Assam, le bout du monde indien : tea gardens et fabrique du thé (Voyage Inde)

Voyage Inde. Partons à la découverte de l’Assam, l’autre bout du monde indien… Dans les jardins de thé, les tea gardens de l’Assam, on produit l’un des meilleurs thés d’Inde, pour ne pas dire du monde… De l’exploration des plantations à la fabrique du thé, visitez l’Inde à travers le Thé Assam…

[tab name=’Bienvenue à Assam’]


Assam, le bout du monde indien


Ca y est, j’y suis, dans les plantations de thé assamaises ! A plus de 2000 km à l’est de Delhi, plus de trois heures d’avion ou deux jours de train, j’ai atterri à Dibrugarh. La carte ne donne pas la position de l’Assam dans l’état indien mais ça va donner l’occasion de ressortir ce bon vieil atlas…

ASSAM carte touristique
la carte touristique de l’Assam, complètement à l’Est de l’Inde
assam duliajan
j’ai fait des XXX pour indiquer le lieu où je me trouve

La première saison du riz est terminée ici, la moisson est faite et les troupeaux de vaches paissent tranquillement dans les anciennes rizières. On attend la pluie pour planter de nouveau et faire la deuxième récolte de l’année. Les plaines de thé sont immenses, pas une seule colline ici, tout est plat et le vert tendre des jeunes pousses de thé luisent sous le ciel couvert. Il fait bon, dix degrés de moins qu’à Delhi, on respire bien à 25°, le temps est gris et peut-être va-t-il pleuvoir dans les prochains jours. La meilleure saison pour le tourisme ici est jusqu’à fin mars, après c’est la pluie jusqu’en octobre.

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le salon-véranda entouré par le jardin

Je suis dans une belle maison, un bungalow comme avaient les Anglais au début du XXe siècle, meublé d’époque. Le maitre de maison, le fils de mon amie indienne, s’occupe de cette plantation de thé depuis bientôt quatre ans et dirige environ quatre cents personnes qui travaillent dans cette propriété de 200 hectares. Il a fallu apprendre le langage de la population, de nombreux tribaux, qui ne parlent pas forcément assamais et qui sont parfois installés ici depuis presque un siècle. Apprendre aussi tout sur le thé, le ramassage, la qualité. Ici on ne fabrique que du thé noir, plutôt fort.

Il a des avantages en nature comme l’eau, l’électricité, le gaz pour la cuisine, le bungalow entièrement meublé d’époque, sept personnes à son service, gardien, cuisinier, jardinier, chauffeur, blanchisseur, homme à tout faire… l’essence pour mettre dans sa voiture et l’organisation de son travail comme il l’entend. Une vie au naturel, il mange les légumes de son jardin, profite de soirées entre planteurs au club du coin, n’a pas le stress ni de la ville ni des horaires. Une vie saine, sans pollution, mais quasiment sans salaire aussi, bien occupée, c’est un choix de vie à faire ! Mais depuis qu’il a ce poste sa plantation a reçu chaque année le meilleur label de qualité…. Ce qui signifie quand même beaucoup de travail !

jardinier indien assam
le jardinier tond la pelouse… au sabre !

Les cueilleuses et cueilleurs gagnent un salaire de base de 90 roupies (environ un euro trente) par jour à condition de ramasser 24 kg de thé, puis ils sont payés une demi-roupie supplémentaire par kilo jusqu’au 27 ou 28e kilo en fonction de la qualité du thé  puis ensuite une roupie par kilo supplémentaire. Lorsqu’ils veulent faire de “grosses” journées, ils arrivent à ramasser cent kilos de feuilles de thé dans la journée ! Mais dans cette plantation les horaires de travail sont de 7 h 30 à 15 h 30 avec une heure pour le repas. Si ce sont des cueilleurs “permanents” ils ont droit au logement gratuit avec eau et électricité, à l’école et au dispensaire gratuitement.
Même quand il pleut ils travaillent sous la pluie avec un grand parapluie et un grand tablier qui les protège car ils sont obligés de travailler dans les buissons de thé. Les feuilles sont cueillies exactement une fois par semaine, en fonction des lieux, là c’est le mercredi, ici le jeudi. On ne déroge pas à cette règle car ici on recherche l’excellence et la qualité pour l’exportation uniquement. Le travail se fait sept jours sur sept. Il y a un jour de congé par semaine et on embauche alors des journaliers.

