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Nauru: L’île des pots de vin

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L’île de Nauru, isolée au milieu du Pacifique, n’a pas le choix: accepter des pots-de-vin ou mourir. Riches et pauvres ont tout à y gagner. Chaque mois, un officiel de l’ambassade de Taïwan, sur la petite île indépendante de Nauru, donne environ 3500 euros à chacun des 18 parlementaires qui composent son Assemblée Nationale. Il n’y a pas de facture. On ne demande pas vraiment où va l’argent et comment il va être dépensé.

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L’île est petite. Le pays est petit. C’est même un des dix pays le moins peuplé de la planète, avec seulement 11,000 habitants. C’est dire si tout le monde se connait, c’est dire si tout le monde sait comment les parlementaires vont dépenser cet argent. Sur une île de cette taille, on sait tout.

A Nauru, minuscule caillou squeletique isolé dans l’océan Pacifique, cette somme est importante. Le Premier Ministre gagne 300 euros par mois.

En théorie, cet argent de poche est supposé aider les populations les plus vulnérables de l’île.

En réalité, c’est un “don” (en fait un pot-de-vin) pour remercier Nauru de reconnaître Taiwan en tant que nation souveraine et indépendante. Au grand dam de la Chine continentale.

Il n’y a pas d’audit puisque l’on sait tout. L’argent est dépensé selon une procédure interne à l’île qui n’a pas grand-chose à voir avec la transparence officielle requise par les protocoles de l’aide au développement ou de la coopération internationale. Toutefois, l’argent est bel et bien distribué aux plus pauvres, la communauté restant très exigeante à ce sujet. Si ça va mal, le député ne sera pas réélu.

L’anecdote, tirée du quotidien the Australian, pourrait prêter à sourire. Un cas à part, pourrait-on penser. En fait, c’est une pratique très courante dans les îles du Pacifique, instaurée en général par les pays asiatiques pour s’attirer les soutiens potentiels des onze micro-Etats insulaires de la région. Soutiens qui passent par un vote en leur faveur à l’Assemblée Générale des Nations-Unies, par exemple, ou par l’octroi de quotas de pêche au thon ou à la baleine, ou l’installation d’un complexe touristique.

A Nauru, les Russes ont promis de réparer le port qui part en miettes. En échange, Nauru a promis de reconnaître l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, deux provinces autonomes russes, dont les vélléités d’indépendance (sous l’égide du grand frère) énerve au plus haut point la Géorgie voisine.

Tout cela coûte environ 8 millions d’euros. Pas grand-chose pour la Russie, beaucoup pour Nauru. Pour fêter le deal, le Ministre des Affaires étrangères de Nauru, M.Kieren Keke, a voyagé au frais du contribuable russe en Ossétie du Sud.

Il faut se méfier, toutefois. La loyauté de Nauru a ses limites. En 2002, la Chine a versé la somme de 100 millions d’euros. Du coup, Nauru a reconnu la Chine continentale, au détriment de Taiwan. Nuits blanches à Taipei. Depuis, tout est rentré dans l’ordre, c’est toujours Taïwan qui a le soutien de l’île.

En 2001, l’hebdomadaire britannique The Economist indiquait que près de 400 entités avaient établi une banque à Nauru, toutes enregistrées à la même adresse. Depuis, il y a eu les histoires de paradis fiscaux que l’on connait, et Nauru a fait quelques efforts pour assinir la situation.

Et puis, en 2002, il y a eu la fameuse « solution Pacifique ». L’Australie demandait la permission à Nauru d’installer deux camps de requérants d’asile en vue de savoir s’ils répondaient aux critères de réfugiés politiques. Près de 1630 réfugiés ont donc été « triés » par des fonctionnaires australiens sur la petite île de Nauru, laquelle n’a pas signé la Convention relative sur les réfugiés. Une manne pour les habitants. Près de 25 millions d’euros par an, sans compter les dépenses directes et indirectes des fonctionnaires. Un genre de pot-de-vin institutionnalisé, en quelque sorte.

A l’heure actuelle, l’Australie se sent une nouvelle fois assiégée par des requérants d’asile, en provenance notamment d’Afghanistan, du Sri Lanka et du Myanmar. La « solution pacifique » refait surface. Les libéraux sont pour la réouverture du centre, les travaillistes veulent que ce centre soit installé dans un pays qui a signé la Convention. L’Australie n’a toujours pas de Premier Ministre. Affaire à suivre, comme on dit dans les gazettes.

En attendant, Nauru est revenu au point de départ. Une île sans ressource, ruinée par une mono-industrie cannibale, l’extraction du phosphate. La dernière mine a fermé ses portes dans les années 90, laissant derrière elle 80% de l’île totalement impropre à quoi que ce soit.

Dans les années 70 et 80, grâce au phosphate, Nauru enregistrait le deuxième plus haut revenu par habitant de la planète. A cette époque, il y avait tellement de richesses investies dans des « trusts » et dans des projets immobiliers à l’étranger que les habitants ont pris l’habitude de dépenser sans travailler, de rouler sur l’or sans lever le petit doigt.

Mais patatras. La corruption et la mauvaise gestion ont réduit à néant cette aubaine. Depuis le pays se débat dans le cercle vicieux de la pauvreté.

Tout cela ne rend pas Nauru et ses dirigeants bien sympathiques. Certes.

D’accord, mais que faire quand on est un micro-Etat sans aucune ressource, si ce n’est un peu d’océan et un vote à l’Assemblée Générale des Nations unies ? Comment résister aux sirènes des grands pays ? Comment s’en sortir ? A-t-on le choix ? La corruption est-elle évitable quand les dirigeants d’un pays n’ont rien à perdre et tout à gagner ?

Les votes des 42 micro-Etats insulaires disséminés dans les trois océans Atlantique, Indien et Pacifique constituent le quart des votes à l’Assemblée Générale. Ce n’est pas rien. Les riches Etats jouent le jeu de la corruption. Nauru sait très bien y jouer, en monnayant aux plus offrants ses chiches possibilités.



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A propos de l'auteur

"Ils/Elles" lointains " «Il n’est au monde qu’une seule aventure: la marche vers soi-même, en direction du dedans, où l’espace et le temps et les actes perdent toute leur importance.» Henri Miller.Vivre sur des îles lointaines au XXIème siècle ...

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