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Alpes de Haute Provence – Retour au pays de Jean Giono

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Qu’elle est belle cette terre de Provence, baignée par le soleil mais qui n’échappe pas à la rudesse.. Le pays de Jean Giono, qu’il contait dans « Colline », dans « Regain » offre des paysages et des émotions intenses… Sur les pas de Giono, découvrez Valensole, le village et son plateau, le musé des Oliviers qui condensent l’art de vivre provençal dont les Alpes de Haute Provence s’efforcent d’être un gardien malgré les exodes du siècle dernier…

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Avant de gagner Perpignan, j’ai eu l’occasion de vivre une journée dans les Alpes de Haute Provence. Je ne voudrais pas toujours passer par la case nostalgie avant de gagner mon sujet, mais mon dernier souvenir concret de cet espace provençal datait des années soixante dix, un peu après la disparition de Jean Giono.

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Une terre sur laquelle on pouvait alors se déplacer dans le bonheur d’une création littéraire qui flirtait avec la réalité récente, en y rencontrant des personnages issus tout directement du légendaire. Je me souviens encore aujourd’hui de ce villageois habitant entre Forcalquier et Sisteron, qui avait inscrit sur sa porte : musée géologique, avec un g peint à l’envers. Grâce aux roches et aux fossiles qu’il avait ramassés dans un rayon d’une dizaine de kilomètres, un territoire qu’il n’avait jamais quitté, et avec l’aide de quelques livres de classe, il racontait en direct, de manière frustre et convaincante la naissance du monde, comme s’il y avait lui-même assisté.

Fin août, j’ai fait quelques arrêts sur la route qui va vers Valensole, ville clunisienne, et au-delà. Sous le soleil, le lacis de ruelles invitait les chats et les dames âgées à raser les murs. J’ai revu également le plateau de Valensole, sans ses bouquets violets. La coupe des lavandes était terminée, mais il restait heureusement une ondulation somptueuse.

J’ai visité aussi le musée de l’olivier, ou plutôt le centre d’interprétation qu’Olivier Beaussant a ouvert près de Volx sur l’histoire, la géographie et la culture de l’olivier, comme sur la production d’huile d’olive par les producteurs de la région.  Il y présente les saveurs comme on décrypte les grands crus. On y goûte des fruités vert, mûr et noir dans des petites cuillères, jouant avec des fluides peuplant totalement la bouche et qui ouvrent l’appétit vers d’autres fruits de saison. Nous sommes ici, sous forme ludique, situés dans prolongement d’Olivier and Co…et encore plus anciennement de l’Occitane en Provence, marques qu’il a créées puis a du laisser à un autre management, pour diverses raisons. Une présentation agréable, mieux encore raffinée où tous les sens sont sollicités. J’aimerais bein en faire une des étapes des Routes de l’Olivier.

J’ai revu enfin longuement les jardins du prieuré de Salagon, avec cette fois l’œil neuf d’une traversée de paysages somptueux que la fin août caressait avec calme et sérénité. Les jardins ethnobotaniques de Salagon ont évolué dans le bon sens depuis que le Conseil Générale les a rachetés. Je veux dire que la présentation s’approfondit, se diversifie et que la pédagogie s’intègre avec délice, là encore en sollicitant tous les sens. Plusieurs heures de visite avec l’animatrice responsable du patrimoine, entre botanique et passions médiévales, cultures, senteurs et lecture paysagère, m’ont permis de constituer une réserve de sens, en revenant carré par carré vers l’espace déjà décrit dans l’ouvrage sur les jardins publié il y a maintenant plus de dix années. Point de somptuosités florales en cette fin août où se dessine plutôt l’époque des fruits. Moins de couleurs, mais un faisceau d’odeurs de plantes matures.

Alors pourquoi Giono ? Ou plutôt, Giono bien entendu !

Je m’alarme peut-être à tort du fait que l’un des plus grands écrivains français du siècle dernier reste tant ignoré. J’espère en effet me tromper ! Me reviennent soudain les ouvrages que je lisais à la fin du lycée et ceux qui m’ont accompagnés la première fois que je vins à Manosque.

Je ne sais plus pourquoi j’ai l’impression d’avoir gardé dans l’oreille la voix de l’écrivain interrogé par son collègue poète et conteur Henri Gougaud qui, de dix ans mon aîné, vient de devenir mon ami sur facebook. Je ne retrouve plus trace de ces entretiens, tandis que le dialogue entretenu avec Marguerite Taos-Amrouche et Jean Amrouche qui date pourtant de 1953 est répertorié partout. Est-ce celui-là vraiment que mon souvenir a su garder ?