Tout sur le thé, les plantations, la culture, les soins à donner, ce sera dans un prochain article !

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les plantations sont en plaine, le décor change par rapport aux collines du Kérala !

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[tab name=’Tea Gardens à Assam’]

Les tea gardens en Assam : des jardins de thé exceptionnels en Inde


 

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tous les domaines sont classés, répertoriés afin de faciliter le planning annuel de la
cueillette
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A l’arrivée dans le domaine, des dizaines de cueilleuses qui s’activent,
telles des fourmis

Je suis dans une région appelée « South Banks of Brahmapoutra », les rives sud du Brahmapoutre. C’est une région au climat plutôt tempéré sauf en mai juin où la température monte jusqu’à 40°C mais la singularité est que la pluie est présente quasiment toute l’année. Il pleut en ce moment énormément la nuit, avec des orages, du tonnerre et une pluie forte et dense, alors que la journée voit plutôt passer de petites averses avec parfois juste le temps d’aller chercher son parapluie. Le soleil, le ciel couvert, l’averse, alternent sans qu’on sache vraiment dans quel ordre cela va arriver ! La mousson se manifeste en juillet août et il faut voir la profondeur des drains le long des domaines de thé pour comprendre qu’il doit pleuvoir intensément.

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Accrochés aux arbres, les parapluies ne sont pas loin en cas
d’averse inopinée !

Les « jardins » de thé ont une durée de vie moyenne de quarante ans et si le jardin donne bien avec une bonne qualité, cela peut aller jusqu’à soixante ans. Ensuite les pieds sont arrachés et la terre est mise en jachère avec des plantations d’herbes appelées « Guatelama grass » et qui sont des plantes qui réhabilitent le sol pendant deux ans. Ensuite on peut replanter des plants de théiers. Il y en a cinq catégories qui ont des propriétés différentes, résistance aux maladies, présence en tanins, etc et qui sont mixés au niveau des plantations. Pendant trois ans ces plants sont taillés à des hauteurs déterminées au cm près et on veille à ce que les rejets du centre ne soient pas prioritaires afin d’élargir le plus possible le bosquet. Le travail de la taille s’effectue pendant les mois d’hiver de janvier à mars en dehors de la saison de ramassage des feuilles. Les hommes viennent tailler très tôt le matin à partir de 4 h 30 car avec l’humidité de la nuit le bois est plus souple et le travail va plus vite.

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comme pour la taille de la vigne, la taille du théier requiert compétence
et professionnalisme

Pendant ces trois mois on s’occupe également du nettoyage des tranchées et des drains, on fait le nettoyage des buissons, on installe le compost dans les allées avec les branches coupées en petits morceaux pour éviter de laisser pousser l’herbe.

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l’araignée rouge, quasiment invisible à l’oeil nu mais qui fait des ravages
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l’helopeltis est passé par là
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un autre type d’insecte, le thrivs, qui abime la feuille

On s’occupe quasi quotidiennement de la santé des bosquets, on surveille très attentivement si les feuilles prennent de la maladie avec trois insectes principaux : helopeltis (sorte de moustique qui suce le jus de la feuille), red spidder (araignée rouge), looper (sorte de chenille qui dévore la feuille). On plante alors un petit piquet à l’endroit du bosquet atteint, avec un petit papier, blanc ou jaune en fonction de la maladie et on viendra mettre de l’insecticide. Les feuilles à cet endroit devront attendre une semaine avant d’être ramassées afin d’obtenir l’homologation pour l’exportation. Si les feuilles sont ramassées avant, elles seront mises à part et réservées pour le marché national ! Donc, n’achetez jamais votre thé indien en Inde sauf s’il est certifié biologique ! Ou alors il faut demander la qualité « export » qu’on ne trouve que rarement.

