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Ballet Munich et scènes de danse : Agenda 2014-2015

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Quels sont les événements du Ballet Munich et les scènes de danse à ne pas manquer dans la capitale bavaroise? Voici l’agenda des meilleurs ballets en 2015 et bien sûr quelques critiques des manifestations…

  • Paquita, un grand ballet romantique français au Ballet national bavarois

    paquita ensemble pas de sept bohemiens wilfried hoesl ballet munich

    Le ballet pantomime Paquita a été dansé pour la première fois en 1846 à Paris. Il s’agissait d’un ballet romantique français, chorégraphié par Joseph Mazilier sur une musique d’Edouard Deldevez. Marius Petipa a ensuite exporté l’oeuvre en Russie. En 1847, il en crée une nouvelle version à Saint-Pétersbourg au Théâtre Bolchoï Kamenny, qu’il reprend à Moscou l’année suivante. Devenu maître de ballet à Saint-Pétersbourg, il remanie le « pas de trois » du 1er acte, commande des rajouts (dont le « grand pas ») à Léon Minkus et en donne ainsi une autre version, considérablement élargie,  à Saint-Pétersbourg, en 1881. A survécu jusqu’à aujourd’hui seulement le dernier acte (le ‘grand pas’), un grand divertissement festif sur de la musique de Ludwig Minkus. 

    Grâce à la redécouverte et au décryptage de précieux documents de la période Petipa, grâce au travail d’une équipe de musiciens aini que d’un des chorégraphes classiques les plus populaires de notre temps, le Paquita historique a été ressuscité dans toute sa beauté et sera présenté au public pour la première fois le 13 décembre par le Ballet national bavarois. 
    Le chorégraphe Alexei Ratmansky s’est offert le luxe de s’effacer entièrement au seul profit de  la reconstruction de l’ouvrage. Il a travaillé en étroite collaboration avec Doug Fullington pour décrypter la notation Stepanov et parvenir à restituer la chorégraphie originale en redonnant toute sa place à la pantomime qui permet de comprendre la progression de l’intrigue et aux nuances de la danse classique de l’époque. On aura ainsi vraiment la chance d’assister à un grand ballet classique tel que le concevait le 19ème siècle. C’est à Jérôme Kaplan qu’a été confié le soin de restituer les décors et les costumes somptueux  des gitans et de l’aristocratie française et espagnole.

    L’intrigue de Paquita


    L’intrigue prend place dans l’Espagne pittoresque du XIXème siècle, placée sous la domination napoléonienne. La narration rend gloire aux campagnes militaires du Premier Empire et fait écho aux sensibilités de l’époque, alors marquées par les voyages des peintres et des écrivains français en Espagne.
    Dans la province de Saragosse, occupée par les armées napoléoniennes, Paquita, une jeune fille de noble famille, a été enlevée dans son enfance par des gitans, alors que ses parents ont été assassinés. Elle grandit parmi les gitans sans rien savoir de son origine. 15 ans plus tard, une stèle commémorative est érigée par le frère du père défunt de Paquita, le général français d’Hervilly, qui dirige les forces d’occupation. La Gouverneur de la province,  Don Lopez de Mendosa, assiste à la cérémonie, de même que Lucien, le fils du général français. Lors du bal qui clôture les cérémonies, la troupe  de gitans donne une représentation avec Paquita comme danseuse étoile. Lucien tombe amoureux de Paquita, et le coup de foudre est réciproque. S’en suit une intrigue politique et personnelle qui connaît un heureux dénouement. Les méchants, Don Lopez et le chef des gitans, Inigo,  sont arrêtés,  tandis que Paquita, découvrant le secret de sa naissance, peut épouser son cousin Lucien.
    Agenda Ballet Munich Paquita

    Alexei Ratmansky / Marius Petipa
    Paquita

    Première le 13 décembre 2014.
    Ensuite les 16, 18 et 30 décembre 2014.

    Les 2, 8, 9 et 11 janvier 2015
    Le 25 avril 2015
    Les 16 et 23 mai 2015
    Et le 4 juillet 2015.
    au Théâtre national de Munich.
    Le 11 janvier 2015, la représentation sera retransmise gratuitement sur  internet sur la 
    STAATSOPER.TV

    Réservations  en ligne: cliquer ici puis sur ‘Karten’ en regard de la date choisie.

    Crédit photographique: Wilfried Hösl

     

    Ballet REPEATER RPTR de Dustin Klein: Première!

    Le danseur et chorégraphe bavarois  Dustin Klein est originaire de Landsberg am Lech. Depuis la saison 2008-2009, il fait partie de la troupe du Bayerisches Staatsballett, où il danse en tant que demi-soliste depuis la présente saison 2014-2015. Avec Simon Karlstetter (musique et dramaturgie), il a créé en février 2014 le ballet REPEATER RPTR, qui est actuellement présenté pour la première fois au public munichois, au Schwere Reiter.
    Dustin Klein (photo: Sascha Kletzsch)

    La pièce mêle le théâtre à la danse. Le décryptage du titre en fournit le programme: il évoque ce qui se répète tout en se transformant. Ainsi des changements imperceptibles se produisent-ils dans la répétition monotone des gestes du quotidien et un jour nous réveillons-nous transformés alors qu´il nous semble pourtant que rien n´a changé. Le théâtre dansé de Dustin Klein invite à une réflexion conceptuelle sur la banalité, il déplace le point de vue à partir duquel nous abordons le réel, il l´interroge, il dérange nos certitudes établies. La gestuelle de ses danseurs et danseuses a l´apparence de la répétition machinale alors qu´elle se modifie par des variations imperceptibles. Panta rhei. Le fleuve que l´on observe nous paraît de prime abord pareil à lui-même mais charrie des eaux toujours nouvelles. Dustin Klein propose un spectacle qui dérange les habitudes, en donnant à voir les séquences et les rythmes de nos vies dont la répétition n´est qu´une illusion. Il nous fait voir qu´un jour, nous nous réveillerons transformés alors que nous avons cru au train train du quotidien. La répétition est en fait impossible, le quotidien contient le germe de la transformation. Il nous fait voir aussi qu´un jour jour nous nous réveillerons vieillis, dans l´impossibilité physique de répéter ce que nous avons toujours fait, et puis, c´est inéluctable, qu´un jour nous disparaîtrons. Parmi les danseurs, un homme plus âgé semble là pour nous le rappeler, avec avec ses mouvements qui se font indécis, qui s´interrrompent, dans une impossibilité ou un renoncement. REPEATER perd progressivement ses voyelles, ne restent que les consonnes, RPTR.

