtemps ..

Dernière vision du Bosphore bleu et de ses gros bateaux, de la tour de Galata où je n’ai pas eu le temps d’aller, du trafic grouillant, des petits vendeurs partout, de tout, qui semblent ne jamais rien vendre et s’obstinent pourtant, et je reprends le tram vers mon hôtel, où j’apprend que l’on vient nous chercher à .. 3h20 ! (6h c’était le vol, pas le rendez vous aéroport qui lui est à 4h !).

Ces heures de condamné à mort me perturbent pas mal, mais quand c’est pour rentrer à la maison, c’est presque supportable !

J’espère que vous aurez eu le courage de lire jusqu’au bout, ça ne durait jamais que trois jours! ..



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5 commentaires

  1. Plusieurs rectifications s’imposent à la lecture de votre article.
    Pierre Loti était amoureux d’Aziyade, non pas “Ayzadé”
    Ou avez-vous vu que les enfants turcs ne vont à l’école que jusqu’à 8 ans ??? Le cycle scolaire obligatoire dure 8 ans, ils vont donc fréquenter l’école au moins jusqu’à 14 ans…
    La Sécu (SGK ex SSK – existe en Turquie, même si elle n’est de loin pas comparable à celle de France.
    Ce ne sont pas des corbeaux qui rôdent à Eyüp et ailleurs, ce sont des corneilles…
    Pour info, entre 2002 et aujourd’hui, les millions ont disparu de nos porte-monnaies et ont été remplacés par les YTL puis les TL…
    Bonnes fêtes de fin d’année
    Une alsacienne qui vit à Istanbul depuis 6 ans…

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