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Ballet à Munich : Agenda et critiques des ballets en Bavière en 2016

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Quels sont les événements du Ballet à Munich en 2016 et les scènes de danse à ne pas manquer dans la capitale bavaroise? Découvrez les critiques et les programmes des meilleurs ballets  …

  • Adam is de Aszure Barton ; première au ballet d’Etat de Bavière

    Pour les fêtes de fin d´année, le Bayerisches Staatsballett nous propose une soirée en trois volets chorégraphiques avec en ouverture Le Palais de Cristal, un ballet créé par George Balanchine en 1947 sur le premier des deux ouvrages symphoniques de Georges Bizet, sa symphonie en ut majeur, suivi d´In the night du chorégraphe américain Jerome Robbins, un ballet présenté pour la première fois au Lincoln center de New York en 1970, chorégraphié sur des Nocturnes de Frédéric Chopin, et, pour couronner la soirée, de la création mondiale de Adam is de la Canadienne Aszure Barton sur une composition de Curtis Robert Macdonald dont le musicien avait reçu commande pour la création de ce ballet. Une soirée-promenade qui décline trois approches de la danse en nous menant du plus classique au plus contemporain après un passage par le romantique.

    D´emblée le ballet très équilibré de Balanchine offre aux danseurs et aux danseuses du Bayerisches Staatsballett de faire une nouvelle fois la démonstration d´un art qui confine à la perfection tant dans les compositions chorégraphiques d´ensemble que dans le travail d´incomparables solistes, avec quatre duos des plus remarquables interprétés successivement par une pluie d´étoiles du ballet: Erik Murzagaliyev et Ekaterina Petina, Marlon Dino et Lucia Lacarra, Maxim Chashchegorov et Ivy Amista, et Daria Sukhorukova et Adam Zvonař.

    La musique du jeune Bizet, qui en a composé la partition pour un concours alors qu´il n´a encore que 17 ans, est légère et lumineuse, avec un dynamisme propice à la danse dans les parties les plus joyeuses, et un très beau deuxième mouvement, plus nostalgique et langoureux, interprété par le couple Marlon Dino et Lucia Lacarra avec une légèreté de mouvements exquise et feutrée, où la danseuse étoile semble effleurer la scène plus qu´elle ne s´y pose, dans une quasi apesanteur toute duveteuse.  Au fond bleuté du Palais de Cristal succède le ciel étoilé d´In the night qui met en scène diverses formes de l´amour romantique. Les costumes (très élégants, dus à Anthony Dowell) et le décor très dépouillé de lustres en cristal simplement suggérés par une projection stylisée sur la toile de fond contribuent à créer que atmosphère bourgeoise très 19ème siècle proche de celle des cercles que Chopin a pu fréquenter. Les trois pas de deux de ce ballet aux formes très classiques sont parfaitement exécutés par  Ivy Amista et Javier Amo, Ekaterina Petina et Tigran Mikayelyan, et Cyril Pierre et Lucia Lacarra. On a pu une nouvelle fois apprécier l´excellent jeu pianistique de Maria Babanina, une musicienne spécialisée dans l´accompagnement de ballets.

    Adam is ballet national de Baviere

    Adam is, photo Wilfried Hösl

    C´est bien Adam is que le public attendait. Tobin del Cuore, l´assistant d´Aszure Barton, est en charge des projections vidéos qui accompagnent la production, avec d´entrée une vidéo qui nous balade dans un sous-bois projeté en technique 3D, une nature primordiale que l´absence de l´homme rend quelque peu mystique, comme le titre de la chorégraphie peut le suggérer. Adam fut créé avant Eve, c´est bien connu, aussi ne verra-t-on que neuf danseurs masculins sur scène vêtus de costumes blancs aux imprimés ocellés noirs (costumes de Michelle Jank).

    Au commencement, Dieu créa l´homme, qui se vêtit de peaux de bêtes…Ces premiers hommes, s´ils en sont, semblent partir à la découverte de l´espace et du corps, du corps de l´autre surtout, avec diverses formes d´interaction, dans des jeux de découverte, de combats ou de rapprochements, parfois homoérotiques, avec une félinité aussi, que rapporte une seconde projection video avec des gros plans surdimensionnés sur les ocelles, sur la scène est assis un teddy bear surdimensionné, de plus de six mètres de hauteur, dont les danseurs escaladent parfois les jambes et dont ils semblent parfois sortir, comme d´une matrice. Est-ce l`un simple jouet qui vient agrémenter l´enfance de ces jeunes Adams, ou est-ce davantage? La hauteur de l´ours en peluche est telle qu´elle en devient totémique. Est-ce alors la représentation que les premiers hommes se font d´un créateur, l´espoir d´un dieu bon dont les hommes se rendront bientôt compte qu´il est inanimé et sourd-muet, et ne peut répondre ni à leurs attentes ni à leurs questionnements. La musique semble bien le faire grogner, il y a là comme de sourds grondements, mais ils sont trop dérisoires pour donner un sens à l´humanité.

