214 vues

Dennis Hopper ; idole de la contre-culture et artiste protéiforme

1

Malheureusement, la nouvelle était attendue depuis un moment déjà, depuis qu’à la fin de l’année 2009, l’acteur eut révélé sa maladie. Dennis Hopper est décédé ce 29 mai à l’âge de 74 ans après avoir lutté pendant de longs mois contre le cancer de la prostate qui le rongeait.

Icône de la contre-culture, artiste protéiforme (acteur, réalisateur, peintre, photographe…), Dennis Hopper aura traversé plus d’un demi-siècle de cinéma et laissé une trace indélébile. De James Dean à Sean Penn, il aura été le relais, sinon le parrain, de plusieurs générations de rebelles à Hollywood.

Auprès de James Dean, il effectue ses débuts d’acteur, jouant dans deux des trois seuls films que celui-ci ait tourné (La Fureur de vivre (55) et Géant en 1956). Hopper est vite réputé ingérable et rentre en conflit avec le réalisateur Henry Hathaway sur le tournage de La Fureur des hommes (57).
Hopper est black listé à Hollywood, et s’il ne tourne plus guère, il peut se réfugier dans ses autres passions, la photographie et la peinture notamment. L’incendie de son atelier à Los Angeles en 1961 anéantira ses efforts de peintre. Ses photos, exposées à ce moment là dans une galerie, sont en revanche préservées.
Plus tard, installé à New York, il côtoie le milieu de l’art contemporain new-yorkais, y compris son gourou Andy Warhol pour qui il tourne Tarzan and Jane Regained… Sort of.

Hopper effectue son retour à Hollywood par la petite porte, grâce à l’influence d’amis producteurs avec qui il est lié. Comme une parenthèse que l’on referme, Hopper tourne en 1965 Les Quatre fils de Katie Elder, un western avec John Wayne qui est son troisième long-métrage tourné sous la direction de Henry Hathaway, d’une certaine manière l’homme qui l’a fait puis défait. Mais Hathaway reste un symbole du vieil Hollywood qu’Hopper exècre.

C’est entre autres pour cette raison, en réaction face au système établit, que Hopper réalise lui-même, mais sur une idée de Peter Fonda, Easy Rider en 1969. Le film est primé à Cannes, par l’équivalent aujourd’hui de la Caméra d’Or, et aquiert rapidement un statut de film culte. La chevauchée sous coke et LSD des motards Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson marque le coup d’envoi d’une nouvelle manière d’envisager le cinéma à Hollywood, plus violente, plus sexuelle et décomplexée. Born to be wild de Steppenwolf, en ouverture du film, sonne comme l’affirmation définitive du caractère révolté d’un artiste sauvage et un peu fou, qui ne craint pas d’oeuvrer au milieu de vents contraires.

En 1971, Dennis Hopper présente son second film de réalisateur à la Mostra de Venise, à un moment ou l’agitation politique et sociale en Italie est particulièrement forte. Depuis 1969, le festival ne distribue plus de prix, mais en 71, The Last Movie de Dennis Hopper est très bien accueilli par la critique présente sur place. Le métrage, qui raconte les expériences hallucinatoires d’un cascadeur sur le tournage d’un film réalisé par Samuel Fuller au Mexique, reste cependant incompris et provoque un tollé. The Last Movie est distribué de manière expéditive aux Etats-Unis et ne sortira jamais en Europe, d’où un statut de film maudit et même culte.

Hopper reste acteur et va participer à la fin des année 70 à quelques chefs d’oeuvres qui vont façonner davantage son image. Coiffé de son incontournable Stitson, Dennis Hopper est l’Ami américain de Bruno Ganz dans le film de Wim Wenders (1977) ; puis Francis Ford Coppola lui offre un rôle de photographe barge dans l’Enfer de son Apocalypse Now (79). Après un troisième film de cinéaste, Out of the blue en 1980, Hopper est réemployé par Coppola pour Rusty James (83), film culte là encore pour une nouvelle génération de rebelles sans cause, de Mickey Rourke à Matt Dillon. La même année, il tourne dans Osterman week-end, dernier long-métrage de Sam Peckinpah, un autre franc-tireur de Hollywood ; puis incarne le pervers psychopathe Frank Booth dans Blue Velvet de David Lynch (86).

Quasi éternel second rôle, Hopper apparaît dans Vous avez dit dingue ? de Robert Altman et La Veuve noire de Bob Rafelson en 87. Dans les années 90, on le retrouve dans Indian Runner le premier long-métrage de cinéaste de Sean Penn, qu’Hopper avait lui-même dirigé dans son film Colors (88) sur les ghettos de Los Angeles.
Hopper se fait ensuite une spécialité des rôles de méchants cinglés, de True Romance (Tony Scott, 93) à Speed (Jan de Bont, 94) ou Waterworld (Kevin Reynolds, 95).


Témoin privilégié des avants-gardes artistiques new-yorkaises des années 60, Julian Schnabel pense logiquement à lui pour incarner le marchand d’art suisse Bruno Bischofberger, dans Basquiat (96) aux côté de David Bowie en Warhol et Jeffrey Wright dans la peau de l’artiste.