     

    Zuzanna Zahradniková. Photo Alina Reisenthel

    Tous les éléments du spectacle, le théâtre, la danse et la musique, expriment chacun dans leur langage propre le motif de la répétition et de son impossibilité paradoxale. La chorégraphie de Dustin Klein, la composition musicale de Simon Karlstetter et le texte d´Anna Gschnitzer déchirent le voile de la réalité illusoire, ils invitent à un voyage philosophique de libération du connu.

    Avec les danseurs et les danseuses du Ballet d´Etat de Bavière: Dustin Klein, Emma Barrowman, Zuzanna Zahradniková, Ilia Sarkisov, Stephanie Hancox, Peter Jolesch, et un excellent comédie, Felix von Bredow.
     
     
     
    Représentation le 7 mai 2015 au Schwere Reiter. 

    Tickets 16 € (réduits 10 €)
  • Martin Schläpfer et le Ballett am Rhein

    Semaine du Ballet: le Ballett am Rhein danse “7” de Martin Schläpfer

     

    Le Ballett am Rhein a connu un nouveau départ grâce à son directeur et chorégraphe en chef Martin Schläpfer qui le dirige depuis 2009. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des meilleures compagnies allemandes. Le magazine « Tanz » a désigné Martin Schläpfer comme «chorégraphe de l’année» en 2010 et le Ballett am Rhein comme « meilleure compagnie de l’année» en 2013 et 2014.
     
    La compagnie se compose exclusivement de solistes, 47 danseurs en tout, et se produit régulièrement sur les scènes de l´ Oper am Rhein à l’Opéra de Düsseldorf et au Théâtre de Duisburg ou, en spectacle invité, en France, aux Pays-Bas, en Espagne, en Autriche ou sur d´autres grandes scènes allemandes. Cette saison, le Ballett am Rhein a été invité à présenter des spectacles au Royal Opera House Muscat, au Festival Musica Sacra de Maastricht et au Théâtre national de Munich, où il présente cette semaine pour deux soirées la chorégraphie de Martin Schläpfer « 7 » en spectacle invité de la BallettFestwoche 2015 du Ballet d´Etat de Bavière (Bayerisches Staatsballett). Après Munich, cette chorégraphie sera dansée au mois de juin au Théâtre Stanislavski de Moscou. 
     
    Martin Schläpfer, dont l´objectif est la création d´un «art de ballet pour le 21e siècle », nous offre une nouvelle approche du répertoire avec, aux côtés de ses propres chorégraphies, une importante présence de chefs-d’œuvre du 20e siècle créés par des chorégraphes tels que George Balanchine, Kurt Jooss, Antony Tudor, Frederick Ashton, Jerome Robbins, Merce Cunningham, Hans van Manen, Twyla Tharp, Mats Ek, Jiří Kylián, Nils Christe, Amanda Miller ou Paul Lightfoot et Sol León. Il travaille aussi intensément avec la nouvelle génération artistique, notamment avec Regina van Berkel, Martin Chaix, Marco Goecke, Uri Ivgi et Johan Greben, Young Soon Hue et Antoine Jully. Pour ses productions à l´Opéra allemand du Rhin, il bénéficie pour l´interprétation musicale de la collaboration de deux orchestres du plus haut niveau, l´Orchestre symphonique de Düsseldorf (Düsseldorfer Symphoniker) et l’Orchestre Philharmonique de Duisburg. Pour les deux soirées munichoises, l´Orchestre symphonique de Düsseldorf a également fait le déplacement, avec son directeur général de la musique, Axel Kober, qui dirige la septième symphonie de Mahler, la symphonie n° 7 en mi mineur, appelée Chant de la nuit , ou parfois simplement Chant de nuit.
     
    L´approche chorégraphique de Martin Schläpfer est parfois qualifiée de néo-classique, le chorégraphe veut atteindre « une nouvelle intensité, un langage chorégraphique qui soit à la fois un exercice intérieur sur le plan émotionnel, et extérieur sur le plan corporel. »
     
    « 7 »

     
     

    Des danseurs chaussés de lourdes bottes et de redingotes noires entrent en scène comme à l´aboutissement d´un long voyage qui les a menés vers un monde qui pourrait bien leur devenir une nouvelle patrie. La musique et la danse se mêlent dans le psychodrame de ces existences poussées à bout. Et puis soudain émergent l´insouciance complète, un humour retrouvé, une naïveté enfantine, ainsi que l´excellence virtuose de la danse.

     

    La symphonie, c´est construire un monde avec tous les moyens existants, disait Mahler pour définir ses propres créations. C´est aussi le cas du ballet « 7 » de Martin Schläpfer: le monde y devient un espace de représentation dans lequel les défis de l´existence semblent littéralement s´inscrire dans les corps des danseuses et des danseurs. Les différentes scènes explorent par la richesse de l´imagination les domaines dans lesquels la danse est en mesure de développer son pouvoir spécial. Il en résulte un kaléidoscope obsédant avec un déploiement de zones grises et de nuances intermédiaires. Des énergies frémissent, se libèrent et se mettent à émettre de légères vibrations. La chorégraphie s´inscrit dans l´architecture puissante de la symphonie de Mahler et suit ses déchirements intérieurs, ses tourmentes, son agitation inquiète, ses angoisses,  mais aussi ses moments de légèreté insouciante, qui ne comblent pourtant pas les profondes fractures. L´expérience du vagabondage et la recherche d´une terre sur laquelle s´ancrer permettent  aux voyageurs, aux danseurs, et par identification, aux voyageurs que nous sommes, de se/nous retrouver, d´approcher leur/notre être profond.
     
    La scène est dépouillée, encadrée de panneaux mobiles d´un gris bleuté, aux éclairages variables, qui se détachent sur un fond noir ou blanc selon les mouvements de la symphonie, comme le paysage très sombre du premier mouvement, et les deux nocturnes des deuxième et quatrième mouvements. Les seuls éléments de mobilier sont les tabourets du dernier tableau. Les décors et les costumes sont dus à Florian Etti, les lumières sont de Volker Weinhart.
     
     
     
    La chorégraphie suit les mouvements de cette symphonie inquiète qui parvient à transcender ses propres inquiétudes et sa double traversée de la nuit pour aboutir à un monde plus lumineux dans le rondo final. La septième décrit la lente progression des ténèbres du premier mouvement à la lumière du rondo final: elle commence lugubrement par un si mineur malaisé, comme est malaisée la progression de ces danseurs voyageurs qui arrivent lourdement vêtus et chaussés en scène, et se termine par un rondo éclatant qui finit en ut majeur, et c´est aussi à une ronde que l´on assiste au final avec l´ensemble des danseurs et des danseuses qui ont constitué un cercle avec un grand nombre de tabourets pour y participer à un grand jeu de chaises musicales qui permet, en fin de compte et de parcours, à ces vagabonds chercheurs d´un avenir meilleur de s´installer et de faire souche. Avant cette ronde, Martin Schläpfer met en scène une danseuse qui entre en scène munie d´un tabouret pour un solo au cours duquel elle explore les possibilités de cet objet, avec lequel elle fait corps, comme une personne qui prend possession d´un nouveau domicile. 
     
