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Le bunker : décembre 2012

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C’est ma dernière soirée sous un ciel ouvert. Il y a des étoiles qui scintillent dans le froid de l’hiver. Après le dîner, calme et alourdi, je suis sortie respirer l’air givré. Demain, je rejoins le Bunker. Je suis une Pénélope de Quelque Chose. Et dans mon monde, on s’est organisé face à cette fin de l’histoire, qui nous attend, dans deux jours, peut-être. Je n’ai pas eu le choix.

19 décembre 2012

Si je l’avais eu, j’aurais, jusqu’au bout, attendu. Qu’il ne se passe rien, j’en jurerais. Je n’ai pas été dressée à la révolte, je vais m’exécuter. Je quitterai mon amour qui, lui, parce qu’il est d’extraction modeste, affrontera les séismes et les volcans. Peut-être. Je quitterai mes aquarelles et mes photos, mes rêves.

Depuis deux ans, les Miens, ceux là qui pillent la richesse commune, s’organisent afin que leur progéniture échappe à la punition divine. Afin qu’ils survivent, même terrés comme des rats au fond d’un trou. Ils en ont les moyens. Les chiens !

Quelque part dans le Haut Atlas, ils ont parsemé des cubes, d’un béton si bien armé, qu’il résisterait même à la dislocation de la planète. Je vois ça d’avance, tous ces parpaings navigant jusqu’à l’éternité, dans l’espace, de galaxie en galaxie…

Et ils nous ont répartis, nous, les enfants. Par groupe de 100, moite-moite, filles et garçons, fratries disloquées. Ils nous ont fait stériliser, du moins de façon réversible. Histoire que nous ne nous reproduisions pas. Des fois qu’en sortant, nous nous soyons multipliés, comme les pains de la légende. Je me sens comme ces vierges polychromes des églises : abîmée mais pouvant être restaurée.

Je ne sais même pas à quoi ressemble ma future résidence. Ce que je sais, c’est que je n’en sortirai pas de sitôt. J’ai préparé ma valise. Quelques frusques légères. Et deux trois objets auxquels je tiens particulièrement… la rose, séchée, que m’a offerte mon amour, afin que je me souvienne d’une jolie première fois. Il y a le coffre aussi. De ce que j’en sais, chacun de nous a le droit d’emmener un coffre, dont l’ouverture est liée à l’empreinte digitale. Notre seule part d’intimité, si j’ai bien compris.

Moi, je l’ai rempli le plus possible de papier blanc, et de stylos, d’encre. Je n’ai pas pu ajouter mes pinceaux et mes godets. De toutes les façons, barbouiller les tronches consanguines de mes compagnons captifs, ne me fait pas vibrer. Je n’aimais que saisir le vent dans les arbres, la rosée sur les fleurs, les matins lumineux et les crépuscules violines.

J’aurais pu dire non, me casser, décider d’aller mourir face à la mer. Mais je n’ai pas su.

 


20 décembre 2012

Il est tard. Je suis dedans. La journée a été dense, et rude. Il y avait, au moment où l’énorme porte blindée s’est ouverte, un silence lourd. Aucun de nous, futurs compagnons d’attente, n’émettait le moindre murmure, le moindre souffle. Désormais, demain n’existe plus. Il n’y aura qu’une suite de jours artificiels, avec de fausses lumières et des nuits factices. Je n’ai pas voulu embrasser ce grand-père qui m’a conduite, et qui a participé à cette monstruosité.

Le Bunker est un modèle de cynisme. Il est vaste et ressemble à ces maisons d’arrêts modernes, en étoile. Au cœur, c’est la salle commune, celle où des canapés confortables nous attendent pour de conviviales soirées. Tu parles ! Si ça se trouve, je n’aurai rien à leur dire, à mes colocs.

Chaque branche de l’étoile part vers une zone dont la finalité est déterminée : prise des repas, culture et loisirs, musique, … Le plus sordide, ce sont les chambres closes, celles où les couples qui se créeraient pourront s’isoler. Il y en une bonne douzaine, je n’ai pas encore compté. Pour cinquante appariements possibles. Je rigole. Nos ancêtres nous connaissent mal. Je suis sûre que parmi nous il y a d’infinies combinaisons et appétences. Mais ça, ça échappe à leurs esprits formatés.

Ce qui m’a agréablement surprise, si « agréable » est possible, c’est que je ne me retrouve pas avec ce microcosme étroit dans lequel ma mère, régulièrement, m’immergeait, cherchant à tout prix à me marier dans mon monde. Je ne connais personne. Au moins, j’aurais quelques semaines intéressantes à découvrir mes congénères. D’autant que, manifestement, nous venons de tous les pays du globe. C’était une organisation planétaire, cette entreprise de protection de la progéniture.

J’ai repéré la bibliothèque. Il y a des milliers de bouquins. N’empêche, je prends le pari qu’il n’y a aucun ouvrage subversif. Ce qui me ferait marrer, ce serait de retrouver « Le meilleur des mondes ».

