Pourquoi voyager ? Quelles motivations nous poussent à passer des heures inconfortables en avion, en bus, en train ? Pour moi je répondrais : pour aller à la rencontre des rêves et des désirs que des écrivains ont – grâce à la magie de leurs mots – fait  pousser dans mon imaginaire.. Pour aller à la découverte de « mots magnifiques », ceux dont parlait Joseph Kessel : Samarkande, Montevideo, Borobudur.

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Serais-je allée au Laos et au Vietnam sans l’aventurier contrebandier qu’était Jean Hougron ? Sans sa façon de décrire la femme laotienne avec ses « baw » (sabaï di baw ? man baw ?), et ses mots sublimes pour dépeindre les gracieuses vietnamiennes en ao daï sur leur bicyclette dans une Saigon qui depuis a changé de nom ? Serais-je allée à Singaraja sans le regard brûlant et éternellement amoureux de Muriel Cerf soulevant le voile sur ses amants magnifiques : riche marchand chinois de Singapour, prince bhoutanais, artiste javanais… ses amoureux plus mystérieux que les bouddhas d’Angkor ?  plus beau que les dieux de l’olympe hindou ?  Et à propos d’Angkor, y serais-je allée sans ce génial pilleur qu’était Malraux ?

 

 
B L O G _2140_2

 

Pas de Chine sans Lucien Bodard au regard de fils de consul né à Chongqing, sans Pearl Buck  et sa « terre chinoise », sans Han Suyin et son « Multiple splendeur ». Donc emmener ses rêves dans ses bagages, pour les confronter à la réalité. Décevante ou magnifiée, qu’importe.

 

Pour la Thaïlande aucun livre ni auteur n’ont fait pousser de rêves dans mon imaginaire. Mais une mélodie et des mots évocateurs : Gérard Manset et son « Royaume de Siam ». Alors suis partie au Siam, même si le pays s’appelait déjà depuis longtemps Thailande. Mais des images d’une douceur et d’une capiteuse sensualité : Emmanuelle avec la naïveté de Sylvia Kristel. Un film avec ses klongs langoureux transformés depuis en avenue de béton.

 

BLOG -  33  - Femme a l'enfant

 

Voyageuse manipulée je suis : par la magie des mots, les images et photos d’artistes, jamais par les clichés des agences de voyages. Par la musique du flamenco, ou la voix d’Amalia Rodriguez… il a bien fallu commencer par l’Europe avant de me perdre sur les chemins d’Asie.

 

Depuis je voyage pour lire le monde tel qu’il se livre, se dérobe, ou se cache, tel qu’il se refuse à moi. Surtout celui-là. Et même si j’ai écrit « LA OU S’ARRETENT LES FRONTIERES »* il est toujours question de frontières lorsqu’on voyage. Elles sont aussi réelles et nécessaires que les « interdits », car ils sont faits pour être transgressés, franchis, dépassés, moqués, « pied-de-nezilés », défiés.

 

C’est l’imaginaire et les frontières qui font du monde une « attraction »,  pas dans le sens de parc à la Disney ! Dans le sens d’attractif, d’attirance, d’envie, d’invitation.

 

 
Blog - 48 -   Femmes Buyi sur la route

 

  • Editions de la Fremillerie.
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Ecrire c’est arpenter des univers, ceux que l’on connaît déjà et, de façon plus excitante ,ceux qu’on ne connaît pas encore et dans lequel on va se lancer. Challenge ! On ne peut en ressortir qu’enrichi.

Avec « La vie aussi est voyageuse » (à paraître), j’ai arpenté l’univers d’un astrophysicien, j’en ai appris un peu plus sur les étoiles et les trous noirs. J’ai aussi parcouru les terres d’Isan avec Amata à la recherche de sa mère biologique, là, j’étais en terrain connu  parce que ma fille adoptive est de cette région et que j’y ai enseigné pendant 4 ans.

Mais cette histoire est terminée,  elle est maintenant entre les mains de mon agent et des éditeurs, alors” aléa jacta est” !

Je me sens un peu orpheline de personnages qui m’ont accompagnée tout au long de l’écriture de ces 3 romans, j’en ai pourtant fini avec cette trilogie qui se déroulait en grande partie en  Thaïlande. Je me rends compte à présent, que ces romans décrivaient  une quête : celle d’un demi-frère Karen, pour « Théâtre d’ombres“, celle d’un amour ayant perdu la mémoire dans les montagnes birmanes pour « Là où s’arrêtent les frontières », et celle de la mère biologique dans « La vie aussi est voyageuse ». Ce n’était pas voulu, j’en fais le constat après ces 4 années d’écriture.  Mes 3 « opus » (comme disait un illettré prétentieux) étaient des remontées dans le temps, aux origines, ou dans la mémoire, ils se referment sur la Thaïlande, du moins pour l’essentiel, ainsi en ai-je décidé.

Ecrire me manque, alors je me suis mise à la recherche d’un sujet loin des précédents. Pour le terreau inconnu, ce sera sûrement 2 univers qui vont se rencontrer, et l’un détruira probablement l’autre. Celui de la blonde Camille, linguiste, chercheuse au CNRS et traductrice de langues asiatiques à ses heures (une façon de ne pas oublier la Thaïlande, car Camille parle thaï et mandarin)  et celui de  la jeune et brune Floriane, beauté étrange autant que désarmante mais manipulatrice perverse. L’une est intellectuelle. Elle a le don des langues et pense qu’il faut lire plus d’une langue pour « déconstruire les fausses idoles » (Georges Steiner).  Erudite mais naïve. L’autre, plus jeune, est une pyromane des sentiments qu’elle fait naître avec un don de manipulatrice monstrueuse. Sans quasiment user de mot. « L’une parle, enseigne et écrit, l’autre se tait. », là se trouvera certainement la trame de ce prochain roman. La mort – accidentelle ou pas – sera au rendez-vous. Fatale, inévitable.

