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Week-end à Rome : les Gnous du Capitole di Roma

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Un week-end à Rome, pendant 4 jours entre amis pour partir à la découverte de Roma, la capitale italienne, si prisée des touristes en raison de ses nombreux sites historiques et culturels … Vacances romaines ou les visages d’une ville un peu folle…

Je débarque à Rome avec un petit groupe d’amis pour un weekend de quatre jours, et nous passons les deux premières journées (le jeudi et le vendredi) à arpenter courageusement les ruelles surpeuplées aux trottoirs quasiment inexistants, avec la persévérance grégaire d’un troupeau d’ongulés sauvages migrant dans le delta de l’Okavango à la fin de la saison des pluies…

Autrefois, il y a fort longtemps, une époque si reculée que même la vénérable Mathusaline était encore trop jeune pour vendre des légumes au marché du Parc Floral, une faune sauvage, particulièrement massive et intimidante parcourait en toute liberté les forêts, les montagnes et les vallées de notre bonne vieille Europe, au péril des voyageurs aventureux qui s’y hasardaient imprudemment. Il suffit de lire les grands classiques (ou juste une page Wikipédia parce que bon, faut pas charrier non plus) pour s’en assurer. Ainsi, Tite-Live et Pline l’Ancien narrent avec force détails l’épopée d’Hannibal franchissant les Alpes à la tête de sa redoutable armée carthaginoise montée à dos d’éléphant, et Hérodote, lui, pimente ses récits des guerres médiques en y incluant des anecdotes cocasses où des meutes de lions, alors communs dans tous les Balkans, se mêlent de la partie, semant la confusion parmi les belligérants et terrorisant tout autant les guerriers grecs que les armées perses. Ambiance slapstick garantie. Et parmi nos classiques, n’oublions pas, bien évidemment, l’invention involontaire de la corrida par Astérix aux arènes d’Hispalis, où l’impitoyable gouverneur romain l’avait condamné à se faire encorner et piétiner à mort par un aurochs furieux, un énorme taureau sauvage alors très répandu sur tout le continent. Bref, à l’époque, on ne rigolait pas avec les grosses bêtes.
 
Depuis, les choses ont bien changé. Les fauves cruels du temps jadis, pourchassés sans merci par des populations peu soucieuses de préservation de la biodiversité, ont lentement disparu du paysage, et laissé la place à une faune nombreuse, grégaire et considérablement moins agressive (encore que sur ce dernier point, il y ait débat) : de vastes troupeaux de gnous. Et les gnous, c’est nous. La semaine dernière, à l’occasion d’un court séjour à Rome, j’ai pris conscience, que dis-je, j’ai été abasourdi, et presque asphyxié, par la nature essentiellement gnouesque de l’humanité.

rome Piazza di Spagna
Des gnous s’attroupent sur les marches de la Piazza di Spagna après une journée éreintante de tourisme culturel

Avec ses 2,7 millions d’habitants répartis sur presque 1300 kilomètres carrés, Rome est un peu plus peuplée que Paris, mais surtout dix fois plus étendue que la Ville-Lumière. La capitale italienne couvre aussi une superficie bien plus grande que Berlin, d’ailleurs, tout en étant nettement moins peuplée que la métropole prussienne. Dit comme ça, en regardant les données brutes, ce n’est pas la place qui semble manquer. Alors pourquoi se marche-t-on dessus en permanence ? À cause des touristes ?

rome fontaine de Trevi roma
Ce troupeau de gnous se désaltère à un point d’eau particulièrement prisé,
la fontaine de Trevi. Les gnous aiment y jeter des pièces de monnaie.

