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Solstice d’hiver

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solsticePremier jour de l’hiver, jour le plus court de l’année, le 21 décembre correspond au Solstice, fin et début de l’année solaire.

Fin et début : tout est là, dans cette simple observation de l’ordre cosmique : les astres comme la vie terrestre sont animés d’un mouvement cyclique, tout n’est qu’éternel recommencement. Je meurt mais déjà ceux de ma race se lèvent et défient le monde ; la course terrestre jamais ne s’interrompt et déjà le soleil gagne sur l’obscurité de l’Aurore, comme sur celle du Solstice.

 

C’est ce qu’a écrit remarquablement Freidrich Nietzsche dans “L’Anneau de l’Etre et du temps”, beau poème de Ainsi parlait Zarathoustra (Also Sprach Zarathustra, 1883-1892).
Tout va, tout revient ;
Eternellement roule la roue de l’Etre.
Tout meurt, tout à nouveau fleurit ;
Eternellement s’écoule l’Année de l’Etre.
Tout s’écroule, tout se recompose à nouveau ;
Eternellement se reconstruit la même maison de l’Etre.
Tout se sépare, tout se salue à nouveau ;
Eternellement reste fidèle à lui-même
l’Anneau de l’Etre.
A tout moment commence l’Etre ;
Autour de tout Ici s’enroule la Sphère de Là.
Courbe est le sentier de l’éternité.
 
Le Solstice était-il un fête importante des anciens Celtes, et des Gaulois en particulier ?
Nous ne connaissons pas le nom qu’ils pouvaient lui donner, contrairement à d’autres, comme par exemple les célèbres Lugnasad ou Samain/Samonios. Les sources antiques et surtout la tradition irlandaise permettent d’entrevoir la grande importance que revêtait quatre fêtes cycliques des Celtes : Imbolc, au début du mois de février ; Beltaine (cf. divinité Belenos), au début du mois de mai ; Lugnasad, au début du mois d’août (cf. divinité Lug) ; Samain, au début du mois de novembre. Chacune de ces fêtes marquait l’entrée dans une nouvelle période de l’année. S’y ajoutaient des fêtes secondaires, plus ou moins bien connues, comme la fête de Maponos (irlandais Mabon), à l’équinoxe d’automne, ou encore Ostara (nom peut-être d’origine germanique), à l’equinoxe de printemps [1].
Le Solstice d’hiver, comme du reste le Solstice d’été, n’apparaît pas parmi les fêtes primordiales de ce calendrier. Il ne fait pourtant pas de doute que ce moment crucial de l’année solaire devait être célébré d’une manière ou d’une autre.
Comment en être sûr ? L’archéologie est ici d’un apport précieux. En effet, beaucoup des édifices religieux des anciens Gaulois étaient orientés en fonction de la course du soleil, comme par exemple le sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (Oise), preuve qu’ils observaient avec soin cette dernière. Plus encore, certains édifices publics étaient conçus en fonction de la position du soleil aux Solstices : tel est le cas de la fontaine ovoïde monumentale de Bibracte (photo ci-contre), bâtie dans l’artère principale de la capitale des Eduens, et dont les deux axes sont alignés sur la position du lever du soleil au solstice d’hiver et au solstice d’été. Cette fontaine, au coeur spatial de la cité, répondait à la rotation perpétuelle du soleil et à son éternel retour. Pivot du monde, coeur de l’espace-temps, elle matérialisait la conception du monde du peuple qui l’avait bâtie.
Tout au long de l’année, la succession des fêtes manifestait l’appartenance de la communauté humaine à l’ordre du monde, selon un rythme saisonnier fortement marqué par la vie agro-pastorale. Le schéma suivant reproduit l’essentiel de ce calendrier, et intégre le nom des fêtes chrétiennes qui ont recouvert, plus ou moins complètement, celles des Anciens. Comme on le voit, notre calendrier annuel est encore structuré par le souvenir des rites venus du fond des âges, et auxquels il nous appartient de leur (re)donner sens.

SAMAIN, fête celtique du début de la saison froide

 
Samain représente en quelque sorte le passage. Au-delà de son sens, la fête celtique de Samain marque le début de l’hiver dont la froidure ne symbolise pas que la mort de la nature pendant la longue période hivernale mais correspond aussi à une porte menant du royaume des morts vers celui des vivants.
 

samain

La plupart des enfants qui hantent nos rues en quête de sucreries ne le savent sans doute pas, mais ils perpétuent par leurs jeux une très antique tradition fondée sur l’observation du retour perpétuel de la nuit annuelle, que les Indo-européens assimilaient à la nuit qui revient toutes les vingt-quatre heures.
Si l’arrivée de la froide saison et de l’obscurité a de quoi nous inquiéter, tout comme nous inquiète le voisinage des morts et l’oeuvre de la mort, nous devons, fidèles à l’esprit de nos plus lointains ancêtres, et de nos aïeux qui ont fêté pendant des siècles la “fête des morts” qui suit la Toussaint, nous laisser envahir par le sentiment de joie immense qui caractérise l’homme qui accepte pleinement sa destiné, sans se mentir sur son sens, par-delà bien et mal, et qui rit de savoir que l’immortalité qui lui est offerte, c’est la conscience de passer là où la longue chaîne de ses ancêtres est passée avant lui.
 
 



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