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Contours du jour qui vient de Léonora Miano : cette Afrique en pleine dérive

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Contours du jour qui vient de Léonora Miano ou un voyage douloureux dans cette jeune Afrique en pleine dérive… Une jeune Africaine battue et chassée par sa mère fuit sa maison et entreprend un long périple pendant lequel elle nous fera visiter toutes les plaies qui gangrainent l’Afrique contemporaine. Mais, au moment de toucher le fond, de laisser la vie la s’enfuir, elle essaiera toujours de rebondir comme devrait le faire cette jeune Afrique en pleine dérive.

 

Contours du jour qui vient« Il n’est que des ombres alentours, c’est à toi que je pense. » Une fillette, dans un pays de l’Afrique équatoriale non identifié mais qui pourrait être l’un des ces pays où la guerre a sévi avec une grande brutalité, entrainant les enfants dans les affres de sa tourmente, interpelle sa mère. Une mère qui l’a battue, martyrisée et enfin chassée parce qu’on ne l’a pas laissé l’assassiner. Cette fillette qu’elle accusait, avec la complicité de la diseuse de « mésaventures », d’être à l’origine de tous ses malheurs, cette fillette qu’elle avait prise comme argument irréfutable pour convaincre son conjoint de l’épouser. Mais, le riche et distingué intellectuel avait bien accepté la fillette mais pas épousé la mère qui se trouva très démunie au moment du décès du père.

Chassée de la maison paternelle, la fillette entreprend un long périple en forme de chemin de croix où à chaque station elle rencontre l’une des nombreuses misères qui affectent l’Afrique contemporaine : les bandes de gamins qui ont quitté la guerre affamés comme des loups et qui se jettent sur tout ce qu’ils trouvent avec une grande sauvagerie, les trafiquants qui promettent la France ou l’Europe aux jeunes femmes crédules qui finiront sur les trottoirs, les sectes qui manipulent et dépouillent leurs ouailles sans vergognes, les quartiers populaires où survivent, au-delà de la famine, les plus démunis, les vraies victimes de la misère africaine, …

Et c’est toute cette Afrique contemporaine orpheline de ses structures patriarcales et sociales qui ont volées en éclat avec la colonisation et que rien n’a remplacées au moment de la  décolonisation, qui défile au fil des pages de ce roman. Cette Afrique victime de toutes les malversations, de tous les trafics, de la corruption, des guerres, des luttes intestines, des convoitises des aventuriers en tout genre et des puissances étrangères qui lorgnent sur ses richesses que Miano peint sans aucune concession pour ces contemporains africains.  «Ce peuple qui ne peut croire en rien, puisqu’il ne croit pas en lui. Tout doit venir d’ailleurs, d’en haut, d’en bas, peu importe, pourvu que ce ne soit pas de l’intérieur. » Un peuple qui a perdu la capacité à se satisfaire lui-même, corrompu par l’assistanat colonial ou humanitaire et qui n’a plus pour échappatoire de «  faire la France » ou « faire l’Europe ».

Et dans ce tableau apocalyptique, les femmes et les enfants occupent une place de choix, bouches inutiles qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour ne pas mourir de faim ou de toute autre calamité. Mais quand on touche, le fond, le fond du fond, il se peut qu’une main se tende en forme de secours, une petite lucarne vers la survie, vers un avenir encore possible … Et la fillette, n’abandonnera jamais l’envie de vivre encore un peu car elle a encore des choses à vivre, à découvrir, elle cherche ses racines réelles pour pouvoir construire une identité et une vie car elle veut la vivre cette vie qui lui est due. Comme cette jeune Afrique complètement à la dérive qui ne doit pas abandonner mais sortir de cette ornière entre l’obscurantisme hérité des pères et la modernité factice apportée par les blancs, pour un jour pouvoir espérer un réel avenir. « Les crânes jalousement conservés de nos ancêtres ne feront rien pour nous. Les oracles des voyantes ne pourront énoncer que des contrevérités, et les cierges de toutes les couleurs ne brûleront que pour convoquer à nos côtés des entités trompeuses. »

L’avenir appartiendra à ceux qui, « ont comme moi aboli l’amertume et la vindicte, pour que leur vie ne s’écoule pas en perpétuels regrets. » Mariam Bâ, nous avait laissé avec tous ses espoirs déçus après avoir conquis la liberté et Léonora Miano reprend le flambeau pour insuffler un nouvel élan au moment ou tout semble perdu, invitant ses contemporains à regarder devant.  « Ils devraient savoir qu’on ne peut pas se développer lorsqu’on s’arrime ainsi au jour qui fuit, au lieu de songer à celui qui vient. »

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A propos de l'auteur

Retraité depuis juin 2007, je suis un dirigeant sportif très impliqué mais surtout un passionné des littératures du monde. "La littérature pour passion, le sport pour engagement" De formation historienne, maîtrise, que je n'ai jamais utilisée dans mon job que j'ai exercé pendant plus de 33 ans dans une institution qui se préoccupe de l'économie et de la vie des entreprises.

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