ASIE

La Thailande ; Un pays à deux visages

Par Michèle Jullian, le Juil 5, 2014, mis à jour le Fév 18, 2021 — THAILANDE — 11 minutes de lecture

La Thaïlande est un pays très apprécié des touristes et le tourisme participe grandement au développement du pays.. Mais faut-il pour autant s’en réjouir? Avec un chiffre de 7,5% de croissance par an, la Thaïlande affiche des taux à faire pâlir la plupart des pays occidentaux. Que cachent ce chiffre?


Un pays aux deux visages ou aux mille visages

L’économie de la Thaïlande est en pleine expansion et devrait progresser de 7,5 % cette année. Qui ne se réjouirait d’une telle information ? En contrepartie de cette embellie économique, des problèmes graves assombrissent ce paysage apparemment idyllique. Je dirai même doublement idyllique : les chiffres d’abord, et les idées que les touristes et visiteurs se font de ce pays.

La Thaïlande possède les plus beaux Spas du monde, les plus sublimes et délicates masseuses (je ne parle pas des massages douteux dans les endroits non moins douteux), mais de ceux des hôtels 4 et 5 étoiles, à  Bangkok, Phuket, Koh Samui et toute la chaîne des Koh (เกาะ “ile” en thaïlandais) de la Mer d’Andaman ou du golfe du Siam et même dans la poubelle qu’est, en général ,Pattaya. Poubelle parce que les ordures sont celles laissées par des « passants », enfin de certains passants et même de certains résidents.

Les standards d’éducation sont minables, la violence augmente partout chez les très jeunes et avec elle, ou ses conséquences, l’abus d’alcool et de drogue (qui n’a pas entendu parler de “yaa baa,” la « drogue qui rend fou ») « La société thaïlandaise est malade » écrit Sombat Rittidej, chef du département pour la surveillance de l’enfance dans le nord-est du pays (Isan). « Lorsque les enfants boivent et se droguent, ils quittent l’école, se battent, deviennent violents, sans parler des violences sexuelles”.

Les analystes relèvent des chiffres élevés d’enfants « addicts» aux méthamphétamines (yaa baa), ce stimulant en principe illegal, mais présent partout, et spécialement chez les pauvres. « L’utilisation de cette drogue est tellement préoccupante que des chercheurs de l’Université de Yale se penchent en ce moment sur ce problème afin de tenter de comprendre si des facteurs génétiques particuliers n’enteraient pas en ligne de compte,  qui pourraient expliquer  l’addiction particulière à cette drogue en Thaïlande ». (International Herald Tribune)

Dans certains villages d’Isan, les batailles entre gangs sont  si courantes que la police est appelée jusqu’à 10 fois dans une journée dit Chalerm Phuttaisong, un officier de police.

L’alcool le jeu, le sexe chez les très jeunes ainsi que le manque de respect des lois (et des parents) sont maintenant les problèmes préoccupants dans de nombreux villages réputés tranquilles auparavant, tandis que le taux d’avortement fait des bonds.

J’ai mal à ce pays, il est un peu le mien, celui de mon choix en tout cas…. J’ai mal à en pleurer parce qu’il représente une sorte d’Eden touristique fantastique pour des millions de visiteurs qui viennent profiter des plages et de l’accueil de cette population si particulière.  Mais ça n’est qu’une face de ce pays. Derrière les cocotiers, les plages de sable blond, la douceur de vivre et le sourire il y a aussi les filles si belles et si accueillantes. Accueillantes au point, parfois, souvent, d’offrir leur corps afin de faire vivre leur famille,  en faisant croire aux “touristes passants” – rires et alcool aidant – qu’elles font ça par vice, par plaisir ou amour de l’argent, Ouvrez les yeux et regardez au-delà de la beauté en train de sombrer… Découvrez un pays au-delà des apparences. La Thaïlande, ce n’est pas les Baléares de l’Asie c’est un pays qui cache aussi une misère, terrible, car elle touche les plus jeunes.

La Thailande ; Un pays à deux visages 1

Vous connaissez la Thaïlande, vous croyez connaître la Thailande ?