Et puis il y a les dortoirs. Des décuries, oui ! dix par dix. Pas de mixité. Normal, il faut que la morale soit sauve. Ils ont fait un effort, quand même, ceux qui ont conçus les cellules. Deux salles de bain, un jacusi. Et chacun de nous a une armoire astucieuse où se loge le coffre perso. Une fois qu’il a été inséré, il devient inamovible.

Je n’ai pas eu le courage de tout visiter. J’ai le temps. Je me suis réfugiée dans mon lit, avec de quoi écrire. Il y avait posé, sur la couette, un manuel pratique de vie dans le Bunker. Pas eu envie de l’ouvrir.

Je les hais !



21 décembre 2012

Je me suis sentie absente toute la journée. Là-haut, si ça se trouve, c’est fini. N’ont survécus que les chanceux qui étaient perchés, les montagnards, les isolés dans leurs villages. Et si ça se trouve la vie est égale à elle-même : trépidante au septentrion, harassante sous les tropiques.

Dans le Bunker, pas un mot n’a été échangé, du moins, je n’ai rien entendu. Comme si la solennité de l’instant avait muselé les velléités mondaines, que d’aucuns ne manqueront pas de remettre à la mode, même à plusieurs centaines de mètres sous les cailloux.

Bizarrement, je n’ai pas de chagrin, je ne ressens plus rien. Je me demande simplement si mon Ginkgo a été arraché par les tempêtes promises, les cataclysmes annoncés. Un arbre… La civilisation part en volcans et météorites et je pense à mon arbre. J’ai cherché la graine longtemps dans les catalogues des jardineries. J’avais lu quelque part que le Ginkgo avait survécu à Hiroshima, et j’ai voulu en planter un exemplaire.

La précieuse graine est arrivée dans un sachet de kraft brun. Je l’ai faite tremper, je l’ai couvée en pépinière et, tous les matins, guetté la germination. Un printemps, je l’ai mise en terre et mon Ginkgo a grandit tranquillement. Lorsqu’au premier automne, il a revêtu son feuillage doré, je crois que j’ai pleuré. Et puis, mon père, pour un de mes anniversaires, a cru devoir m’en offrir un exemplaire adulte, fièrement érigé dans le parc, comme un trophée de chasse. Le con ! J’aime mieux ma tige rachitique.

Finalement, je l’ai ouvert, ce manuel. En première page, il y a le plan du Bunker. C’est un vrai labyrinthe. L’étoile plonge profond dans le sol. Il ressemble à un atome, en fait, tel qu’on le représente dans les cours de physique. Où à l’Atomium. Carbone ? La base de la vie terrestre.

Quelle ironie !

Ils ont vraiment tout prévu. Il y a des salles de jeux, de sport, d’informatique, de cinéma, un auditorium… un paradis pour solitaire, mais qu’il faut partager.

C’est en fin d’après-midi que j’ai réalisé que je n’avais plus rien mangé depuis la surface. Furtivement, je me suis glissée jusqu’à la cuisine. Une merveille de technologie, un vrai laboratoire à nourrir une colonie. Des tonnes d’instructions sont placardées, en français, anglais, espagnol et allemand. Nous sommes sensés parler au moins l’une de ces langues. J’ai grignoté un bout de pain. J’ai ramassé les miettes et les ai jetées dans l’incinérateur, comme c’était écrit.

J’ai tout bien fait, mais j’ai un goût amer au fond de la gorge.


22 décembre 2012

Le manuel stipule que notre enfermement durera cent quatre vingt jours. Même s’il ne s’est rien passé hier. Ils ont appelé ce laps de temps : principe de précaution. Et si la porte blindée ne s’ouvre pas à la fin du temps ? Rien n’est dit dans ce foutu bouquin.

Dans ma carrée, il y a Lila. Fine Lila, plutôt secrète et distante, dont émane une aura d’une douceur infinie, jusqu’à ce qu’on plonge dans son regard : sombre et impénétrable. Elle est musulmane. J’ignore si, avant le Bunker, elle était pratiquante. Mais depuis le premier jour, elle se conforme strictement aux préceptes de sa religion. Elle ne quitte jamais la chambre sans un foulard noué, cachant sa superbe tignasse aux reflets roux. C’est elle qui m’a appris qu’il y avait une salle des cultes. Il paraît que les murs sont peints et qu’ils donnent les orientations de villes ou de lieux saints : La Mecque, Saint-Pierre de Rome, Bénarès, Jérusalem… Drôle de conception que de regrouper les différentes croyances dans une boîte. Finalement, ils ont fait des économies.

Il y a aussi Grande Gourdasse, je n’ai pas trouvé d’autre nom pour cette asperge qui chougne en permanence, parce qu’il n’y a pas de salon d’esthétique dans le Bunker. Elle s’appelle Milly. J’imagine que son coffre personnel contient tout le nécessaire à peinturlurer la façade. Je jurerais, cependant, qu’il y a quelque part un stock de fanfreluches où nous pourrons puiser à volonté de quoi améliorer l’ordinaire. Des fois qu’en six mois nous nous ridions comme de vieilles pommes, et ne soyons plus consommables, au sortir de la champignonnière… Dans le cas contraire, comment respecter un minimum d’hygiène ? Ce n’est pas la trousse de toilette dont chacun s’est pourvu, qui assurera 540 lavages de quenottes par invité.

