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Thailande : A quoi rêvent les premiers ministres ? A quoi rêvait la petite Amou?

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Les seuls vrais rêves, ceux qui vous projettent vers la réalisation de quelque chose d’agréable ou de merveilleux, sont les rêves éveillés. Les rêves inconscients relèvent davantage de la psychiatrie ou des chamans (avec une nette préférence pour ces derniers en ce qui me concerne !).

J’ai donc attrapé au vol, le mot qui allait faire démarrer la chronique de ce matin, mot cueilli dans le journal thaïlandais de langue anglaise, le « Bangkok Post » où Songkran Grachangnetara (diplômé de la London School of Economics & Columbia University) était, hier, « chroniqueur invité ». C’était à propos de la « feuille de route de réconciliation » lancée il y a quelques jours par Abbhisit, le premier ministre thaïlandais.


(TRADUCTION) : « Abbhisit doit encore expliquer au public le rôle que l’armée a joué  dans le complot qui l’a mené au poste de premier ministre. A ce jour, le gouvernement a ordonné et organisé des comités pour enquêter à peu près sur tout, mais pas un seul comité sur la vérité concernant le coup d’état de 2006. Dans ces conditions, comment un premier ministre, assombri par des questions d’illégitimité, et considéré par la plupart des manifestants, comme l’incarnation même de la classe des privilégiés, peut-il revendiquer le rôle « d’Artisan de la paix » ?  Monsieur Abbhisit doit cesser de rêver éveillé ».

Comme je n’ai pas l’esprit d’escalier, un mot chez moi, amenant tout de suite une idée, un concept, un souvenir, et plus souvent une émotion … je vous livre celle de ce mercredi :

C’était dans un village Akkha près de Chiang Rai. Une jeune adolescente. 14-15 ans pas plus. Elle était venue me chercher par la main pour me présenter à sa famille. Parents et grands-parents vivaient sous le même toit de feuilles séchées. Ils étaient tous journaliers sur des exploitations appartenant à des thaïlandais et partaient très loin chaque matin (on venait les ramasser en pick-up), travailler la terre  pour une pitance ridicule. Pour mon plus grand plaisir, Amou avait revêtu la tenue traditionnelle de mariage Akkha, afin que je puisse la photographier. Elle était enfantine et espiègle, visage rond, yeux pétillants, fraîche et débordante de vie et d’envies encore inexprimés et sûrement la tête  encore pleine de rêves d’enfant…..L’année suivante, je visitais à nouveau le village, comme je l’avais promis aux parents de Amou. Ma petite écolière espiègle s’était envolée.

« Elle est a Bangkok, placée dans une famille » m’explique la mère en me montrant des photos récentes de sa fille.

J’ai un choc. En l’espace de quelques semaines, la petite ressemble à toutes les filles des grandes villes : maquillage, tee-shirt moulants, chaussures à plate-forme. Mon cœur se serre, on me rassure :   « Elle est servante dans une famille très riche »

Blog MIXED ETHNIES35

Quelques mois plus tard, je décide de passer une soirée en compagnie des parents de Amou et l’on partage la nourriture que j’ai achetée à Chiang Rai. Je m’inquiète à nouveau pour la « petite ». Cette fois la réponse est plus évasive :  « Elle est revenue à Chiang Rai »… Je me réjouis. Trop vite.

«La voir ? Euh…. Elle travaille maintenant dans un….euh, restaurant”.

Je sors déjà mon petit carnet d’adresses car j’ai bien l’intention d’aller la voir, mais devant moi, les visages se ferment. « Non, non, on ne connait pas l’adresse de son travail ».

Restaurant, travail… termes flous pour « bars », « salons de massage ».  J’ai peur de comprendre. La petite écolière est sûrement dans une « maison de thé » et toute insistance auprès de ses parents serait inutile, pire, déplacée et blessante. Je les aime bien alors je me tais et change très vite de conversation pour ne pas leur faire « perdre la face ».

Un frisson de tristesse me parcourt aujourd’hui. Que sont devenus les yeux espiègles et les joues rondes de Amou ? Avait-elle des rêves la jeune adolescente joyeuse qui me prenait par la main en riant pour me mener à sa famille ? Et quels « agents » recruteurs sont venus auprès de ses parents pour leur proposer un poste de télévision ou une somme d’argent en échange de leur innocente gamine ?  Le terme « tok kiauw » (récolte verte) désigne ce système de recrutement. De l’argent frais – vert – contre une fille innocente. “Le prix de la virginité”.

Aimer ce pays n’est pas simple et fait parfois mal. Adieu petite Amou  qui a peine adolescente, a déjà dû renoncer  à ses rêves d’enfant…

Et vous Abbhisit, réveillez vous ! C’est aussi cela votre pays !!!! Un pays où beaucoup de petites Amou n’auront jamais la chance de réaliser leurs rêves !

Blog - MIXED ETHNIES72

Amou et sa grand-mère, terrorisée par mon appareil photo



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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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