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Iles Dioèmede (Gvozdev) : des jumelles austères et isolées dans le Grand Nord


Les Iles Dioèmede, des iles lointaines d’aujourd’hui et de demain… Mais qui sont ces jumelles austères et isolées dans le Grand Nord également connues en Russie sous le nom d’îles Gvozdev?

Iles Dioèmede (Gvozdev)  dans le Grand Nord en Arctique

Perdues dans le brouillard, là-haut dans le Grand Nord, deux îles jumelles dont l’histoire mérite d’être contée.

detroit de Beiring

Les deux îles Diomède se trouvent au milieu du détroit de Béring, entre la Russie et l’Alaska, entre l’Asie et les Amériques.

En 2008, lors d’une interview sur ses connaissances de la Russie, Sarah Palin, gouverneur de l’Alaska et candidate à la vice-présidence, avait déclaré qu’en Alaska on « voit la Russie depuis la fenêtre ».

Elle a raison, alors qu’elle avait tort sur beaucoup, mais alors beaucoup d’autres choses.

Le Danois Vitus Béring, au service de la Russie en 1728 « redécouvrit » deux îles perdues dans le brouillard omniprésent du fameux détroit, qu’il nomma « Diomède », du nom, entre autres, d’un martyr de l’église orthodoxe russe.

En 1867, la Russie céda l’Alaska aux Etats-Unis, séparant les deux îles par une frontière géographique et temporelle.

Temporelle ?

Da et Yes.

La ligne de changement de date passe entre les deux îles, la Petite et la Grande Diomède, distante d’à peine trois kilomètres de vagues insensées, de brouillards version purée de pois, de courants latéraux pervers, le tout baignant dans 4° Celsius. Quand il est « aujourd’hui » à la Petite Diomède, il est « demain » sur la Grande, même si le coucher du soleil prête à confusion.

Pendant la guerre froide, l’espace entre les deux îles de ce détroit de Béring fut qualifié de rideau de glace. La petite garnison soviétique de 300 hommes, dorénavant débarrassée des Inuits tranquillement délocalisés en Sibérie selon la bonne vieille tradition « lénino-stalino-brejnévienne », regardait en chiens de faïence leurs homologues américains. Et vice-versa. Les jours de beau temps (jamais), ou de temps clair (presque jamais) ou de temps satisfaisant (parfois), les jumelles chauffaient de part et d’autre, les rapports codés et réguliers crépitaient sur les télex transformant les préfabriqués en zones sismiques.

 

Inuits iles diomedePrès de 150 Inuits vivent sur la Petite Diomède (USA). Chasse au phoque et à la baleine et pêche constituent leur unique moyen de subsistance. Ils passent leur temps à observer leur grande soeur, toujours habitée par une trentaine de soldats russes. (Photo DP)

On ne traversait pas le rideau de glace. Les gâchettes des kalashnikovs ou des UZI n’étaient jamais loin des doigts transis du soldat Youri de Novossibirsk ou du caporal William de Des Moines, Iowa. Du moins officiellement.

Parce qu’en fait, selon l’humeur des commandants des garnisons, le troc sévissait. Comme la mer est froide et peu salée, il arrivait qu’elle gelait. Il arrivait aussi que les soviétiques, quelque peu oubliés par la bureaucratie et la distance, se trouvaient forts démunis, à court de vivres ou de médicaments, voire de compléments alimentaires. Du coup…

– Youri, Youri, ici William, tu me reçois…crr ! A toi.

– Da, camarade. Ici Youri. Je te reçoix…crrr…. Deux sur cinq.

– J’ai un peu de coca en rabe, my friend, et des hamburgers…crrr….

– Moi, j’ai de la vodka, de la vraie. A toi.

Et ainsi pouvait-on deviner la scène suivante. Quelques camarades soldats en pause, transpirent comme des phoques blancs dans un sauna, boivent du coca de l’Iowa, mâchouillent du chewing-gum et salivent d’avance à la pensée d’un bon hamburger estampillé du Missouri. Et des gars de l’autre côté du rideau de glace, ingurgitant des litres de vodka russe…soviétique, avec du caviar à la louche, les pieds sur la table, en train de zieuter des programmes débiles à la télévision ou Wendy, la pin-up du mois de Playboy.

Mais maintenant, même si le temps là-bas n’a pas changé, les temps ont changé. Il fait toujours aussi gris et froid et brouillardeux et isolé, les falaises sont toujours aussi hautes et austères, les Inuits yankees pêchent et chassent, mais le rideau de glace a fondu, l’eau y est toujours aussi frisquette. Les gaz à effet de serre n’ont rien à voir là-dedans.

C’est pour cela que Philippe Croizon, 44 ans, a réussi l’exploit de traverser la distance de trois kilomètres séparant la Petite et la Grande Diomède. Trois kilomètres, ce n’est pas la mer à boire, diront les esprits chagrins et goguenards. Mais Philippe Croizon n’a plus de bras et de jambes, et il a décidé, à force de courage et de persévérance, de relier quatre continents à la nage.

Philippe Croizon

Privé de bras et de jambes, Philippe Croizon a réussi l’exploit de relier deux continents (Photos AFP)

Et il a réussi. Ainsi s’est-il trouvé entre deux pays, deux continents, deux jours différents, deux mondes autrefois en froid, entre Youri et William, solidaires de part et d’autre du rideau de glace.

[youtubegallery] http://youtu.be/EFo2lurj7dw
http://www.youtube.com/watch?v=5gYKEKgng6w
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Il y a quelques jours, un soir de canicule, avachi sur le canapé, les pieds sur la table basse, abruti par les nouvelles du monde vue de France (canicule, « hydratez-vous », François Hollande en vacances normales, banales dans son six étoiles du fort de Brégançon payé par le contribuable, le conflit en Syrie escamoté par la couverture médiatique simpliste), j’ai tressailli. Enfin ! J’ai regardé avec émotion cet homme accomplir cet exploit dont l’unique message est de sensibiliser les gens sur la condition des handicapés dans le monde.

Les îles Diomède, isolées et austères, éloignées de toutes velléités caniculaires pour des siècles et des siècles, sont somme toute bienveillantes. Et rafraîchissantes.

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A propos de l'auteur

"Ils/Elles" lointains " «Il n’est au monde qu’une seule aventure: la marche vers soi-même, en direction du dedans, où l’espace et le temps et les actes perdent toute leur importance.» Henri Miller. __________________________________________________________________________________ Vivre sur des îles lointaines au XXIème siècle : Le blog Îles lointaines

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