Je me suis mise à observer mes compagnons de ce voyage en sous-sol. Nous sommes au Jour 3, il faut que j’en occupe encore 177. Observer est un labeur édifiant, apprenant également. Quand on repère certains de ses propres travers chez autrui, et que cela vous agace, alors il est temps de SE réfléchir. Je sais, je fais dans l’abscons.

Et puis, il y a quelque chose d’extrêmement vexant dans le choix de notre aréopage : nous sommes tous d’un physique plutôt « agréable à regarder », mais sans plus : ni laideron, ni beauté. Et je me dis que, quelque part, il y a le Bunker des canons, ou le Bunker des thons.

J’en ressens un malaise diffus.

23 décembre 2012

Ce matin, j’ai visité : la salle informatique et la salle des travaux manuels. Il y a autant d’ordinateurs que de pensionnaires, mais, et je m’en doutais, il n’y a pas de connexion internet. Cela n’aurait d’ailleurs aucun sens, que nous puissions communiquer avec l’outre Bunker, puisque la civilisation est détruite. Du coup, mes cahiers me semblent être le fruit d’une pulsion d’écrire, qui avait peur du silence. Mais j’avais oublié, immergée dans un univers de technologie, le doux frou-frou du stylo sur le papier. Et puis, descendre chaque soir pour jouer du clavier… bah ! pas envie. Je préfère mes gribouillis blottie sur mon lit.

Du coup, toutes ces jolies machines ne vont sans doute servir qu’à communiquer entre nous, à fabriquer des parcs d’attractions virtuels, de fausses villes tentaculaires, ou à créer des tribus d’avatars que nous manipulerons, les jours d’ennuis. Avant, j’aurais dit : les jours de pluie.

Salle des travaux manuels : le plus vaste magasin de tout et n’importe quoi… Peintures, papiers, toiles, pinceaux, terres, fours à céramique, métiers à tisser, laines, fils, perles, outils… et j’en passe. J’ai fait une crise de rage. Ça devait arriver. Alors, je me suis souvenue d’Yves Klein, et de son bleu, et de ses femmes à peindre. J’ai dégoté une toile la plus grande possible, installé un coin où j’ai ouvert des pots d’acrylique, et me suis déshabillée. Je me suis enduite de couleur et roulée sur la toile. Elle s’est déchirée. Je l’ai achevée avec un cutter. Matériel de merde ! Je crois bien que, pendant mes galipettes créatives et rageuses, quelqu’un est entré. Ils vont me prendre pour une folle. Ici, les ragots seront forcément, à plus ou moins long terme, une occupation comme une autre.

Après, j’ai trempé dans le bain jusqu’à en avoir la peau ramollie et plissée. Les filles me regardaient d’un drôle d’air. L’eau avait pris une teinte maronnasse éloquente, en tout cas qui pouvait évoquer la crasse.

Les filles, justement. Il y a, outre Lila et Grande Gourdasse, Justine, blondinette rigolote qui a un fort accent suisse. Et puis Gladys, que j’appelle Piggy, l’autre anglaise avec Milly Grande Gourdasse, du genre nourrie, mais pas élevée… Li Mei, chinoise invisible et silencieuse, Fleur de Jade lui irait bien mieux… Elena, qui roule les « r » avec une grâce toute slave… Ananda, en sari chatoyant du matin au soir, altière, et un tantinet méprisante… Taline, exubérante, petite, brune et boulotte… Benedikte, qui doit être scandinave et qui se promène toujours toute nue, mais qui sourit en permanence. Drôle de troupe !

Comme le repli sur soi n’est pas une solution viable, et bien, aujourd’hui, j’ai pris mes repas avec ma chambrée. Nous avons des heures de passage à la cuisine. J’imagine que cette organisation est destinée à ce que nous fassions connaissance. De demi-heure en demi-heure, un groupe de filles et un groupe de gars se retrouvent autour de la grande table.

J’ai trouvé ce moment bougrement embêtant.

24 décembre 2012

Ce soir, c’était le réveillon. Normal, ici comme avant, notre civilisation bien blanche et bien chrétienne a toujours pensé que ses fêtes étaient universelles. A moins que nous célébrions toutes les occasions dans les mois à venir… Mon premier Noël au violon. Pâques ne sera ni au tison, ni au mouton, ni au ronron. Nous étions tous, les cent, réunis dans la grande salle des fêtes, lampionnisée par les garçons, enguirlandée par les filles. Mais pas de sapin. C’était tout prescrit par le manuel. Chacun savait ce qu’il avait à faire. Moi, j’étais chargée de disposer les flûtes de champagne sur la table à la nappe dorée. Qui avait drapé la nappe ? … je n’en sais rien.

