CHRONIQUES NOMADES

Crises sociales et politiques en Thaïlande

Par Michèle Jullian, le Juil 5, 2014, mis à jour le Fév 20, 2021 — 25 minutes de lecture
Crises sociales et politiques en Thaïlande 1

Si on ne lisait pas la presse, on pourrait presque ignorer le conflit qui oppose le gouvernement et les chemises rouges depuis deux semaines, sauf bien sûr si on a eu la malchance de « booker » un hôtel du côté de Ratchadamnoeun, Government house, Democracy Monument… périmètre sinistré sur le plan touristique avec ses 6000 chambres vides. Pour l’ensemble du pays, soixante dix pour cent des touristes « auraient » annulé leur voyage en Thaïlande en raison des problèmes politiques. 


Les chemises rouges face au gouvernement ; rumeur ou intox?

25 mars 2010.

Personnellement j’ai ressenti hier, une étrange différence entre les gros titres des journaux et l’atmosphère dans laquelle je me suis baignée pendant plusieurs heures. Il faut quand même souligner que c’était mardi et qu’une partie des rouges étaient rentrés chez eux pour revenir en force, paraît-il, ce prochain week-end. Bref, j’étais donc à Ratchadamnoen…..

Une police bienveillante 3
Rouge pour 99 bahts 8

Après être passée par la fouille de mon sac (quelques grenades ont éclaté hier), et sous l’œil débonnaire de 4 jeunes policiers, j’entrais dans le périmètre – interdit à la circulation –  des chemises rouges. Remonter Ratchadamnoen, c’est comme pénétrer dan une gigantesque foire. Mêmes musiques, mêmes marchands ambulants, mêmes stands de nourriture, mêmes vendeurs.

Les discours des leaders sont ponctués du crépitement de ces gadgets qui font fureur …et beaucoup de bruit : des jeux de mains en plastique qui applaudissent lorsqu’on les secoue. Applaudissements secs, répétitifs, plus efficaces que les applaudissements de mains qui exigent, eux, une plus grande énergie. Après tout il fait très chaud, et les participants sont sans cesse sollicités !

En tant que rare européenne égarée – non par mégarde comme certains touristes attirés par la musique depuis leur guest-house de Khao San Road toute proche –  on me regarde avec sympathie. Les sourires éclatent sur les visages. Des visages à la peau foncée des travailleurs de rizières ou de chantiers. Depuis la scène, les orateurs filmés en quasi permanence par une gigantesque louma (grue de prise de vues à laquelle est fixée une caméra), chauffent la foule, réveillent quelques endormis qui se mettent automatiquement à agiter leur « gadget à applaudissements »

Sous le regard du pere 9
Se reposer un peu 4

« Daeng maï daeng ? » (Rouges ou pas ?), « Sou maï sou ? » (On se bat ou pas ?) Le nom d’Abbhisit revient toutes les 30 secondes jusqu’à cette apothéose verbale que l’un des leaders lance, mais en anglais, tant l’invective en thaï est brutale. « Abbhisit go to hell ! ». Traduit littéralement, c’est « va en enfer », mais qui croit encore à l’enfer en France ?  Alors ça veut plutôt dire « Abbhisit va te faire f… » Des paysans rouges autour de moi n’ont pas compris. Je leur traduis : « Paï narok ! » Ouah ! Explosions de joie. Éclats de rire complices.

On partage 2
Probleme de pied 7

« Abbhisit vient d’une famille riche ». « Sa famille possède l’un des plus grands hôpitaux privés de Bangkok ». « Il ne fait rien. Rien que des discours ». « Il n’a jamais travaillé ». « Thaksin vient d’une famille pauvre, il a dû travailler pour être riche » Voilà ce que j’entends ça et là.