    La chorégraphie de Martin Schäpfer et l´interprétation inspirée de la septième symphonie de Mahler par Axel Kober et le Düsseldorfer Symphoniker invitent le spectateur à un voyage dont il pourrait bien, pour autant qu´il réponde à l´invitation, sortir transformé.
     
    Le programme de la soirée cite un extrait des Notes sur la mélodie des choses, de Rainer Maria Rilke, qui rend bien le sentiment qu´on emporte  au sortir de ce spectacle:
     
    Que ce soit le chant d´une lampe ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le gémissement de la mer, qui t´environne — toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix, dans laquelle ton solo n´a sa place que de temps à autre. Savoir à quel moment c´est à toi d´attaquer, voilà le secret de ta solitude : tout comme l´art du vrai commerce c´est : de la hauteur des mots se laisser choir dans la mélodie une et commune. / Sei es das Singen einer Lampe oder die Stimme des Sturms, sei es das Atmen des Abends oder das Stöhnen des Meeres, das dich umgiebt – immer wacht hinter dir eine breite Melodie, aus tausend Stimmen gewoben, in der nur da und dort dein Solo Raum hat. Zu wissen,wann Du einzufallen hast, das ist das Geheimnis deiner Einsamkeit: wie es die Kunst des wahren Verkehres ist: aus den hohen Worten sich fallen lassen in die eine gemeinsame Melodie.
     
    Billetterie
     
    22 avril à 19H30.
     
    Crédit photographique: Gert Weigelt
     

    Ballet les Frankfurt diaries ; une approche analytique du travail de William Forsythe


     

    Avec son spectacle Frankfurt diaries, les danseurs du Theater-am-Gärtnerplatz nous permettent d´approcher dans une nouvelle perspective le travail de William Forsythe, l´un des plus grands chorégraphes contemporains. Le spectacle comporte deux volets distincts mais qui en raison même de leur contenu sont joués d´un seul tenant. En première partie, les ‘chroniques de Francfort’, les Frankfurt diairies, présentent la réflexion chorégraphiée de cinq danseurs qui ont longtemps travaillé avec Forsythe et qui se sont réunis sous la houlette d´Antony Rizzi pour créer un spectacle qui approche leur travail avec le chorégraphe américain au cours des 18 années où il fut successivement directeur artistique puis directeur du Ballet de Francfort. Vient ensuite, en première munichoise,  la chorégraphie que William Forsythe créa en 2000, One flat thing-Reproduced, une oeuvre particulièrement emblématique du travail du chorégraphe dont les Frankfurt diairies détaille pour partie la genèse, et que les amateurs connaissent notamment par l´excellent tournage qu´en fit Thierry De Mey en 2006, un film actuellement accessible sur la toile.
     
    Antony Rizzi longtemps l´assistant de Forsythe à Francfort. Dans les ‘Chroniques de Francfort’, avec ses comparses, il nous donne à voir comment Forsythe incitait ses danseurs à produire l´émergence de la danse, tant dans ses mouvements les plus  simples que dans ses compositions les plus complexes, à partir du néant qui précède le geste. Peut- une manière de traduire dans le langage de la danse la question philosophique de l´être et du néant. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Et concrètement, comment le geste vient-il à se produire? Comment le laisser naître dans le jaillissement créateur. Un travail primal qui tient de la germination. Forsythe attache une important énorme à l´improvisation et, si l´on en croit la chorégraphie de Rizzi qui le met en scène, travaillait en accoucheur, accompagnant le travail de conception des danseurs de ses encouragements. Ainsi leur donne-t-il un thème ou un mot, une semence  que les danseurs laissent travailler en eux et dont va émerger le geste, simple d´abord, complexe ensuite, élaboré enfin dans le rapport à d´autres danseurs, en duo ou en groupes. La réflexion conceptuelle se poursuit dans le rapport aux objets. Ainsi du rapport à un objet simple et quasi linéaire comme une table que les corps des danseurs sont amenés à redécouvrir dans des interactions et des manipulations des plus diverses, qui réinventent l´objet et en démultiplient les utilisations. Le chorégraphe n´est plus simplement un créateur qui demande à ses danseurs de concrétiser sa vision mais le directeur d´un laboratoire de recherche qui comporte autant de chercheurs qu´il y a de danseurs. Le processus de création est commun et expérimental.

     
    Et c´est dès lors en pleine continuité, sans qu´une transition se ressente, qu´on est conviés à la deuxième partie du spectacle, One Flat Thing, reproduced, qui est à la fois le prolongement et comme l´aboutissement du projet scénique des Franfurt diairies. Les vingt tables qui servent de support scénique à la chorégraphie font office de  chose plate, reproduite. Elle étaient déjà utilisées dans la première partie, et sont progressivement rassemblées en fond de salle, pour revenir en front de scène, propulsées d´abord avec fracas par les 14 danseurs puis impeccablement  alignées en quatre rangées de cinq tables. Un ordre parfait qui définit un espace exploratoire neutre et comme aseptisé que les regards échangés et les mouvements des corps, entre retenue et explosions, vont animer et rendre à première vue chaotique, mais plus profondément, organique, les corps fécondant la spatialité.

     

    Le spectacle a dès la première remporté un énorme succès auprès d´un public où l´on aperçoit de nombreux professionnels du monde de la danse. La chorégraphie de Forsythe est portée par la troupe de danseurs du Theater-am-Gärtnerplatz avec un enthousiasme qui n´a d´égal que la qualité de leur travail, d´une précision millimétrée dans l´espace restreint et contraignant des alignements de tables. Une soirée qui permet d´approcher la substantifique moelle du travail de William Forsythe.

     
    Prochaines représentations les 25, 26, 27 et 28 novembre, à 19H30, à la Reithalle de Munich. Places restantes! Cliquer ici pour réserver en ligne. 
     
    A noter que la recette la soirée du 27 sera attribuée à la Münchner Aids-Hilfe (entraide munichoise pour les personnes atteintes du sida).

