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Voyage au Japon : Découvrir l’envers du décor et lire Kafka

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Voyage au Japon, d’Osaka à Tokyo, de Beppu en passant par Hiroshima… Découvrez le Japon et un certain envers du décor…


░ Soir d’hirondelles─
░ demain encore
░ je n’aurai rien à faire

8h35 : aéroport d’Osaka. Déjà dans l’avion, j’avais eu un pressentiment. Rien d’extraordinaire. Juste un Japonais derrière mon siège. Il me donnait des coups. Je lui avais bien expliqué, en français d’abord sous le coup de l’émotion, puis en anglais ; mais je voyais bien qu’il ne comprenait pas. J’ai essayé le latin, une ébauche d’allemand mais, résigné, il n’entendait rien.

En arrivant, ça s’est confirmé ; le Japon, ça vous prend par le nez. Une odeur de thé vert et de poisson puant qui se répand à travers tout le pays. Sur toute la péninsule. Dans toutes les rues, où une chaleur humide accable chacun de nos mouvements. Qui étouffe dès que l’on quitte les lieux climatisés. Car il faut le savoir, il existe deux lieux uniques ici. Les extérieurs. Chaleur tropicale. Air humide. Odeur nauséeuse. Les lieux clos. Ancienne respiration bien fraîche et bruit d’hélicoptère. Bruit qui est partout d’ailleurs. Un enfer de bruit que ce pays. Les Pachinko, où des centaines de gens fanatisés s’amusent à mettre des billes dans des machines pour gagner d’autres billes –voire les mêmes billes, est la fusion d’une boite de nuit et d’un casino. Et à la tombée de la nuit, à l’heure où les bureaucrates sortent du boulot pour aller au dodo, les lumières s’allument. C’est un spectacle sidéral, à chaque fois. Les néons par millier obscurcissent les étoiles. On ne voit plus que ça. On est guidé par les enseignes pour Sony, Sega, les bières Kirin et Coca cola, tout en rouge, qui était mon étoile polaire.

░ Papillon voltige
░ dans un monde
░ sans espoir

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Amerika ou le Disparu, de Kafka : Karl Rossman aperçoit le glaive que brandit la Statue de la Liberté et sait qu’il est arrivé. Il ne se doute pas encore, lui qui a été violé par sa bonne et exilé à cause d’une faute qu’il a subi, qu’il touche ici les rivages de sa quête. Voyant qu’il a oublié son parapluie dans sa cabine, il se décide à retourner dans le bateau et à descendre dans les cales. Il finit par comprendre, après plusieurs détours, qu’il s’est perdu et que les nombreux couloirs du navire ne forment qu’un gigantesque labyrinthe. Avant même de découvrir le “nouveau monde”, il disparaît. Désemparé, il se décide à frapper à une porte et tombe sur le soutier qui ne fait que se plaindre de sa condition. Karl se prend d’affection pour lui et se donne entièrement à sa cause. Il décide de l’aider comme il pourra et lui offre toute sa confiance. Arrivant tous deux devant le Capitaine, une longue discussion s’entame. Mais Karl est reconnu par son oncle qui était venu le chercher et est emmené de force vers la grande métropole, abandonnant ainsi l’ami qu’il s’était fait, le laissant disparaître à son tour.
░ Soleil couchant─
░ la grenouille aussi
░ est en larme