Sans doute, mais alors quelque chose m’échappe : j’ai fait des recherches pour savoir si Rome était la ville la plus visitée en Europe, et même si les statistiques sont lacunaires, peu fiables et étonnamment contradictoires, elles ne placent jamais Rome en tête d’un classement toujours dominé par Paris et Londres, où pourtant les masses de gnous semblent bien moins nombreuses et compactes. En bref, quid? On n’en saura pas plus. Mais dans le fond, on s’en fiche pas mal des statistiques qui ne servent à rien puisqu’elles refusent de refléter la réalité ressentie. Au lieu de chercher vainement à creuser la question, revivons plutôt, en images, quelques temps forts du weekend d’un gnou au milieu d’autres gnous.

rome musée du vatican
File de gnous devant le musée du Vatican. Il est 9 heures du matin…

Mes amis de mon échange Érasmousse et moi avions prévu il y a quelques mois d’organiser des retrouvailles printanières dans une ville intéressante, et c’est Rome qui a remporté les suffrages. Aussi atterris-je à l’aéroport de Fiumicino un jeudi après-midi au terme d’un assez long voyage via Paris. Car voyez-vous, il y a misère de vols directs entre la Bundeshauptstadt et la Cité aux Sept Collines. Seuls EasyJet et Air Berlin font semblant de se livrer concurrence sur cette ligne, et à voir les tarifs qu’ils proposent, on sent bien que le cœur n’y est pas vraiment. Manifestement, l’Axe Rome-Berlin n’est plus que l’ombre de lui-même…Mais je m’égare.

Bienvenue à Roma, capitale italienne…

J’atteris, disais-je, et retrouve dans l’aérogare une amie tout juste arrivée de Copenhague, certes, mais pas mes bagages, restés en villégiature à Paris. La nouvelle me navre, mais dans ma détresse je perçois tout de même le bon côté de la situation : je pourrai regagner mon hôtel sans être encombré de valises qui me seront gentiment livrées à l’hôtel Aphrodite, un hôtel de passe près d’une gare glauque un établissement correct près de la gare Termini où j’ai réservé une chambre avec mes amis. D’ailleurs, à l’arrivée à l’hôtel Aphrodite, le réceptionniste nous embrouille en soutenant mordicus que nous n’avions réservé que pour deux nuits au lieu de trois. Au bout de quinze minutes de palabres, l’incident est clos et nous récupérons notre chambre pour trois nuits comme prévu, mais je commence alors vaguement à me demander si chaque étape du voyage réservera une mauvaise surprise.
Après avoir triomphé de l’épreuve du réceptionniste, nous nous lançons enfin à la découverte de Rome ! Nous retrouvons une partie du groupe sur la Piazza del Quirinale, juste devant le palais aujourd’hui occupé par le président de la République italienne. Dans l’émotion des retrouvailles, j’en oublie même de prendre des photos de ce superbe endroit, ce qui ne me ressemble pas du tout… Après quelques joyeux échanges pendant lesquels nous profitons de la superbe vue dont on bénéficie depuis la plus haute des sept collines romaines, nous décidons qu’il est temps de passer aux choses sérieuses : nous mettons le cap sur le quartier de Trastevere, connu pour ses restaurants, ses bars, ses osterie et ses trattorie où l’ambiance est détendue et où tout est délicieux.

rome eglise Santa Maria in Trastevere
Le parvis de l’église Santa Maria in Trastevere

Le quartier de Trastevere, que certains d’entre nous s’obstinaient à nommer «Travestere», est tout bêtement appelé ainsi car c’est le seul quartier du vieux Rome à être situé «au-delà» du Tibre. Du fait de sa localisation sur la rive droite du fleuve, nettement séparé du reste de la ville, une population bohème et marginale y trouva refuge pendant des siècles, notamment quelques milliers de juifs (et sûrement une importante communauté du troisième sexe, ce qui expliquerait pourquoi nous persistions à commettre ce lapsus pendant tout notre séjour romain), avant que les papes n’exilent ces derniers au ghetto de Sant’Angelo du XVIème au XIXème siècles. Aujourd’hui, à l’image du quartier parisien du Marais, ce charmant dédale d’étroites ruelles est à la mode pour sortir le soir et se mêler, dans un joyeux tapage, à une foule de gnous jeune et bigarrée.

Après une bonne première soirée romaine, nous regagnâmes notre hôtel Aphrodite, au numéro 90 de la via Marsala, non sans avoir dû traverser les environs immédiats de la gare Termini qui, passé une certaine heure, deviennent sacrément mal famé et exhalent un fort remugle d’urine. Toujours pas de valise à l’horizon ; et le réceptionniste de nuit m’enguirlande pour avoir eu l’insolence de lui demander s’il en est bien certain. Römer Schnauze?