    Crédit photographique: Marie-Laure Briane
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    Trois programmes de danse réjouiront les amateurs de danse contemporaine à Munich. En novembre, on pourra voir Frankfurt diaries d´Antony Rizzi, en création mondiale, avec, en seconde partie de programme One flat thing, reproduced, une oeuvre de William Forsythe composée pour 16 danseurs. Autre création mondiale, un ballet conte de fées, Peter Pan, d´Emmanuele Soavi sur une musique de Han Otten, une oeuvre qu´a commandée le Theater-am-Gärtnerplatz. Enfin, last but not least, la saison 2015-2016 se terminera en juillet avec une troisième création mondiale, Chicago 1930,  du chorégraphe de la Maison, Karl Alfred Schreiner, sur des musiques jazz de l´époque.

    Gänsehaut-Libabör avec les Schwuplattler!

    Un spectacle interculturel de danse qui donne la chair de poule. ..

     
    Csilla Maria Durku 
    Gänsehaut – Libabör
     
    Un spectacle de danse-théâtre interculturel avec 20 danseurs et danseuses de l´ensemble Regös et les Schwuhplattler.
     
    Une vingtaine d´expatriés hongrois, danseurs professionnels ou amateurs,  ont créé sous la direction de  Csilla Maria Durku le spectacle Gänsehaut-Libabör. L´expression française  chair de poule se traduit en allemand par Gänsehaut (chair d´oie) et se dit en hongrois libabör.
     
    La danseuse hongroise Csilla Maria Durku, fille de réfugiés hongrois, a été élevée comme hongroise en Allemagne, ce qui, comme chez beaucoup d enfants d´immigrés, a résulté en un choc culturel et un questionnement d´appartenance. Durku, qui a collaboré au Copirates de Richard Siegal, a, dans la continuité de cette oeuvre, créé son propre spectacle qui poursuit l´expérience de Copirates: dans la dernière partie de Copirates, Csilla Durku chante une chanson populaire hongroise, et c´est avec cette chanson que commence Libabör (Gänsehaut/ Chair de poule). La chair de poule est une réaction instantanée et incontrôlable à des situations qui nous touchent profondément: on ne peut rien y faire, la chair de poule s´installe et  s´en va comme bon lui semble. Cela peut arriver à n´importe qui, cela nous touche tous, quels que soient notre origine, la couleur de notre peau, notre formation ou notre situation sociale.
     
    Les acteurs du spectacle sont essentiellement hongrois, mais avec aussi des racines polonaises, italiennes, allemandes ou roumaines. Ils ont été élevés pour partie en Allemagne, pour partie dans leur pays d´origine. Le spectacle aborde les questions de l´appartenance, de la visibilité, et de la fusion culturelles, de l´équilibre entre communauté et individualité, de la rencontre de la tradition avec la modernité, et des formes d´expression créatives qui peuvent en découler.
     
    Aux  membres de l´ensemble munichois Regös, un ensemble qui se dédie à la culture hongroise, se sont joints les Schwuhplattler, un des rares groupes de danses folkloriques gays en Allemagne.
     

    Agenda

    Le 20 février à Starnberg, 20H 
    Schlossberghalle Starnberg
    Vogelanger 2, 82319 Starnberg 
    Tickets: Tel. 08151-772-136/170
     
    Le 27 février à 20H et le 28 février à 18H à Munich
    Reaktorhalle München
    Luisenstraße 37a, 80331 München
    Tickets: Tel. 0157-89 34 10 87, Ticket-Gaensehaut@online.de, München Ticket: 089-54 81 81 81
  • DANCE 2015 – Festival international de danse de Munich

    Du 7 au 17 mai.

    DANCE 2015: La vente de billets pour le Festival international de danse de Munich débute le 2 Mars. Le lundi 2 Mars, la vente de billets démarre pour la 14ème édition du Festival international de danse contemporaine de Munich.
    DANCE 2015 aura lieu du 7 au 17 mai et présente sur les scènes culturelles les plus importantes de la ville des spectacles de danse contemporaine actuels conçus par des chorégraphes renommés ainsi que par de nouveaux talents du monde entier.
    Saburo Teshigawara, Richard Siegal, Peeping Tom, Christian Rizzo, Raimund Hoghe, Helena Waldmann, Alain Platel viendront présenter leurs chorégraphies, dont des créations mondiales , dans le cadre de la Biennale munichoise de la danse. Certaines des chorégraphies seront montrées pour la première fois en  Allemagne. Ainsi, pour  la première fois à Munich, on pourra voir le travail de l´Américain Trajal Harrell, l’une des découvertes les plus remarquables de ces dernières années, ainsi que celui de Sharon Eyal et d´Hillel Kogan, de Niv Sheinfeld et Oren Laor d’Israël, de Kaori Ito du Japon et du jeune chorégraphe chinois Yang Zhen.
    Les prix des billets varient de  6 à 60 Euros.

    Les spectacles ont lieu un peu partout dans la ville, dans la  plupart des grandes salles munichoises: le théâtre national, le théâtre de la résidence (Théâtre Cuvilliés), le Kammerspielen, le Schaunburg, la Muffathalle, le Gasteig et le Schwere Reiter, dix étapes différentes pour un  festival qui dure onze jours.

    En plus de la vente de billets individuels, le festival met un  nombre limité de laissez-passer en vente, qui donnent accès pour un  prix fixe à la visite de 10 spectacles de votre choix.

    Le programme détaillé de DANCE  2015 se trouve sur le site web du festival: www.dance-muenchen.de
    Réservations

    Les billets sont en vente à partir du 2 mars sur  www.muenchenticket.de 
    Tél 089 54 81 81 81.

    Pour les spectacles qui auront lieu au Théâtre National, au Théâtre Cuvilliés et au Schauburg, réserver par les sites internet de ces institutions ou dans leurs bureaux de réservations.

    Le Festival Pass (disponibilité limitée) est vendu à un prix de 140 € / réduit 60 € uniquement au bureau du festival de la danse, Ludwigstr. 8, 3ème étage, Lun – Ven 10H à 16H

    Pour suivre le festival via sa page facebook, cliquer ici

    Ouverture du Festival de danse contemporaine de Munich

    Le 14ème Festival de danse contemporaine de Munich s´est ouvert le 8 Mai à la Muffathalle et au Gasteig avec trois spectacles, le début des Dancing Days de Stefan Dreher, Asobi.Adult game de Kaori Ito et Landscape de SaburoTeshigawara.
     
