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Les guérisseurs, des hommes comme les autres ?

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« Viens ce soir au « magnetic writing » et tu comprendras mieux me dit MIGUEL, un autre guérisseur. Les fidèles de « L’Union Spirit » se réunissent toutes les nuits de samedi à dimanche pour prier, s’initier à l’écriture automatique et cultiver leurs dons médiumniques.

La chapelle est une sorte de grange sinistre et sombre. Hommes d’un côté, femmes de l’autre, comme dans une église de campagne française, ils ont tous l’air pauvre, emmitouflés dans des châles rapiécés ou des tricots de laine trouée, entortillés dans de vieux sarongs. Je me sens épiée par ces montagnards. Visages noirs, regards brulants, fanatiques…Je frissonne.

A la place de l’autel traditionnel, se dresse une table nue, Deux hommes assis à chaque extrémité, bible en main, écoutent attentivement une femme en transes qui parle en tagalog (dialecte de Luzon) d’une voix hachée, tremblotante, entrecoupée de sanglots. Les yeux fermés, les mains posées à plat sur la table, elle reprend son souffle entre chaque phrase, comme si l’air lui manquait.

« Elle est en communication avec l’esprit » me glisse MIGUEL. J’enrage de ne pas comprendre. La femme s’arrête de parler, épuisée. Ses mains tremblent encore. Elle ouvre les yeux et regarde l’assistance avec ahurissement – comme lorsqu’on se réveille trop brutalement d’un rêve – puis quitte précipitamment l’estrade, pour rejoindre  sa place parmi les fidèles.

Ni statue, ni image sainte. Seul, accroché à un mur derrière la table et face à l’assistance, un drapeau blanc sur lequel sont brodées une colombe et les lettres de « l’Union Cristina Filipinas » Une autre personne s’avance et parle à son tour. Puis d’autres encore : hommes ou femmes au visage transfiguré, humbles montagnards transportés par l’éloquence d’un moment. Monologues entrecoupés de chants traînards et monocordes repris en chœur par l’assemblée. Mon voisin chuchote : « A ton tour sister » « Quoi ? pas question. D’ailleurs je ne parle pas tagalog ». « Qu’importe, laisse-toi aller… je peux te mettre rapidement en état de  transes » « Sûrement pas  Je ne suis pas encore prête pour communiquer avec les esprits ! » J’ai l’air paniqué car MIGUEL me rassure  « OK comme tu veux ».

L’assistance va chanter et prier jusqu’au lever du jour. Moi, j’ai envie de rentrer à l’hotel, car après minuit c’est le couvre-feu et je crains de ne plus trouver de moyens de transport. En effet, plus de taxi ni de bus, et l’hotel est a plus de 7 kilomètres de la chapelle. Non seulement je ne connais pas le chemin mais je risque de me faire arrêter par une patrouille de police. MIGUEL me conduit jusqu’au poste militaire. « Si on te propose une escorte, ne dis pas que tu reviens de l’Eglise spirite » me dit-il « Fais comme si tu ne parlais pas l’anglais, de cette façon on ne te posera aucune question ». Je grimpe dans une jeep de patrouille, entourée de soldats casqués et armés. Le conducteur demande d’où je viens, ce que je faisais et pourquoi je suis dehors si tard, mais à chacune de ses questions je hausse les épaules en souriant en répétant bêtement « Villa la Maja »………………………………………..

Après TERTE, Alex ORBITO, Joséphine SISSON et Placido, je souhaite rencontrer le plus célèbre de tous, Tony AGPAOA à qui un « auteur » français a consacré un livre tout récemment. Mondialement connu parait-il. Il vit dans un luxueux hotel dominant la cité de Baguio. MIGUEL me demande de renoncer à ce projet, AGPAOA est très occupé. J’insiste et il accepte de me conduire jusqu’à lui. Intimidée à l’idée de me trouver face à cette vedette dont on chante les louanges. Mais à qui on reproche de s’être trop vite enrichi. On ne lui pardonne pas non plus son goût irraisonné pour la publicité tapageuse et ses dépenses dans les combats de coqs. MIGUEL m’avoue avoir été l’assistant de Tony avant de pratiquer lui-même. Mais depuis qu’il l’a quitté, ils ne se parlent plus. Jalousie, rivalité ? La concurrence est rude dans le monde des guérisseurs !

En traversant la rue principale de Baguio, MIGUEL me signale un attroupement « Pas besoin d’aller chez Tony, c’est lui, là.  ».

