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Race de bronze – Alcides Arguedas (Littérature bolivienne)

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Alcides Arguedas est un écrivain bolivien majeur. Parmi ses oeuvres, Race de Bronze, un roman qui nous fait découvrir les magnifiques paysages de l’Altiplano andin et du Titicaca…

«Une sorte de brume bleutée noie le contour des choses. Le ciel, d’une clarté laiteuse, se colore de tons discrètement violacés par les rayons du soleil qui se lève, énorme et rouge, là-bas aux lointains confins de l’horizon, comme s’il surgissait du sein même de la montagne. »

Ce livre d’un grand écrivain bolivien qui a vécu longtemps en France et y est décédé, est, pour moi, malgré ce que dit André Maurois dans sa préface qui y voit un roman épique et idyllique, tout d’abord, une ode à ces magnifiques paysages de l’Altiplano andin, aux pieds de la Cordillère des Andes, sur les rives du lac Titicaca. Alcides Arguedas qu’il convient de ne pas confondre avec le Péruvien José Maria Arguedas, peint avec un réel talent des paysages grandioses dans lesquels la couleur joue un rôle essentiel. Et, dans ce décor majestueux, il installe ses personnages : un peuple de pauvres indiens asservis par quelques colons descendant des conquistadors européens et bien appuyés par les « cholos », les métis locaux.

Ce roman qui pourrait se situer quelque part entre Harriet Beecher-Stowe, car il est au peuple indien ce que « La case de l’oncle Tom » est aux noirs américains, et Emile Zola, version bucolique, pour la défense des opprimés et le goût des grandes descriptions, est une suite de tableaux décrivant la vie de ce peuple de misère : l’amour, le mariage, le maître, la punition, les maltraitances, la mort, les croyances et superstitions, l’histoire de cette conquête abominable…. C’est à la fois un éloge de la fierté et de la dignité de ce peuple vaincu, asservi, violenté mais toujours prêt à se rebeller et un réquisitoire implacable contre ces conquérants qui ont profité d’un armement très supérieur pour imposer leur loi, spolier les vaincus et leur imposer une vie inhumaine et parfaitement injuste. A la fin du XIX° siècle, « dans le sang et les larmes, en moins de trois ans de lutte abjecte, furent dissoutes près de cent « communautés indigènes » dont les biens furent répartis entre une centaine de propriétaires nouveaux… Plus de trois cent mille indigènes se virent déposséder de leurs terres. »

La narration du voyage de quatre péons punis parce qu’on invente toujours des règles et des fautes à éviter pour pouvoir sanctionner ces pauvres diables et les envoyer, au péril de leur vie, dans les vallées inhospitalières échanger les produits de la montagne contre ceux de ces vallées, constitue le tableau le plus riche et raconte l’odyssée de ces quatre naufragés dans les eaux torrentueuses et la «mazammorra », les coulées de boue descendant des montagnes, qui rendent les gués particulièrement dangereux.

Et, l’histoire d’amour entre Wata-Wara, la belle bergère, et son fidèle berger relie, comme un fil d’Ariane, les différents épisodes de la vie des indiens que l’auteur met en scène. Une histoire tragique, une histoire en forme de tragédie grecque, qui met en évidence la bestialité avec laquelle les maîtres traitent leurs esclaves mais aussi la dignité de ce peuple qui refuse la déchéance et l’ignominie.

Un livre certes daté, publié en 1919, dans la foulée des grands romans français du XIX° siècle, mais un grand cri de douleur pour attirer l’attention sur le sort des indiens des hauts plateaux boliviens et, déjà, une démarche écologique, une mise en garde contre l’exploitation abusive des ressources du lac qui affame les indiens. Et, avec André Maurois, je pourrais dire que ce roman « se détache avec éclat et relief sur l’ensemble de la littérature bolivienne », mais je ne connais pas suffisamment cette littérature pour abonder dans ce sens.



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A propos de l'auteur

Retraité depuis juin 2007, je suis un dirigeant sportif très impliqué mais surtout un passionné des littératures du monde. "La littérature pour passion, le sport pour engagement" De formation historienne, maîtrise, que je n'ai jamais utilisée dans mon job que j'ai exercé pendant plus de 33 ans dans une institution qui se préoccupe de l'économie et de la vie des entreprises.

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