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Des chats et des îles : faut-il massacrer les chats, prédateurs des îles?

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La question divise. Faut-il massacrer les chats dans les îles pour éviter qu’ils y massacrent les oiseaux ?

oiseau des iles lointainesDomestiqué par nos amis les hommes il y a 4000 ans,  le chat africain (Felys silvestris lybica) s’est propagé sur la surface de la Terre aussi rapidement que l’homme a découvert et défriché les moindres petites parcelles de terre ferme.

L’animal fascine même ceux qui en sont allergiques. L’observer jouer au danger sur une pelouse, les pattes raides, l’œil fixe, la queue ondulante, sensible au moindre petit murmure, tendu comme une corde de violon, équivaut à concevoir la terreur qui étreint la proie dans une jungle hostile où domine la loi du plus fort.

Il a l’air cool, le chat, il ne l’est pas. J’ai utilisé le mot « domestiqué » un petit peu plus haut…hum…à voir, ça se discute.

Chat Picasso

Chat. Picasso. (RMN-Grand-Palais/Jean-Gilles Berizzi)

Un jour, donc, l’homme a posé les pieds sur les îles. Sans le savoir, il a emporté avec lui des souris et des rats et (même des lapins) dans ses navires, planqués dans des soutes, non loin des vivres essentielles. Ces rongeurs hardis et portés sur la chose se sont reproduits à la vitesse de l’éclair, détruisant les nids des oiseaux, et dévorant les  oisillons.

Pour se débarrasser des souris et des rats qui grouillaient dans les garde-manger de ces îles,  l’homme eut l’idée funeste d’emporter minet dans ses bagages et de l’installer près de lui pour a/ conforter notre gaillard dans ses moments de mou et b/ espérer que le félin se nourrirait de rongeurs.

Mais non. Le Felys silvestris lybica est un fieffé malin. Il a vite compris que musarder dans les nids et d’y croquer le bébé volant étaient beaucoup plus pépère que de jouer au chat et à la souris.

Le résultat ne se fit pas attendre. Certaines îles furent piratées par les mistigris, et des oiseaux disparurent, surtout lorsque l’homme décidait de quitter les lieux. Le minet « domestique » se transforma en matou « sauvage », et son instinct de chasseur débrouillard et indépendant prit rapidement le dessus sur le brave miaou  débonnaire ronronnant au coin de l’âtre. Les rongeurs, eux, proliférèrent paisiblement. C’est dire si le coup du chat à emporter dans ses bagages s’avéra une idée discutable.

Les chats sont responsables de l’extinction de 33 espèces d’oiseaux. Les volatiles sur patte des îles de la Nouvelle-Zélande ont vécu le cauchemar lorsque des chats furent introduits pour chasser les souris et les rats au milieu du XIXème siècle. Peine perdue. En revanche, un seul chat fut responsable de l’extinction totale d’une variété d’oiseau (un roitelet) sur l’île de Stephen.

chat saisissant un oiseau picasso

Chat saisissant un oiseau. Picasso. (RMN-Grand-Palais/Jean-Gilles Berizzi)

A partir des années cinquante et de la prise de conscience que les îles et leurs oiseaux allaient peu à peu succomber à l’alien félin, les choses ont commencé à tourner au vinaigre pour les matous. Ils ont été introduits au XIXème et au début du XXème siècle, mais parfois plus récemment comme sur les îles de l’Ascension ou de San Roque aux Açores. Ils ont parfois littéralement colonisé certaines îles, comme celle de Cousine aux Seychelles où l’on comptait 243 chats/km2 avant l’éradication complète dans les années nonante.

A partir des années cinquante, paf ! Graphiques montrant, démontrant, prouvant l’extinction, cacophonie scientifique,  mea culpa humain. La mauvaise conscience dicta la réflexion qui déboucha sur l’action. Titre : « Eradiquons les chats de nos îles » ! Sous-titre : « les oiseaux des îles menacés d’extinction ».

Mais comme tout est lent dans ce monde qui va si vite, il fallut donc attendre les années quatre-vingt pour que le vent tourne pour les fieffés aliens et insulaires.

Le chat est un prédateur opportuniste. Dans les îles lointaines ou difficiles d’accès où la présence de l’homme est nulle ou minime, le minet de grand-mère se transforme en ogre. Il se délecte d’oiseaux, de lézards, de rongeurs, de reptiles, de poissons, de petits mammifères. Selon une étude publiée en 2004, les chats sauvages ont été éliminés dans 48 îles, notamment au Mexique (16 îles), en Nouvelle-Zélande (10), en Australie (5), dans le Pacifique (4), aux Seychelles (4), dans les îles subantarctiques (3), dans l’Atlantique (3), aux Caraïbes (1) et à l’île Maurice (2).

Les méthodes pour les éradiquer sont discutables et d’ailleurs très discutées entre les pro-chats protecteurs et les anti-chats éradicateurs. L’idée à la mode est de rendre les îles à leur état originel et de de parvenir à sauver des albatros ou des pétrels menacés par l’appétit des félins.

Mais ce n’est pas si simple

L’île Marion, située dans l’océan subantarctique, constitue le parfait exemple d’une éradication systématique, appelée « destruction ponctuelle », de minets devenus sauvages depuis que l’homme, affligé par la désolation ambiante, la quitta définitivement pour n’y laisser qu’une poignée de scientifiques misanthropes accaparés par la météorologie. En 1949, cinq chats furent introduits pour y contrôler les populations de souris. En 1980, ils étaient 2500, tuant chaque année 450’000 volatiles, dont le Pelecanoides urinatrix, une sorte de pétrel, éteinte à tout jamais.

chasseurs de chat ile marion

Chasseurs de chats sur l’île Marion en 1984

La campagne d’extermination incluait quatre formes de méthodes. La capture suivie de l’euthanasie. La chasse avec chiens et fusils. L’empoisonnement lent et douloureux au fluoroacétate de sodium. L’introduction du virus de la panleucopénie féline. Efficaces à long terme, ces méthodes ont soulevé d’importantes questions éthiques. Le bien-être des chats est non seulement compromis, mais l’empoisonnement et l’introduction du virus comportent des risques pour l’homme et l’écosystème.

L’extermination débuta en 1980 et se termina en 1999. Il aura fallu dix-neuf ans pour éliminer 2500 chats sur une surface de 250 km2 vide d’habitants. Le programme fut qualifié de succès par les anti-chats éradicateurs. Personne ne connaît précisément la facture. Toutefois, il fut largement commenté dans la presse sud-africaine et consterna bon nombre de pro-chats protecteurs à travers le monde. La controverse sur les méchants/bons chats n’est pas terminée tant que l’on n’aura pas trouvé de solutions plus humaines.

Les programmes d’éradication ne fonctionnent bien que lorsque l’île est petite, peu peuplée ou déserte. C’est-à-dire dans très peu de cas.

Il faut trouver autre chose.

oiseaux des iles

1/ Une étude intéressante sur l’éradication des chats dans les îles. (En anglais)

2/ Une étude de l’Université de Montréal sur le contrôle des populations félines et câlines.

3/ Un article « pro-chats » sur l’éradication des chats.

4/ Un post écrit ici sur les prédateurs des îles.

Damien Personnaz
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2 commentaires sur “Des chats et des îles : faut-il massacrer les chats, prédateurs des îles?”

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