    Les Dancing Days de Stefan Dreher

    Stefan Dreher avoue qu´à un certain point, il a décidé de danser pour toujours. Son projet pose la question de savoir combien de temps une personne peut-elle danser sans s´ arrêter. Et lorsqu´on danse ensemble, à quel moment en a-t-on assez? Pendant toute la durée du festival, six danseurs au minimum danseront six heures par jour! Ce marathon, auquel participent des artistes internationaux et munichois, est ouvert à tous, les spectateurs et les passants peuvent s´y joindre à tous moments.
    rendez-vous chaque jour du Festival au forum du Gasteig (Celibidacheforum) de 16H16 à 22H16!
     
    Kaori Ito: Asobi. Adult game
     
    La japonaise Kaori Ito nous a offert le point d´orgue de la soirée avec un spectacle confondant d´intensité théâtrale. C´est la première fois que cette incomparable artiste produit un spectacle à Munich, et c´est déjà, dés cette première soirée, un des moments phares de ce festival! Le spectacle est annoncé comme une dernière mondiale, et c´est fort dommage, car on le reverrait volontiers et sans attendre!
     
    Voici comment  le spectacle est présenté sur le site de la chorégraphe:

    En japonais, Asobi désigne le jeu, dans un contexte adulte, sensuel. C´est également ce que nous faisons en marge des obligations de notre vie. Les choses légères, les activités passagères, les obsessions mineures.
    Les humains et certains animaux au cerveau complexe connaissent cet aspect de la vie, cet amusement à créer des actions différentes de celles que nous devons accomplir pour survivre. Le mot évoque également la fuite, la déconcentration, le lâcher prise, l’ivresse que procure sa pratique. Par extension, il invoque aussi les jeux de hasard, la concurrence, le combat, et le vertige provoqués par les manèges, les jeux d’enfants.
    Dans la société japonaise contemporaine, sa connotation est aussi érotique, évoquant fortement les jeux d’adultes se mettant en scène tels des enfants. Il est surtout véhiculé par les hommes car les femmes Japonaises ne sont pas tenues, encore à l’heure actuelle, d’avoir de telles pratiques. Que se passerait-il si c’était le cas? Explorant l’idée du fétichisme, et des pratiques dites ASOBI dont certains aspects magnifient telle ou telle partie du corps, le spectacle abordera cette question, à travers des jeux entre femmes. L’obsession du corps et de son reflet, le voyeurisme dans un décor évoquant les « Magic Mirrors » – avec un grand miroir transparent au plafond. L’idée est inspirée des « hôtels d’amour » au Japon où, faisant l’amour, on peut se regarder dans le miroir au plafond. Ce jeu de voyeurisme incite à être observé, à ne pas être observé, à se rendre compte qu’on nous observe, à ne pas se rendre compte qu’on nous observe, etc.
    Il s’agit également de faire le portrait de trois femmes et deux hommes, cinq façons différentes de posséder une partie de leur corps, cinq personnalités, deux sensualités. Les matériaux comme le cuir, les corsets, les talons hauts contribuent à cette recherche dans l’animalité féminine, la déformation du mouvement, du corps et de son reflet. Les hommes observent la partie animale et sensuelle des femmes. Les deux danseurs représentent le regard du public.

    Kaori Ito crée effectivement un spectacle participatif avec tout d´abord son décor d´un ensemble de douze miroirs cabossés et au tain abîmé avec de nombreuses zones ombrées. Avant même que le spectacle ne commence, le public placé sous les projecteurs s´installe et se mire partiellement dans ces surfaces réfléchissantes qui font un peu penser à la carrosserie d´une auto défoncée. Les quatre danseurs pratiquent des jeux de déshabillage vertical partiel, la moitié du corps étant dévêtue, ou de réhabillage, un danseur revêtant une petite robe noire. D´emblée les spectateurs sont pris dans le jeu de l´invitation érotique et sensuelle et dans les entrelacs d´une confusion des genres. Les spectateurs sont aussi sollicités lorsque la chorégraphe s´insinue langoureusement et avec une progression féline dans le public en y frôlant et caressant des hommes et des femmes, acteurs et actrices malgré eux. Le spectacle démultiplie les sexualités, de l´érotisme tendre à la violence passionnée, en faisant des gammes sur les lignes mouvantes de la complexité humaine. Les quatre danseurs et danseuses, tous exceptionnels, Csaba Varga, Jann Gallois, Kaori Ito et Péter Juhász, expriment chacun des rapports différents au corps et au désir. Si au Japon l´Asobi est une pratique essentiellement masculine, le spectacle la décline aussi et surtout du point de vue de l´animalité féminine.

    En voici le trailer filmé lors d´une présentation précédente du spectacle:

    Landscape de SaburoTeshigawara



    Saburo Teshigawara est venu présenter au festival munichois la dernière de ses productions, ce qui en fait une première pour l´Allemagne. Le spectacle résulte de la rencontre du travail du chorégraphe et danseur, de la danseuse Rihoko Sato et d´une star du piano, le pianiste compositeur Francesco Tristano.

    La musique et la danse occupent un espace scénique défini par le jeu d´un éclairage très cru dessiné par le chorégraphe, qui a également conçu les costumes. Un grand piano à queue, des costumes noirs tant pour le pianiste que pour les deux danseurs qui évoluent aux rythmes de musiques de Jean-Sébastien Bach (les Variations Goldberg et le Clavier bien tempéré) et de John Cage, le tout avec un grand sens de la théâtralisation et de l ´emphase et un son amplifié jusqu´à l´assourdissement. Le pianiste, mis en scène, et la musique sont au coeur d´un spectacle où les danseurs se laissent inspirer par les ligne musicales qu´ils interprètent en en suivant les lignes rythmiques, avec parfois une rapidité de geste telle que la main qui fait le geste disparait et devient une ligne lumineuse sinueuse et mouvante.

    Le spectacle est la résultante de la rencontre de la musique et de la danse, comme s´ils se produisaient l´un l´autre dans l´osmose des corps et des sons, avec des aspects lancinants et répétitifs, des contrastes de rapidité et de lenteur, une perfection de la gestuelle et de l´exécution musicale. Un spectacle  d´une esthétique dépouillée qui s´auto-contemple et qui distille le temps dans le jeu de ses variations et de ses couloirs.

  • Sommaire :

    • Schlagobers en décembre 2014
    • Hattrick, foot-ballet à la Reithalle de Munich du 7 au 14 mars

     


    Schlagobers, le ballet de Richard Strauss fouette la Reithalle


    Voilà déjà 90 années que ce ballet très sucré de Richard Strauss a été présenté au public viennois, en mai 1924, et il arrive enfin à Munich, grâce au Theater-am-Gärtnerplatz et à son chorégraphe Karl Alfred Schreiner.

     
    Des sucreries comme s’il en pleuvait! Ce ballet, écrit dans la tradition du Casse-noisettes de Tchaïkovsky, ne nous restera pas sur l’estomac, car la musique en est légère et décontractée. 