Thaksin le sauveur 10
Toujours Thaksin 11

On m’offre nourriture et boissons glacées. Je me fonds dans la foule qui a mis toute sa ferveur, sa foi, ses rêves en un seul homme. Leur sauveur, leur idole, leur père. Et tant pis si la rumeur – sans doute colportée par les journaux, comment savoir ? – se répand que la grippe H1N1 est en train de faire des ravages parmi les rouges. Tant pis si les journaux disent qu’une pandémie risque d’éclater et qu’il va falloir vacciner toutes les chemises rouges ! S’il n’y a pas assez de vaccin, «Y’a qu’a » demander a  Roselyne !…

Des ecrans partout 6

Partout des écrans géants pour transmettre les discours. Et Thaksin ? C’est pour quand sa vidéo conférence ? Ce soir ! Mais ça fait deux jours qu’il n’a pas parlé à son public chéri. Un mal de gorge a-t-il fait savoir… Ce qui tendrait à confirmer la rumeur (encore une ?) qu’il ne serait pas à Dubaï comme il l’avait annoncé. Mais alors où ?

On me demande parfois : « vos romans sont-ils pure fiction ? Sont-ils inspirés de personnages réels ? » Je répondrai que « l’imagination –  donc la fiction –  y chevauche la réalité –  donc l’Histoire actuelle de la Thaïlande –  »

Réalité des faits en toile de fond. Ancrage d’une histoire d’amour improbable enracinée dans un quotidien brutal dont on ne parle quasiment pas – voire jamais – en France. Rigueur absolue des évènements et faits puisés dans la presse, dans mon blog écrit au jour le jour et à la lumière de ma propre expérience de terrain. Témoin d’évènements en mai 2010 à Bangkok par exemple, où je m’étais rendue par trois fois à l’exception de l’assaut final (je ne pouvais changer une fois de plus mon billet d’avion) et c’est probablement une chance, car « armée » de mon appareil photo, je me serais sûrement approchée dangereusement au plus près des évènements  qui se sont soldés par un massacre. Plus de 100 manifestants assassinés, sans parler des photographes et journalistes. L’armée récuse toujours la responsabilité de cette tuerie. Possible. L’armée c’est qui ? L’armée exécute. Les gradés aujourd’hui évoquent les « men in black » en fait les « Tahan phran », ces mercenaires dont je parle dans mon roman. Eux aussi ont des chefs  invisibles.

Copie  - L'enfer bleu de Bangkok41
Mai 2010 BLOG 2 - 5
Copie Sept jours dangereux21

Mon compagnon, qui a fait partie de l’armée du roi et a différents postes du pays (Il était Phan Tho, l’équivalent de capitaine), m’expliquait que les « Tahan phran » reçoivent des ordres (exécutions parfois) de personnes dont ils ne savent pas le nom, dont ils ne connaissent pas le visage, reçoivent des enveloppes pour des « opérations spéciales » et ponctuelles, souvent le long des frontières dites sensibles. A votre avis comment expliquer l’exécution de 2000 trafiquants ou présumés tels sous Thaksin ?

Si je me suis inspirée de personnages réels ? Parfois. Somchaï, par exemple, qui traverse ces deux romans, est un peu la sublimation de mon compagnon. A tel point de confusion parfois, que je lui en veux de ne pas être à  la hauteur de mon  personnage. Dur dur pour lui parfois.

Copie BLOG 2 - 19
Copie MERCREDI 21147

Extrait de LA OUS ‘ARRETENT LES FRONTIERES *: « La beauté ne se raconte pas et Marie aurait été bien en peine de décrire celle de Somchaï : ni virile, ni efféminée, un mélange bien dosé des deux avec juste ce qu’il fallait d’irrégularités propre à la vraie beauté, celle qui dérange et surprend et, donc, celle qu’on garde en mémoire »

Copie BLOG 2 - 13

* “Theatre d’ombres” -” La ou s’arretent les frontieres” – Les editions de la Fremillerie

**************

La terrible
semaine qui vient de s’écouler à Bangkok va rendre – si le gouvernement n’allie
pas force et vertu – va rendre donc les divisions de la société thaïe encore plus
dures et irréductibles.

Les rouges ont
maintenant leurs martyrs et des centaines d’anecdotes sur la violence de l’armée,
pour alimenter leur ressentiment et leur esprit de vengeance.