Le terme de « voyageur immobile » employé pour désigner Jean Giono, y compris sur le site internet qui lui est dédié, reste emblématique et comme un opposé à ma propre agitation errante. Mais comme s’il avait craint à juste titre de subir lui aussi les effets de la mondial:isation, en se protégeant, je retrouve dans ses textes les racines poétiques, sous une forme lyrique, des mots de l’environnement qu’une récupération publicitaire de mauvais aloi nous propose trop souvent aujourd’hui.

Lorsque au début des années soixante dix, je marchais sur les drailles des Cévennes, apercevant au loin les ondulations de l’autre côté du Rhône, ou que j’écoutais les grosses gouttes de l’automne faire vibrer comme un orgue les éboulis de la Montagne de Lure, j’étais situé à la fois du côté de la résonance poétique avec Jean-Pierre Chabrol et Jean Giono, mais aussi du côté de la botanique, collectant les plantes et les respirant, cherchant leurs associations, leurs groupements et m’arrêtant sur les indicatrices des sols sur lesquelles elles se développaient.

J’ai tenté longtemps de garder mes pas en compagnie de leurs voix. Je dis bien leurs voix, car il faut les lire en les prononçant ! Aucune surprise alors si elles me reviennent si facilement.

J’ai repris les romans de Giono, dès que j’ai trouvé une librairie qui m’en proposait certains. Je vais essayer de retrouver l’intégrale de la Pléiade. J’ai commencé par ce tout petit récit proposé au Reader Digest en 1953 « L’homme qui plantait des arbres ». Une métaphore de notre affolement actuel vis à vis des changements climatiques et de la disparition des forêts. Vrai – faux récit d’un personnage impressionnant que Giono a « vendu » à l’éditeur américain comme réel, avant d’avouer aux américains offusqués que son métier étant de conter et donc d’inventer.

Mais, autour de l’homme immobile, n’y avait-il pas tellement d’autres hommes immobiles dont le sort s’est joué sur un espace de quelques dizaines de kilomètres dans le trop de froid et le trop de soleil, comme le gardien du musée géologique qui reste planté dans mon cœur ?

Puis je suis retourné à certaines origines : Le tout premier récit « Colline » et puis la veillée funèbre « Les âmes fortes » que j’ai lus d’un trait entre Perpignan, Grèce et Roumanie.

Fasciné non seulement par le style, mais aussi par le paysage inclusif. Giono ne fait qu’un avec des êtres qui le hantent et pour lesquels il prend la parole ; non pas comme un avocat, mais comme un coryphée. Il hante et il est hanté. Il les conte et ils le content.

Je me souviens encore – que l’on comprenne ainsi pourquoi la radio a eu tellement d’importance pour moi – de ce que Giono disait de Gide. Si Gide avait du gagner sa vie en racontant des histoires sur la place du village, il serait mort de faim, disait-il. Et je crois qu’il évoquait ce paysan qui ramassait des grenouilles, les gardait dans sa poche avant de les sortir une par une au moment de l’apéritif et de les avaler toute crue, accompagnées d’une lampée de pastis. Gide, le parisien, devenait vert à ce spectacle.

Les sociologues qui nous disent que le rapport à la proximité, à la nature, à la conscience planétaire vont changer, ne se sont sans doute pas soucié que sans faire de la société traditionnelle un modèle rosé, un groupe d’écrivains en langue française dont j’ai cité quelques noms, avaient, un temps, entre années trente et années soixante, dans la recherche du pacifisme et d’un certain panthéisme, annoncé la connivence fondamentale de l’homme et des espaces naturels. Désignant un danger majeur, sans éclat et sans rhétorique !

Giono rêvait de ce moment où les sangliers sortiraient des bouches du métro parisien, tandis que les vignobles de Montmarte, libérés de la Butte, envahiraient sauvagement les rives de la Seine.

« Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille étaient sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant. »

Les photographies dialoguent avec le texte. On y reconnaîtra le village bas de Valensole, le plateau de Valensole, le prieuré de Salagon, le musée de l’olivier et un calvaire lové entre olivier et marronnier.

Michel Thomas-Penette

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