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Si les riches ont mérité d’être riches, les pauvres ne méritent-ils pas, eux-aussi d’être pauvres ?

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La violence de ces derniers jours risque de durcir durablement les divisions entre favorisés  ( “Hi So” et “middle class”) et « rouges » dont la majorité sont des pauvres – « These people » comme les appellent avec un certain mépris les mécontents de Bangkok qui se sentent menacés et en situation inconfortable en raison de l’occupation du centre de la capitale depuis des semaines, un centre en train de se transformer en vrai champ de bataille. Quand on donne l’ordre de tirer à l’armée, elle tire, et sans état d’âme.

Les photos et vidéos qui circulent par centaines sur le net montrent assez bien dans quel état se trouve Bangkok aujourd’hui. Images violentes ou poignantes qui circulent, non seulement dans le monde entier, mais aussi dans les villages les plus reculés des provinces désavantagées. Alors oui, la violence pourrait se répandre et se déchaîner dans tout le nord et le nord-est. Je parle au conditionnel mais je sais déjà que ce n’est plus seulement qu’une probabilité.

Ce que demandaient les « pauvres », qui pour la plupart ne savent pas lire, ce n’était pas un « programme » politique ou social, ils ne savent pas ce que cela veut dire –  Et puis est-ce qu’on n’a pas toujours pensé pour eux ? –  Ils voulaient plus de justice et un peu de partage de cette richesse dont le pays pouvait jusqu’ici se vanter de posséder. Jusqu’à l’arrivée de Thaksin, les Isans pensaient que c’était leur lot d’être pauvres. Leur karma. Ils se taisaient et courbaient le dos en travaillant comme des buffles (« khwaai », surnom insultant dont on les affublait souvent). Le système culturel qui tient depuis des décennies en Thaïlande, grâce en partie au bouddhisme, assignait à chacun un statut hiérarchique précis dont on ne pouvait espérer sortir qu’en faisant le bien (tham boon). Mérites récompensés par une vie future meilleure. « Il faut respecter les riches, ils le méritent ». Combien de fois en dix ans, ai-je entendu cette réflexion ! Encore naïve, je demandais : « Pourquoi choisissez-vous des hommes politiques véreux (Jao Phaw) qui ne connaissent rien à vos problèmes » ? « Tu crois qu’un pauvre pourrait faire quelque chose pour nous »? était la réponse systématique. C’est pour cela qu’ils ont cru en Thaksin Shinawattra (Si celui-ci croit en la loi du karma, je le plains dans sa prochaine réincarnation).

Il faut être pauvre pour donner son enfant à des étrangers

Il faut être pauvre pour envoyer sa fille se prostituer à Pattaya, Patpong ou Patong.

Il faut être pauvre pour abandonner des enfants en très bas age à une grand-mère trop vieille. Certains villages Isan ne sont peuplés que de la génération des grands parents et de celle des petits enfants, la génération intermédiaire étant à Bangkok pour gagner des salaires souvent minables.

Il faut être pauvre pour s’exiler au Japon, en Arabie Saoudite, en Israël.

Il faut être pauvre pour partir le matin, armé de bâtons, pour une chasse improbable au rat, une viande protéinée comme une autre pour les Isans.

Nommez-moi un seul village où je ne serais pas allée en Isan. J’ai tout filmé, des heures et des kilomètres de ces vies misérables et pourtant jamais tout à fait tristes, car j’y ai appris le partage. (Baeng pan). J’ai filmé la chasse aux rats, la mère qui pleure en mettant sa fille dans le bus pour Pattaya, la grand-mère qui envoie son petit-fils se faire moine, sinon pas d’éducation possible, les démunis absolus qui « donnent » leurs enfants à des étrangers avec ces pathétiques : « avec eux, ils auront tout, avec nous, ils n’auront rien ».

 

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Je ne suis pas pro rouge. Je ne sais pas de quel droit, (pourtant je le prends), je peux dire que je n’aime pas Thaksin qui, je l’espère, ne se réjouit pas du chaos dans lequel il a mis son pays, mais cela serait probablement arrivé tôt ou tard avec l’ouverture sur le monde, grâce à internet, facebook et twitter, jusque dans les villages les plus isolés.  Je ne suis pas jaune. Je ne me revendique d’aucune couleur. Je ne suis ni pro-gouvernement, ni anti-gouvernement. De quel droit ? Je vis depuis dix ans en Thaïlande où j’ai souvent été « volontaire » pour enseigner l’anglais et le français dans de nombreux villages du nord, du nord-est et le long de la frontière birmane et dans des conditions parfois « limites ».

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Mon hôtesse Karen

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Aujourd’hui, je ne réagis pas en spécialiste, mais en témoin de longue date d’un pays que j’aime et que j’ai choisi, avec une sensibilité lucide et pas « gnagna ». Mon ami thaï pense même souvent que je suis anti-rouge, c’est dire nos discussions ! Alors je ne recevrais jamais de leçons de personne. En revanche, je resterai curieuse et respectueuse de points de vue différents. Eh ! C’est ça aussi, l’idée de la démocratie, non ?

*Lire les livres de Pira Sudham  – un Isan qui s’en est sorti, et qui a su exprimer la vie des pauvres de cette province.

** Écouter les paroles des chansons de Phongsit Khampi (chanteur phleeng pheua chiwitt originaire de Nong Khai

 

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La “cabane au fond du jardin” !  “Hong nam” comme disent les Thaïs.



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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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