 Je suis frappée, lorsque le hasard m’amène sur un forum de discussions sur la Thailande, par le côté souvent péremptoire des commentaires postés par certains voyageurs ou touristes. Les Thaïlandais, en dehors de quelques rares exceptions, ne parlent pas français et c’est tant mieux. Etre  « décortiqué », « jugé » (le pire) par des « étrangers » qui ont des perceptions de leur pays à l’aune de leur propre vision de la vie et de leur propre culture risquerait de les choquer. Même si certains mots sont les mêmes, leur traduction est loin d’avoir la même équivalence. Certains thaïs seraient outragés qu’on réduise leur pays à quelques lignes dans un forum, d’autres soulèveraient leurs épaules avec un mépris tellement glacial que les auteurs de commentaires seraient « réfrigérés » pour un sacré bout de temps.

J’écris comme je prends des clichés et mes clichés sont multiples. Mes deux romans (THEATRE D’OMBRES – LA OU S’ARRETENT LES FRONTIERES), un troisième en cours plus des centaines de chroniques sur mon blog (www.michjuly.typepad.com)…sont autant de tâtonnements de questionnements, d’approches d’un pays qui n’est pas le mien et ne le sera jamais (c’est ainsi). Je ne juge pas, je décris comme je photographie. Avec zones d’ombres et de lumières, avec jours et contre jours, avec sur expositions et sous expositions.

J’aurais l’occasion de revenir sur une société que les touristes ont peu de chance d’approcher et pour cause…. Cette classe là – ammart ou haute bourgeoisie possédante – n’aime pas vraiment les farangs. Désolée.

Je me souviens … Une anecdote et une claque aussi ! Je rencontrais par je ne sais plus quel biais compliqué, des représentants de cette digne classe possédante de Chiang Mai (certains avec particules nobles « na » ). C’était l’époque ou mon compagnon était en poste dans un modeste village Karen de la montagne. Bref….

Je représente d’un coup la « parisienne » qu’on invite, qu’on exhibe. J’évoque la télévision, les personnalités politiques et artistiques rencontrées à Paris lorsque j’y travaillais etc. Ca flatte mes hôtes. J’entre réellement dans les jolies villas, les maisons chics avec feu de cheminée (si, si). Maee Rim, le Neuilly-Passy de Chiang mai. L’initiateur de ces rencontres, hôte charmant me place toujours à sa droite, honneur insigne. Il « adoooooooore » mes photos, comme ses invitées « adoooooorent’ Chanel ! Il fait circuler mon book et envisage une exposition dans un de ses nombreux locaux (il possède hôtels 5 étoiles, Spa de luxe, ateliers de faïence chinoise etc…)

Au cours de ce dernier dîner, je commets une faute. (C’est là où les différences de cultures apparaissent brutalement). Je parle de mon « chéri », ce « minable fonctionnaire en poste dans la cambrousse » Je ne remarque pas tout de suite combien l’air se fige tout à coup. Je suis tellement contente de parler de l’homme que j’aime, d’exhiber sa photo en bel uniforme de « karadjakarn ». On se sépare, on se dit « à bientôt pour l’expo » etc..

Lorsque je me rends deux jours plus tard au rendez-vous fixé par mon hôte si charmant, il n’est pas là. La fille qui me reçoit est ennuyée. « Je l’attends ? » je propose. Elle ne me contredit pas, se contente de sourire. Et j’attends. J’attends toute une heure. Ce n’est pas cette attente qui me gêne, on est en Thaïlande après tout – mais c’est le fait que mon « ami » ne se manifeste pas pour s’excuser ou reporter le rendez-vous. L’Asie, je l’ai prise par d’autres bouts que la Thailande (on comprend lorsqu’on lit THEATRE D’OMBRES), et je sais qu’appeler serait une faute de goût impardonnable, une humiliation. Alors je ravale ma fierté et mon ‘book » sous le bras, je quitte les lieux. Adieu expo photos. Plus personne ne m’a jamais rappelée alors qu’il y avait d’autres dîners prévus.

Vous connaissez la Thaïlande ?

Vous croyez connaître la Thailande ?

Suffit pas de vivre 10 ans dans le même village avec le même environnement, il faut essayer de franchir les différentes frontières qui cloisonnent cette société thaïlandaise verticale.