     

    Neel Jansen et Rita Barão Soares (Ginger et Bread)
     

     

     
    La ballet, dont le livret a lui aussi été composé par Strauss, a été présenté à l’Opéra de Vienne à l’occasion des festivités organisées pour le soixantième anniversaire de la maison. Strauss, qui était à cette époque codirecteur de l’opéra,  avait voulu s’insurger en faux contre le désespoir ambiant de la Vienne d’après-guerre en proposant dans son ballet une orgie de confiseries alors que le pays baignait dans un marasme de pauvreté et de chômage. Ich kann die Tragik unserer Zeit nicht ertragen. Ich möchte Freude machen. Ich brauche das.(Je ne peux pas supporter le tragique de notre époque, je veux donner de la joie, j’en ai besoin), aurait lancé Strauss à l’époque. Le ballet avait été fort mal reçu par la critique qui l’affubla du sobriquet de ‘Bal des Millionnaires’. Il faut dire qu’on ne se procurait alors des sucreries qu’au marché noir…
     
     Isabella Pirondi, Francesco Annarumma, Alessio Attanasio,
    Roberta Pisu (Pâtes de coing, Quittenwürstchen), Rita Barão Soares
    (Princesse Praliné), Giovanni Insaudo (Don Zuckero, Monsieur Sucre)
    Les temps ont bien changé et on ne doit pas s’attendre à de pareilles réactions dans l’opulente Munich contemporaine, où les supermarchés débordent  depuis plus d’un mois des sucreries les plus diverses en prévision des fêtes de fin d’année. La ballet nous invite à un véritable divertissement culinaire et entraîne le spectateur dans un monde de contes de fées, qui commence dans la cuisine d’un pâtissier. Dès que la clientèle des enfants s’en est allée, les sucreries et les boissons dont on les accompagne s’animent et deviennent un bataillon de personnages qui se mettent en marche sur des rythmes de valses et de polkas. On assiste à la danse des feuilles de thé et à celle du café, à la valse de la crème fouettée et à la danse des petites pralines et à celle des bonbons fulminants.
     
    A l’occasion cette année anniversaire du génial compositeur bavarois, né il y a 150 ans, Karl Alfred Schreiner nous offre sa vision de cette débauche de crème fouettée straussienne.
     

    Alors que Richard Strauss fait partie du panthéon des musiciens munichois, sa ville de naissance, son ballet Schlagobers n’y avait jamais été dansé depuis sa création viennoise en 1924. Il a donc fallu attendre 90 années pour que ce ballet emprunte la route qui va de Vienne à Munich, et, ultime ironie, ce sont deux Autrichiens qui l’y ont amené, le Superintendant du Theater-am-Gärtnerplatz, Joseph Köpplinger, et son chorégraphe Karl Alfred Schreiner. Le ballet se donne à la Reithalle, la grande salle de l’ancien manège.

     
    L’orchestre a été placé surélevé d’un étage en fond de scène, il est éclairé de trois lustres de critsal qui rappellent peut-être l’éclairage des élégants salons de thé viennois où les nantis venaient se régaler de pâtisseries et autres gourmandises. Un grand orchestre dirigé avec la légèreté amusée qui convient à ce morceau par Marco Comin. Et c’est déjà une des grandes découvertes de cette production de pouvoir découvrir cette musique de Strauss rarement exécutée. Un Strauss joyeux qui fait la nique à la morosité d’après-guerre avec ses rythmes de valses, de mazurkas et de polkas traduits dans le génie de son langage propre. On reconnaît dans cette musique “beaucoup de talent, un matériel intéressant, de curieuses trouvailles de rythmes et d’harmonies, un assortiment d’étoffes fines, moelleuses et brillantes, un papillotage de couleurs, une dépense continuelle d’invention et d’esprit.”*. Aux ‘étoffes’ de Romain Rolland, on devrait dans le cas de Schlagobers parler d’un assortissement de saveurs fines. le travail de l’orchestre et de son directeur est un des plaisirs gourmands de la soirée.
     
    Si Schlagobers n’avait jamais été monté, c’est peut-être que l’entreprise s’avère difficile. S’il s’agit d’un ballet narratif dont on peut imaginer l’histoire  facilement représentable par la danse, l’expression corporelle et le mime, son essence l’est sans doute moins. C’est que sous le récit rudimentaire d’un enfant qui se gorge de sucreries au point de devoir être emmené à l’hôpital, il s’agit de communiquer un mélange de goûts et des saveurs, et c’est à cet exercice périlleux que se sont essayés le chorégraphe et ses danseurs. Comment danser l’art pâtissier et son alchimie de saveurs? Pour y parvenir, Karl Alfred Schneidera fait partiellement l’impasse sur une représentation pâtissière traditionnelle où l’on verrait par exemple des chefs pâtissiers à toques blanches  habillés en gâteaux, et semble avoir opté  pour une réflexion plus conceptuelle, avec un travail d’associations d’idées qui ne sont pas nécessairement faciles à suivre, si on ne connaît pas au préalable le livret et qu’on n’a pas l’esprit freudien.
     
    La scène est quasi nue au départ du ballet, un simple muret l’encadre sur trois côtés, l’avant-scène restant libre. Sur la scène, un grand parallélépipède surmonté d’une rose figure un énorme gâteau avec sa décoration de massepain. A l’étage, devant l’orchestre, quelques tables rondes et quelques chaises font office de salon de dégustation. La tante (Marta Jaén) emmène son neveu (Javier Ubell), en culottes courtes à bretelles, au salon de thé.  Le livret initial décrit comme point du départ du ballet l’expédition d’un groupe d’enfants, candidats à la Confirmation, se rendant sur le Prater où leurs parrains leur offrent une promenade en fiacre. Leur excursion se termine dans la boutique d’un pâtissier où les enfants sont autorisés à se gaver de gâteaux à la crème. La réduction à deux personnages reste fort parallèle à l’action du libretto, et la personnalise davantage, ce qui se révèle efficace. Les décors de Kaspar Glarner et Marco Brehme sont essentiellement constitués de parallélépipèdes mobiles géants, aux dessus glacés, et dont les côtés évoquent les couches de bavarois (chocolat, moka, pistaches et fruits divers). Les danseurs s’y pourront ou alanguir. Les danseurs de massepain, de brioche ou de pain d’épice sont costumés en grooms aux uniformes parme ou bordeau et en serviteurs de grands hôtels, les danseuses ont des robes assorties aux tenues des grooms. On peut supposer qu’on a voulu là représenter la panoplie des goûts et des saveurs qui entrent dans la composition des délices pâtissiers. Karl Alfred Schreiner crée de beaux ensembles de quatre ou cinq danseurs qui s’agrippent les uns les autres pour former des ensembles qui se meuvent en des mouvements à l’harmonie disloquée qui expriment peut-être les combinaisons  des saveurs, ou, lorsque ces groupes enserrent le neveu, l’action de ces aliments trop riches sur le corps trop avide de l’enfant. On ne reconnaît pas toujours les personnages voulus par Strauss, mais l’atmosphère générale d’une pâtisserie ensorcelée dont les gâteaux se sont animés est bien rendue, ainsi que la détérioration de l’état de santé de l’enfant de plus en plus intoxiqué par l’absorption massive de sucreries. On vit de beaux moments de danse et de pantomime, comme cette danse des pralines dans leurs coupelles de papier d’où sortent des danseuses pralinées qui suggèrent parfois la complexité de leurs compositions par des caresses érotiques, sans doute les premières pralines lesbiennes de l’histoire de la danse. La fin du premier acte est de plus en plus chaotique, les grands gâteaux rectangulaires, les biscuits surdimensionnés et les danseurs s’entrechoquent pour le final de cette catastrophe gastronomique programmée. L’enfant est malade d’indigestion et doit être transporté à l’hôpital.