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19h30 : Beppu ─ au bord de la mer, l’envers du décor. C’est dans cette ville que les sous-sol de la Terre rejettent leurs vapeurs, avec une odeur d’œuf pourri ; du “souffre” paraît-il. Beppu est très connu en effet pour ses nombreux geysers et ses marres fumantes, de boue et d’eau. Moi j’y étais pour l’heure du dîner. Et ça tombait bien, je mourais de faim. Le vomi des bas-fonds pouvait attendre. Je m’installe, bien bas je l’accorde, car la nourriture se trouve à dix centimètres du sol. Et en me baissant, avec ma souplesse de félin, je m’aperçois qu’une dizaine de coupelles illumine ma table. Des couleurs partout. Aussi bien dans les bols que les bols eux-même. Un vrai bonheur pour les yeux. Et en descendant un peu plus, je vois qu’il y a des mets intarissables. De la nourriture partout. Et en m’approchant encore un peu plus, les jambes presque cassées en deux, je constate qu’il y a du thé vert et de la soupe à vous couper la soif ; qu’il y a des odeurs d’algues et de poissons à vous couper la faim ; qu’il y a du poulpe, des têtes de sardines, du radis noir et du tofu ; du cru et du cuit. J’ai les jambes engourdies et mal pliées, le sourire figé devant tant d’ordres, de couleurs diffuses et de politesses exacerbées.

░ Puisqu’il le faut
░ Entraînons-nous à mourir
░ A l’ombre des fleurs

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Karl rencontre plusieurs femmes durant sa marche sans fin. Mademoiselle Klara qui le menace d’une gifle après lui avoir mis une dérouillée avec une prise de jiu-jitsu. Une gifle qui lui retirerait tout honneur, cela va sans dire.
La cuisinière en chef de l’hôtel Occidental et sa secrétaire Thérèse. Les deux femmes finiront par le renier après qu’il fut accusé d’une faute dont il était innocent.
Brunelda, chanteuse de cabaret aux allures de géantes monstrueuses, grasse et flasque, femme bicéphale, majestueuse et ignoble. Ses plis de graisse l’empêchent de bouger et de caresser ses adorateurs, tout comme le char de Juggernaut écrasait ses fidèles, impitoyable et sans haine.
Une hantise se déploie derrière toutes ces femmes. Hantise sexuelle. Horreur de la sexualité. Karl se sent-il pour autant mal-aimé ? Non, il se sent seul. Comme toujours.

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░ Papillon qui bat des ailes
░ Je suis comme toi─
░ Poussière d’être !

Fin d’après-midi : Hiroshima. “Let all the souls here rest in peace, for we shall not repeat the evil”. Tout le monde connaît l’histoire. Le 6 août 1945, à 8h15, par une matinée ensoleillée et sans nuage, un avion américain lâche une bombe A qui explose à 580 mètres du sol et qui détruit tout sur plusieurs kilomètres. Enfants. Oiseaux. Arbres. Femmes. Maisons. Poissons. Cent mille personnes meurent sur le coup. Cent mille autres durant l’année. Cent mille autres encore avec le temps et les radiations. Et il y a aussi les quelques américains de l’Enola gay qui reviennent à la base, l’air presque heureux, “mission réussie” disent-ils. Et comme ça ne leur suffit pas, il faut qu’ils se sentent fier.
Je ne suis pas là pour juger, ni même pour pleurer bien qu’une tristesse infinie s’empare de moi. Mais je constate que les erreurs se continuent.
Une flamme brûle là-bas. Elle s’éteindra le jour où les armes atomiques disparaîtront. Prions pour que rien d’autre ne l’éteigne avant. ░ Un monde
░ qui souffre
░ sous un manteau de fleurs. Un matin, Karl finit par trouver sa voie. Il lut sur une affiche, au coin d’une rue : « le grand théâtre d’Oklahoma recrute ! ». Lui qui s’était toujours senti perdu et délaissé, voilà que quelque chose l’appelait et l’attirait. Je veux être artiste. Je veux engager toute ma vie vers ce but. Et comme par enchantement, lui qui avait été rejeté de tout temps et de tout le monde, il finit par être engagé dans la troupe. Il n’avait pas donné son vrai nom et avait menti sur son passé mais peu importe, il était prêt à partir et à se donner une réelle identité…

░ Couvert de papillons
░ l’arbre mort cet hiver
░ est en fleur

Notice :
• Amerika, de Kafka
• Kobayashi Issa pour les Haïku



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