En fait, le manuel est totalement personnalisé. Au jour le jour, les instructions sont transcrites, qui attendent d’être, ou pas, suivies. Je pense que je ne vais pas m’exécuter. Ou alors seulement quand je ne pourrais pas faire autrement.

C’était un repas bien trop riche en graisses et en sucres. Ils ont trucidé les derniers canards pour le foie. Demain, ce sera magret, j’en jurerais ! Nous sommes de toutes origines, mais, dans la gravité de la situation, personne n’a posé la question de savoir si la viande est hallal, kasher, ou s’il y a des végétaliens parmi nous. Je crois qu’on s’en fout tous. Même Lila.

Je la trouve bizarre, Lila, tout bien considéré. Il y a quelque chose qui ne colle pas. Elle prie, cinq fois par jour, tournée vers la Mecque, mais sa collection de foulards ferait pâlir un mannequin. Comme si ce signe de modestie devenait, pour elle, un colifichet dangereusement séducteur. Et puis, elle boit de l’alcool et elle fume. Elle a des rires de gorge qui doivent affoler le mâle. D’ailleurs elle a très vite été entourée de jeunes garçons empressés.

Ah ! la fumette ! j’ai failli assister à la première rixe. Il y a pourtant une pièce dédiée à ce vice –dont je suis adepte d’ailleurs-, mais peu l’utilisent. Du coup, ceux qui conchient la cigarette rouspétaient drôlement fort. Et ceux qui tiraient sur le mégot en rajoutaient. De toute façon, est-ce que ça compte ? Nous n’aurons pas le temps de mourir d’un cancer, nous nous serons entretués avant. Cette promiscuité, cet enfermement auront forcément raison des esprits les plus solides.

D’ailleurs, il me revient que les poètes survivent aux athlètes en général, parce qu’ils peuvent rêver. Il faut que je m’en souvienne. Et quand je relis mon cahier, je trouve mon récit passablement banal et mal rédigé. Demain, j’irai à la bibliothèque, je vais me gaver de mots, pour tenir le coup.

Bref, la fête était glauque, j’ai avalé deux coupes de champagne, normal, j’avais eu le boulot d’en disposer un cent, et puis je me suis éclipsée. Le vague flon-flon d’une musique barbare, trop forte, tambourinant pour que s’agitent les popotins, me parvenait, malgré la longueur du couloir. Et les cris de la viande saoule.

Chacun a reçu un petit cadeau. Moi, c’était un parfum, comme toutes les filles. Je crois que, pour les garçons, c’était cravate. Il y a de quoi se pendre.

J’ai fouillé l’armoire de Lila.

25 décembre 2012

Drôle de jour de Noël. Pas de chaussons sous le sapin de Noël, pas de buche avec des bucherons en plastique plantés dans le crème. Pas d’huitres, pas d’embrassades. Un jour de Noël atypique. Pas de petit jésus dans la crèche.

Ce matin, j’ai été faire un tour dans la salle des cultes. Il n’y avait personne. Trop tôt. Il y a juste Lila qui est descendue, qui s’est tournée vers La Mecque, et qui est restée là, sans bouger, sans prier, à regarder. Je l’ai laissée plantée, et j’ai été me griller la première cigarette de la journée. Je sais pourquoi elle se comporte ainsi. En vrai, elle s’appelle Soizic, et ses foulards, ce n’est que pour cacher sa tignasse rousse. Mais alors, la vraie Lila, qu’est-elle devenue ?

Je fume moins depuis que je suis coincée dans ce cercueil à nantis. J’ai écrasé mon mégot et j’ai été prendre le petit déjeuner avec les premiers qui émergeaient. Surtout des garçons. Les filles trainent au lit, elles ménagent leur peau, leurs cernes et leur teint. Je rigole, nous avons tous une vingtaine d’années. A trente ans ce sera le silicone, à quarante le Botox, à cinquante le lifting. Enfin, si nous sortons de là. Sinon, nous allons être condamnées à vieillir naturellement, sans artifice. Le temps qu’il y aura à manger.

J’ai discuté un moment avec un jeune homme bien comme il faut, soigné, rasé de frais. Il m’a dit qu’il me croisait souvent à la bibliothèque, mais que je n’avais jamais l’air d’être présente. Et qu’il n’a pas osé m’aborder jusque là. Il m’a dit aussi qu’il aimerait bien qu’on prenne un peu de temps pour confronter nos lectures. Il s’appelle Carl. Il arrive de Bruxelles.

Je l’ai regardé beurrer ses tartines, avec un soin presque maniaque. Il les trempouille dans son café, petit bout par petit bout, et grignote les morceaux ramollis. Il y a quelque chose de féminin et de précieux chez ce garçon. Il croise les jambes et s’assoit légèrement de côté sur sa chaise. Il est blond, avec des yeux d’un bleu couleur des mers du sud. Il n’est pas vraiment fin, mais il se dégage, de chacune de ses mimiques maniérées, un charme indéfinissable. Entre la passion pour la femme, et la femme elle-même. Oui, je crois qu’il aime beaucoup les demoiselles. De la convoitise passe dans ses prunelles claires quand il aperçoit une dentelle…

Ce soir, Milly Grande Gourdasse a piqué une crise. A cause d’une histoire de collier qui a disparu. Des saphirs. Elle s’est mise à hurler. Et elle a commencé à ouvrir toutes les armoires. Les filles de la chambrée se sont révoltées, et se sont interposées. Les vociférations étaient si fortes, aigües, que nos voisines ont rappliqué. Il y en a qui ont rigolé et d’autres qui ont commenté. Milly Grande Gourdasse, rouge de colère, hurlant comme un goret qu’on égorge, échevelée, à cause d’un bijou qu’elle ne portera sans doute plus jamais, c’était assez risible. D’autant que, sous le coup de l’émotion, elle postillonnait abondamment à chacune de ses phrases. Je me suis réfugiée dans mon lit, pour échapper à l’orage, au propre, et au figuré.

Je sais où se trouve le collier, entre deux foulards de Lila-Soizic. Et je n’ai pas appris de mot nouveau.

26 décembre 2012

Ce matin, j’ai été faire un tour à la salle de sports. Bien équipée, d’ailleurs. Sans surprise, j’ai pu constater que les appareils à bouger les bourrelets font fureur parmi les demoiselles, les garçons préférant les haltères. Il y a une petite piscine qui permet, tout de même, de barboter, et nager à contre courant, pour les plus valeureux. Dans le manuel, un chapitre entier chante les bienfaits de l’activité physique : détente, sommeil… et esthétique, évidemment. Nous sommes d’un monde où l’on n’aime pas les disgrâces, même si elles confèrent un charme à l’individu. Parfois, une coquetterie illumine de tendresse un regard.

C’est sans doute pour cela que je me sens étrangère. Une étrange étrangère. Je ne suis pas vraiment jolie, avec une mâchoire légèrement proéminente, une chevelure qui tient plus du crin que de la soie et des formes androgynes. J’ai de jolis yeux d’un bleu très pâle. Et je crois que c’est tout ce qu’il y a à dire sur le sujet.

Aujourd’hui, j’ai rencontré Carl à la bibliothèque. Je méditais sur une phrase de Pascal : « La vraie morale se moque de la morale ». Cette sentence, lapidaire, me ravit. Et m’emmène sur des chemins bien curieux où se mélangent des concepts dont personne ne m’a jamais enseigné le sens. On parle sans cesse de morale, qu’elle soit culturelle, religieuse ou républicaine. Mais les plaideurs, les vertueux, ceux qui se veulent d’un cadre moral, savent si bien transgresser quand il leur en vient le besoin. Et ils réinventent à chaque pas de côté, le ciment pour élargir la route. Ces considérations sont, pour moi, d’inépuisables champs de réflexions. Une dérive de l’âme qui observe. L’enfermement aide la méditation, et creuse les fondations d’une folie.

Le jeune homme est arrivé sans bruit derrière moi, il m’a effleuré la nuque. J’ai sursauté, et me suis crispée. Je ne veux pas qu’il me touche. J’ai peur de m’en sentir bouleversée. Et cet éphèbe somptueux n’est pas dans mes moyens, dans l’immédiat.

Il a senti ma réserve et s’est reculé, juste assez pour que ma zone de proxémie retrouve son intégrité. Je n’aime pas qu’on m’approche de trop près. Nous avons échangé quelques mots anodins, de l’ordre de la politesse intriguée. Je sens qu’il me fouille. Qu’il tente de trouver le petit bout de fil qui lui permettrait de dévider la bobine. Mais je pense que c’est un sport, pour lui. Prédateur ou Bovary ? Je me le demande. Lila-Soizic s’est pointée, minaudant, jouant de l’œillade en experte, ondulant comme une chatte en chaleur. Elle a réussi à s’accaparer le beau Carl. Je crois qu’ils sont partis vers l’une des chambres. Demain, j’irai à la salle des cultes, et chaque jour. Je la regarderai bien fixement ne pas faire sa prière. Elle finira par deviner que je sais. Parce que j’ai eu comme un pincement au cœur.

Bref, du coup, je me suis souvenue que c’était l’anniversaire de mon frère, Ulysse. L’humour de nos parents a toujours été détestable… Et je me suis souvenue que j’ai un amour, dehors. J’avais.

J’ai trouvé le collier de saphirs dans mon armoire.



27 décembre 2012

Je suis retournée à la salle de travaux manuels. J’ai barbouillé des miniatures colorées, pas plus grandes que des timbres postes. Ce travail de précision m’évite de ruminer la situation. Imperceptiblement, l’enfermement modifie nos comportements. Nous nous dépouillons des apparences. Déjà, certaines filles ont cessé de se maquiller. Les garçons sont moins bien rasés. Et ce n’est que le huitième jour du bunker. Dans quelque temps, certains d’entre nous ne prendrons même plus la peine de s’habiller correctement. Je ne sais pas comment ils ont conçus le système de ventilation, mais une odeur animale flotte, celle de corps humains qui ne respirent plus sous le ciel, celle de la peau qui ne prend plus le soleil.

La bibliothèque devient mon refuge, je m’accroche aux milliers de pages typographiées, pour trouver une goutte de réconfort. Je picore, au rayon de la philosophie, ou à celui des religions. Je promène en romans. Je traque l’humour. Je braconne un romantisme tragique, cueillant les bruyères autour des Hauts de Hurlevent. Au fil des mots, je dénoue le fil de mes émois, de mes intérieurs défaits.

Et moi, qui voulait me terrer dans ce terrier à rats, je me découvre souriante aux repas, capable de nouer des liens, alors qu’à la surface je ne savais que fuir.

J’ai fait la connaissance de John Rice pendant que je gribouillais mes miniatures. Un british très british. Je l’ai baptisé JR. Il est piqué de taches de son, roux comme un diable. Il parle un français impeccable, désuet. Il a l’air démuni, perdu, comme si cette absence de cadre dans une boîte close le dépouillait de ses repères. Il regrette le rigide protocole qui réglait son existence d’avant le bunker. Je pense qu’il s’ennuie. Et je le comprends. Lorsque la vie quotidienne nous balance à chaque heure une obligation, nous rêvons de temps libre. Et quand vient le temps libéré, nous rêvons de l’occuper. Mais nous ne savons pas comment.

Dans l’après-midi, à l’heure de la digestion, que certains ont fort lourde parce qu’ils se gavent, j’ai été me balader dans le bunker. Je suis descendue jusqu’aux locaux techniques, aux entrailles de la bête. Il y a un énorme incinérateur. Des stocks de bouffe pour tenir un siège. Des stocks de tout. Contempler cette débauche d’objets, de conserves, de fringues m’a estomaquée. J’ai l’impression qu’Ils ont prévus que nous pourrions ne jamais ressortir.

A un moment, j’ai entendu un bruit furtif derrière moi, j’ai sursauté. C’est stupide, que peut-il arriver dans cet endroit ou nul voleur ne peut entrer ?

C’était Soizic. Elle m’avait suivie. Elle est venue vers moi mi-engageante, mi-hostile. Elle voulait me parler de Carl. Je dois avoir une tête de confidente. J’ai l’impression qu’elle a un sacré béguin pour le jeune homme. C’est étrange, elle, on dirait qu’elle le connaît depuis longtemps. Elle évoque tout ce qui les lie comme s’ils étaient un couple déjà très soudé. De deux choses l’une, où elle le connaissait d’avant, et ça explique Lila/Soizic, où elle s’imagine que les nuits partagées l’autorise à se l’approprier. Lorsque j’ai pu échapper à son verbiage creux, j’ai susurré tout doucement : « A plus, Soizic ». J’ai savouré son regard ahuri.

Je sais pourquoi le collier de saphirs est caché dans mon armoire.



28 décembre 2012

Depuis ce matin, je suis mal. Levée avec une grosse boule noire au ceux de l’estomac. J’ai comme l’angoisse d’une catastrophe imminente. Et je n’arrête pas de me réciter quelque mantra incantatoire, destiné à me rassurer. Irrationnel. Logiquement, nous ne risquons rien, là-dedans.

L’ambiance alourdie devait être contagieuse puisque le petit déjeuner a commencé par l’altercation infantile d’un nouveau couple. Nouveau… je crois. La fille me fait penser à une noisette. Brun clair : les yeux, la peau, les cheveux, l’habillement. Avec une note verte, comme ces petites feuilles qui enveloppent la coque : le bandeau qui retient sa tignasse. Noisette. Elle se frittait avec un type à l’allure insignifiante, boutonneux, bancal. Je dis « bancal », mais c’est de l’ordre du ressenti, comme un disfonctionnement entre l’apparence plastique et la gestuelle. Non congruence ? C’est cela ? Je les renifle, ceux là, qui ne sont pas en accord entre intérieur et façade. Comme un fox terrier, les sangliers.

Leur différent n’était qu’une sordide, mais si banale, scène de jalousie. J’ai cru comprendre que Noisette avait affiché une attirance évidente pour l’ami JR. La Noisette et Poil de Carotte, je trouve que ça fonctionne, esthétiquement. Le petit ami en titre en a fait une jaunisse. Ça ne m’a pas empêchée de déguster ma banane.

Soizic ne me lâche plus. Elle me harcèle. Elle tente de me séduire, de devenir mon amie. Je la traite avec une ironie douce, ce qu’elle ne semble pas capter. Elle prend la forme, arrondie, pour le fond, plus féroce. C’est un jeu. Je crois que ce qui l’intrigue, c’est ma capacité à me passer de tout le monde, à me réfugier au fond du bunker, dans les salles de jeux. A moins qu’elle ne surveille ce secret dont je suis dépositaire : l’usurpation de l’identité d’une autre.

Parce que je m’ennuie, je l’explore, le bunker. J’ai trouvé la pharmacie. Il y a de quoi achever un mammouth. Je me demande ce qu’ils ont pensé. Qu’il fallait que nous puissions en finir en cas de désespoir insurmontable ? Qu’il nous faudrait gérer les inévitables conflits à coup d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques ? De ce que j’en sais, aucun de nous n’est médecin, nous sommes trop jeunes. Donc nous sommes livrés à l’automédication. Au moment où j’ouvrais les armoires, soigneusement étiquetées, qui offrent les opiacés à côté du paracétamol, qui affiche les modes d’emplois de ces jolis bonbons, je me suis sentie comme un rat de laboratoire. Et j’ai piqué une boîte de décontractants.

Du coup, ce soir, plus rien n’aurait pu me troubler, j’avais ce sourire béat d’un gosse qui découvre un sapin de Noël pour la première fois. Alors, quand Milly Grande Gourdasse s’est publiquement excusée de nous avoir soupçonnées de vol, parce qu’elle venait de retrouver, en petit tas sous ses dessous, le collier de saphirs, j’ai piqué un fou-rire. Surtout en raison de l’expression ahurie de Lila-Soizic.

J’ai trouvé le temps, entre deux furetages, de remettre le bijou à sa place.


A suivre… peut-être

29 décembre 2012

Le sujet du jour, c’est le réveillon, le changement d’année. Il parait que nous allons organiser une fête, une vraie, une orgie mémorable. Comme si ce devait être la dernière. Je vois d’ici : alcoolisation et rires forcés. Le thème ? Année du Bunker. Pas très original. On aurait pu baptiser l’événement « Les Cent merdent » ou encore « Sans milieu sous l’amer »… Mais je doute que mes colocs apprécient mon humour. Donc, je n’ai rien dit. J’ai juste assisté à la réunion, silencieuse. Mes mots restent coincés au niveau du gosier.

Dans l’après-midi, je suis descendue à la bibliothèque. J’ai feuilleté quelques ouvrages de philo qui évoquent le bonheur. Alors que je me délectais d’une phrase jolie, j’ai senti un souffle sur ma nuque. C’était Carl. Nous avons tranquillement devisé sur ce que nous appelons « le bonheur ». Ce fut un moment doux, apaisant. La présence du jeune homme me procure une indicible joie. Et puis, il est reparti. Nomade dans un monde clos. Et Soizic s’est pointée, menaçante. A ses yeux, je dois représenter un danger. Elle m’a clairement fait comprendre qu’elle ne reculerait devant rien pour garder Carl. Elle avait réussi à usurper l’identité de Lila, et à s’en débarrasser… me tenir éloignée, impérativement. Une injonction sans contestation possible. Pfiou ! Elle me gave, cette fille. Elle est inquiétante. Elle n’a pas réussi son coup avec le collier, mais je sais qu’elle cherchera un autre moyen de m’écrabouiller.

Plus tard, j’ai croisé la Noisette, et j’ai pris l’initiative d’engager la conversation, de faire connaissance. Elle est drôle comme tout, dotée d’un sens de la répartie lapidaire. Elle use de phrases courtes, mais percutantes. Je crois que nous avons sympathisé.

Au moment du coucher, privilégié pour moi, puisque je me réfugie dans mon lit avec mes cahiers, Gladys est arrivée, si avinée qu’elle en titubait. Elle s’est mise à déglutir bruyamment, entre deux propos incompréhensibles, et elle a vomit. L’odeur était insupportable. J’ai piqué une grosse colère. Je l’ai copieusement insultée et je crois que je l’ai giflée. Je ne crois pas, j’en suis sûre. Avec les filles, nous avons choppé nos couettes et nous nous sommes réfugiées dans les salons, la laissant croupir dans son dégueuli. Elle a drôlement intérêt à tout nettoyer d’ici demain, sinon je pense qu’elle passera un sale quart d’heure.

Milly Grande Gourdasse a poussé des cris d’orfraie quand elle a découvert que son putain de collier avait encore disparu, juste avant de fuir la puanteur.


30 décembre 2012

Un gars que je ne connais pas, d’une chambrée du bout du bunker, a été retrouvé pendu ce matin. Dans la salle de sport. Onzième jour, premier mort. Nul ne sait ce qui l’a poussé à se tirer ainsi. Mais l’ambiance s’en ressent : morose, tendue, silencieuse. Deux types, du genre qui la ramènent, qui nous assourdissent de discours pour se rassurer, ont piqué une crise de nerfs. Je crois que ce sont les gamins protégés, acculturés, formatés, qui commencent à craquer. Ils ont trouvé le corps de leur pote qui se balançait doucement, comme chahuté par un vent léger. Même s’il n’y a pas de brise dans ce bloc de béton.

Du coup, j’ai passé ma journée, avec tous les autres, en salle de réunion. Ben oui, il fallait prendre une décision concernant le cadavre. Congélo ou incinérateur ? Les discussions étaient glauques, sordides, entre les tenants de la glace et ceux du feu. Moi, j’ai posé la seule question intéressante : est-ce que croiser le mort quand on va aller chercher de la viande sera supportable pour ceux qui se chargent de cette tâche ? Un grand boutonneux nous a informés que, déjà, l’une des armoires réfrigérées était vide. Information qui a jeté un froid. Grand boutonneux, probablement chargé de l’intendance par le manuel, a rassuré tout le monde : il reste pour des années de victuailles, il y a plusieurs étages de galeries, toutes remplies de conserves et autres boîtes, aliments desséchés, appertisés. J’ai pensé, cynique, qu’on avait de la place pour faire face aux prochains suicides, s’il y avait une épidémie. Et que la ration personnelle de nourriture allait augmenter. La question du réveillon est passée au second plan. Oui, cynique.

Pour ma part, j’étais pour la solution « incinérateur ». Mais dans l’immédiat, ils l’ont mis au placard. En vrai, je n’aurais pas aimé faire partie des fossoyeurs. Nous ne sommes plus que 99.

Lorsque je suis retournée à la chambre, elle sentait bon le propre. Milly Grande Gourdasse avait nettoyé ses saletés. Elle me regardait d’un air craintif, comme si j’étais la chef-chef de ce petit monde. Elle est décidemment stupide, cette fille. Je me suis réfugiée sur mon lit et j’ai commencé à méditer. L’enfermement me rend désagréable. Je suis devenue distante. Je me détache de tout. Et cette métamorphose est cruelle, rapide, bouleversante. Je n’aime pas ce que je deviens. Mais que faire ? J’ai la certitude que c’est la seule solution pour que je survive. Je pense à Carl, toujours si tranquille et souriant. Il faudra que je lui demande comment il réussit à rester zen.

Puis j’ai réalisé que je n’avais pas ouvert le fameux manuel depuis l’arrivée. Je ne sais donc pas quelle est la mission dont je dois m’acquitter. Elle ne doit pas être vraiment primordiale, puisque la petite colonie vit son ennuie quotidien sans accroc.

En tout cas, ce que je sais, c’est que le collier de saphirs ne troublera plus ma quiétude, j’ai trouvé le temps de le balancer dans l’incinérateur.


31 décembre 2012

Je n’ai jamais aimé ces orgies du dernier jour de l’année. Il faut être gai, enjoué. Il faut attendre avec entrain qu’une autre année veuille bien, aux douze coups de minuit, pointer son nez. Il est d’usage de faire claquer des bisous sur les joues de tout son entourage. Depuis ce matin, je me demande comment nous allons gérer ce moment d’agapes obligatoires. Entre enfermement et suicide.

Ceux qui sont chargé de l’intendance, heureusement consciencieux, ont préparé la grande salle à manger. Des guirlandes et des boules brillent dans la pénombre. Des dizaines de bougies éclairent faiblement les tables. Je déteste manger dans le noir. J’ai lu le menu, sur l’ardoise de la cuisine : classique – foie gras, saumon fumé, une viande ou un poisson au choix, plateau de fromages et vacherin glacé –. Bien sûr, le vin n’a pas été oublié, pas plus que le champagne. Dans notre monde, nous sommes rompus aux usages, aux accords des mets et des crus.

Comme tout le monde, je me suis apprêtée, maquillée, habillée pour le soir. Exceptionnellement, j’ai chaussé des escarpins à talons fins qui, paraît-il, font une jambe joliment galbée, mais qui malmènent ma colonne vertébrale, et me donnent un air de poupée désarticulée quand je marche. Alors… danser ? Oublier !

Comme à mon habitude, je me suis postée dans un coin, et j’ai observé. Des couples se sont déjà formés, l’appel des hormones sans doute. La Grande Gourdasse n’avait pas l’air de regretter son collier, elle arborait fièrement une parure de perles hypertrophiées et colorées. Celle là, on le saura qu’elle vient d’une grande famille de diamantaires ou de bijoutiers, je ne me souviens plus de ce que j’ai lu sur son pédigrée. Si je me suis débarrassée des saphirs, c’est parce que Soizic essayait de s’en servir pour me discréditer. Mais je suis dubitative. Elle avait commencé à me chercher des noises avant même que je papote avec son Carl. L’âme humaine a des contours qui m’échappent.

Ce soir, elle était très éméchée, et s’abandonnait, alanguie, à tous les bras qui voulaient la faire tourbillonner. Pitoyable ! J’en ai eu vite ras la casquette de ces mondanités. Je suis descendue à la salle de sport, pour me rafraîchir dans la piscine. J’ai enclenché la nage à contre courant, et me suis épuisée à lutter contre la vigueur de la vague. Je n’ai pas eu un regard pour l’endroit où l’on a décroché le pendu.

A un moment, alors que je me séchais, j’ai entendu un bruit de pas. C’était Lila-Soizic, complètement cuite, aussi nue qu’à sa naissance, qui rentrait dans la salle. J’ai reconnu son rire avant même de l’apercevoir vraiment.

Je me suis sauvée en me faufilant entre les machines sophistiquées destinées à entretenir notre forme. Je crois qu’elle ne m’a pas vue. Mais, en sortant, je jurerais avoir, juste un instant, distingué comme une ombre furtive, planquée dans un coin sombre.

Aux douze coups de minuit, j’étais entrain d’écrire. J’ai entendu les vociférations, de loin.


A suivre… peut-être



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