Le gouvernement
et ses adeptes, pointeront du doigt les dégâts causés au pays et à son économie,
comme autant de preuves que les “rouges” sont des sauvages et ne méritent pas qu’on
les prenne au sérieux.

Le gouvernement
d’Abbhisit se montrera t-il fort et vertueux ? J’en doute…

Si un tel gouvernement existait de par le monde,
ça se saurait… et on chercherait tous à obtenir un visa pour aller y habiter.

103096784 rainbow -

La photo n’est pas de moi,.Elle symbolise un espoir possible……??????????????????

Par qui est dirigé la Thaïlande ?

Par qui est dirigé la Thaïlande ? on peut légitimement se poser la question lorsque le gouvernement, paralysé, indécis, (ou pas suivi), est incapable de régler les problèmes de sécurité dans Bangkok ; lorsque des « rouges » – qui ne le sont plus, du moins en apparence – se conduisent comme des sauvages (épisode de l’hôpital Chulalongkorn) ; et que l’armée, dont le chef suprême semble ne pas vouloir se résoudre à obéir au gouvernement en place, reste spectatrice d’une situation qui pourrit sur place faute de pourparlers, d’accords, de compromis, d’ouvertures.

Dans cet état de paralysie, d’économie touristique en train de plonger dans le rouge, ne reste plus qu’a faire courir les rumeurs les plus folles : celle de la mort de Thaksin par exemple, avec photomontage à l’appui !! L’intéressé lui-même a démenti en parlant à un journaliste du « Nation » : « Non, non, vous ne parlez pas à un fantôme, je suis bien vivant ». Le journaliste dit avoir reconnu la voix de l’ex Premier Ministre. Une autre rumeur circule, la pire de toutes celle-là : l’accusation du crime suprême, celle qui vous envoie en prison pour vingt ans sans que même les ONG n’osent ouvrir la bouche, la simple critique du…. euh…de la famille de Ségolène. Il faut savoir que n’importe qui, ici, sur simple dénonciation, peut vous envoyer en prison, pour des paroles qui nous paraîtraient – à nous, occidentaux, et surtout français à la langue bien aiguisée – lisses, inoffensives. Je me suis risquée un jour à dire : « Lorsque le cousin de Ségolène aura disparu… », j’ai vu les personnes devant moi pâlir, et me répliquer (parce que nous étions amis, mais plus pour longtemps si j’avais persisté dans cette voie) : « On ne peut pas évoquer ça ». Pardon Ségolène !

WANG PHA 1

Lu dans le magazine « Spectrum »  (je traduis) : « Depuis plus d’un mois, la Thaïlande est le témoin de violences et de bouleversements, mais surtout, elle voit le retour de cette terrible tactique, toujours utilisée lors des précédents conflits qu’a connu le pays : les accusations d’anti monarchisme proférées contre ceux qui seraient contre le gouvernement en place, sans considérer, ou se souvenir, qu’elles ont conduit au massacre des étudiants de l’Université Thammassat en octobre 1976 ». Un point de l’histoire récente pas très connu des jeunes thaïs qui préfèrent les épopées guerrières glorieuses et romanesques, du genre de celles que l’on voit au cinéma.

BLOG Want Pha 4
WANG PHA 7

Pendant ce temps, les hôpitaux qui se trouvent le long des frontières (Cambodge et surtout Birmanie), crient au secours car leurs services ne peuvent plus faire face aux vagues de migrants illégaux qui viennent se faire soigner en Thaïlande. « Nous essayons de donner les mêmes soins aux thaïs et non thaïs » disent les médecins, « mais nos hôpitaux sont en déficit et des maladies contrôlées jusqu’à présent, sont en train de se répandre à grande vitesse, comme la tuberculose par exemple. Avec des infections aggravées par la résistance aux antibiotiques, en raison du non suivi des traitements. La malaria sévit également tout le long de la frontière birmane, principalement dans la province de Tak et le district de Mae Sot, proche de Myawaddy. Le « Mae Sot général Hospital » doit faire face à un déficit de cinquante millions de bahts ».