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le long des routes, ces grosses touffes d’herbes odorantes qui repoussent les
insectes. On voit également bien le drainage le long du chemin.

Le long des domaines on peut observer des touffes d’herbe qui sentent la citronnelle et qui sont là pour éviter aux insectes de pénétrer dans les bosquets de thé.

Ce domaine doit répondre à certaines normes de qualité très strictes pour obtenir les meilleurs labels et en ce moment afin d’améliorer encore le niveau de qualification, le fils de mon amie met en place des normes de sécurité pour les travailleurs au niveau de l’épandage des insecticides avec obligation de passer dans un «sas» où on laisse ses propres vêtements, on passe une combinaison spéciale, puis gants et masque, avant de récupérer son arrosoir d’insecticides, lavé après chaque utilisation.

La même chose au retour avec douche avant de reprendre ses vêtements. Les travailleurs ne sont pas contents car cela leur prend du temps en plus et l’argument est que « mon grand-père, mon père faisait déjà comme ça » ! Toute une éducation qui doit se faire au niveau de la prévention pour une meilleure santé de la personne et de son environnement. La même chose pour le travail avec les engrais, avoir des grosses chaussures et des gants alors qu’ils travaillent en tongues avec les mains nues. Les engrais sont composés de potasse, de dolomite (calcium) et d’autres ingrédients en fonction des analyses du terrain, afin de l’équilibrer.

La cueillette de mars à mai est ce qu’on appelle le premier flush. A partir de mai, c’est le deuxième flush, qui donne le meilleur thé. Après de patientes recherches, on a trouvé que pour du bon thé il faut ramasser ce « flush » : le bouton et les deux premières feuilles, car ce sont les plus riches en tanin (30 % pour le bouton c’est à dire la feuille non déployée). Toutes les semaines et à un jour donné, chaque partie du domaine est ramassée avec uniquement ce bouton et les deux premières feuilles. Il faut 3 à 4 semaines pour former cet ensemble. Il faut donc bien faire attention à la cueillette de ne prendre que ce qui est valable.

Durant la saison humide la teneur en tanin est moindre. De même s’il y a trop d’ombre. Les arbres plantés dans les jardins donnent de l’ombre légère, suffisamment pour que les buissons ne soient pas brûlés par le soleil et pour que les cueilleuses puissent profiter un peu de l’ombre au cours de leur cueillette.

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en pleine cueillette
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L’ensemble du domaine est découpé en parties inégales en fonction des dates de replantation. Le manager, aidé de trois aides ici savent exactement quelle partie doit être ramassée, si les feuilles sont denses ou pas et le nombre moyen de kilos à ramasser est fixé en fonction. Ce matin nous étions dans une nouvelle partie avec de jeunes pousses pas très denses et le minimum requis était de 17 kg pour la journée, alors que pour les buissons plus vieux et plus denses, c’est 24 kg. Ce sont des cueilleuses très majoritairement car elles sont plus patientes et plus soigneuses que les hommes pour ramasser les feuilles. En moyenne sur une année, une femme ramasse dix kilos de feuilles de plus qu’un homme par jour. Dans chaque partie du domaine des sortes de « lieutenants » sont là pour surveiller le travail, indiquer les zones, veiller au bon déroulement de la cueillette. Ce matin, trois jeunes filles ont été renvoyées car visiblement elles ne travaillaient pas trop… et on ne leur comptera qu’une demi-journée de travail.

Si on est malade, il faut aller au dispensaire du domaine et se faire faire un certificat qui permettra de percevoir son salaire minimum, dans une limite de quatorze jours par an.

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deux femmes qui se rendent au dispensaire ce matin

Voici donc mes nouvelles observations, acquisitions de connaissance sur le thé jusqu’à aujourd’hui, au moins pour le plus important !