Dans les années 2000, Hopper tourne essentiellement dans des films de séries B ou Z. Il offre une dernière performance marquante, à la télévision, en incarnant le chef terroriste Victor Drazen à la fin de la première saison de 24h Chrono (2001).
Hopper a depuis été revu chez Romero (Land of the dead en 2005) ou dans Lovers d’Isabel Coixet (2008) aux côtés de Penélope Cruz et Ben Kingsley. Sa dernière apparition notable au cinéma restera The Palermo Shooting de Wim Wenders, toujours inédit dans les salles françaises mais présenté en compétition du festival de Cannes 2008.

Hopper à tourné dans près de 150 longs-métrages, téléfilms compris, et fréquentés les plus fameux francs-tireurs du cinéma américain, de Dean à Penn, en passant par Corman, Peckinpah, Coppola, Romero etc. Dennis Hopper a aussi réalisé un total de huit films, et si l’on se souvient de lui d’abord pour le neo-western Easy Rider, il a sans cesse démontré une vraie personnalité de cinéaste, de Out of Blue à Hot Spot en 1990.
La Cinémathèque française rendait d’ailleurs un superbe hommage à l’artiste complet qu’était Dennis Hopper, à travers l’exposition Dennis Hopper et le nouvel Hollywood, à la fin de l’année 2008 et en sa présence. Ses films, ses photos, tout son travail mis bout à bout, dessinait de façon incontestable la singularité et l’importance d’un artiste qui aura été plus qu’un acteur (quand même) discret et fabuleux, mais aussi un témoin important d’un demi-siècle d’histoire des Etats-Unis.

Benoît Thevenin

Filmographie sélective (acteur) :

1954 : Johnny Guitare de Nicholas Ray (figuration)
1955 : La Fureur de vivre de Nicholas Ray
1956 : Géant de George Stevens
1957 : Règlement de compte à OK Corral de John Sturges
1958 : La Fureur des hommes d’Henry Hathaway
1964 : Tarzan and Jane Regained… Sort of d’Andy Warhol
1965 : Les Quatre fils de Katie Elder d’Henry Hathaway
1967 : The Trip de Roger Corman
1967 : Luke la main froide de Stuart Rosenberg
1968 : Pendez-les haut et court de Ted Post
1969 : Easy Rider de Dennis Hopper
1969 : Cent dollars pour un shérif d’Henry Hathaway
1971 : The Last Movie de Dennis Hopper
1972 : The other side of the wind, d’Orson Welles
1977 : L’Ami américain de Wim Wenders
1978 : Couleur Chair de François Weyergans
1979 : Apocalypse Now de Francis Ford Coppola
1980 : Out of the Blue de Dennis Hopper
1981 : Reborn de Bigas Luna
1983 : Rusty James de Francis Ford Coppola
1983 : The Osterman Weekend de Sam Peckinpah
1986 : Massacre à la tronçonneuse 2 de Tobe Hooper
1986 : Blue Velvet de David Lynch
1987 : Running Out of Luck de Julien Temple
1987 : La Veuve noire de Bob Rafelson
1987 : Vous avez dit dingues ? de Robert Altman
1987 : Le Dragueur de James Toback
1990 : Une trop belle cible de Dennis Hopper
1991 : The Indian Runner de Sean Penn
1993 : True Romance de Tony Scott
1994 : Chasers de Dennis Hopper
1994 : Speed de Jan de Bont
1994 : Chasseur de sorcières de Paul Schrader (TV)
1995 : Waterworld de Kevin Reynolds
1996 : Carried Away, de Bruno Barreto
1996 : Basquiat, de Julian Schnabel
1996 : Space Truckers, de Stuart Gordon
1996 : Samson et Dalila de Nicolas Roeg (TV)
1997 : Les Rapaces de Sidney J. Furie
1997 : The Blackout d’Abel Ferrara
1999 : En direct sur Edtv de Ron Howard
2001 : Explosion imminente d’Albert Pyun
2001 : 24 heures chrono (série TV, saison 1)
2002 : The Piano Player de Jean-Pierre Roux
2003 : Suspense de David Koepp
2005 : Land of the Dead de George A. Romero
2008 : An American Carol de David Zucker
2008 : Sleepwalking de Bill Maher
2008 : Lovers d’Isabel Coixet
2008 : The Palermo shooting de Wim Wenders

Filmographie (réalisateur) :

1969 : Easy Rider
1971 : The Last Movie
1980 : Out of the Blue
1988 : Colors
1990 : Une trop belle cible
1990 : Hot Spot
1994 : Chasers
2000 : Homeless



Partager

A propos de l'auteur

Laterna Magica "Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs" ______________________________________________________________________________________________________________________ Le blog cinéma de Lanterna Magica ___________________________________________________________________

Un commentaire

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Besoin d'aide pour préparer un séjour ?

Remplissez le formulaire ci-dessous avec le plus de détails possible pour que nous puissions vous répondre dans les plus brefs délais.


Nous partageons nos expériences et conseils gratuits avec vous! Exprimez vos besoins!