Pendant ce temps, plusieurs dizaines de millions viennent d’être alloués à l’armée. Une armée aux ordres de qui ?

Thaksin, dans ses résidences dorées et multi passeports en poche, doit rigoler. Sans doute se voit-il en sauveur d’une situation qu’il a largement contribué à créer et qu’il doit sûrement (je suppose) continuer à entretenir. Grâce à son immense fortune (la sixième d’Asie). Et parfois, je me demande….

BLOG Myanmar 12
WANG PHA 9
WAMG PHA 6
WANG PHA 8

Ne reste plus qu’a méditer, guetter, ou comme lui, attendre des jours meilleurs. En Birmanie comme en Thaïlande. Ou rêver tout simplement. Avant-hier, l’homme dans cette position était diffèrent.

WANG PHA 2

Thaïlande : Chapeau Excellence !

Antonio Venus Rodriguez à Bangkok - crédit photo : www.bangkokpost.com

Il y a des jours où rage et émotions se disputent la scène. Les événements qui ont réveillé ces sentiments ce matin, ne sont pas du tout contradictoires, mais doivent cependant être manipulés avec précaution, comme de la nitroglycérine. C’est donc la raison qui va l’emporter. Avec beaucoup d’admiration pour un homme qui a osé parler dans ce désert assourdissant de silence.

Il s’appelle Antonio Venus Rodriguez et c’est sa voix que je vais me permettre d’emprunter ici. Il est ambassadeur des Philippines en Thaïlande, en poste depuis presque 7 ans déjà. Il se trouvait aux premières lignes lors des événements qui ont ensanglanté le pays il y a quelques semaines, lorsque le gentil garçon élevé à Oxford a donné l’ordre à l’armée de tirer pour chasser les chemises rouges. Avait-il lui-même reçu un ordre de plus haut ? Tirer…Non pas avec des lances à eau, ce qui pourtant aurait été possible et faisable dans la mesure où l’armée venait juste d’acquérir a grand frais, ce genre de matériel, mais avec de vrais fusils et de vraies balles

Comment appelle t-on un ambassadeur déjà ? Pour une fois, je ne le dirai pas en me moquant, comme il m’est arrivé de le faire quelques décennies plus tôt, lorsque je me trouvais à la table d’un autre ambassadeur, lui aussi venu des Philippines, un peu vieillissant, un peu  « bagousé » et diamanté, et… beaucoup dragueur… C’était à Kuala Lumpur, chez mon ami Dato Musa Hitam, alors ministre des « industries primaires » de Malaisie. Une autre époque.

Son excellence Antonio Venus Rodriguez aujourd’hui, a avoué au « Bangkok Post » qu’il s’était trouvé dans une bien meilleure position que celle de beaucoup d’autres diplomates étrangers en poste en Thaïlande,  car, disait-il : « Je me suis rendu moi-même plusieurs fois sur les lieux de protestations des «  rouges ». Et si vous vous êtes compromis en vous promenant parmi ces « chemises rouges », Excellence, c’était à la demande de votre ministre des affaires étrangères, curieux de connaître l’évolution de la situation au jour le jour, car – je vous cite, excellence – « On ne pouvait faire confiance aux médias locaux, trop partisans d’un côté ou de l’autre ». Votre ministre des affaires étrangères ajoutait lui aussi : « On ne peut obtenir de point de vue objectif sur ce qui est en train de se passer en Thaïlande, ni par la presse ni par la télévision ».

Sur les manifestants, Antonio Venus dit encore : « J’étais intrigué par le mélange que je constatais : vieilles femmes, enfants, gens simples, fermiers…une population politiquement peu active d’habitude. En fait, des gens que vous ne vous attendriez pas à voir dans des endroits comme ceux-là.  Beaucoup de gens rejoignent ce genre de manifestations, parce qu’ils sont payés. Aux Philippines aussi, mais en général, ils se montrent, participent chaque jour, encaissent leur argent et s’en vont. Ici, ceux qui assistaient aux démonstrations, écoutaient attentivement et même avec ferveur, tous les discours. Ils claquaient des mains et répondaient avec enthousiasme aux exhortations des leaders. Ce n’était pas ce que j’imaginais. Il était impossible que ces gens ne soient là que pour des raisons financières. Certains venaient de loin, donc on avait dû payer leur transport et leur nourriture. Je ne suis pas sûr qu’ils ne fussent là que pour l’argent. Ils avaient « accepté » l’argent. Ce qui est un peu different ».