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La fabrique de thé en Assam en Inde

A l’entrée de la fabrique, un panneau récapitulant les points obligés pour travailler ici : prendre sa douche quotidienne, avant d’entrer se laver les mains et les pieds (les travailleurs sont pieds nus), ne pas mâcher de chewing-gum ou de “pan” (la “prise” indienne, feuille de bétel qui enveloppe divers ingrédients avec parfois du tabac), pas de lésion de la peau, pas de bijou, pas de parfum…

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le panneau de recommandations à l’entrée de la fabrique

Nous suivons notre camion plein de sacs ramassés aux points de pesage jusqu’à la fabrique de thé. Ils sont versés immédiatement sur une immense plaque trouée où passe de l’air et les feuilles, toutes répandues à la main, vont ainsi prendre le frais pendant quelques heures ou une journée, tout dépend de la température et du taux d’humidité de l’air ambiant.

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les feuilles fraîches sont disposées manuellement sur d’immenses supports aérés
Ensuite ces feuilles seront de nouveau remises dans ces sacs pour être transportés dans un autre bâtiment.
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après l’épandage les feuilles sont remises en sac et transportées dans
le lieu de traitement
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l’arrivee des feuilles dans la “zone humide” et apres c’est “secret defense” !

En fonction du type de feuilles ramassées et du lieu de ramassage, ces feuilles vont avoir des destinations différentes. Soit cela va être de la catégorie normale soit la catégorie appelée « orthodox » qui sera exclusivement réservée à l’export : très belle qualité d’abord, belles feuilles qui seront conservées en morceaux et non pas complètement hachées comme pour le marché national.

Nous passons d’abord par la partie « zone humide ».

Les feuilles vont donc être acheminées vers des « moulinettes » aérées avec trois passages de suite pour être bien hachées menu. Cette mixture est ensuite mise dans des bassines carrées dont la base est trouée, posées sur un circuit d’air et la mixture est remuée à la main dans chaque bassine. Le but étant de ne jamais faire « chauffer » les feuilles ou la mixture. Ceci entre une heure trente et deux heures : le réglage se fait à dix minutes près en fonction de la température ambiante et du taux d’humidité lorsque les feuilles sont mises dans la bassine.

Après cela cette mixture est acheminée par des tapis roulants vers des séchoirs pour réduire leur taux d’humidité de 22 % à 4 ou 5 %. A la sortie du séchoir, il y a toute une série de trieurs de la mixture séchée avec des extracteurs de fibres afin qu’il ne reste absolument aucun minuscule débris de bois ou d’autres fibres autres que le thé.

Les poudres de thé sont triées un nombre important de fois et passent dans des rouleaux chauffants pour finir de sécher le thé. Puis ces poudres sont réparties en fonction de la taille, en, par exemple Broken Pekoe, Pekoe Fennings, Pekoe Dust, ces deux dernières étant les préférées des Indiens car cela donne une poudre très fine et une liqueur bien plus forte. Les occidentaux n’aiment guère ce thé qui doit être bu plutôt avec du lait et des épices, bref, à l’indienne !

Le thé « orthodox » lui a une « ligne » de fabrication complètement à part mais suit le même processus général sauf que les feuilles ne sont pas hachées menu et que le taux d’humidité doit être baissé jusqu’à 3 %.
Toutes les poudres sont ensuite envoyées dans de grands conteneurs par catégories. On peut ensuite mettre en sac, 37 kg pour le marché indien et 28 kg pour le marché international, principalement l’Angleterre et l’Allemagne.

Chaque jour, toutes les catégories de thé sont testées au goût et à la couleur par les « taste-thé » (comme les taste-vin) maison et un échantillon de chaque catégorie est envoyé tous les jours à Calcutta à la maison mère pour être testé également. Le thé fabriqué ici est un thé fort en goût et en couleur !

Conseils de professionnel : achetez votre thé en petite quantité pour qu’il soit le plus frais possible car il perd tous les jours de sa qualité et si possible utilisez le dans le mois qui suit l’achat… Inutile donc, si vous êtes amateur de faire des provisions !
Encore une photo a mettre des que j’aurai trouve une connexion correcte c’est a dire en France maintenant !
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