AGPAOA est plutôt petit, sourire large, regard vif et malicieux, habillé avec recherche. Il discute avec véhémence, agitant les bras comme un maître du barreau, hélant les passants avec une joyeuse insouciance. MIGUEL ouvre la portière. Tony se penche, m’aperçoit et prend place aussitôt sur la banquette près de moi. Après les présentations, Tony, qui fume un petit cigare « More » avec une certaine suffisance, passe familièrement un bras autour de mon épaule et demande avec désinvolture si je suis venue à Baguio pour étudier les guérisseurs…Connaissant le tempérament philippin et leur goût immodéré des grandes démonstrations, je ne m’offusque pas. J’avais cependant imaginé Tony comme une sorte de clergyman. N’est-il pas Révérend de la philippine spiritual Church of Science and Révélation » ? AGPAOA n’a rien d’un Tartuffe, il doit aimer la vie et se donner à fond dans tout ce qu’il entreprend.

« Tu es à la recherche d’un maître, d’un guru ? Je peux t’initier aux voyages astraux si tu le désires ou « ouvrir » tes chakras (centres d’énergie du corps humain tels qu’ils sont décrits dans la philosophie yogi), t’apprendre à distinguer l’aura des gens et si tu es douée, tu pourrais guérir des malades. On a tous des possibilités cachées, des dons inconnus qu’il faut cultiver » Je suis abasourdie par les propositions immédiates d’Agpaoa. Je n’en demandais pas tant et le lui fais comprendre. Il se met à rire joyeusement, tête rejetée en arrière.

« Je vais te dire pourquoi »… il se penche à mon oreille : « Parce que tu es blonde » ! Je souris, gênée. Puis la conversation continue. Tony aime briller, en homme habitué aux contacts avec les étrangers. Il m’invite à déjeuner, me montre deux gardes en uniforme postés à la porte de l’établissement et dit sur un ton de confidence mêlé de satisfaction : « Mes gardes du corps. Je m’occupe actuellement d’un membre de la famille royale grecque… » « ? » Impossible d’aiguiller la conversation sur son travail. « Il y a un temps pour tout dans la vie : pour la prière et la méditation, pour les soins aux malades et un temps pour le relax… » MIGUEL me fait des signes désespérés, genre « ce qu’il cherche c’est t’amener à son hôtel ». Je suis déçue, suis tombée sur Agpaoa dragueur. Tant pis pour moi. Je demeure cependant persuadée qu’il était plus intelligent, ou plus malins que les autres guérisseurs plus primaires.

Sortie des griffes d’Agpaoa, Miguel fait arrêter le taxi devant une grotte, réplique de celle de Lourdes et me dit, « Promets-moi devant la vierge de ne pas accepter les invitations d’Agpaoa. » J’écarquille les yeux sans comprendre. « Je t’en prie » Alors j’explose « Tu ne crois pas que tu exagères, que tu dépasses les limites. Comment peux-tu soupçonner Agpaoa… »  Il m’interrompt « C’est lui qui m’a dit, au cours du déjeuner, en tagalog pour que tu n comprennes pas, que tu lui plaisais et qu’il chercherait à te revoir. Ton sourire. Ta féminité, ta douceur presque asiatique… » Fadaises ! J’éclate de rire, flattée et excédée à la fois.Kota_Kinabalu_-_Sarawak_-_07.76_-_P22021916                                                         Avec ma fille, adoptee a Udon thani 

« Ma parole, vous êtes malades toi compris. Je viens ici pour essayer de comprendre et vous êtes là à déverser vos sentiments à la guimauve »… MIGUEL bredouille « Ce n’est pas interdit par la religion de « flirter » et il utilise le mot « butterfly » papillonner. Même la bible ne considère pas cela comme un péché  dès l’instant où ce n’est pas avec la femme d’un ami». Je suis prise d’un fou rire inextinguible et me mets à chanter quelque chose dans le genre :

Ta voisine ne convoitera

Mais rien ne t’empêchera

De tomber les autres nanas

Heureux comme un papillon tu seras

Car de fleur en fleur butineras

Et mon commandement respectera

Dieu soit loué Alléluia !

Troublée je suis arrivée, troublée je repartirai. Philippines insondables avec son sens oriental du merveilleux et du mystère, étoiles dans la nuit transformées en poussière galactique, portes entr’ouvertes sur la forteresse de la connaissance. J’ai beau frotter la lampe magique, le génie est devenu sourd. Les lumières ont brillé un instant pour me laisser entrevoir la profondeur du mystère et je retourne dans la nuit, consciente d’avoir frôlé un moment le surnaturel, d’avoir touché du bout des doigts la queue d’une étoile filante.

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Qui est l’auteur?

michele jullian maleeJe m’appelle Michèle Jullian. J’aime les voyages, la photographie, l’écriture.

Voyager ce n’est pas seulement prendre l’avion ou parcourir la planète, c’est aussi voyager dans les livres, les deux étant l’idéal. Chaque voyage comporte sa part de découvertes et de déconvenues, lesquelles deviennent expériences, à partager ou pas. Voyager est une aventure de chaque instant. Mes repères sont en France et en Thaïlande où je réside « on and off ». J’ai écrit un roman “théâtre d’ombres” qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande …

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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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