491 vues

Hommage à Roger Kowalski : “charmons l’ombre”, disait le poète

0

Roger Kowalski ( 1934 – 1975 ) serait-il davantage le poète des aubes que des crépuscule, allez savoir ? Toujours est-il que sa poésie est imprégnée du clair-obscur de ce qui commence ou de ce qui finit. Son nom n’apparait qu’au cours des années 60 dans les pages de La Licorne, puis du numéro 12 du Pont de l’Epée, la revue de Guy Chambelland, réputé talentueux et révélateur du talent des autres.

Le poète-éditeur l’avait présenté à ses lecteurs à la façon chaleureuse et bourrue qui lui était habituelle. Néanmoins, lorsque le poète lyonnais mourut en 1975 à l’âge de 41 ans, sa disparition passa inaperçue dans le monde des lettres. Historiquement parlant, son oeuvre n’avait pas eu sa chance. Elle avait traversé les courants sans se laisser happer par eux, belle, fuyante, intemporelle, si pareille à son créateur. Certes, Kowalski n’était pas un bateleur génial comme Cocteau, il ne s’était pas drapé dans l’épopée de la résistance ( et pour cause il  n’avait que 11 ans en 1945 ) comme René Char, il n’avait pas le verbe haut et prophétique d’un Saint-John Perse. C’était un jeune homme silencieux, venu d’un royaume où tombait la neige et où voletaient des colombes. Il était rare qu’il fasse allusion à notre monde contemporain, non qu’il le méprisât mais simplement parce qu’il avait oublié de l’habiter : forcément il demeurait ailleurs…dans la chambre secrète, parmi les roses de novembre.  Charmons l’ombre écrivait-il, et, ce faisant, que faisait-il d’autre que de nous charmer ?

LA CHAMBRE SECRETE

Que j’entre dans le songe et qu’à tes pieds, licorne mâle,
tremble un fil de brume !
Il faut donner au feu quelques sarments d’hiver,
l’ombre de nos demeures et maints poèmes ;
il faut aussi que tu me comptes parmi celles-là de tes
créatures qui ne sont plus de ce monde,
et qu’à travers le hêtre, loin derrière l’écorce, tu devines
mes chambres les plus secrètes, celles que moi-même
je n’ose pas ouvrir.

un soir nous avions découvert une ombre
lisse aux combes de Novembre
les vents inclinaient nos songes à loisir

je savais qu’à tes pieds flambait la mousse
une odeur de gibier épuisé
une saveur de vieux miel sur la pierre

ce jour-là nous nous étions rencontrés
sur les dalles amères du silence et dès lors
vers nous se hâtaient les oiseaux couleur d’ambre.

DEMAIN

Le vent demain lèvera mes ombres ;
le poisson arrondira ses lèvres blanches sur mon nom ;
la voix du feu secondera la mienne et le fil n’aura jamais
été plus tendu ni plus musical.
Demain.

L’eau, la première, la très noire, dans ses gestes lavera
le souffle qui ne m’appartient plus,
la bouche que je n’ouvrirai pas sinon pour entrer dans
la tendre mort – et vous aurez tenu mes mains dans les
vôtres –
Ah, demain, seulement demain ;
il faut pour l’heure s’efforcer de ne pas défaillir à tâcher
de pénétrer dans l’aiguille par sa pointe.

( A l’oiseau, à la miséricorde )

Sept recueils jalonnent son itinéraire poétique :

Le Silenciaire ( Guy Chambelland ) 1960
La Pierre Milliaire
( Les Cahiers de la Licorne ) 1961
Augurales
( L.E.O. ) 1964
Le Ban
( Guy Chambelland )  1964
Les Hautes Erres
( Seghers ) 1966
Sommeils
( Grasset ) 1968
A l’Oiseau, à la Miséricorde
( Guy Chambelland ) 1976



Partager

A propos de l'auteur

Enfant unique, j’ai eu très tôt envie de me créer un monde imaginaire et me mis à rédiger des poèmes et des contes. A 18 ans, j’écris "Terre promise" qui sera publié deux ans plus tard sous le pseudonyme d’Armelle Hauteloire et me vaudra d’être remarquée par plusieurs personnalités du monde littéraire. Après des études d’art et de journalisme, je reprends, après mon mariage, des études de psychologie et de graphologie et exerce la profession de graphologue pendant plusieurs années. En 1983, je reviens à mes premiers amours : la poésie ... En 1998, je commence une série de quatre ouvrages pour la jeunesse. Le thème de la mer a toujours été très présent dans mon univers poétique et ce, d’autant plus, que je demeure sur le littoral normand et que mon mari est un marin confirmé. Je viens de publier ( juillet 2009 ) un récit " Les signes pourpres" qui se déroule en Afrique parmi les populations Massaï, Samburu et Kikuyu et j’ai réuni sous le tire "Profil de la nuit", un itinéraire en poésie, une grande part de ma production poétique. Sans compter mon blog "La plume et l’image"que j'anime depuis 3 ans et où j'ai consacré une rubrique à l'évasion, soit aux voyages, une autre à la littérature, une troisième au 7e art. Ma participation à Ideoz va de soi, puisque voyages et culture y sont intimement liés. Donc bon vent à tous... ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Blog INTERLIGNE - Armelle sur FACEBOOK

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Besoin d'aide pour préparer un séjour ?

Remplissez le formulaire ci-dessous avec le plus de détails possible pour que nous puissions vous répondre dans les plus brefs délais.


Nous partageons nos expériences et conseils gratuits avec vous! Exprimez vos besoins!