Vivre en Thailande: Justice, police, banque, chance et malchance en Thaïlande

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Chroniques de Thaïlande… La justice ne fait pas de sentiment, la police ne fait pas de sentiment (sauf quelquefois contre l’échange de quelques billets) et la banque alors !! A 20 ans d’intervalle, chance et malchance de 2  garçons de 16 ans.


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Ces derniers jours, nous rendions visite à la famille de mon compagnon dans la région de Phrae. Des heures de route avec la forêt épaisse pour décor. Le père de mon ami était garde-forestier dans cette région il y a bien longtemps et j’ai pris plaisir à en faire un de mes personnages secondaires dans « THEATRE D’OMBRES »*, un gardien des arbres qui se battait contre les  contrebandiers, voleurs de bois précieux qui opéraient la nuit. J’avais mis cette phrase dans sa bouche : « tu déplaces un homme, il continuera de vivre, tu déplaces un arbre, il meurt ». Il considérait chaque arbre comme une personne.

Et mon histoire de banque dans tout ça ? Chaque histoire a besoin d’un décor, ici c’est la forêt.

Donc, visite à des gens simples, vivant dans un environnement naturel, loin de la ville. Des gens qui boivent un peu trop après le travail – pas la bière trop chère, mais l’alcool maison – lorsqu’on se retrouve tous ensemble (ruamkan) et que la nuit tombe autour de soi avec les bruits si particuliers à la forêt.

Ils sont presque tous « karadjakaan (fonctionnaires pour le gouvernement), en majorité « khru », teacher, « maître d’école » Je n’ai pas dit enseignant, prof… non mais le beau mot de « Maître » celui qui détient le savoir et qui le transmet, celui qu’on respecte car il a étudié à l’université.

… Il y a vingt ans, « un petit frère » de mon compagnon, vrai frère ou pas, qu’importe, ils le sont tous, frères ici (« phi » ou » nong » : aîné ou cadet), ils ne s’appellent pas autrement.

Napaporn, un de ces braves maîtres d’école, vient de prendre sa retraite et comme c’est souvent la coutume, l’administration lui a donné son dernier poste là où il est né (parce que c’est là qu’il va mourir). Entre temps il a enseigné un peu partout en Thaïlande, en Isan, dans le nord et aussi dans la plaine centrale, au gré des besoins ou des caprices de l’administration.

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Il y a quelques semaines, la police lui est « tombé dessus ». Il a volé, violé, triché ? Non il a juste été solidaire, un jour, il y a longtemps, il y a exactement vingt ans… Il ne s’en souvenait même plus.

… Il y a vingt ans donc, Napaporn était en poste dans un village près de Phitsanulok. Parmi ses élèves de « mo hok », dernière classe avant l’université, un jeune garçon de 16 ans. Brillant élève. Ses parents, des « chao naa » (des riziculteurs), rêvent de l’envoyer étudier à Bangkok. Mais pas d’argent. Ils consultent la banque pour un prêt mais ils ne sont pas solvables, ils sont juste propriétaires d’une petite maison. Qu’importe, la banque pourrait prendre une hypothèque sur cette maison. Mais elle refuse.

Le couple alors consulte le « maître » Napaporn., Palabres dans la petite école. Rêves d’avenir possible pour le jeune garçon… et finalement, une solution : si le couple ne peut obtenir de prêt, le maître d’école avec son salaire assuré, peut se substituer aux parents. Le couple transfère les papiers de la maison (cabane) au nom du maître qui fait la demande à la banque. Demande acceptée.

Et la vie continue.

Vingt années passent. Napaporn ne se souvient même plus avoir signé. C’est tellement loin et il a tellement servi son pays dans toutes les écoles de villages où l’on avait besoin de lui. Il a rejoint enfin sa terre natale pour sa retraite (« baan » dans le sens de la « maison » celle d’où le vient et celle qu’on quittera la mort venue.)

La police le retrouve à Phrae. Et voilà ce que j’apprends de la bouche de Napaporn aujourd’hui en prison pour 3 ans.

« Les parents de l’étudiant qui doit avoir 36 ans aujourd’hui, mais dont on ne sait rien, sont morts, quasiment en même temps, il y a de cela 16 ans… La banque n’était donc plus remboursée depuis 16 ans ! et c’est maintenant qu’elle se réveille. Mais pendant ce temps, les intérêts et les intérêts d’intérêts se sont accumulés et la banque réclame son dû : l’équivalent de 3 années de salaires du jeune retraité. « Tu dois payer grand frère » dit la police, « tu as signé »

L’éducation nationale a déjà arrêté de lui verser son salaire qui va rembourser « sa » dette.

Et le garçon qui a eu la chance de faire ses études à Bangkok  avec l’argent de ses parents et de Napaporn ? Faire des recherches coûterait de l’argent. Le trouverait-on, il n’est officiellement pas responsable des dettes de ses parents, puisque Napaporn a signé, lui. Et peut-être même a-t-il changé de nom. Ca arrive souvent en Thaïlande, contre une poignée de bahts.

J’ai vu un homme pleurer, disant, entre deux sanglots « c’est la loi, j’ai signé ».