Botellón à l'espagnole à Trastevere


rome Botellón à l'espagnole à Trastevere

 

Forum de Rome : vestiges antiques romains du Forum Romanum…

Au petit matin, je suis convoqué à la réception pour récupérer mon bagage, qui semble-t-il a été livré en pleine nuit. La réceptionniste du matin n’est pas très chaude pour le faire monter dans ma chambre. («Je poux vous l’apporter plous tard si vous voulez» –– «OK, c’est bon, j’ai compris : je descends le chercher»). Quel plaisir de pouvoir enfin enfiler des vêtements propres ! Après un petit-déjeuner en terrasse, nous nous attaquons aux ruines antiques du Forum Romanum. La météo avait annoncé de la pluie et de la fraîcheur pour les jours suivants, par conséquent nous avons décidé de faire le maximum de visites en plein air pendant la belle journée ensoleillée du vendredi.

rome forum romain
Un bout du Forum près de la Curie

Aménagé dans la petite vallée marécageuse qui se situait entre la colline du Capitole et le mont Palatin, le Forum a été pendant des siècles le centre actif de la vie urbaine de la Rome antique. Ce que je ne savais pas, c’est que le Forum n’était pas une vaste esplanade sobre et solennelle comme je l’imaginais, mais un secteur sans véritable plan fixe, remodelé et réaménagé en permanence par les marchands et les dirigeants politiques successifs. Il s’est retrouvé, à plusieurs reprises au cours de ses 1400 années de bons et loyaux services, complètement engorgé de temples, d’arcs de triomphes et de monuments divers, de colonnes, d’établissements commerciaux, de fontaines, de basiliques, etc. Des embellissements et réaménagements plus audacieux étaient habituellement entrepris après les incendies et les calamités qui le ravageaient, avec une étonnante régularité, une fois par siècle.

rome forum Via di San Teodoro
La Via di San Teodoro vue du Forum

À la chute de l’Empire romain, Rome, devenue chrétienne, avait déjà commencé à transformer ses temples païens en églises. Peu à peu, le prestige du Forum, privé de l’essentiel de ses fonctions sociales et politiques, déclina irrémédiablement, et les splendides constructions de marbre furent laissées à l’abandon, subissant les outrages du temps. L’ancienne Caput Mundi, qui avait compté jusqu’à un millions d’habitants à l’apogée de l’Empire, se réduisit peu à peu à une petite bourgade médiévale de 30.000 âmes à peine, qui n’avait que faire des luxueuses bâtisses impies héritées de temps révolus. Les pierres des temples fournirent un matériau idéal pour construire de nouveaux édifices et certains palais de la Renaissance.

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On se croirait presque à Prenzlauer Berg

Nous poursuivons notre longue promenade au soleil entre les ruines, et débattons à bâtons rompus pour savoir si nous enchaînerons directement sur la visite du Colisée, ou alors déjeunerons d’abord. Finalement, les horaires d’ouverture assez restreints du Colosseo nous convainquent de poursuivre la visite et d’aviser ensuite pour le déjeuner. Difficile de faire l’impasse sur le Colisée pour une première visite à Rome. Mais curieusement, la vaste ruine de l’Amphithéâtre Flavien, achevé vers l’an 80 et qui a accueilli des jeux du cirque pendant 500 ans, m’a laissé de marbre. C’est le cas de le dire. L’histoire de cet édifice, en revanche, est passionnante. Le public s’y distrayait en assistant aux martyres de juifs et de chrétiens, à des célébrations triomphales qui s’étendaient sur 100 jours ou plus, et durant lesquelles des animaux étaient sacrifiés par milliers, des combats de gladiateurs, etc. Toute un pan de l’économie de la ville dépendait des cruelles manifestations qui s’y déroulaient, des lanista (les propriétaires de gladiateurs) à la médecine qui récupérait les litres de sang des vaincus et de certains animaux pour en faire usage, sans oublier la populace, qui assistait gratuitement aux jeux et recevait à l’œil des kilos de viande prélevée sur les animaux tués ou sacrifiés, donnant naissance à l’expression «du pain et des jeux».