Ces commentaires de l’ambassadeur philippin ont suscité la colère des « tee-shirts jaunes », convaincus que ces stupides rouges n’avaient fait ça que pour le fric. « Mais », reprend son excellence, « Nous devons pourtant les respecter pour le sacrifice qu’ils ont fait et  – texto – « waving a red flag at a bull » (traduisez-vous-mêmes) » Il a encore ajouté avec – ce que je considère comme une belle audace : « Le gouvernement a mal jugé ces protestataires et a donc réagi de façon inconsidérée ».

Je dois signaler que seul le NPA et le FN en France ont condamné les actes – « inconsidérés », pour reprendre les termes de son excellence – du gouvernement thaïlandais. Étrange. Pourquoi ? Il y aurait du pétrole et du gaz en Thaïlande ?

De la Belgique à la Thaïlande : et la politique demain?

Vers une fin de crise en Thaïlande ?

Si dans un combat ou une guerre, il y a toujours un gagnant, donc un perdant, en Asie, l’essentiel est avant tout de ne pas « perdre la face. » (« Sia nhaa » litt. : face foutue). La confrontation « Gouvernement/Chemises rouges » semble, sinon s’apaiser, du moins en passe de trouver une voie de règlement – provisoire – Vers une solution « win/win », « gagnant/gagnant » ? A mon humble avis, les compromis que les uns et les autres semblent vouloir proposer et accepter, « sauvent la face », donc les apparences. Les violences vont se calmer, peut-être, mais au bout du compte… est-ce que ce n’est pas, finalement, qu’un provisoire « loose/loose », « perdant/perdant » ?

Après le putsch de 2006 fomenté – paraît-il – par… hummm (la famille de Ségolène a des conseillers….), avec le général Sonthi à sa tête et la destitution de Thaksin. – Après la mise en place d’un gouvernement provisoire avec le général Surayud, – Puis après le renversement par les « jaunes », de Samak puis de Somchaï (beau-frère de Thaksin), Abbhisit a donc été élu en 2008,( résultat  d’une laborieuse coalition). Vous suivez toujours ? et pourtant je vous ai fait grâce des noms complets des protagonistes…

Donc, Abbhisit, chef du party « Démocrate ». (Un mot qui n’a pas le sens que nous lui donnons, nous….j’allais écrire « européens », mais comment peut-on être européen quand flamands et wallons veulent la division de la Belgique en deux, et même en trois si on compte Bruxelles ? Pardon de toutes ces digressions… ) Abbhisit ne dispose d’aucune vraie majorité.

Face a  lui, les Rouges, avec leurs trois leaders principaux que je qualifierais de « modérés », comparés à quelques agitateurs furieux qu’on accuse – à tort ou à raison – de vouloir renverser la monarchie. Eux non plus ne font pas l’unanimité du peuple thaï, ils sont juste plus nombreux. Alors ? Leaderships fragmentés des deux côtés. Ni l’un ni l’autre ne dispose d’une vraie majorité. « Une situation qui risque de produire les pires dégâts collatéraux », pour reprendre les termes d’une journaliste du Bangkok Post, qui trouve bon d’expliquer « dégâts collatéraux » (termes inventés après les interventions malheureuses des guerres « propres » américaines) signifiant ici : « le pire pour nous, citoyens thaïs ordinaires ».

Allez ! Anticipons : Les rouges gagnent aux prochaines élections… On peut difficilement imaginer que ceux qu’on appelle « élite », « ammart », « jaunes », « citadins », « éduqués », acceptent d’être gouvernés par des « buffalos », « khwaais », « phraï », « bouffeurs de somtam »… J’allais aussi écrire « bouffeurs de sauterelles, de criquets et autres délicatesses grillées » que j’efface virtuellement car les gens de la ville en « dégustent » aussi. Et apres ? Tout recommence ?