Et moi, je m’en vais mais j’ai envie de donner des coups de poings, mais « punching ball » sur quoi ? Sur une entité qui n’existe pas vraiment et qui s’appelle banque ? Sur des employés qui changent d’agence et se refilent le paquet d’année en année sans chercher à comprendre ?

Napaporn dort en prison à Phitsanulok à présent. Il laisse sa deuxième femme avec lequel il a eu un fils qui a aujourd’hui 16 ans – clin d’œil cruel du destin – un garçon qui n’aura pas eu la chance de celui qui, 20 ans plus tôt croisait le brave maître d’école.

Il n’y aura pas d’université pour Songporp qui va fêter ses 16 ans loin de son père.

* Editions de la Frémillerie (sur Kindle aujourd’hui)

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Let it be

« Let It be » c’est le titre d’une chanson des Beatles… si on le traduit tel quel, c’est « ainsi soit-il »,  (en fait dans la chanson c’est « let it be me » « que ce soit moi… ») « Let it be » – on n’y peut rien –  c’est aussi parfois une façon de penser, quelque chose qui s’accommode bien avec la culture thaïe du « mai pen rai » (ca n’a pas d’importance) ou du « sanook » (le plaisir avant tout..) ou même du « khit maak leua kheun » (tu penses trop), phrase rabâchée par mon « chéri » qui trouve que je pense trop et que j’écris trop. « A quoi ça sert ? » C’est probablement ce qu’on inculque aux petits enfants thaïlandais – ne pas trop se poser de question – pour que leur vie soit plus facile. Et elle l’est vraisemblablement, du moins en apparence, car sinon où iraient-il chercher cette belle insouciance qui fait tant l’admiration des occidentaux ?

Il m’est arrivé d’être tentée par cette douce philosophie, mais on ne se refait pas. Les discussions pour nous convaincre mutuellement, mon ami et moi, sont finalement stériles quant au résultat mais chaleureuses voire chaudes quant aux débats. Une chose est certaine, notre couple, apparemment désassorti, moi, la française frondeuse et le beau capitaine souriant, soulève les appréciations de nombreux thaïs : «  Pen khou kan jring jring » (vous êtes un couple vraiment) J’aime la discussion, il ne la repousse pas… et au moins, nous ne ressentons jamais l’ennuie de ces couples assis l’un à côté de l’autre dans les restaurants, qui n’ont rien à se dire, et pour cause.

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Ce « let it be » qui me fait réagir ce matin, concerne un article du Bangkok Post sur le commerce du sexe des filles de moins de 16 ans. « dont le nombre augmenterait dangereusement en Isan » Beaucoup de « petites » de primaires et du début du secondaire sont impliquées dans ce commerce. Toutes ne sont pas « volontaires » dit Montri Sinthawichai, secrétaire d’une fondation d’aide aux mineurs.

Dans la guesthouse ou j’ai habité un temps à Udon Thani (khum kaeaw guesthouse), je voyais défiler des « petites » en uniforme de leur école avec des thaïs, voyageurs de commerce, ou voyageurs tout court, Aujourd’hui, on ne les draguerait plus dans les centres commerciaux mais dans les « moo krata » (les barbecues coréens). Certaines filles entraîneraient leur copine dans cette voie de l’argent gagné facilement pour acheter des vêtements, des produits de beauté, des téléphones portables etc… » L’association a contacté des parents et a été surprise d’entendre : « Oh elles ont pris le mauvais chemin, mais que peut-on y faire ? Alors, let it be ».

La fondation a sauvé deux fillettes de 12 ans récemment à  Maha Sarakham (Isan) et a porté plainte au nom des petites auprès de la Crime Suppression Division, afin de poursuivre un officier de police accusé d’avoir payé ces fillettes pour des relations sexuelles.

« Difficile d’arrêter les contrevenants car dans beaucoup de cas, il y a consentement mutuel. Les filles sont d’accord pour se vendre tandis que les « acheteurs » sont d’accord pour payer »

Elles ont douze ans et elles sont d’accord. Alors « let it be » (qu’est-ce qu’on y peut ?)

Elles ont douze ans et elles veulent s’acheter du rouge à lèvres, alors « mai pen rai » (ca n’a pas d’importance)

Elles ont douze ans et elles veulent s’acheter un portable à 25000 bahts que leurs parents ne peuvent leur acheter, alors « mai tong khit maak » (pas la peine de trop penser)

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Lutte des classes en Thaïlande

Je vais tenter aujourd’hui de m’éloigner de la politique. D’une certaine façon seulement… En tant qu’étrangère blanche, je bénéficie – à priori – du regard bienveillant de la part des thaïs, pauvres ou riches, parce que, en tant que touristes ou résidents-touristes, nous participons, à  différents degrés, à l’économie thaïe (ou à l’effritement de sa culture… autre débat). Les thaïs n’ont pas de vieux compte à régler avec les colonisateurs que nous avons été par ailleurs, dans d’autres pays, ça doit sûrement compter, mais surtout, ils sont gentils, c’est dans leur nature et dans leur culture.

