Vous pouvez lire partout ces jours ci des péans à la gloire de la politique culturelle décentralisatrice du Centre Pompidou et des éloges sans fins sur l’architecture de Shigeru Ban et Jean de Gastines. Non que je sois en désaccord avec cette avalanche médiatique, mais souffrez que j’attende quelques jours pour écrire, et plutôt d’ailleurs sur l’exposition ‘Chefs d’oeuvre ?’. D’ici là, voici deux mots sur mon escapade lors de ma visite à Metz, en lieu et place de déjeuner.
En entrant dans le FRAC Lorraine, dans la vieille ville, on craint de glisser : le sol de la cour est mordoré, comme huileux, glissant peut-être. Cette installation (sans titre) de Susanna Fritscher, qui a enduit les pavés d’une couche de silicone, d’une couche d’illusion, est la première à nous déstabiliser, à nous mettre dans un état de flou, d’incertitude qui va continuer dans toute l’exposition ‘À l’ombre d’un doute’ (jusqu’au 29 août). Nous rencontrons ensuite des vitres couvertes de poussière (Pols, Ignasi Abbali), ni hygiéniques, ni transparentes, puis un plancher défoncé (Plastered, Monica Bonvicini) que les visiteurs détruisent davantage à chaque pas. On est loin du ‘charme discret de la monstration’, on est loin des beaux alignements muséaux où on vient de passer quelques heures. Dans une autre salle, on ne voit rien, absolument rien, noyé dans un brouillard épais (MUHKA Anvers, Ann Veronica Janssens), sans repères, tatonnant à l’aveuglette, inquiet et désorienté : n’est-ce pas là une réaction commune face à l’art contemporain ? Il y a aussi des peintures odorantes (Peinture placebo©, Decoster & Rahm) ou à peine visibles (Wandstück, Karin Sander).
Et quand des choses sont visibles, elles ont à faire avec la vision car elles questionnent la manière dont nous voyons et dont nous sommes vus, ainsi les installations de vidéosurveillance de Dora Garcia 


Photos 1 et 3 courtoisie du FRAC; photo 4 de l’auteur. Knut Asdam étant représenté par l’ADAGP, la photographie de sa pièce sera retirée à la fin de l’exposition.