rome Via del Tritone

Une vitrine sur la Via del Tritone

Après cette visite, nous nous accordâmes un festin de sushis. Nan je rigole. Nous mangeâmes local, bien sûr, au restaurant La Pace del Cervello, un établissement attrape-touriste du coin, mais très correct et même fréquenté par quelques Italiens, indéniable gage de respectabilité. Puis nous nous congréâmes avec les masses des gnous à la fontaine de Trevi, dans laquelle les touristes ont l’habitude de jeter des pièces de monnaie : la masse de pièces lancées dans les eaux turquoise de la monumentale fontaine baroque va chercher dans les 3.000 euros par jour en moyenne ! À ce prix-là, moi aussi je veux bien construire une fontaine chez moi, et supporter les gnous qui vont avec !!! De là nous trottâmes vers les fameuses marches de la Piazza di Spagna, où nous attendaient gaiement une dizaine de milliers de congénères gnous.

Le soir, après avoir éprouvé quelques difficultés à trouver un restaurant qui acceptait une tablée de onze personnes, nous avons pu dîner à la Trattoria da Bucatino, près de la station de métro Piramide, un autre quartier connu pour sortir le soir. Là encore, j’étais tellement abasourdifié et commotionné par l’incroyable déliciosité des mets servis que j’en ai oublié de prendre des photos de la soirée. Je me suis contenté de passer un bon moment entre amis.

Épuisés par la longue journée de visite et en vue du programme chargé du lendemain, nous avons préféré rentrer sagement nous coucher plutôt que d’aller faire la fête.

 

rome roma
J’ai donc aperçu UNE station de vélibs romains, et globalement, pendant ces quatre jours, j’ai vu dans les rues bien plus de Ferraris et de Lamborghinis que de cyclistes… Mais bon, ils ont quand même des Vélibs à Rome et cela méritait d’être dit.

 

 Le Vatican et la Basilique Saint Pierre…

Pour le samedi, nous avions prévu de visiter les musées du Vatican et la Basilique St-Pierre, puisque la météo avait annoncé un temps frais et maussade. Pourtant, à 9 heures tapantes, lorsque nous émergeons de la station de métro Ottaviano San Pietro – Musei Vaticani et retrouvons le reste du groupe, un grand soleil, tiède et printanier, darde ses rayons matinaux tout droit sur nos pupilles encore ensommeillées après l’obscurité des galeries du métro. Promptement revigorés par cet intermède lumineux, nous nous mettons gaiement en route vers l’État pontifical.

 

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Les gnous au musée du Vatican, dans la Galerie des Candélabres

 

Malgré l’heure fort matinale, surtout pour les vacanciers que nous sommes, la file d’attente (que nous, naïfs comme des gnous des savanes, pensions pouvoir éviter) à l’entrée du musée est kolossale, s’étirant de l’entrée du musée, sur toute la portion du Viale Vaticano jusqu’à l’angle avec la Via Leone IV, soit environ 400 mètres selon Google Maps. Un peu comme pour entrer au Berghain, sauf qu’à l’entrée, les videurs sont moins tatoués et opèrent une sélection moins drastique. Ach, il va falloir patienter. Et s’il n’y avait encore que cela… toutes les 45 secondes, des types viennent nous proposer, avec une insistance pénible à supporter, des visites guidées dans toutes les langues possibles : espagnol, japonais, russe, ouzbek, swahili, you name it. Car, voyez-vous, les gnous ont de nombreux prédateurs, qui les harcèlent, les persécutent, leur rendent la vie impossible : lions, hyènes, et braconniers. Taons, moustiques et mouches tsé-tsé. Mendiants, guides touristiques autodidactes, vendeurs de vrais sac Vuitton posés à même le sol. La vie de gnou, ce n’est vraiment pas de tout repos.

