63 vues

Cocktail mortel (ignorance, foi aveugle, désinformation, peur infondée)

0

Crise de civilisation. Crise d’identité… La Thaïlande, comme la France, est empêtrée dans des problèmes qui n’osent pas dire leur nom. Alors que la sagesse serait d’en parler. Sans passion. Sous peine – silence oblige, autocensure oblige – d’éclater comme une grenade dégoupillée. L’explosion est fatale et ce n’est plus « si », « comment » mais « quand » ?

« En Thaïlande, le pays respire peur et paranoïa » écrivait Voranai il y a quelques jours dans le Bangkok Post. « La nation a un problème d’identité et le peuple vit dans les affres de l’incertitude » (pas forcément visible pour les touristes qui ne voient que le sourire et qui ne connaissent des thaïs que ce que ceux-ci donnent à voir. Au sein d’une même famille on évite de parler de tout ce qui pourrait toucher de près ou de loin à la politique sous peine de faire éclater les liens. En Thaïlande, la violence n’est jamais évacuée par des discussions. On l’entasse. On l’enfouit. On boit un peu plus, on rit plus fort. Mon « chéri » est un peu mon maître-étalon de la société thaïlandaise. Famille modeste. D’origine chinoise. Mère exemplaire, père travailleur, pas la misère mais la volonté de travailler chevillée au corps. Avec honnêteté. Frères et sœurs fonctionnaires. Mon « chéri » a prêté allégeance au roi. Ce qu’il est capable de taire sans jamais quitter son sourire qui me fait craquer et me gardera amoureuse de lui tout le temps qu’il le gardera, cache ce que seuls, certains proches de moi connaissent. Du drame de sa vie. Il ne m’en aurait jamais parlé si je ne l’avais découvert moi-même et par hasard. Sa fille a disparu (quelles que soient les circonstances, que je tais) Alors que nous sommes proches, il ne m’aurait jamais « ennuyée avec ça, car c’est le problème de son ex-femme et le sien » Voilà un thaï ordinaire dont on ne peut, en le rencontrant, imaginer le combat et la souffrance. C’est important pour moi de toujours étayer mes chroniques d’éléments concrets. Tout comme mes romans ancrés dans la réalité thaïlandaise).

« Dernièrement un comité d’intellectuels basés à l’étranger, le comité Nitirat (« le peuple de la loi ») a suggéré d’amender le terrible article 112 (lèse-majesté)de la constitution  Cet article est une arme pour faire taire les dissidents politiques » (The Nation)

« Une pétition a été signée par des milliers de personnes qui étaient d’accord dont quelques « sang bleu », des personnalités de la vie civile dont l’ancien chef d’état Anand Panyarachun. Amendement qui passait pour une bonne idée nécessaire afin de préserver la démocratie et les droits des citoyens. Consensus général. Et puis tout à coup, renversement de situation. Le groupe Nitirat est moqué, vilipendé. Finis les soutiens. Même les « chemises rouges » prennent leur distance. Même l’université Thammassat et la faculté de journalisme. Voranai du Bangkok Post rappelle à cette occasion, que l’université Thammassat dont son recteur disait que « chaque centimètre carré respirait la liberté » et qui avait admis récemment en son sein une jeune étudiante de 19 ans accusée de « crime de lèse-majesté ». (Bangkok Post)

L’université Thammassat qui s’est toujours battu pour la liberté et les droits de l’homme…

Nirmal Ghosh du journal « Strait Time » de Singapour, se souvient. Il y était. « Etudiants, battus, abattus, traînés sur la place Sanam Luang »

Relisez « Théâtre d’Ombres » *. Chapitre « le black may » de monsieur Issara » (roman écrit entre les lignes d’une partie de l’histoire de la Thailande)

En 1976, il y avait des appels à la violence. Tout comme aujourd’hui. Un échantillon : le général Prayuth en réponse au groupe Nitirat : « Aujourd’hui, je ne sais pas d’où viennent ces gens (ces intellectuels thaïlandais du comité Nitirat)  ou si leurs ancêtres sont nés en Thaïlande. Mais s’ils parlent négativement de la monarchie, alors je parlerai aussi négativement d’eux »

Autre échantillon : un intervenant à la radio a clamé : « coupez la tête à tous ceux qui réclament l’amendement »

Il y a 36 ans la haine contre les étudiants était le résultat d’un cocktail mortel d’ignorance, de foi aveugle, de peur infondée et de désinformation (The Strait Times)

BLOG 0789

(La suite du feuilleton demain)

*”Theatre d’Ombres” Editions de la fremillerie



Partager

A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Besoin d'aide pour préparer un séjour ?

Remplissez le formulaire ci-dessous avec le plus de détails possible pour que nous puissions vous répondre dans les plus brefs délais.


Nous partageons nos expériences et conseils gratuits avec vous! Exprimez vos besoins!