Les discussions à la maison sonti animées. Le fait de ne pas être entièrement POUR l’un ou l’autre, c’est déjà être CONTRE. Chaudes et pimentées les discussions donc.J’ai appris quelques insultes thaïes que je decline avec mon plus charmant sourire et avec un ton deuxième degré qui ne peut échapper à mon ami. Pas de nom d’oiseau, mais plutôt de cette charmante bête à quatre pates et deux cornes. Heureusement mon ami a de l’humour et tout se termine en chanson (il connaît tout le répertoire du nord et du nord-est)

Je ne connais pas grand-chose à la vraie politique, observatrice tout au plus dela façon de vivre des thaïs depuis une dizaine d’années, j’ai même un modèle ultra traditionnel à la maison. Ici on vit au jour le jour. Culture de l’instant. Très agréable pour les passants. Philosophie de l’immédiateté. Refus de penser à demain.

Me revient en mémoire l’anecdote d’un de ces auteurs (ils pullulent à compte d’auteurs en Thaïlande), racontant ses déboires conjugaux avec sa femme dont il est le senior de quelques décennies… (« Elle me trompe » « Elle a un amant thaï », « Qu’est-ce que je fais, j’ai mis toutes mes économies dans l’achat d’une maison qui est maintenant à son nom ? », « Sa famille me chasse, je ne sais plus où aller »… J’exagère ? C’est que vous n’avez pas – comme moi, au fil de ces 10 dernières années, tout lu, sur la question.Donc l’un de ces brillants auteurs écrivait : « Lorsque je donne 100 bahts à ma femme pour faire le marché, elle dépense tout. Que je lui donne 500 ou 1000 bahts, ce sera pareil tout sera dépensé ».

J’ai, moi aussi, un souvenir personnel. Je filmais alors un documentaire en Isan (« Un jour, trois mois, trois ans »). Je donne un billet de 1000 baths à mon assistant pour qu’il aille m’acheter… des chewing-gums. Il est revenu avec un sourire radieux, une paire de jumelles, mes chewing-gums et quelques satangs qu’il s’est empressé d’empocher (les farangs ne ramassent pas les pièces c’est bien connu).

Difficile de résister à la tentation de l’instant. C’est en cela que les thaïs sont charmants ou insupportables – selon que l’on est marié ou pas, touriste ou résident, amoureux ou jouisseur. Moi je suis amoureuse, pas mariée, et pas plus touriste que vraie résidente… alors ? Eh bien, ca dépend des jours…

Et la politique demain ?

BLOG Bloody saturday 3

Réalité et fiction… lorsqu’elles rejoignent l’Histoire

On me demande parfois : « vos romans sont-ils pure fiction ? Sont-ils inspirés de personnages réels ? » Je répondrai que « l’imagination –  donc la fiction –  y chevauche la réalité –  donc l’Histoire actuelle de la Thaïlande –  »

Réalité des faits en toile de fond. Ancrage d’une histoire d’amour improbable enracinée dans un quotidien brutal dont on ne parle quasiment pas – voire jamais – en France. Rigueur absolue des évènements et faits puisés dans la presse, dans mon blog écrit au jour le jour et à la lumière de ma propre expérience de terrain.

Témoin d’évènements en mai 2010 à Bangkok par exemple, où je m’étais rendue par trois fois à l’exception de l’assaut final (je ne pouvais changer une fois de plus mon billet d’avion) et c’est probablement une chance, car « armée » de mon appareil photo, je me serais sûrement approchée dangereusement au plus près des évènements  qui se sont soldés par un massacre.

Plus de 100 manifestants assassinés, sans parler des photographes et journalistes. L’armée récuse toujours la responsabilité de cette tuerie. Possible. L’armée c’est qui ? L’armée exécute. Les gradés aujourd’hui évoquent les « men in black » en fait les « Tahan phran », ces mercenaires dont je parle dans mon roman. Eux aussi ont des chefs  invisibles.

