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Société indienne : Tout est relatif (ou le paradoxe d’Easterlin)

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Dans cette chronique Inde : regard sur la société indienne… et le rapport à la pauvreté… Car on apprend vite dès qu’on voyage en Inde que tout est relatif…


Retrouvé cette note, laissée de côté durant mon voyage au Rajasthan :

« La Thaïlande s’éloigne de moi, alors que je m’en suis rapprochée géographiquement. D’ici, je la regarde avec d’autres yeux. Dans le vent chaud du désert où la température avoisine les 45 degrés en plein midi, la notion de pauvreté prend une autre dimension,  le regard de mon chauffeur y est aussi pour beaucoup. J’évoque les récentes révoltes de Bangkok, les espoirs d’une partie de la population « laissée pour compte », méprisée par les citadins de la capitale, et survole la vie en Thaïlande en général : ses millions de motos japonaises, la circulation infernale de Bangkok et de Chiang Mai avec ses pickups et ses 4×4 –  des « must » pour « avoir de la face » – l’air conditionné dans les plus modestes guest-houses, les bars, la bière, le whisky, les filles, la musique, les mariages mixtes….

Au fur et à mesure que je raconte, le sourire de Singh se fait de plus en plus ironique. A l’évocation des mariages de « farangs » – dont l’âge est souvent le double (minimum) de celui de leurs épouses thaïlandaises rencontrées les 3/4 du temps dans les bars ou salons de massages de Bangkok, Pattaya, Phuket, Koh Samui – Singh me lance, avec du venin sur la langue : « Alors les thaïlandaises se marient avec des étrangers pour l’argent » ? Je ne sais pas ce qui est le plus grave dans sa remarque, le mot « étranger » ou « argent »… Mais j’explique : la pauvreté, la nécessité de trouver de quoi  faire vivre la famille, le devoir des filles envers les parents âgés etc…

« Quelle famille » ? me lance Singh. Son ton, sa question me font redescendre sur terre, enfin sur la terre sableuse et aride du Rajasthan… Je ne m’étais pas rendue compte de la compassion et de la tendresse que j’avais mis à « raconter » la Thaïlande. Si Singh avait été mal élevé, il aurait sans doute craché. Mais nous étions dans la voiture. Il s’est contenté de cracher ces mots : « Je plains ce pays où les filles vendent leur corps pour subvenir aux besoins de leur famille ».

Je me sentais blessée, (la Thaïlande est un peu mon pays de cœur), j’avais trop parlé. J’ai eu envie de répliquer quelque chose de désagréable, de méchant même, de bien senti en tout cas, à ce monsieur donneur de leçons. Je me rappelais alors cette remarque faite il y a très longtemps, à Bali, par un routard, de retour d’Inde justement, à qui je demandais, curieuse : « Alors, l’Inde, c’est comment » ? qui me répondait : « L’inde ? Sublime ! Les saris, sublimes !… mais ce qu’il y a dedans…Ouh lala ». Ça m’était resté, au point de m’en souvenir des décennies plus tard… non seulement je m’imposais silence mais je m’appliquais à  mettre du miel dans mes mots, lui aussi a quitté son ton sarcastique.

« En Inde, être pauvre, c’est ne pas manger, c’est n’avoir ni voiture, ni moto, ni air conditionné, ni bar, ni bière. Comme des centaines de millions de personnes. Mais ici on n’abandonne pas ses enfants, on ne divorce pas ».

J’ai vite changé de sujet de conversation, Cette pauvreté là, elle était en permanence sous mes yeux, oblitérée parfois par le sourire que j’éveillais dans le regard de mes rencontres de passage. Et je me mettais à parler de la France : du système qui consistait à prendre aux plus favorisés – lorsqu’ ils ne se « barraient pas  à l’étranger – (impôts, CSG, ISF), pour donner aux plus démunis (aides sociales, allocations familiales, aide au logement etc.). Je ne sais pas ce qui a le plus dégoûté Singh : la prostitution, les mariages mixtes en Thaïlande ou l’argent qu’on prend à  ceux qui en ont pour le redistribuer à  ceux qui ont moins ou pas du tout, en France. Je ne voyais que le reflet du visage de mon chauffeur dans le rétroviseur et son profile gauche… mais ça m’a largement suffi pour comprendre que c’était les manières françaises qui l’écœuraient le plus. D’ailleurs il a rajouté, pour confirmer mon intuition : « Si je gagne de l’argent, moi, c’est pour moi, ma famille, pas pour qu’il soit redistribué à ceux qui ne travaillent pas, à ceux qui viennent d’autres pays ,à ceux qui font beaucoup d’enfants… »*

Voyager, c’est, non pas accepter la culture de l’autre, mais c’est savoir se taire. J’avais encore un long chemin à parcourir avec Singh, alors j’ai évité d’évoquer et la Thaïlande et  la France …. et on s’est bien entendus le reste du temps..

*Le gouvernement indien de centre-gauche a instauré vendredi une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en dépit de la vive opposition des commerçants, en grève pour le troisième jour, et des dirigeants de huit Etats (sur vingt-neuf) qui ont refusé de l’appliquer.  Le budget du gouvernement fédéral connaît un déficit chronique du fait d’une large évasion fiscale. Seuls 20 millions de personnes paient l’impôt sur le revenu dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants, où la classe moyenne est évaluée à entre 150 à 250 millions de personnes. (l’Express ,2005)… CECI EXPLIQUE CELA.



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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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