En attendant je me plonge dans les études sur la perversité, le harcèlement moral, sur les travaux de Claude Hagège et  de Chomsky et sur l’œuvre de Georges Steiner, philosophe du sens. Avec mes petits carnets de notes toujours à portée de main. Petit carnet qui va devenir ma bible, ma thora.

Et c’est fou, dès l’instant où la pensée s’organise autour d’une idée, j’ai l’impression que « tout vient à moi », que « tout est signe » : la conversation avec mon ami japonais au petit déj , un article dans libé, un livre qui me fait des clins d’oeil dans la librairie “L’œil écoute » où je passe quasiment chaque jour… Et bien sûr l’excitation d’écrire  à nouveau.

[/tab] [tab name=’Se décentrer’] « Quand tu aimes, il faut partir » écrivait Blaise Cendrars ( il avait choisi « cendres » comme le phénix qui renaît toujours de ses cendres). Plus tard, il écrivit encore, « Quand tu aimes il faut rester ».

Rester, partir, aller,  revenir, « paï paï maa maa » (aller, aller, venir, venir) comme disent les thaïs.

Dans ces entre-d ’eux, dans ces mouvements, entre partir, revenir et surtout si on reste… c’est bien nous-mêmes que nous emmenons dans nos bagages avec notre balluchon culturel, nos idées toutes faites, nos illusions mais aussi notre envie de dépaysement (se défaire de son pays), pour découvrir, s’enrichir. Je suppose qu’il y a autant de façons de voyager qu’il y a de voyageurs. J’exclue bien sûr ceux qui voyagent pour juste pouvoir dire « j’ai fait…tel ou tel pays » Non, on ne « fait » pas un pays, c’est lui qui vous fait… ou vous défait pour paraphraser je ne sais plus qui.

 BLOG Sénégal 5                                                                    avec ma fille au Sénégal

J’aime les voyageurs silencieux, ceux qui s’imprègnent des lieux, c’est pourquoi j’ai horreur des groupes. J’essaie donc, dans la mesure du possible, de voyager seule, à St-Malo ou à Rio, afin d’exercer mon regard sur le monde autour de moi.

Cendrars aimait « bourlinguer », pour découvrir le vaste monde dont il avait senti, qu’il ne serait plus vaste très longtemps, mais pas seulement, pour lui bourlinguer, c’était se décentrer.

C’est ce mot que je retiens. Se décentrer, perdre son pôle nord, son étoile, ses repères, sans forcément en adopter d’autres, un mimétisme qui serait parfaitement superficiel ou ridicule. Se décentrer pour bousculer ses propres neurones.

Si on me demandait par exemple, à cet instant précis où j’écris, ce que j’observe autour de moi (que je n’aurais pas remarqué si j’avais partagé mon petit déjeuner avec quelqu’un), je dirais :

« Un couple d’américains et leurs deux enfants, blonds comme les blés et à l’accent new yorkais viennent de s’installer en face de moi. A côté d’eux, une table de chinois. Ils s’esbaudissent devant les enfants super mignons. La maman américaine, qui a appris phonétiquement à dire « hello » en thaï : « sawasdee kha », (en fait elle dit quelque chose comme « sadika »),  force son petit garçon à joindre les deux mains dans un « waï » plus ou moins thaï afin de répondre aux sourires des chinois. Ceux-ci, amusés, rient à gorge déployée. L’américaine est déconcertée, choquée même, elle a pris les chinois pour des thaïs. Confusion. (non, les chinois ne font pas le waï)

Voyager c’est aussi ça, accepter d’être observé, tout comme on observe. Se sentir passager clandestin. Ne pas avoir d’idées préconçues et pourtant observer les règles… donc les connaître. Ne pas se renier sans pour autant « singer », se laisser déconcerter sans être déconcertant. Découvrir les autres sans se perdre soi-même. Être ébloui sans s’aveugler. Garder une âme d’explorateur des petites choses, de ces subtilités qui, avec le tourisme de masse, risquent de disparaître. Aimer ce qui est « autre » sans pour autant douter de soi. Se laisser imprégner d’une autre culture sans abandonner la sienne. Etre fasciné par les temples en ruines sans oublier ses cathédrales.

Il y a quelques années « passeport » en thaï se disait : nangseu deun thang (หนังสือเดินทาง) : livre-marcher-chemin. Aujourd’hui, le mot anglais a pris le pas, et les thaïs disent « pa sse port »

Quand on me demande ce que j’écris, je réponds : des romans… « niyaay reuang ko hok » Littéralement :” à propos de mensonges »… Voyager c’est vraiment se décentrer.

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Qui est l’auteur?

michele jullian maleeJe m’appelle Michèle Jullian. J’aime les voyages, la photographie, l’écriture.

Voyager ce n’est pas seulement prendre l’avion ou parcourir la planète, c’est aussi voyager dans les livres, les deux étant l’idéal. Chaque voyage comporte sa part de découvertes et de déconvenues, lesquelles deviennent expériences, à partager ou pas. Voyager est une aventure de chaque instant. Mes repères sont en France et en Thaïlande où je réside « on and off ». J’ai écrit un roman “théâtre d’ombres” qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande …




Author

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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