 

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Un honnête commerçant propose sa marchandise de luxe aux touristes à la sortie du Souk du Vatican

 

Nous mettons à profit la longue période d’attente pour nous relayer au café du coin qui propose ses produits à un prix étonnamment correct au vu de sa localisation hautement stratégique. En plus, cette pause offre un répit salutaire loin des nuées de marchands du Temple. Dans le petit boui-boui qui ne paye pas de mine, je mobilise mon meilleur italien pour réclamer au cafetier «un caffè molto, molto lungo per favore, sono un turista», et me fais servir ce qui dans le reste du monde passe pour un petit expresso bien serré de sagouin… Eh bien voilà, on arrive à quelque chose ! Après un jour et demi à Rome, j’ai fini par piger qu’il n’est pas prudent ni raisonnable de commander un caffè sans davantage de précision, sous peine de recevoir un mini-shot d’une décoction ultra-concentrée qui râpe méchamment la gorge, décape l’œsophage puis fait des trous à l’estomac. La veille encore, j’avais cru ruser en commandant un «espresso doppio», ce qui a eu pour conséquence de me faire servir une double ration de l’improbable breuvage qui fait bobo au tube digestif sur toute sa longueur. Tout ça pour le double du prix. Epic fail.

rome vatican Galerie des Cartes Géographiques

Les gnous dans la Galerie des Cartes Géographiques

Enfin, nous franchissons en masse les portes du parc national musée, notre but de la matinée : un troupeau de visiteurs mugissant de plaisir se déverse à l’intérieur du musée du Vatican, un espace qui dépasse très vite toutes mes espérances. Nous avons eu tout à fait raison de payer un supplément de 7€ pour les audio-guides, ils en valaient largement la peine. Il y a tellement de choses à voir dans les onze musées du Vatican que je leur consacrerai un billet ultérieurement, si j’en trouve le temps et l’énergie. L’idée, en gros, c’est de visiter une succession de salles et de galeries plus somptueusement décorées les unes que les autres, et de découvrir dans chaque salle une impressionnante collection de peintures de maîtres, couvrant huit siècles, de la période gothique jusqu’au XXème siècle, avec bien sûr une certaine prépondérance de l’époque de la Renaissance. L’audio-guide tourne à plein régime : «Ici, dans les Salle des Signatures, le pape Grégoire VI avait l’habitude de rédiger et de signer ses bulles pontificales». «Aaaaah !» «Ici, dans la salle des Loges de Raphaël, le pape Urbain IX venait prier Saint-Augustin tous les quatre ans, le 29 février». «Oooooh !» «Dans le salon Sobieski que nous découvrons actuellement, le pape Jean XIV a définitivement statué que les femmes possédaient effectivement une âme, mettant ainsi un terme à 845 ans de controverse enfiévrée au sein de l’Église». «Ouaaaaaah !» «Dans la petite salle Borgia, somptueusement décorée de quatre fresques monumentales de Giotto, étaient installés les pots de chambre du pape Léon X». «Trop fooooort !» Et ainsi de suite.

Musee vatican rome

Une des nombreuses tapisseries monumentales qui ornent certaines salles du musée

Nous (à savoir mes amis et moi) avons mis plus de trois heures à visiter cet espace incroyable, et encore, en pressant le pas sur les dernières salles avant la Chapelle Sixtine et après avoir pris un raccourci pas tout à fait licite… C’était tellement fascinant qu’on en oublierait presque les milliers de gnous autour de nous.

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Les gnous à la Chapelle Sixtine

Vient le moment où nous pénétrons enfin dans la Chapelle Sixtine. Cela faisait à peu près deux heures que nous suivions des panneaux indiquant Cappella Sistina, en traversant toujours plus de pièces et de galeries aux somptueuses fresques. À ce moment de la visite, nous commencions tous à flancher, submergés par une si grande abondance d’art monumental et de symboles philosophiques et religieux des siècles passés. Par conséquent, pendant une minute ou deux, lorsque nous nous retrouvons dans cette vaste pièce sombre, aux immenses murs couverts d’une nouvelle série de fresques, nous ne réalisons tout de suite où nous sommes vraiment. Mais au bout d’un moment de flottement, nous repérons la fameuse peinture représentant la Création de l’Homme, assez discrète au milieu de toutes ces autres peintures monumentales qui ornent la voûte, et alors nous percutons enfin : oui, nous sommes bien en plein milieu de la Chapelle Sixtine de sa race! Enfin! Pareil, j’y reviendrai (peut-être) dans mon billet à venir sur le musée du Vatican. C’est vraiment un endroit unique au monde.

