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Paris ; moments intimes

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Ce pourrait être le titre de la cinquantième édition d’une redécouverte. Et en un sens, c’est sans doute cela. Après quelques rendez-vous d’usage : les éditions Michelin, la Fugue…il restait presque trois journées pour les moments intimes ; les enfants. Et l’entre-deux de la ville, début août quand les rues sont vides, les marchés presque exotiques et les touristes massés dans les parcs du centre ville à la recherche des pelouses ou bien sagement alignés dans les files qui les conduisent au Musée d’Orsay ou au Louvre.

 

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Je n’ai pas pris une seule photographie. Ce qui veut dire que mon regard ne recherchait pas l’errance. Juste le temps qui passe et la rencontre.

Samedi soir nous sommes allés au cinéma et dimanche après-midi au musée. Presque la vie normale.

Il y avait pléthore de films aux Halles, mais sur le conseil de Marie, nous sommes partis vers l’Angleterre. « Somers Town ». Une histoire d’enfants perdus. Tommo, le fugueur des Midlands qui n’a rien laissé derrière lui et Marek, le Polonais dont le père travaille sur le chantier de Saint Pancras. Direct vers la Manche et le tunnel. Direct vers Paris et l’Europe continentale. Le travail espéré.

Ils tournent en rond, sans un sous. Ils se croisent dans la visée d’un appareil photo. Ils se disputent les tirages où une jeune Française regarde amusée, ses admirateurs, derrière le bar où elle travaille. Ils mélangent leurs inquiétudes. Ils se greffent l’un à l’autre. Ils se saoûlent de désespoir. Ils vivent dans des interstices.

Et ce sont ces interstices, de la vie et de la ville que Shane Meadows sait merveilleusement filmer. A-t-il vu les photographies réunies par Martin Parr – Tony Ray-Jones, Chris Killip ou Graham Smith…et celles du photoreporter lui-même ? Toutes ces passions quotidiennes où il n’y a le plus souvent rien de passionnant à capter. Un jardin presque hanté, une rue sans fin, des immeubles interdits aux jeux des enfants, les restes des usines du début du siècle dernier. A portée du luxe. Des espaces figés qui ne peuvent être que traversés, mais pas habités, appropriés. Des propriétés sans propriétaires pour des migrants temporaires.La haine existe là, le racisme…et l’amitié, la pitié.

Le même Tommo vient de « This is England », un autre film du même auteur en 2007. L’enfance n’est plus ce qu’elle était et le fils de Dickens à l’image un peu sucrée est déversé dans le monde de la violence. Contrastes du miroir anglais à double face .

A quoi rêvent les Pakistanais, les Albanais, les Afghans de Calais : de Londres. Et ils s’accumulent comme sur un radeau de la Méduse à l’entrée du tunnel ! A quoi rêvent ces deux enfants déracinés : de Paris, là où leur amour est repartie, à portée de tunnel et de train.

Et dans un tourbillon de Tour Eiffel, le film devient soudain manège et vient me voir et me toucher, m’inclure en quelque sorte, dans l’atmosphère de l’été où la lumière se couche sur les attractions des Tuileries.

Nous sommes tous des migrants ! Heureusement ?

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A propos de l'auteur

Plus d’une centaine de milliers de kilomètres par an à travers l’Europe. Plus d’une vingtaine d’années à ce rythme. Et le temps venu d’en proposer le parcours. Mémoire individuelle. Mémoire partagée avec des habitants inconnus, rapidement connus, et parfois des amis. Lieux de mémoire dont on nous impose la lecture. Lieux intimes dont la mémoire est simplement recouverte d’une gaze. Plus d’une vingtaine d’années de mémoire. _____________________________________________________ Découvrir le blog : Mémoire d'Europe

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