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4 mois 3 semaines 2 jours : un film instructif sur la Roumanie de Ceausescu

Par Sandrine Monllor (Fuchinran), le Août 19, 2014, mis à jour le Déc 10, 2017 - Cinema roumain, film drame, société roumaine
4 mois 3 semaines 2 jours

4 mois 3 semaines 2 jours est un drame social roumain, réalisé par Cristian Mungiu et récompensé en 2007 par la palme d’or  à Cannes. Ce film met en lumière la société de Ceausescu, longtemps demeurée tabou pour le cinéma roumain. Aujourd’hui, Cristian Mingiu semble avoir ouvert la voie à un cinéma plus critique – au risque parfois de frôler la caricature néanmoins – sur la période communiste en Roumanie. Il peint le quotidien austère de deux jeunes femmes, étudiantes à l’université, aux prises avec un douloureux problème de grossesse avancée non désirée …


 4 mois 3 semaines 2 jours ;  un drame social sur la Roumanie de Ceacescu

Gabita sait qu’elle est enceinte de plus de quatre mois. Terrifiée par la situation, elle se confie à Otilia, une amie qui partage sa chambre et va se retrouver entraînée dans toutes les étapes de cet avortement, depuis le 4 mois 3 semaines 2 jours : un film instructif sur la Roumanie de Ceausescu 1contact avec l’avorteur, archétype du salaud ordinaire, jusqu’à la pose de la sonde, l’attente de l’expulsion et l’élimination du foetus. Pour que l’avortement soit possible, Gabita choisit de mentir à Otilia sur la date de sa grossesse, ce qui deviendra plus tard  l’enjeu d’un chantage sexuel abject de la part de l’avorteur et déroule les ressorts de la tyrannie masculine sur les corps des femmes. Si les femmes des hautes sphères du parti parvenaient à se faire avorter avec une certaine sécurité, en secret, la majorité des femmes roumaines devaient recourir à des méthodes beaucoup plus dangereuses parfois au prix de leur vie pour des raisons d’hygiène (mais pas uniquement) et défier un implacable système de contrôle…

L’avortement comme prétexte pour explorer la Roumanie communiste

De manière très réaliste et souvent rude, Mungiu traite avec pudeur d’un sujet (féminin) très intime et difficile : celui de l’avortement, forcément clandestin, dans une société sous l’égide de l’un des pires dictateurs, Nicolae Ceausescu, à deux ans de la fin du régime. Depuis 1966, Ceausescu avait encouragé les grossesses pour la grandeur du pays et avait interdit tout avortement considéré comme un crime, y compris quand la vie de la mère était en jeu… L’avortement devient donc un défi…

Mungiu parvient à créer d’emblée une atmosphère étouffante voire angoissante, une tension lancinante, qui va crescendo et donne à voir mille petits détails de cette Roumanie qui paraît déjà lointaine, alors que le communisme est tombé il y a 20 ans seulement… Mungiu se veut aussi très descriptif. A commencer par les lieux, filmés avec de longs plans séquences soignés et érigés en symboles de l’oppression collective du régime.

4 mois 3 semaines 2 joursTrès rapidement,  dans 4 mois 3 semaines 2 jours, l’avortement va devenir un drame personnel débarrassé de toute moralité ; une double une épreuve, aussi bien pour Gabita qui le subit, avec toute la peur qu’on devine, que pour son amie Otilia qui n’imaginait pas combien cette journée ferait basculer sa vie… et remettrait profondément en question ses rapports aux autres. Au-delà de la peur constante de Gabita, entretenue par le mensonge et renforcée par les silences, Mungiu s’attache à montrer l’humiliation vécue par Otilia à divers niveaux. 

L’avortement va changer ses rapports à son amie, bien sûr, qui n’hésite pas à l’utiliser pour résoudre son problème, sans se soucier des risques et des conséquences possibles pour Otilia, mais aussi sa relation avec son petit-ami, dont elle pointe l’égoïsme et la lâcheté, quand elle lui rappelle qu’il veut avoir des rapports sexuels avec elle pour prendre son pied, mais qu’il serait incapable de gérer la situation si elle lui annonçait qu’elle était enceinte… L’âpreté de l’expérience pour Otilia – observatrice à l’origine –  éclaire surtout les rapports entre hommes et femmes.

Sur le plan émotionnel, par ses ressorts sans artifice et une forte présence du mutisme, le film est poignant et instructif, d’autant qu’il met en évidence l’Absurde “slave”. En revanche, Mungiu ne tombe-t-il pas parfois dans la facilité en feignant une certaine neutralité qui est illusoire face à une telle dénonciation de la Roumanie de Ceaucescu?

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Sandrine Monllor (Fuchinran)

Je m’appelle Sandrine Monllor. J’ai créé IDEOZ, guide de voyage sur l’Europe communautaire,  élaboré à partir des expériences de voyageurs aux profils variés. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation, depuis plus de 10 ans, j’essaie de faire de ce projet mon métier en partageant conseils et expériences et de préserver un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. De mes voyages, je conserve surtout les souvenirs intimes de petits riens, des chemins de traverse où je me suis perdue ou engagée au hasard, des rencontres et des expériences plutôt que celui des visites si incontournables soient-elles. Je suis une voyageuse résolument curieuse de tout, qui fonctionne à l'instinct. Je suis passionnée en particulier par l’Europe balkanique, centrale et orientale ; des terres dans lesquelles je me retrouve parfois, tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. Routarde voyageant uniquement à l’aventure sans jamais rien préparer, ni fixer de destinations, j’aime appréhender les frontières visibles et invisibles entre les peuples et je privilégie les séjours transfrontaliers. Je suis une gourmande en quête des gastronomies locales, attachée aux échanges avec les habitants et sensible à l’histoire et aux traditions. Me contacter par mail?

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