CHRONIQUES NOMADES

Yap: L’étrange légende de l’homme-lézard

Par Damien Personnaz, le Juil 2, 2014 - Fetes et Traditions

Sur l’île de Yap, d’étranges légendes sont racontées par des présences évanescentes.


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(Soir en Micronésie. © Damien Personnaz. 2010)

Tout semblait étrange, ce soir-là. L’air était un miel lourd et poisseux, les insectes se taisaient. Les vagues sur le récif s’écrasaient dans un grondement ouaté. Je me sentais seul et confus sur cette île lointaine. Seule ma pipe me procurait un léger réconfort.


La présence arriva de je ne sais où. Je ne voyais rien, mais je la sentais voleter autour de moi. Sa voix rauque rompit la nuit, suspendue dans le silence. Je frissonnais.

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« On dit que dans le village de Dugor, sur cette île de Yap, il y avait un homme qui se transformait en lézard. L’homme était très beau et chaque jeune femme de l’île voulait devenir son ami. Malheureusement, celles qui le suivirent dans sa grotte disparaissaient. Les familles restaient sans nouvelles d’elles. Au bout d’un moment, les villageois commencèrent à s’inquiéter. Ils trouvèrent que cet homme si beau était bizarre.

Un jour, l’homme-lézard rencontra une belle jeune femme. Il était si attirant ; elle tomba amoureuse. Il l’aimait aussi et pensa en profiter avant de la manger. Il l’amena dans sa grotte. Quand elle eut faim, il lui apporta à manger des grenouilles puantes, des crabes horribles et d’autres créatures putréfiées.

Soudain, elle se rappela toutes ces histoires de jeunes filles ayant disparues sans laisser de traces. Elle courut chez son père aussi vite qu’elle le pût. Son père réfléchit et décida d’attendre. L’homme-lézard revint chercher la belle jeune femme dont il était amoureux. Le père lui demanda alors de grimper à un cocotier et de lui cueillir une noix. Avide de plaire au vieil homme, l’homme-lézard escalada l’arbre. Il en redescendit la tête en bas.

Alors, le père sut. Un homme ne descend pas la tête en bas.

Il tua l’homme lézard d’un coup de machette; il tomba à terre, mort. Son corps reprit sa forme originelle, celle d’un lézard ».

La voix se tut. Je restais silencieux, les yeux ouverts dans le noir. Puis je demandais :

Je ne comprends pas bien. Quelle est la morale de cette légende ?

Mais la présence avait disparu.

L’étrange instant s’évanouit avec elle.

Alors, et seulement alors, j’entendis les insectes reprendre leur sarabande, la pluie se mettre à tomber et les vagues se fracasser sur le récif invisible.

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Damien Personnaz

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