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Kyoto ; l’un des meilleurs romans de Yasunari Kawabata (Littérature japonaise)

Kyoto Sanctuaire Fushimi Inari

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Littérature japonaise. Avec Kyoto, Yasunari Kawabata signe l’un des meilleurs romans de  sa magnifique oeuvre si ce n’est le meilleur. Un voyage pour découvrir le Kyoto des années 60 soumis aux bouleversements liés à la vie contemporaine et que Kawabata appelle à préserver pour que Kyoto conserve sa beauté et son atmosphère sacrée et intemporelle…

 

Littérature japonaise : de Yasunari Kawabata

Yasunari Kawabata Kyoto

Tout commence par les violettes au creux du vieil érable, puis se prolonge par les cerisiers en fleurs du sanctuaire shinto Hiean Jingu. L’ancienne capitale, Kyoto, est pour Kawabata l’essence du Japon, de la nipponité. Le cerisier au printemps, c’est la vie même : « l’arbre semblant moins avoir produit ses fleurs que les branches n’être le simple support de ce foisonnement » p.13. A l’origine, il y a la nature, l’élan de vie qui s’épanouit en fleurs fragiles aux pétales roses comme les joues teintées d’émotions des très jeunes filles. Chieko se promène sous les cerisiers avec le jeune homme de 18 ans, Shininchi, son ami d’enfance choisi pour sa beauté à 7 ans comme Chigo (éphèbe) sur un char de parade de la fête de Gion. Il aura le privilège symbolique de se marier avec le dieu.

« Que c’est féminin, si on regarde bien… observa-t-il. Les fines branches qui penchent, les fleurs, tout est à la fois luxuriant et d’une extrême délicatesse » p.13. Car la nature est la Mère, à l’origine, celle qui met au monde et laisse pousser, indifférente. Chieko est une enfant trouvée, adoptée par un couple de commerçants en gros de tissus. De qui est-elle la fille ? Au fond, de la nature même, par-delà la mère porteuse – qui l’a abandonnée à la naissance et a disparue. Car c’est bien la nature qui va faire retrouver à Chieko sa sœur jumelle Naeko. En allant voir les troncs lisses des cryptomères de Kitayama, son amie reconnaît un double de Chieko parmi les paysannes. Les jumelles vont lier peu à peu connaissance, malgré l’écart des conditions sociales.

Et ce n’est pas par hasard si la reconnaissance a lieu lors de la fête de Gion, durant les Sept dévotions aux divinités du sanctuaire de Yasaka. Ce sanctuaire est dédié à Susanoo le petit frère provocateur d’Amaterasu, déesse du soleil qui tisse la toile de l’univers et arrière grand-mère du premier empereur du Japon Jimmu. Shinichi/Chigo se confond avec Naeko, l’ami d’enfance avec la sœur jumelle. Ainsi sont les meilleures unions « naturelles », dirait-on. Chacune aura un amoureux, mais l’ambigüité demeure de savoir de quelle sœur est amoureux chaque prétendant : de la fille-nature ou de la fille-héritière ? L’auteur a la délicatesse de laisser dans l’avenir la réponse.

kiyomizu dera kyoto

Loin des pays de neige et des amours impossibles, Kawabata signe ici son meilleur roman, dix ans avant son suicide. Tout est jaillissement, enracinement et exubérance. La vie encore traditionnelle de Kyoto se voit menacée par la modernité. Les artisans reculent devant l’industrie, les relations d’homme à homme devant la gestion, le contact avec la nature devant l’urbanisation et l’automobile. Même les geishas doivent attendre 18 ans avant de se livrer aux plaisirs. Ce que regrette Takichirô, père adoptif de Chieko, lorsqu’il rencontre celle qui accompagne une tenancière de maison de thé qu’il connait : « vraiment adorable, si blanche de carnation. Elle devait avoir quatorze ou quinze ans » p.111.

Le début des années 1960 bouleverse le Japon autant que la guerre et Kawabata le déplore. Il relie ici ce qui ne doit pas mourir, malgré l’accélération contemporaine : l’émerveillement devant la vie, le chant des hormones, le goût du travail bien fait. Chaque être naît artiste dans son domaine, de la préparation du thé au tissage de ceintures, du polissage des troncs au commerce de gros, de la création de motifs à la perfection des geishas. Il ne faut pas perdre ce contact de l’esprit avec les choses, de la création avec les êtres. On ne crée pas plus « en soi » qu’on « échange » tout court. Chacun est relié, pas égocentré ; l’individu est unique, mais ne se révèle qu’au travers des autres.

C’est le message des jumelles, nées de la même femme mais ayant eues chacune un destin différent, jusqu’à l’amour de la nature qui les a rapprochées. « Les fleurs vivent. Vie brève, mais vie évidente. Les années reviennent et les boutons s’ouvrent – comme vit la nature » p.58. « Elles fleurissent de toute la force de leur vie. » De même les jumelles, ou le jeune Shinichi : « Comment est-il possible que de si beaux enfants viennent au monde ? » p.68.

Si vous ne connaissez pas Kyoto, ce roman devrait vous donner envie d’y aller. Certes, la ville a changé, mais subsistent dans ses parcs et parmi ses temples l’atmosphère ici décrite par Kawabata : la nature parmi les hommes. Vous y verrez les cerisiers en fleurs au printemps, les bambous de l’été, les érables aux feuilles rouges à l’automne, les troncs lisses des cryptomères et le vert des pins en hiver. Décors vivants dans lesquels passent les êtres jeunes, pleins de vie, les vêtements ouverts aux souffles. Tout cela crée des « dieux » innombrables au cœur des sources et des pavillons de bois, et laisse une impression de sacré, d’union avec le tout, de sacrément vivant.

Yasunari Kawabata, Kyoto, 1962, traduction Philippe Pons, Livre de poche 1987, 192 pages, €5.32

 


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