    On se contentera alors de la seule affirmation du titre, Adam is. Il n´y a, comme toujours, pas d´autres clés de lecture que celles de nos projections. Le langage chorégraphique d´Aszure Barton est fait d´explorations dont les pistes restent ouvertes.  C´est précisément l´ intérêt de ces soirées de ballet qui juxtaposent différents langages: aux certitudes de l´ordonnancement du monde dans son expression classique ou de l´affirmation de la nécessité de l´amour romantique comme justification de l´existence succède aujourd”hui une approche qui nous renvoie à nos questionnements. Au-delà de la qualité des danseurs, l´énorme succès de la production vient sans doute aussi du fait qu´elle relaie nos interrogations et nos tâtonnements, sans plus prétendre y apporter de réponses. Agenda Cette saison, le spectacle Sinfonie in C / In the Night / Adam is se donnera encore le 28 décembre 2015, le 29 janvier, les 21 et 23 février et le 19 avril 2016 au National Theater de Munich.

  •  Le Corsaire, un grand ballet romantique français par le Ballet d´Etat de Bavière

    Crédit photographique Charles Tandy

    La  reconstitution de ballets au plus proche de l´original est une des spécialités du Bayerisches Staatsballett. C´est le cas de ce Corsaire, un grand ballet romantique sur des musiques d´Adolphe Adam, Léo Delibes, Cesare Pugni, Riccardo Drigo et du Prince von Oldenburg, un ballet dont la première, dans la version d´Henry Vernoy de Saint-Georges et de Joseph Mazilier, eut lieu à l´Opéra de Paris en 1856, et qui connut une heureuse postérité pour avoir été repris par Marius Petipa dés 1863 à Saint-Pétersbourg. Petipa en donna plusieurs versions dont la dernière remonte à 1899 au Théatre Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

    Crédit photographique  Wilfried Hösl

     

    On doit la production de la première allemande de ce ballet au  directeur général du Bayerisches Statsballettallett, Ivan Liška, qui s´entoura d´une équipe constituée des meilleurs spécialistes, pour reconstituer le ballet dans l´esprit du travail de Petipa. C´est aux travaux de recherche de l´historienne de la musique et pianiste Maria Babanina que l´on doit la reconstruction de la musique pour la version munichoise du ballet. Babanina s´est attachée à reconstituer la musique originale, sans pour autant nuire aux intentions chorégraphiques de Marius Petipa, sur base notamment des partitions conservées à la Bibliothèque nationale de Paris. Elle a travaillé de concert avec Doug Fullingtgon, le spécialiste des notations Stepanov, dont la plupart des partitions sont  conservées à l´université de Harvard, qui a permis la reconstitution originale des chorégraphies de Marius Petipa.

    Le résultat de leurs travaux académiques a conduit à la version munichoise de 2007 que le Ballet bavarois reprend tout au long de cette saison.  Si l´on a aujourd´hui l´occasion de revoir sur scène l´histoire exotique des amours passionnées du corsaire Conrad et de Medora la belle Hellène ,-une histoire due au génie de Lord Byron-, c´est grâce au travail compétent, ardu et passionné de cette extraordinaire équipe de chercheurs, musiciens et chorégraphes. Le designer australien Roger Kirk a quant à lui été chargé d´apporter la beauté exotique orientaliste des décors et des costumes, avec des éléments empruntés à l´architecture islamique, comme ces grands arcs outrepassés brisés. A diverses reprises, pour les scènes maritimes, il place l´action derrière un immense oculus ovale qui reçoit la projection d´un ciel d´orage et où vient voguer le vaisseau du pirate. La scène complexe du jardin animé de l´acte III est particulièrement soignée, toute dans une palette de rose, avec des scènes animées par le concours charmant des enfants du ballet porteurs d´arcs fleuris d´un effet ravissant.

    Lukáš Slavický et Daria Sukhorukova (photo Charles Tandy)

    Ce ballet narratif traditionnel dans la grande tradition du 19ème siècle se décline selon une rigoureuse succession  de numéros dans lesquels excellent les danseurs et les danseuses du Bayerische Staatsballett. Ivan Liška a tenu à incarner lui-même Said Pacha, le sultan d´Andrinople amateur de parties d´échecs et de belles esclaves. Si la distribution peut varier d´une soirée à l´autre, on a pu hier soir apprécier les extraordinaires performances de  Lukáš Slavický (Conrad) et d´un Maxim Chashchegorov étourdissant en esclave Ali. Matej Urban a donné lui aussi un excellent Birbanto. Daria Sukhorukova, qui avait déjà ébloui l´an dernier dans la création munichoise de Paquita. incarne avec sa grâce altière et tous les raffinements de son art une somptueuse Medora, alors que Mai Kono ravit par sa délicatesse dans son interprétation de Gunara. Enfin, le très beau et très célèbre Pas de trois des Odalisques est interprété par Nicha Rodboon, Elisa Mestres et Alisa Scetinina.

    Prochaines représentations du Corsaire les 9 avril (à 19H30) et 12 juin 2016 (en matinée et en soirée). Réservations en ligne: cliquer ici.
    A noter que la soirée du 12 juin sera retransmise gratuitement en direct via internet (Staatsoper.TV)

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A propos de l'auteur

Luc Le Belge est expatrié à Munich, en Bavière et vous fait découvrir la belle ville de Munich aux multiples attraits et à l’actualité culturelle très dense, mais aussi la société bavaroise, qui est si particulière en Allemagne… Un Belge à Munich : le blog

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