chapelle sixtine vatican
La moitié du plafond de la Chapelle Sixtine

Après une bonne demie-heure à scruter les fresques, à les photographier dans tous les sens, à nous tordre le cou dans des positions surnaturelles, à percuter d’autre gnous nez en l’air comme nous, nous quittons la Chapelle Sixtine. Il est bientôt 14 heures, la faim et la soif se rappellent à notre bon souvenir. Et puis, à ce stade, nous commençons à en avoir plein les bottes, de ces chefs d’œuvre de la Renaissance italienne, ces chérubins ailés, ces corps parfaits à la musculature pire que dans Men’s Health, ces reliefs dorés, ces têtes auréolées et couronnées de gloire, ces saints suppliciés… N’en jetez plus. Il est temps de s’accorder une pause.

Nous parvenons à une agréable cour arborée et fleurie qui sépare plusieurs bâtiments des Musées du Vatican : au lieu des senteurs de laurier et de jasmin, une alléchante odeur de pizza prosciutto e funghi parfume l’air. Après trois heures de spiritualité catholique à haute dose et d’exploration des plus hautes sphères du génie artistique de la Renaissance, nous voilà ramenés dans le monde des mortels par l’odeur du graillon… Je craque pour une part de pizza et la savoure sur une terrasse ensoleillée avec mes amis. Est-ce un avant-goût du Paradis ? Ce serait sûrement le cas s’il n’y avait pas eu environ 15 gnous se disputant chaque chaise disponible au soleil.

vatican basilique saint pierre rome

Un garde suisse solitaire devant l’une des entrées de la Basilique

Après un bon déjeuner, certes quelque peu expédié, sous l’œil peu amène de congénères affamés et impatients de récupérer nos sièges, nous nous mettons en route pour la Basilique Saint-Pierre, complètement à l’autre bout du «pays», ce qui représente à peu près quatre minutes de marche.

Sans surprise, la Basilique Saint Pierre est imposante avec ses volumes titanesques, ses marbres polychromes, ses ors qui brillent encore plus qu’un clip de Lil Wayne. Ça en met plein la vue, mais ce n’est pas trop mon style. La partie de la visite que j’ai préférée est l’ascension de la coupole, et surtout, la vue de tout là-haut sur le reste de la ville. La montée dans le dôme n’est pas particulièrement difficile. Les visiteurs ont le choix entre l’ascension bon marché (5€), uniquement par l’escalier, soit environ 550 marches, et l’ascension «confort», pour un supplément de 2€, qui donne accès à l’ascenseur, mais… il reste tout de même 320 marches à monter (ha ! ha !) par de petits escaliers sinueux et étroits. Les murs de part et d’autre de l’escalier épousent distinctement la forme de la coupole, ainsi, il n’est même pas possible de se tenir à la verticale. C’était rigolo et vite passé en fin de compte. Le superbe panorama sur la ville qui a récompensé nos efforts en valait largement la peine. Là-haut, la foule de gnous était un peu plus clairsemée, et la brise, vivifiante.

place saint pierre rome vatican
Une mouette, et la vue de la Place St-Pierre

Après toutes les émotions de la journée, nous revenons à l’hôtel nous accorder un peu de repos, puis repartons dîner au célèbre restaurant «Dar Poeta» à Trastevere. L’endroit est très connu et les tables sont réservées longtemps à l’avance. Cependant, le personnel est du genre sympa et arrive parfois à trouver une solution. Je crois bien que les serveurs de ce restaurant étaient les premiers Romains vraiment très sympas que nous ayons rencontrés, au bout de trois jours dans la capitale italienne. Et les antipasti (et tout le reste) ont largement tenu leurs promesses. Après ce dîner, nous tâchons de profiter de la notte et écumons les bars surpeuplés autour de la Piazza Trilussa. Je repense quelque peu au quartier du Marais, je ne sais pas pourquoi. Notre nuit de bringue se trouve malheureusement raccourcie d’une heure à cause du passage à l’heure d’été.

