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Annie Girardot, l’une des plus grandes actrices du cinéma français

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Annie girardotAnnie Girardot, l’une des plus grandes actrices du cinéma français, est décédée ce 28 Février 2011. Femme de caractère, authentique, dotée d’un talent rare, d’une voix reconnaissable entre toutes et d’une présence  à l’écran comme sur scène exceptionnelle, cette comédienne a tourné dans 122 films très variés, dont quelques uns remarquables tels Rocco et ses frères, Docteur Françoise Gailland ou encore Mourir d’aimer.

Le monde du spectacle et le public rendent aujourd’hui un vibrant hommage à une comédienne qui ne fit jamais partie du star system, mais nous a émus par son authenticité et son talent.

VIDEO  HOMMAGE

httpv://www.youtube.com/watch?v=QRLigMuf-PM

Née en 1931, Annie Girardot, après le Conservatoire dont elle était sortie avec un double prix de comédie classique et moderne et un passage à la Comédie française de 1954 à 1957, débute sa carrière cinématographique dans des films de série noire, très en vogue à la fin des années 50. Elle est remarquée auprès de Gabin dans  Le Rouge est mis ( 1957 ) de Gilles Grangier et  Maigret tend un piège ( 1958 ) de Jean Delannoy. A partir de 1960, elle va alterner les films français et italiens et apparaît bouleversante dans l’admirable film de Visconti  Rocco et ses frères , où elle a pour partenaires Alain Delon et son futur mari Renato Salvatori  -qui sera le grand amour de sa vie et avec lequel elle aura une fille Giula, elle-même comédienne ( Renato mourra en 1988 ). Le film de Visconti, où elle est l’inoubliable prostituée Nadia, la propulse au firmament du cinéma et fait d’elle une actrice de premier plan, incarnant idéalement la femme moderne, forte et active. Elle est, par excellence, l’actrice populaire, tour à tour drôle et pathétique, aussi à l’aise dans la bouffonnerie que dans le drame. Ses rôles sont souvent ceux d’une personnalité en pleine ascension sociale comme dans  Docteur Françoise Gailland ( 1976 ) de Jean-Louis Bertucelli, dont le rôle titre semble fait pour elle, celui d’une femme forte, indépendante dont le fils vole, la fille se retrouve enceinte et elle-même apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Figure canonique à caractère définitivement matriarcal, elle y est sensationnelle et les femmes des années 70 se reconnaissent volontiers en elle. Suivront dans la même veine  Il faut vivre dangereusement de Claude Makovski ou encore  Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause ( 1969 ) de Michel Audiard qui lui concocte, comme pour Gabin, des dialogues sur mesure.

Annie Girardot. René Chateau

Sa filmographie est importante, puisqu’elle est présente  dans 106 longs métrages, sans compter ses nombreuses prestations sur les scènes de théâtre et à la télévision. On peut dire qu’elle a tourné avec les meilleurs metteurs en scène contemporains : Jean-Paul Le Chanois, André Hunebelle, Gilles Grangier, Marc Allégret, Jean Delannoy, Christian-Jacque, Alexandre Astruc, Luchino Visconti, Denys de la Patellière, Gérard Oury, Franco Rossi, Mario Monicelli, Marco Ferreri, Philippe de Broca, Marcel Carné, Claude Lelouch, Aleksandar Petrovic, Ugo Gregoretti, Edouard Molinaro, André Cayatte, Claude Pinoteau, Francesco Maselli, J. Louis Bertucelli, Yves Boisset, Moshe Mizrahi, Bertrand Blier, Michael Haneke… Tous auront fait appel à son talent d’actrice au-dessus et au-delà des modes, femme pressée qui ne s’embarrasse pas de vaines coquetteries et ne sera jamais ni star, ni vedette, seulement une actrice authentique à la façon de Signoret.

Dans les années 70/80, elle est l’une des rares comédiennes dont le nom permet le montage financier d’un film. Elle entretient alors avec le public une relation privilégiée, tant elle est proche de chacun et incarne des personnages saisis dans la réalité de la vie quotidienne. André Cayatte la fait tourner dans  Mourir d’aimer en 1971, parce que, dit-il : souffrir avec énergie lui va bien. La zizanie ( 1978 ) de Claude Zidi avec De Funès va clore la décennie fabuleuse d’Annie Girardot et avec elle s’éteint une forme de cinéma, en même temps qu’une certaine représentation de la femme à l’écran. Peu à peu, l’actrice tombe dans l’oubli, mais, heureusement, renoue avec le théâtre où elle sera Madame Marguerite à Paris et en province. Icône d’un être à jamais blessé, elle franchit les étapes du vieillissement avec plus ou moins de bonheur, bien qu’elle reste une grande figure du 7e Art, quelqu’un qui a su nous toucher au plus profond avec ce petit quelque chose de bancale, de déglingué, qu’elle masquait avec pudeur sous des dehors faussement déterminés et  derrière cette voix inimitable au phrasé saccadé.
Annie a également publié trois ouvrages : Paroles de femmes en 1984, Vivre d’aimer en 1989 et  Ma vie contre la tienne, en hommage à sa mère en 1993, puis, dernièrement, nous avons encore eu le plaisir de la voir dans  Caché ( 2003 ) de Michael Haneke et  Je préfère qu’on reste amis ( 2004 ) de Jean-Paul Rouve. Elle est aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer contre laquelle elle livre son dernier combat.
Elle nous a quittés paisiblement le 28 février 2011, ayant à ses côtés sa fille et sa petite-fille.