    A cette première partie de plus en plus animée succède une seconde partie plus calme et analytique, avec une chorégraphie souvent plus statique. On est transposé en milieu hospitalier, avec ses grandes lampes à réflecteurs blanches et son personnel médical qui communique anamnèse et diagnostic par le truchement de gestes saccadés. L’enfant passera par les délires de la maladie et développe d’étranges visions de dédoublement avec des effets miroirs puis de démultiplication. La scène se peuple alors de danseurs dont les vêtements et les coiffures reproduisent ceux de l’enfant. La tante se transforme en une figure léonine à la coiffure en forme d’énorme crinière. Au final, des machines placées sur le muret du fond de scène vomissent des flots de mousse qui envahissent progressivement tout le carré de la scène, et le spectacle se termine par une gigantesque mousse-partie. Des danseurs tout de blanc vêtus et l’enfant plongent, se vautrent et disparaissent dans les flots blancs d’une immense chantilly. Un couple de peut-être mariés exécutent un pas de valse sur les bords du muret qui encadre un océan de crème fouettée, l’autrichienne Schlagobers. 

     
    Représentations les 14, 16, 17, 19, 20 et 21 décembre. Réservations en ligne: cliquer ici, puis sur la date souhaitée.
     
    Post de présentation sur le sujet: cliquer ici
     
    Crédit photographique: Marie-Laure Briane
     

    Hattrick, un foot-ballet à la Reithalle de Munich

    Quand la passion de la danse rencontre la passion du football…


    Le Theater-am-Gärtnerplatz présente du 7 au 14 mars à la Reithalle de Munich Hattrick, un triple ballet dans lequel trois chorégraphes se sont inspirés du plus populaire des sports pour créer leurs chorégraphies: „A Dance Tribute to the Art of Football“ de Jo Strømgren, „Cry Boy“ de Marco Goecke et „Versus Standard“ de Jacopo Godani.

    HATTRICK »A Dance Tribute to the Art of Football«: Ensemble
    © Marie-Laure Briane
     
     
    Les Allemands ont la passion du foot et le coeur de Munich bat souvent au rythme des victoires de son club favori, le FC Bayern München, sans parler de la fièvre qui s´empare de la ville comme de tout le pays au moment des championnats mondiaux de football. Lors d´une rencontre, le nombre de buts marqués importe moins que l´intéret pour le jeu en lui-même et pour l´aspect théâtral et dramatique qu´il peut revêtir. Les joueurs sont entraînés pour devenir des héros populaires. Leur rapidité, leur agilité, la concentration de leur force et leurs corps d´acier contribuent à faire du football un sport éminemment physique. Leurs mouvements sont tantôt très souples au moment des passes, tantôt d´une rapidité fulgurante et parfois concentrés sur l´objectif à atteindre dans un jeu que contribuent à chorégrapher leurs adversaires et les arbitres.
     
    Jo Strømgren, Marco Goecke et Jacopo Godani se sont intéressés au foot et à la manière dont les corps y sont poussés à la limite de leurs possibilités physiques.  Le corps du footballeur devient mythique et est perçu comme un symbole de puissance, de pouvoir et de force. Les mouvements sont minutieusement disséqués  et traduits dans le contexte de la danse, en montrant comment toute cette machinerie fonctionne: le football est transposé dans le mouvement de la danse, et, comme en miroir, la danse devient un implacable sport de compétition. 

    Danse et football: le triple coup de chapeau (Hattrick) du Gärtnerplatztheater

     
    Le coup du chapeau (en anglais : hat-trick) est un terme sportif d’origine anglophone associé à trois actions décisives faites par le même pratiquant au cours d’un unique événement sportif. L´expression vient du monde du cricket: elle entra en usage après qu´un célèbre joueur de cricket, HH Stephenson ,réussit à faire tomber trois guichets (ce qui élimine le batteur) en trois lancers consécutifs lors d’une partie du 11 anglais contre les 22 de Hallam au Hyde Park Ground à Sheffield en 1858. Pour marquer l’événement, une quête fut effectuée en son honneur comme il était alors d’usage pour les joueurs qui venaient de réaliser un exploit exceptionnel, et H.H. Stephenson se vit remettre un couvre-chef acheté avec l’argent ainsi récolté. Au football, on parle d´un coup de chapeau lorsque un footballeur parvient à marquer trois buts au cours d´une partie, un triplé, mais ce triplé n’est coup du chapeau que lorsqu’il s’agit de trois buts consécutifs, sans qu’un joueur adverse ni un coéquipier n’ait marqué entre-temps. En Allemagne, lors de la rencontre du 25 avril 1984 entre le FC Bayern et Eintracht Braunschweig, le footballeur Dieter Hoeneß marqua cinq buts consécutifs pour le Bayern de Munich, ce qui constitue encore aujourd´hui le record allemand en la matière.
     
    De manière plus informelle, on parle d´un coup de chapeau lorsqu´un joueur réussit un coup de maître dans sa discipline.
     
    Et dans le monde du ballet, le Theater-am-Gärtnerplatz vient de réussir un hattrick, un magnifique triplé, en invitant trois chorégraphes à réaliser chacun un ballet dans lequel il interprète le monde du football, des ballets d´une conception et d´une interprétation telles qu´ils ont tous remporté le titre de champion décerné par un public délirant d´enthousiasme et de reconnaissance. Coup de chapeau et chapeau bas pour ces chorégraphes et ces danseurs d´exception qui ont livré un tel spectacle, et pour le théâtre qui en a eu l´idée et en a permis la réalisation. Un triplé consécutif et réussi!
     