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Antipasti au restaurant Dar Poeta, au Vicolo del Bologna

Et puis voilà, c’est déjà dimanche. Plus que quelques heures à profiter, au milieu des gnous, de cette ville un peu folle où j’ai dû prononcer une bonne cinquantaine de fois la phrase «allez, il faut s’affirmer», en gros à chaque fois que nous devions traverser la rue au milieu des voitures. Rien à voir avec Beyrouth, certes, mais je préfère être piéton à Berlin plutôt qu’à Rome, tout de même…

panthéon rome

Le Panthéon

Ces dernières heures romaines ont toutefois été utilisées à bon escient, comme pratiquement chaque minute de mes quatre jours de découverte : d’abord, un bon bain de gnous au Panthéon, temple romain construit au IIème siècle de notre ère et reconverti en église, bien évidemment. Depuis l’an 609, ce lieu de culte est dédié à Sainte-Marie-aux-Martyrs, une reconversion qui lui a évité de connaître la déchéance et l’abandon comme la plupart des temples antiques, même s’il a été défiguré par deux clochers surnommés «le bonnet d’âne», jusqu’à la démolition volontaire de ces derniers à la fin du XIXème siècle qui a permis de restaurer la digne noblesse originelle du bâtiment.

rome Piazza della Rotonda
Vue sur la Piazza della Rotonda

Le Panthéon est donc le temple romain le mieux conservé de la capitale à ce jour, même si l’aménagement intérieur, une surenchère d’autels et de crucifix bling-bling, a été modifié à de très nombreuses reprises pendant ses 1900 années d’existence. C’est aussi la seule église décapotable qu’il m’ait été donné de visiter : le dôme de l’église Santa Maria (le plus grand dôme en briques au monde, deux millénaires après sa construction) est en effet muni d’une ouverture qui, aux origines païennes du temple, permettait aux fumées des sacrifices de s’échapper. Le plus sympa est donc de visiter le Panthéon par une belle journée ensoleillée, histoire de profiter de l’effet produit par le puits de lumière, qui malheureusement ne tombe jamais à la verticale. La pluie, elle, doit tomber à la verticale, mais c’est moins rigolo je suppose…

panthéon rome
Le fameux puits de lumière du Panthéon

Ensuite, nous nous accordons une courte promenade sur la Piazza della Rotonda, avant de poursuivre notre laborieuse transhumance vers un autre haut-lieu de la gnouïtude, la célèbre Piazza Navona, construite sur un stade où se déroulaient des courses de chars à la Ben Hur. Elle en garde la forme d’ellipse très allongée, mais les bâtiments, eux, datent surtout de l’âge d’or du baroque au XVIIème siècle. Nous faisons nos touristes à fond, et nous offrons même un Coca-Cola à 5€ en terrasse. Dommage, je n’ai pas eu le temps de me faire tirer le portrait par un des 250 artistes présents sur la place.

rome Piazza Navona
La Piazza Navona, la Fontaine des Quatre-Fleuves et le Palazzo Pamphili

Puis vient l’heure du départ pour moi : je quitte mes amis, me précipite vers le Corso Vittorio Emanuele, hèle un taxi et donne au chauffeur l’adresse de l’hôtel Aphrodite, sur la Via Marsala. Le chauffeur, l’œil pétillant et avide de conversation, m’assure entre deux éclats de rire qu’en argot romain, «andare a Marsala» veut dire «aller se soûler», si j’ai bien compris. Je ne comprends pas toutes ses blagues, mais passe un moment agréable en sa compagnie. Il y a donc bien deux ou trois Romains sympas en fin de compte.

Puis, descendu à l’hôtel, je récupère mes bagages en vitesse et prends le train «Leonardo Express» vers l’aéroport de Fiumicino.

rome Piazza del Governorato

Piazza del Governorato, le Palais, et une partie des Jardins

 

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