Ses récompenses : Meilleure interprétation féminine en 1967 au New York Film critics Circle Awards pour le film Vivre pour vivre de Claude Lelouch.
Prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 1965 pour le film  Trois chambres à Manhattan de Marcel Carné.
Meilleure interprétation féminine en 1976 aux Césars pour le film Docteur Françoise Gailland de Jean-Louis Bertucelli.
Meilleure interprétation féminine en 1995 aux Césars pour le film Les Misérables de Claude Lelouch.
Prix de la meilleure interprétation féminine ( second rôle ) en 2002 aux Césars pour le film  La Pianiste de Michael Haneke.



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A propos de l'auteur

Enfant unique, j’ai eu très tôt envie de me créer un monde imaginaire et me mis à rédiger des poèmes et des contes. A 18 ans, j’écris "Terre promise" qui sera publié deux ans plus tard sous le pseudonyme d’Armelle Hauteloire et me vaudra d’être remarquée par plusieurs personnalités du monde littéraire. Après des études d’art et de journalisme, je reprends, après mon mariage, des études de psychologie et de graphologie et exerce la profession de graphologue pendant plusieurs années. En 1983, je reviens à mes premiers amours : la poésie ... En 1998, je commence une série de quatre ouvrages pour la jeunesse. Le thème de la mer a toujours été très présent dans mon univers poétique et ce, d’autant plus, que je demeure sur le littoral normand et que mon mari est un marin confirmé. Je viens de publier ( juillet 2009 ) un récit " Les signes pourpres" qui se déroule en Afrique parmi les populations Massaï, Samburu et Kikuyu et j’ai réuni sous le tire "Profil de la nuit", un itinéraire en poésie, une grande part de ma production poétique. Sans compter mon blog "La plume et l’image"que j'anime depuis 3 ans et où j'ai consacré une rubrique à l'évasion, soit aux voyages, une autre à la littérature, une troisième au 7e art. Ma participation à Ideoz va de soi, puisque voyages et culture y sont intimement liés. Donc bon vent à tous... ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Blog INTERLIGNE - Armelle sur FACEBOOK

3 commentaires

  1. Comme Sandrine, j’ai vu 80% de ses films et, à chaque fois, j’ai été conquise par son interprétation et sa formidable présence à l’écran.Je l’ai beaucoup aimée dans ” Rocco et ses frères” dans “Mourir d’aimer”, mais elle avait cette faculté d’entrer à ce point dans ses personnages qu’elle en devenait indissociable. Et puis ce côté fêlé qui la rendait tellement humaine et émouvante. Et enfin cette voix saccadée, unique, que j’entends encore.Aujourd’hui, elle repose en paix et nous laisse le meilleur d’elle-même : ses films.

  2. Il y a longtemps que je n’ai pas autant regretté la disparition d’un acteur, ou d’une actrice, même si la maladie l’avait éloignée depuis des années de son métier, irrémédiablement. C’était l’une des actrices pour laquelle j’avais le plus d’admiration… J’ai dû voir 80% de ses films, à toutes les époques et c’est l’une à m’avoir le plus marqué au cinéma, alors que j’avais moins de 10 ans. Je me souviens encore de Docteur Françoise Gailland. Sa justesse, sa force, son authenticité, sa simplicité de Madame tout le monde au talent pourtant rare… Ahhh Rocco et ses frères, une naissance au cinéma et face à quel acteur! Delon, animal et incroyable…. face à la caméra de Visconti, qui offre là l’un de ses grands films. Et Mourir d’aimer, c’était aussi un moment d’émotion bien au-delà du sublime, sulfureux et douloureux sujet surtout pour l’époque… Ces deux films sont probablement ceux qui m’ont le plus marquée… J’ai adoré sa prestation de mère castratrice dans La Pianiste, d’autant que Anneke sait fouiller dans les entrailles, sans concession et générer un trouble chez le spectateur…
    Ce fut une nouvelle bien triste que celle de sa disparition, mais le cinéma a cela de prodigieux qu’il fait vivre les acteurs pour l’éternité… Et c’est tant mieux!

    Quel est ton film préféré dans sa filmographie?

    • patrick lavisse on

      Moi, j’en ai deux qui m’ont beaucoup plu,
      c’est “Mourir d’Aimer ‘ et “Docteur Francoise Galland”
      bien amicalement

      Patrick

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