Copie  - L'enfer bleu de Bangkok41
Mai 2010 BLOG 2 - 5
Copie Sept jours dangereux21

Mon compagnon, qui a fait partie de l’armée du roi et a différents postes du pays (Il était Phan Tho, l’équivalent de capitaine), m’expliquait que les « Tahan phran » reçoivent des ordres (exécutions parfois) de personnes dont ils ne savent pas le nom, dont ils ne connaissent pas le visage, reçoivent des enveloppes pour des « opérations spéciales » et ponctuelles, souvent le long des frontières dites sensibles. A votre avis comment expliquer l’exécution de 2000 trafiquants ou présumés tels sous Thaksin ?

Si je me suis inspirée de personnages réels ? Parfois. Somchaï, par exemple, qui traverse ces deux romans, est un peu la sublimation de mon compagnon. A tel point de confusion parfois, que je lui en veux de ne pas être à  la hauteur de mon  personnage. Dur dur pour lui parfois.

Copie BLOG 2 - 19
Copie MERCREDI 21147

Extrait de LA OUS ‘ARRETENT LES FRONTIERES *: « La beauté ne se raconte pas et Marie aurait été bien en peine de décrire celle de Somchaï : ni virile, ni efféminée, un mélange bien dosé des deux avec juste ce qu’il fallait d’irrégularités propre à la vraie beauté, celle qui dérange et surprend et, donc, celle qu’on garde en mémoire »

Copie BLOG 2 - 13

* “Theatre d’ombres” -” La ou s’arretent les frontieres” – Les editions de la Fremillerie

Plus royaliste que le roi !

L’expression a été utilisée la première fois par Chateaubriand, dans « De la monarchie selon la Charte » et son usage métaphorique s’est répandu. C’est défendre quelque chose avec plus de zèle que la personne concernée.

Je lis dans le ‘Bangkok Post’, au sujet du crime de Lèse-Majesté  que  Surachai, en prison depuis neuf mois, face à trois accusations de LM (je n’ai pas dit SM) avoue que, face aux poursuites, le mieux est « d’avouer en espérant une « grâce royale ».  Il a déjà bénéficié d’un pardon royal il y a dix ans alors qu’il était considéré comme insurgeant communiste. Surachai dit qu’il est inutile de s’entêter, car alors on risque de passer le restant de ses jours en prison. Surachai aurait offensé la monarchie sur la scène des « Chemises Rouges » (UDD) en décembre 2008

Daranee (célèbre responsable d’un website) est enfermée depuis trois ans déjà et attend toujours un verdict. Elle a nié toutes les accusations portées contre elle. (Du danger d’abriter des propos non contrôlés de blogueurs)

L’anniversaire du roi qui aura 84 ans, c’est dans quelques jours. Le 5 décembre.

Actuellement 101 « Chemises Rouges » sont détenues dont 70 à 80 seront probablement libérées sous caution.

En France, les ultras royalistes apparaissent dans le contexte des idées révolutionnaires de la Révolution Française. On disait alors que le système politique reposait sur la volonté divine. « C’est dieu qui « prépare les races royales » (Joseph de Maistre). Le peuple ne pouvait qu’accepter les lois promulguées par l’élu de Dieu.

Un parallèle avec la France d’avant la révolution et la Thaïlande aujourd’hui ? Je m’en garderai bien, je me contente d’un petit rappel historique.

En Thailande, David Streckfuss, universitaire qui a étudié la loi sur le crime de LM dit qu’il  y aurait différentes façons, pour le nouveau gouvernement d’aborder cette question de LM ainsi que celle sur la liberte d’expression. L’article 112 du Code Pénal pourrait être amendé afin de prévenir tout abus. Sans changer les termes de cet article, en y ajoutant simplement des conditions comme celles requérant l’accord du Ministre de la Justice ou celui du « Bureau of Royal Affairs », avant de procéder à des jugements.

Lb lundi 19 avril7
Vous apprécié IDEOZ? Partagez avec vos amis!
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Michèle Jullian

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures : https://michjuly.typepad.com/blog/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *