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Les rapports entre la Roumanie et le Comecon

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Après la seconde guerre mondiale, le cours de l’histoire en Europe Centrale et de l’Est occupée par les Soviétiques a été décidé à Moscou. C’est là qu’allaient être prises, pendant plusieurs décennies, les décisions économiques qui allaient marquer le développement des pays tombés sous les chenilles des chars soviétiques.  Afin d’y maintenir leur influence – gagnée par des fraudes électorales et des stratégies de répression des forces démocratiques autochtones – les Soviétiques ont créé des organismes qui leur permettaient d’imposer des politiques communes aux pays – satellites de la zone. Le Comecon en était un – parmi les plus importants.

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Le Conseil d’Assistance Economique Mutuelle fut fondé en 1949 à Moscou, à l’initiative de l’Union Soviétique. Le Comecon était censé faire concurrence à la Communauté Economique Européenne, créée, elle, pour répartir les aides financières proposées par le plan Marshall de redressement économique.

Pourtant, le Comecon n’allait jamais devenir l’adversaire redoutable de la CEE qu’il devait être, en raison des défaillances structurelles du système de l’économie planifiée. Pratiquement, bien que les membres de cet organisme se soient efforcés de mettre sur pied une communauté viable, le Comecon a été une véritable prison pour la Pologne, la RDA, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie – pays fondateurs forcés d’adhérer à cette formule au nom de leur idéologie commune – elle aussi imposée, d’ailleurs. Aussi, malgré ce cadre commun, les échanges économiques des Etats membres étaient opérés toujours en vertu de d’accords économiques bilatéraux.

A partir de 1962-63, la Roumanie a adopté une attitude capricieuse vis-à-vis du Comecon. Les stratégies de développement économique proposées par les Soviétiques – se traduisant par des propositions d’intégrer les économies des Etats socialistes pour réaliser un espace économique commun – ont été jugées inacceptables par la Roumanie. Le plan Valev, lancé en 1964 et qui préconisait le développement industriel de certains pays, alors que d’autres étaient voués à l’agriculture, a suscité de vives protestations de la part de Bucarest. Cette stratégie devait opérer une «division internationale du travail». Les protestations de la Roumanie devinrent plus véhémentes après le retrait des troupes soviétiques, en 1958. Arrivé au pouvoir en 1965, Ceauşescu essaya de s’y opposer.

Notre invité d’aujourd’hui est Maxim Berghianu, ancien président du Comité d’Etat pour la Planification, auquel incombait l’élaboration du plan économique. Interviewé par le Centre d’Histoire Orale de la Radiodiffusion Roumaine en 2002, il s’est rapporté à la manière dont la Roumanie a réagi au sein du Comecon à cette division internationale du travail envisagée par les Soviétiques.
« La Roumanie a eu des difficultés à trouver une place pour elle dans cette division internationale du travail au sein du Comecon. Notre “grand ami” de l’Est – secondé par les pays plus industrialisés, à savoir la Tchécoslovaquie et la RDA – souhaitait que la Roumanie reste un pays agraire, qui soit essentiellement un fournisseur de produits agricoles. Il devait recevoir des équipements industriels des pays du Comecon, respectivement de l’Union Soviétique. C’était là un attentat à la souveraineté de la Roumanie – non seulement économique, mais aussi national. Sous différentes formes, lorsqu’il était question de spécialisation au sein du Comecon, on nous repoussait vers l’agriculture. On nous disait que nous avions une expérience dans ce domaine et que nous devions rester un pays agraire et produire des céréales, des légumes, des fruits, du vin et de la viande pour ceux qui assuraient les équipements industriels.”

Les tentatives d’appliquer le plan Valev furent précédées de tâtonnements dès 1955. Au refus timide que la Roumanie opposait à ladite division internationale du travail, le leader soviétique Nikita Krouchtchev répondit par une visite à Braşov, centre industriel d’élite de la Roumanie pillé par l’Armée rouge en 1945 et qui était en train de remettre sur pied ses entreprises. Maxim Berghianu se rappelle cette visite:
« Deux visites étaient prévues, à l’usine “Tractorul” – le Tracteur – et à l’Usine de camions. Nous sommes tous allés d’abord aux usines “Tractorul”. Ils sont venus. Applaudissements, ovations… Ils sont entrés au “Bloc moteur”, comme on l’appelait – une belle section, plus moderne et mieux dotée que les autres. Ensuite on les a fait visiter la salle de montage. Krouchtchev nous a demandé qu’est-ce que c’était que ces salles en métal. Il nous a fait des reproches pour ne pas les avoir construites en béton, vu que c’était moins cher. Et Gheorghe Gheorghiu Dej – de lui répondre: ‘Camarade Krouchtchev, cela a été construit par la bourgeoisie, nous l’avons héritée! C’était une fabrique d’avions, auparavant! L’on y construisait des avions, durant la guerre.” “N’en construisez plus!” – répliqua Krouchtchev. Il jeta un coup d’œil hâtif. Les tracteurs non plus n’ont fait d’impression sur lui. Nous occupions tantôt la première, tantôt la deuxième place au monde pour la qualité de nos tracteurs: Ferguson était notre principal compétiteur. Après, nous nous sommes dirigés vers l’usine “Steagul Roşu” – le Drapeau rouge – qui produisait des camions. Nous sommes allés dans la salle de montage, dotée de lignes d’assemblage automatiques. Mais on utilisait aussi le marteau. “Ca, c’est une coopérative, je ne veux plus voir ça!” – a dit Krouchtchev. Il n’est pas resté plus de 5 minutes dans l’usine. Et Gheorghe Gheorghiu Dej l’a suivi. Qu’est-ce qu’il pouvait encore dire? »

Au sein du Comecon, la hiérarchie des décideurs comportait trois niveaux: en tête il y avait le Comité politique, réunissant les secrétaires généraux des partis communistes de chaque pays; ensuite il y avait le Comité Exécutif, dont faisaient partie les premiers ministres; enfin, le troisième était un Comité réunissant les présidents des comités d’Etat chargés de la planification dans chaque pays membre. En fait, les accords au sein du Comecon ne faisaient que rapiécer des économies mises en lambeaux par le dirigisme. Durant sa brève et indigne histoire, le Comecon n’a lancé aucun programme cohérent de coopération et de développement économique. Au moment de sa dissolution, en 1991, le soupir d’allégement était poussé depuis longtemps: les pays centre- et est-européens avaient déjà dit adieu au système politique socialiste, qui ne leur avait apporté que pauvreté et désespoir. (Aut.: Steliu Lambru; Trad.: Dominique)



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