Vendre son corps mais pas son âme…

Les chiffres du chômage en Thaïlande font rêver (pour autant qu’ils soient exacts) : 0,6 % en septembre contre 0,7 % au mois d’août. Pour une population active de 39,8 millions. Mais il faut se placer dans le contexte. Les patrons des petites entreprises (bars, restaurants, salons de coiffure, salons de massages etc…) tout petit commerce – et le petit commerce CEST LA VIE en Thaïlande –  ne paye pas de charges sociales. Les employés sont « mobiles ». Dans les deux sens. Autant parce qu’on les congédie facilement qu’eux ont la bougeotte.

En contrepartie, toute personne est libre d’ouvrir un petit business sur la rue, sur un terrain vague… les terrains inoccupés n’existent pas à Chiang Mai, chaque emplacement est aussitôt occupé – définitivement ou  provisoirement –  pour des fringues, du café, des massages, de l’artisanat, un restaurant mobile sur cantine à roulettes. La nourriture en Thaïlande c’est à toute heure du jour ou de la nuit.

Si on dispose d’une pièce dans la maison, on peut offrir les services de « laundry », lavage, repassage. Dans la succursale de ma banque au coin de mon soï, une succursale grande comme un mouchoir de poche, il y a le staff habituel plus un gardien qui ouvre la porte et appuie pour vous sur la machine qui distribue les tickets d’attente avec numéro. Ben oui, y’a 3 guichets !

Tout le monde ici « se débrouille ». Certains s’improvisent guide, chauffeur, intérim sur chantiers. La dame pipi dans les toilettes d’autoroute ou de stations-service, vous tend le PQ à  l’entrée. Aucune aide au chômage. De la pure débrouille, de l’imagination, du culot, de l’esprit d’entreprise, du courage… du « maï pen raï »* aussi…Pas forcément de la persévérance car il existe une telle « liberté » dans le travail que  si on le perd d’un côté on en retrouve assez vite de l’autre.

J’attends les jugements péremptoires. Quoi ! Pas d’aide ! Pas de sécurité ! Non ! Jamais d’argent sans contrepartie. Ceux qui ont du sang chinois sont « entrepreneurs », plus souvent patrons qu’ouvriers, mais la réussite exige 12/15 heures de travail par jour. Ou plus. Les thaïs/thaïs sont plus facilement fonctionnaires – karadjakarn – pour la sécurité de l’emploi et pour la retraite, (les seuls qui en recoivent) Laquelle se présente sous deux formes : (et c’est là où l’on reconnaît l’esprit commercial de l’Asie) soit une somme forfaitaire globale et définitive en fin de contrat (correspondant au grade et à  l’ancienneté), pactole qui permet d’ouvrir un petit commerce… soit une petite retraite pour le reste de la vie.

Les jeunes en Thaïlande sont ingénieux s’ils veulent se payer le dernier IPhone ou IPad. Bien sûr il y a la prostitution, mais ce mot n’a pas cours officiellement. Il y a des filles et des garçons qui, dans les bars, proposent des « short times »  et gagnent plus que les profs d’université s’ils sont courageux. Il y a les petites mignonnes des restaurants, des boutiques de malls, des hôtels ou des supermarchés qui demandent joliment et gentiment le numéro de téléphone des farangs seuls, « Tu es libre ce soir ? » « On peut diner ensemble ? » et si le farang est gentil il deviendra une sorte de « régulier » et la fille proposera éventuellement et ingenument une “petite sœur” qui a besoin d’argent ou une cousine, sans qu’aucun lien autre que la liberte choisie ne soit créé.

Juger un pays sans connaître le contexte et lorsqu’on perçoit : aide au logement, aide scolaire, aide familiale, allocations familiales, allocations chômage, sécurité sociale, chèques vacances, chèques restaurants,  retraite… (.ET LES IMPOTS QUI VONT AVEC BIEN SUR) serait inconvenant. Mais les choses sont-elles en train de changer ?

Voilà pourquoi les thaïlandais modestes croient les farangs riches : « ils touchent de l’argent même lorsqu’ils ne travaillent pas ». Et si je mens que j’aille en enfer !

Blog 2426

* sorte de philosophie basee sur “finalement rien n’a vraiment d’importance”, “quest-ce que ca peut faire”

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Michèle Jullian

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures : https://michjuly.typepad.com/blog/

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