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4 mois 3 semaines 2 jours: l’histoire d’un avortement dans la Romanie de Ceausescu

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4 mois 3 semaines 2 jours cinema roumain4 mois 3 semaines 2 jours, réalisé par Cristian Mungiu, a permis au cinéma roumain moderne d’acquérir une certaine reconnaissance à l’international, après l’obtention de la palme d’or  à Cannes en 2007.
4 mois 3 semaines 2 jours est un drame social qui raconte ce qu’était la Roumanie de Ceausescu à travers une histoire douloureuse et banale ; celle d’un avortement clandestin … Deux heures qui éclairent aussi sur les rapports entre hommes et femmes, dans une société soumise à l’une des pires dictatures communistes du XXème siècle.

 

Qui se souvient de cette scène hallucinante en direct à la télé, pendant la Noël 1989 ? Oui, en direct, ensuite en boucle, le procès politique d’un dictateur et de son épouse, puis dans la foulée, la double exécution de ceux qui portaient déjà leur mort sur le visage. Effroyable tabou dont personne n’a plus jamais parlé, mort en direct, qui échappa à la polémique pour cause de justice immanente ou de fêtes de fin d’année ?

4 mois 3 semaines 2 jours, histoire d’un avortement clandestin

C’est dans cette Roumanie déjà lointaine que 4 mois 3 semaines 2 jours nous entraîne, comme on dit les “années de plomb”, avec une pitié suspecte. Ceaucescu, c’est lui le dictateur exécuté, au cas où vous auriez oublié son nom, souhaitait pour la Roumanie une natalité galopante, source de richesse et de production accélérée.
Donc, l’avortement y était interdit, sévèrement réprimé, et c’est justement l’histoire d’un avortement clandestin dont nous parle le réalisateur Christian Mungiu dans un film qui a reçu la Palme d’Or 2007 au Festival de Cannes.

Vous aurait il échappé que ce palmarès autrefois plutôt flamboyant fait maintenant des choix très politiquement corrects, en récompensant des réalisateurs courageux, méritants, venus de pays en voie de développement ou récemment sortis du totalitarisme ?
Palme d’Or à Cannes signifie maintenant : cinéma d’auteur, ambiance glauque, incolore, pauvreté, voire misère, oppression, non-dits, voire silence, enfin de quoi donner envie d’aller tout de suite allumer la télévision!

Et pourtant en ce beau vendredi, je parcours le programme de mon ciné de quartier sur internet, où justement on donne ce film 4 mois 3 semaines 2 jours en “après première”, deux séances le même unique jour, et je décide rapidement d’aller le découvrir, ne serait ce que par nostalgie. J’ai en effet connu les pays de l’Est juste avant leur libéralisation.

Otilia et Gabita partagent la même chambre à la cité universitaire, et sont devenues amies. Comme on est censé connaitre le sujet du film, on comprend tout de suite le pourquoi de la fébrilité d’Otilia, qui est en train de réunir toutes les conditions pour organiser l’avortement de son amie dans les heures qui viennent. Elle termine de réunir l’argent, elle raconte des bobards à son amoureux, Adi, qui vient justement de l’inviter à l’anniversaire de sa mère. Enfin elle se rend à l’hôtel indiqué par “Monsieur Bébé” pour y louer une chambre. Mais rien ne marche comme convenu, l’hôtel est complet, Otilia doit en chercher un autre, parlementer encore, y faire installer enfin Gabita et aller chercher un “Monsieur Bébé” mécontent et tâtillon. Le reste se déroule “comme convenu”, de manière sordide, et avec en prime un grave dérapage pas prévu au programme – je n’en dirai pas plus-! Otilia doit pourtant courir faire acte de présence à la fête chez Adi, dont les parents sont plutôt des intellectuels, mais assotés de pauvreté et de pression sociale. Quand elle revient à l’hôtel, tout est terminé, plus rapidement que prévu, mais il reste encore quelque chose à faire, et voici Otilia de nouveau errant dans les rues sombres avec le cadavre d’un foetus enroulé dans une serviette de toilette..

Plus jamais elles ne parleront de ce qui vient d’arriver.

4 mois 3 semaines 2 jours émeut surtout par le personnage d’Otilia, joué par Annamaria Marinca, qui évoque un peu – également par son physique – l’innocence déterminée de Charlotte Véry dans le sublime “Conte d’Hiver” de Rohmer.
Otilia est une fille généreuse, forte, qui ne lache rien, et va jusqu’au bout, sans jamais se plaindre, ni juger sa copine Gabita. Pas un instant elle hésite, et elle ne craque jamais.

Celle-ci (Laura Vasiliu) incarne un personnage plus falot. Par son inconscience, elle a déclenché tout ce drame et semble n’en porter aucune part. Elle a un role uniquement passif dans toute cette histoire, victime née irresponsable et pleurnicharde, et on ne la plaint pas une minute. On admire Otilia de se montrer solidaire envers quelqu’un de si peu courageux.

Le sinistre “Monsieur Bébé” (Vlad Ivanov) fait froid dans le dos avec son manque absolu de compassion, d’émotion, son cynisme. La violence subite qu’il est capable de montrer pour achever de mater ses victimes est presque insupportable.

L’ambiance de la Bucarest d’avant 1989 dans 4 mois 3 semaines 2 jours est un exercice bien maitrisé quoiqu’attendu : immeubles dégradés, rues désertes et mal éclairées, festival de Dacia poussives et autres Trabant, et pour parfaire le rendu de l ‘ensemble, l’action se passe sur deux jours de fin d’hiver, neige sale et froidure évidente. Otilia semble toujours courir dans ces rues défoncées, toujours monter dans ces bus éclairés violemment, chaudement vêtue, et jamais découragée.

L’hotel où se déroule l’action est un prototype d’architecture et de décoration staliniennes, un certain luxe hors d’âge et glacé, couleurs ternes, tirant sur le vert maladif et le marron éteint. Le petit appartement de la fête d’anniversaire est au contraire assez joyeux, et on y manque de rien sans oublier de rire, trop fort au gré de la pauvre Otilia, qui se morfond en attendant de retourner voir où en est sa copine.

J’ai aimé les interminables palabres et négociations, presque à l’africaine, auxquels se livrent les protagonistes de 4 mois 3 semaines 2 jours pour obtenir ce qu’ils veulent, et à tous les niveaux. Elles démontrent jusqu’à l’absurde la schizophrénie et la paranoïa de cette sombre époque, et que le seul moyen de lutte reste encore la parole, avant l’oubli.

Par contre la façon de filmer de Cristian Mungiu est totalement “bidon”, style caméra sur l’épaule, ce qui transforme une marche rapide en tressautements grotesques. A d’autres moments, ce sont au contraire des plans cadrés interminables, comme par exemple la scène du repas où plusieurs personnes nous racontent des fadaises qui ne font rire qu’eux, pressés tout autour de l’écran!
Le genre de plan qui donne envie de sortir à partir de la deuxième minute!
Ces techniques sont d’un snobisme surfait, et 4 mois 3 semaines 2 jours par ailleurs sensible et intéressant s’en serait bien passé.

Superflu aussi le long plan sur un foetus plus vrai que nature, qui évoque désagréablement certaines campagnes anti avortement.

En résumé, j’ai failli m’ennuyer pendant les quelques 120 minutes que dure 4 mois 3 semaines 2 jours, surtout à cause des parti pris esthétiques de l’auteur, et j’ai été agacée par la passivité et la sottise de Gabita.
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