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Miso soup de Murakami Ryu : Tokyo by night (Litterature japonaise)

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misosoupMiso soup de Murakami Ryu (Litterature japonaise) c’est une vision de Tokyo by night… Un Tokyo comme on ne l’imagine pas forcément, où le monde de la nuit se conjugue avec sexualité… Kenji,  jeune japonais de vingt ans, exerce la profession de guide mais pas n’importe lequel, un guide non répertorié officiellement, un guide  “sexuel”. Nous sommes à Tokyo, quelques jours avant le nouvel an. Un touriste américain, Frank, achète les services de Kenji: à charge pour se dernier de lui faire visiter les coins les plus typiques et les plus chauds de Tokyo.

Litterature japonaise – Roman

Miso Soup de Murakami Ryu

Cet homme, aussi insaisissable que difficile à décrire, laisse planer autour de lui une atmosphère d’insécurité étrange. Qui est-il? D’où vient-il? Et surtout que veut-il vraiment?
En arpentant le quartier de plaisir de Shinjuku, Kenji va peu à peu prendre conscience que Frank est tout sauf un touriste normal: ses propos sont déroutants, ses souvenirs se contredisent, ne se recoupent pas, les mensonges défilent au cours de trois nuits angoissantes. Un jeu terrifiant se met en place entre les deux hommes: Frank est le chat, sadique, qui joue avec la souris Kenji. En effet, Frank est un tueur en série maniant aussi bien l’hypnose que le couteau effilé qu’il cache dans une jambière. De bars à hôtesses en “peep-shows” en passant par une esplanade à base-ball, Kenji et Frank visitent les lieux parfois glauques du Tokyo by night: la jeunesse japonaise, perdue, sans repère, se prostitue pour pouvoir s’offrir les derniers vêtements ou les derniers gadgets à la mode. L’industrie du sexe est d’une prodigalité incroyable en spectacles de tout genre et en compagnie du narrateur, angoissé et inquiet, le lecteur arpente les lieux interlopes du Kabukichô où la prostitution est autant un moyen d’accéder aux produits derniers cris qu’un moyen vital de subsistance pour les immigrées.
miso soupRyu Murakami décrit le mal être d’une société moderne, ses perversions et ses folies de manière froide et distante tout en maîtrisant au plus haut point la montée en puissance de l’angoisse et de la terreur. L’ambiance, chaque nuit qui passe, devient plus lourde, plus oppressante et atteint son point culminant lors de la tuerie, gratuite et sanglante, dans un bar où des naufragés de la vie prennent un verre, sans conviction. Le pire est l’indifférence des passants qui ne s’émeuvent pas de voir un bar fermé….cela arrive tellement souvent, les lieux de plaisirs ouvrent et ferment à une telle cadence que plus rien ne se remarque. Les victimes baignent dans leur sang derrière la devanture fermée, à l’insu de tous et à deux pas d’un commissariat. Murakami souligne les lézardes dans la société moderne japonaise: la surconsommation entraîne une vision individualiste du monde ainsi qu’un vide existentiel terrifiant, rien n’intéresse personne. Ce qui permet à des meurtriers de se laisser libre cours à leurs pires penchants en toute impunité.
Frank, le “gaijin” yankee, souffle le chaud et le froid avec une perversion acidulée sur le pauvre Kenji qui se demande s’il survivra à son ultime nuit de travail. Le lecteur passe par toute la gamme des émotions fortes et des sueurs froides sans pouvoir se détacher du pouvoir de la narration; narration qui oscille entre policier et fable. En effet, on peut se poser la question suivante: pour avoir l’impression d’être libre et pouvoir crier sa révolte du système, doit-on obligatoirement passer par le crime comme Frank? Toujours est-il que le lecteur est confronté à un monde sordide dans lequel les égouts de la nature humaine semble s’être donné rendez-vous. D’ailleurs dans sa postface, Murakami explique: «En écrivant ce roman, je me suis senti dans la position de celui qui se voit confier le soin de traiter seul les ordures. Une dégénérescence terrible est en cours, et elle ne contient pas la moindre graine d’épanouissement. J’ai l’impression d’observer des organismes vivants en train de mourir lentement dans une pièce aseptisée.» Exiger un travail sans relâche, de la part de ses citoyens, enseigner à ses enfants de mener une vie laborieuse, ne dispense pas l’état d’apprendre aux citoyens ce que peut être une vie ordinaire «les parents, les professeurs, l’État, tout le monde nous enseigne comment mener une vie fastidieuse d’esclave, mais ils ne nous apprennent jamais ce que c’est qu’une vie normale». Murakami a une vision sombre, et certainement peu objective, du Japon moderne et nous le décrit, dans un style brillant, comme un pays mort-vivant qui depuis les atrocités de la guerre ne parvient pas à se reconstruire et à se regarder en face ….à vous glacer les sangs!
Après la lecture de “Les bébés de la consigne automatique”, “Miso soup” m’a transportée dans un univers glauque, désenchanté, décrit avec maestria par un auteur de grand talent! L’art de nous faire regarder en face les déviances d’une société que l’ultra modernisme individualise et désespère chaque jour un peu plus.
Roman traduit du japonais par Corinne Atlan

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A propos de l'auteur

Il était une fois une passion des mots, de tous les mots, ces petites lettres qui, ordonnées au gré de l'inspiration, ont formé une des plus belles inventions de l'Humanité: l'Ecriture. Il était une fois un amour des chats, une fascination pour ce petit animal domestique tout en charmes et mystères. Il était une fois une inclination pour le thé, breuvage de délicates feuilles venues des montagnes d'Asie, un breuvage qui se déguste dans la sérénité d'un moment privilégié. Il était une fois une envie de faire partager et de coucher sur un cyber-espace lectures, écrits, clins d'oeil et réactions.....Chatperlipopette!!!____________________________________________________________________________________________________________________ http://chatperlipopette.blogspot.com/

4 commentaires

  1. Et pourtant j’en ai lu des quantités de livres glauques mais je rechercher plutôt tout ce qui est à la marge, pas forcément le glauque qui n’est souvent glauque que pour être glauque. J’aime les gens comme Selby, Genet, Kerouac, Arno Schmidt, etc… plein, plein d’autres qui sortent des sentiers battus !
    Toutefois, je n’ai pas celui que tu cites mais j’en lu pas mal qui se cantonnaient dans cet underground : Vollmann, Stephen Wright, Vonnegut,Treuer,Saunders, Pynchon, etc… etc …

  2. Sandrine Monllor on

    J’aime assez… Dans un tout autre “monde”, l’underground américain des années 80 et du sida, as-tu lu David Wojnarowicz ” Au bord du gouffre”… C’est étrange, mais je ne t’imagine pas lisant ce genre de romans aux univers aussi glauques… Comme quoi, internet est trompeur!

  3. J’ai lu ‘Bleu presque transparent”, c’est plutôt sex and drog, la dérive d’une jeunesse qui ne trouve pas sa place dans le Japon contemporain. Et je suis encore dans Murakami mais un autre Hikaru !

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