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Wisconsin de Mary Relindes Ellis (Littérature américaine)

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Voyage dans la campagne profonde du Wisconsin avec Mary Relindes Ellis pour découvrir deux familles qui vivent une vie pleine de tensions et de violence, au milieu d’une magnifique campagne originelle, jusqu’à ce que le fils aîné parte pour la guerre au Vietnam et que le monde bascule dans l’horreur. Mais le monde d’Ellis n’est pas définitif ni complètement déterminé et l’espoir peut toujours ressurgir entre les mots d’un livre qui permet d’identifier une douleur tue ou une blessure cachée.

Tout au fond de la cambrouse, dans le plus profond du Wisconsin, deux familles vivent, dans une nature quasi originelle, avec leurs blessures secrètes et leurs douleurs muettes en exacerbant les tensions qui les unissent et les opposent. Les Lucas où le père imposteur et ivrogne bat sa femme qui se venge sur son fils cadet, où la mère se réfugie dans son monde pour oublier les coups et les humiliations, où le fils aîné, sosie d’Elvis, menace le père et ne pense qu’à quitter cet enfer, où le fils cadet s’invente une vie dans ses rêves pour s’évader de ce monde de brutes sans amour ni tendresse. Les Morriseau, un couple qui a connu la guerre du Pacifique et qui cache ses blessures dans une vie amoureuse altérée par l’impossibilité d’avoir un enfant. Toutefois, cette frustration est tempérée par la présence des enfants Lucas qui trouvent un refuge dans cette famille pour fuir la violence de la leur.

Le départ du fils aîné pour l’armée provoque une rupture des équilibres précaires qui réunissaient les membres de cette petite communauté isolée dans une forme de huis clos artificiel, en pleine nature, au milieu de cette contrée perdue où les pionniers se sont fossilisés. On pense alors à David Treuer et « Little ». Alors, commence une nouvelle ère avec l’attente des nouvelles, l’angoisse de l’annonce fatale, la redistribution des forces en présence, le cadet supplée l’aîné au côté de la mère contre le père. Et, quand la nouvelle arrive enfin, c’est un monde qui s’effondre, chacun réagit à sa façon luttant avec ses propres démons, essayant de dompter ses propres angoisses issues d’un passé où chacun a connu son lot de peines.

Ce roman polyphonique, construit comme un toit de tuiles avec des pièces qui se recouvrent partiellement mais en se complétant parfaitement, un roman, où tour à tour, l’auteur et les personnages racontent l’histoire, leur histoire, sonde au plus profond des âmes et des êtres les stigmates que le passé a pu y  graver pour expliquer ses comportements violents, ses haines rentrées, ses frustrations à fleur de peau, ses douleurs qu’on ne peut dire. Une véritable psychanalyse de ces personnages en rupture avec leur être. Un roman qui dénonce au passage les tares de notre société, cette guerre imbécile au Vietnam, la démolition de la nature originelle, la jalousie, l’envie, la médisance, la calomnie, la haine, …

Un roman où l’espoir n’est pas mort car les livres aident à mettre des mots sur les sentiments et les sensations et, ainsi, à faire surgir les douleurs enfouies et les frustrations tues. « Les livres affirmaient que, belle ou laide, la vie avait de la valeur. » La rédemption pourrait ainsi venir par cette voie et les filles et les fils ne seraient pas fatalement destinés à répéter les erreurs des mères et des pères. « Ils auraient voulu le condamner pour le restant de ses jours à reproduire les erreurs de son père. » Mais, Ils ont appris à dessiner un avenir possible avec le poids de leur passé dans cet univers où la mort est très présente et où la culpabilité pèse lourdement sur les âmes.

Un texte écrit avec une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse mais sans concession, raclant jusqu’au fond des êtres pour en extraire le moindre sentiment, la plus infime lésion, le plus petit souffle de douleur, par une romancière, issue de cette région pas très favorisée, qui a connu l’attente d’un frère parti au Vietnam et qui veut nous faire comprendre que la vie ne s’arrête pas forcément aux êtres de chair et de sang que les esprits habitent aussi avec nous comme nous l’ont enseigné les indiens qui vivent dans cette région et dont Ernie Morriseau est partiellement descendant.

Une histoire qui nous ramène vers les années rock and roll quand Elvis était l’idole de toute une génération et qu’on pouvait, comme James, siffler « My baby does the hanky panky », écouter Roy Orbison chanter « In dreams » et se révolter avec James Dean avant que Martin Luther King et Robert Kennedy se fassent assassiner et qu’une époque se termine pour laisser place à de nouveaux espoirs.



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A propos de l'auteur

Retraité depuis juin 2007, je suis un dirigeant sportif très impliqué mais surtout un passionné des littératures du monde. "La littérature pour passion, le sport pour engagement" De formation historienne, maîtrise, que je n'ai jamais utilisée dans mon job que j'ai exercé pendant plus de 33 ans dans une institution qui se préoccupe de l'économie et de la vie des entreprises.

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