    Chacun des chorégraphes, Jo Strømgren, Jacopo Godani et Marco Goecke, a librement transposé sa vision du monde du football dans le langage de la danse.
     
     
    Après y avoir créé  Arsenic – a rococo thriller au Théâtre Cuvilliés en mars 2014, le Norvégien Jo Strømgren revient à Munich avec un deuxième spectacle, A Dance tribute to the Art of football,  pour lequel il a également conçu le décor et les éclairages. Un décor de scène simplifié et entièrement noir, du plancher aux glissières des coulisses et au rideau de fond de scène. Sur le plancher les lignes délimitant le terrain de foot viennent d´être tracées à la chaux, la brouette contenant la chaux est encore renversée sur la droite en avant-scène. Deux fanions rouges sont eux aussi renversés au bord du terrain, quelques plantes basses l´entourent. Le décor n´est là que pour le symbole, c´est le langage des corps qui importe. Le travail de Strømgren déconstruit souvent avec beaucoup d´humour les barrières stéréotypées entre le football conçu comme un phénomène de masse et le ballet considéré comme une forme d´art distinguée. Jo Strømgren réfléchit sur ces deux  formes de divertissement et cherche à en dégager  les similitudes et les différences: les exigences de l´effort physique, le triomphe et la défaite, les rituels sur le terrain et dans les vestiaires, mais aussi les fantasmes souvent non avoués, tabouisés, que tout cela suscite dans le public ou chez les proches des joueurs, comme la promiscuité dans les vestiaires et les fantaisies homoérotiques, et le dégoût que d´aucun.e.s peuvent en avoir. Le monde du football est directement évoqué dans cette première partie du spectacle par les costumes des danseurs et la présence d´un ballon de foot manipulé au bout d´une tige par un actionniste qu´on ne voit pas, mais qui est d´une précision géniale dans sa manipulation du ballon qui doit rencontrer au bon moment et au bon endroit la tête ou le pied des danseurs qui sont supposé se le passer. Les mouvements du foot sont décortiqués par les danseurs avec une interprétation chorégraphée des jeux de passe, jeux de pieds ou jeux de têtes, qui sont coordonnés avec une précision millimétrée. Plus tard, le chorégraphe crée une série de tableaux où il met en place les danseurs statufiés en plein mouvement autour d´un ballon fictif cette fois. Le ballet se déroule sur des musiques de Flugschädel auxquelles viennent se mêler des extraits d´opéras de Giordano et Donizetti. Tout cela donne une oeuvre qui procède d´une analyse à la fois lucide et ludique dans une mise en forme fascinante exécutée par les excellents danseurs et les danseuses de la troupe du Theater-am-Gärtnerplatz.
     
    Le travail de Jo Strømgren est sans doute la chorégraphie la plus explicite du spectacle car les référents au monde du ballon rond y sont visibles et clairement reconnaissables dans les mouvements des danseurs. Ces référents directs disparaissent dans les deux chorégraphies suivantes, à l´exception peut-être les maillots de corps de la dernière partie du spectacle.
     
    Marco Goecke, chorégraphe résident du Ballet de Stuttgart depuis 2007, a lui aussi déjà collaboré avec le Gärtnerplatzzheater en 2014 pour le spectacle de danse Minute Maid. Il y revient à présent pour y présenter sa chorégraphie d´un extraordinaire numéro de danse solo intitulé Cry Boy.  Cry Boy est le résultat d´une réflexion sur le monde intérieur du footballeur, sur sa face cachée, son émotionnalité. Le football est un monde masculin dans lequel, dit-on, c´est bien connu, les hommes ne pleurent pas, et surtout pas les joueurs de haut niveau, qui sont des “role models”, des figures d´identification, des idoles ou des héros aux yeux du public. Ils sont soumis à quantité de pressions avec obligation de performances et de résultats sportifs. Ils doivent réprimer leurs angoisses, les corseter dans leurs corps d´acier, il leur faut ravaler leurs sanglots. Vae victis! Cette dualité et l´extrême tension qui en résulte sont ici exprimées par le travail du danseur sur des musiques de The Cure. Lors de la première on a pu apprécier l´excellentissime Javier Ubell, un danseur de formation américaine qui est membre de la troupe munichoise depuis la saison 2013/2014, et qui interprète en virtuose ce rôle qui exige une rapidité et une agilité extrêmes des mouvements.
     
     
    Après l´entracte, Jacopo Godani, un chorégraphe qui reprendra la direction artistique de la Forsythe Company à Francfort dès la saison prochaine, une compagnie où il fut lui-même soliste,  propose Versus Standard, une chorégraphie pour six danseurs et danseuses, dans laquelle il livre les résultats de ses recherches sur les structures et les éléments des sports d´équipe, sur une musique originale, spécialement créée pour ce ballet par 48Nord. Le football est un sport qui suppose un esprit d´équipe parfait, un rapport constant aux autres joueurs. C´est aussi un sport de l´imprévisible où il s´agit d´accommoder instantanément à la réalité du terrain les stratégies mises en place lors de l ´entrainement. L´improvisation et une concentration constante tant sur son propre jeu que sur celui des autres sont nécessaires. Dans la chorégraphie de Godani, cela se traduit par des mouvements de groupe exprimant les positions et les formations avec des points d´équilibre rompus alors qu´ils sont à peine atteints, dans un langage chorégraphique inventif mais qui fait aussi appel à l´expression classique, comme lors d´un extraordinaire pas de deux d´une beauté à couper le souffle. Pour son ballet, Godani a supprimé le rideau de fond de scène; alors que le public rentre dans la salle, il voit des danseurs et des danseuses en train de s´échauffer comme le feraient des joueurs avant un match de foot.
     
    Hattrick, trois fois chapeau bas pour ce nouveau succès du Theater-am-Gärtnerplatz, un des meilleurs spectacles de la saison munichoise. A ne pas manquer! 
     
    Du 7 au 14 mars (relâche le lundi 9 mars) à la Reithalle. Réservations cliquer ici puis sur la date choisie. Il reste de la place pour toutes les représentations!
     
    Crédit photographique: Marie-Laure Briane

 
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A propos de l'auteur

Luc Le Belge est expatrié à Munich, en Bavière et vous fait découvrir la belle ville de Munich aux multiples attraits et à l’actualité culturelle très dense, mais aussi la société bavaroise, qui est si particulière en Allemagne… Un Belge à Munich : le blog

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