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Les « académiques » (entendez par là intellectuels, majoritairement professeurs d’université), qu’ils soient thaïs ou étrangers, essayent d’expliquer les raisons profondes qui ont provoqué cette cassure dans la société thaïe et les luttes fratricides sanglantes qui ont suivi. Beaucoup refusent d’accepter ce que les occidentaux ont vu comme une lutte des classes : riches contre pauvres. « Ammat » (élite) contre Phraï (bas peuple), pour reprendre les termes utilisés par les protestataires eux-mêmes. Leur point de vue est le suivant – je cite – « Lutte entre deux factions, celle des « anciens riches » (la Thaïlande leur appartient depuis des générations) et des « nouveaux riches » qui ont profité des opportunités de la globalisation pour s’enrichir monstrueusement tel Thaksin Shinawattra. Pour illustrer ce propos, il suffit de remonter à la source du conflit « rouge »/ « jaune ». Une guerre qui a réellement démarré avec l’arrivée au pouvoir de Thaksin, qui, avec ses  « façons » de nouveau riche justement, a fait trembler l’ordre ancien, guerre qui s’est terminée par son éviction du pouvoir  par un coup militaire ».

Bref, je ne voulais pas parler politique, mais vous conter une anecdote, après ce détour apparemment sans importance.  Retournons donc à mon propos initial : « les thaïs aiment bien les étrangers…..etc.… »  J’ai, par le plus grand des hasards, rencontré, puis été accueillie par le monde des riches, la « jet set » très « bling bling » de Chiang Mai : bijoux, sacs, marques, griffes voitures, maisons avec cheminées ( !!) you name it ! La panoplie. Et le vocabulaire ad hoc. J’avais, jusqu’à cette époque, été surtout confrontée au monde des enseignants (des fonctionnaires : karadjaakarn) et  à celui des ethnies de montagne, par choix et passion, avec un petit détour du côté des artistes fauchés de province. J’avais tous les atouts pour plaire et être accueillie a bras ouvert par cette classe montante. Tous sauf un !

Je parle beaucoup (hum.. j’écris beaucoup aussi), et comme je viens d’un univers télé, cinéma, politique, j’ai, lors de mes premières rencontres avec mes nouveaux amis, fait étalage de mon « background ». A bling-bling, bling-bling et demi ! Le mien ne manquait pas de panache : garden-party à l’Elysée sous Mitterrand, bises à Chichi aux expositions, rencontres radiophoniques avec tout ce que Paris comptait d’hommes politiques et d’artistes dans les années 80/90. Photos à l’appui.  A Chiang Mai, je suis de tous les dîners. À la place d’honneur. Tourbillon chez designers, architectes, mannequins, avocats, propriétaires de Spa et boutiques-hôtels luxueux. Je n’étais dupe de rien (j’ai du vécu, en tant que ex casting director), et je voyais bien que plus je m’étalais, plus je flattais mes hôtes. Princesse j’étais donc. Mes photos, faisaient l’admiration de toute la bande, elles allaient être exposées chez le propriétaire de l’hôtel-spa de luxe, ne restait plus qu’a décider de la date…ET c’est là où je commets l’erreur de sortir la photo de mon « chéri », en uniforme de « teacher ». Je suis contente de parler de lui, et je ne vois pas encore les visages se figer.

Blog Nou
Lorsque je me présente comme convenu au rendez-vous fixé par le propriétaire du SPA, que je ne nommerai pas, par charité ex chrétienne,  l’hôtesse me répond : « il n’est pas là ».Bon, il ne va pas tarder, j’attends, avec mon carton a photos sous le bras. D’abord souriante et indulgente, puis au fur et à mesure que le temps passe, avec impatience, puis franchement agacée. Enfin, lorsque le doute n’est plus permis et qu’il s’est écoulée plus d’une heure, j’éclate d’un grand rire intérieur. Et je  pars avec mes photos sous le bras… pour ne plus jamais entendre parler de mes amis bling-bling.

Femmes Isan en train de rire – Thailande

Les mondes ne se rencontrent pas en Thaïlande, on est tous frères, mais on ne mélange pas les genres, qu’aurait fait un vulgaire « karadjaakarn » dans cette société où les hommes avaient une culture de grandes écoles américaines et les femmes une culture de grands magasins avenue Montaigne. ? « Ohhh Chaneeeeel !!!! » me disaient-elles toutes les trois minutes pour me montrer qu’elles parlaient français !!!! Mon ami parle un anglais appris en Thaïlande, il prononce les finales « d » en  « s »,  et puis je l’ai bien emmené à Venise mais, réflexion faite, il a trouvé que ce n’était que « de vieilles maisons ». Eh oui, la culture mondiale est l’apanage des riches en Thaïlande.

J’ai depuis, choisi le camp des laissés-pour-compte, des Karen, des Isan, des Lissu ou des Palaung… au moins eux ne me crient-ils pas dans les oreilles toutes les trois minutes : « Chaneeeeel ! »

Thaïlande – femme Isan

Photos de Lissu, de Moussur, de Karen rouge

michele jullian malee

Découvrez le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures …

Michèle Jullian

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