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Base aérienne de Željava, l’ancienne plus grande base militaire yougoslave en Bosnie

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Pour les amateurs d’urbex (exploration urbaine ou de sites abandonnés), l’ancienne Yougoslavie et notamment la Bosnie Herzégovine devrait être une source d’inspiration. En effet, la découverte de la base aérienne de Željava aux environs de Bihac, sur la frontière croato-bosnienne, est vraiment assez improbable et pourtant riche d’enseignements sur ce que fut le système défensif yougoslave jusqu’à l’éclatement de la fédération.

Base aérienne  Željava Bihac, une base enterrée dans la montagne

La base militaire de Željava est l’un de ces sites underground, au propre comme au figuré, que les voyageurs curieux et osons le dire audacieux, doivent repérer près du village de Vedro Polje à la frontière de la Croatie et de la Bosnie en Krajina, dans la région de Bihac. Il s’agit simplement de l’ancienne plus grande base aérienne de l’armée yougoslave construite à partir de 1957 sous le nom de code “Objektav 505”. Željava est aussi la base souterraine la plus grande d’Europe. Sa particularité est en effet d’être une base enterrée, sous le mont Gornja Plješevica (1648 mètres). Elle a été construite sous le massif Plješevica qui culmine à Ozeblin à 1657 m et s’étire entre le mont Velebit en Croatie  et Mala Kapela, le champs de Krbava et la rivière Una dont le tracé a façonné un chemin à travers un canyon.  

Licka Pljesivica en Bosnie Herzégovine vue depuis Gola Pljesivica

 

Constituée de 5 pistes, d’une entrée aménagée à flanc de montagne, de 4 galeries dont la hauteur atteignait 8 mètres et 20 mètres de largeur, elle fut pensée pour résister aux attaques nucléaires et à une guerre totale pendant la guerre froide et imaginée sur le plan stratégique en s’inspirant d’un modèle de base suédoise.

Sa localisation suffisamment éloignée des frontières extérieures de la Yougoslavie fut retenue pour parer aux tentatives d’invasions étrangères, même si ironiquement, cette base fut désertée par les soldats croates en 1991 à l’approche de la guerre Croatie / Serbie qui constituèrent leur propre armée aérienne. La construction de la base sur une longueur de 3,5 km fut achevée en 1965 dans le plus grand secret après quelques 6 milliards de dollars de travaux, mais elle ne servit qu’à partir de 1968 quand une crise en Tchécoslovaquie fit craindre la contagion en Yougoslavie. La base est aujourd’hui à l’abandon. On peut toujours observer le système de radar avec une portée de 400 km installé au sommet du massif de Plješevica. Inutile de préciser que le site est dangereux puisqu’il fut saboté en 1992, puis conquis par un corps d’armée bosnien, avant d’être miné.

zeljava base aerienne yougoslave

 

Visiter Željava ; une expérience de l’étrange

Parfois les voyages réservent des expériences inattendues et osons le dire interdites… Les Balkans sont pour moi un terrain de choix et ont produit des souvenirs déconcertants et abouti à l’exploration de lieux à l’abandon qui remuent d’autant plus les tripes! Bien que je ne sois pas spécialement en quêtes de sensations fortes ni de tourisme underground, une rencontre avec un ancien militaire dans la région de Plitvice m’a fait glisser dans la peau d’une aventurière curieuse mais pas toujours consciente et m’a permis de découvrir la base aérienne de Željava Bihac … 

Quand nous entrons par l’accès le plus évident correspondant à l’une des pistes aériennes, un frisson s’empare de nous, d’autant que nous réalisons une telle expérience pour la première fois de notre vie et malgré la confiance que nous portons à notre accompagnateur, nous n’en menons pas large. Cette sensation étrange est à la fois liée au silence ahurissant, à l’aspect désertique et quelque peu hostile et l’atmosphère fantomatique et irréelle de la base elle-même et des alentours. A l’extérieur, la nature a repris ses droits depuis longtemps, les branchages et les herbes folles s’animent et les végétations envahissent de plus en plus les pistes et le tunnel, allant jusqu’à cacher une partie des accès. Des champignons colonisent les sols comme si de rien était. En s’enfonçant dans le tunnel, l’angoisse est bien plus forte encore et on prend de mieux en mieux la mesure de ce que suscite dans le corps comme dans l’imaginaire ce genre d’expédition urbex.

Le silence funeste au coeur de Željava n’est perturbé que par le seul bruit de nos pas incertains et surtout des gouttes d’eau des infiltrations qui en cadence accentuent leur clapotis au fur et à mesure que les respirations sont lourdes et que l’oppression s’installe en nous … En levant les yeux, nous apercevons des parois glauques sur lesquelles quelques soldats ou visiteurs depuis la fin de la guerre de Bosnie, ont laissé traces de leurs passages. L’obscurité pesante renforce mon sentiment d’anxiété à l’idée de ne pas savoir ce qui nous attend à chaque nouveau pas. Tout ici est dégradé et mortifère : le sol est jonché de gros blocs de béton, de fils, des tuyaux, de tas de bois, d’appareils divers en partie détruits. Tout au long du chemin, notre regard est capté par un quelconque objet ou des matériels à l’abandon depuis si longtemps que le temps a opéré son irrémédiable travail de sape. Nous croisons même plusieurs carcasses d’animaux, chiens ou renards, qui se sont aventurés dans les lieux et y ont péri. Mon corps malhabile est parcouru d’un violent frisson et je peine à réprimer un cri..

Plus nous avançons dans les entrailles de Željava avec une incertitude croissante sur ce qui nous attend, plus nous tombons sur des armes abandonnées, des munitions non explosées, nous découvrons des véhicules calcinés dont les carrosseries rouillées rappellent que ce lieu a été saboté en 1992 et a été détruit à l’aide de 56 tonnes d’explosifs  … Des produits chimiques se seraient répandus à cette occasion et continueraient à polluer la base, même si nous ne pouvons qu’imaginer la dangerosité de l’air que nous respirons, un peu à l’instar du visiteur qui parcourt la zone interdite de Tchernobyl et subit la radioactivité sans la voir ni la sentir.

Le clou de la visite, ce sont les mig-21 qui stagnent dans la base. Certains ressemblent à des épaves d’un autre temps, tandis que d’autres restent relativement bien conservés. Nous prenons conscience que nous voyons et éprouvons quelque chose que peu de voyageurs ont vu dans leur vie. Ce n’est plus tant ce qu’on voit sous nos yeux qui nous interroge que ce qu’on devine du passé et de cette période où la base aérienne faisait la fierté de la Yougoslavie et incarnait une volonté de grandeur et de préservation de la confédération.

base aerienne de zeljava

Découvrir Željava en pratique 


Vous l’aurez compris, au-delà de l’aspect peu banal du site, il est nécessaire de prendre quelques précautions évidentes en pratique mais auxquelles on ne pense pas toujours.

Le site, en raison de sa nature souterraine, s’apparente presque à une grotte où la température ambiante est stable mais rarement plus élevée que 10 ou 12°C. Pensez donc à vous munir de vêtements chauds, souples et permettant des mouvements faciles. Prévoyez des chaussures de randonnées, car le parcours dans la base est  assez délicat et glissant par moment, dans les zones très humides.

Évoluer dans Željava suppose de ne pas craindre l’obscurité presque complète dans la plupart des cas. Soyez précautionneux quant à votre matériel d’exploration, surtout si vous n’êtes pas habitué au tourisme underground. Vous devrez emporter au moins deux lampes torche puissantes ou des batteries/piles de recharge. Vous imaginez aussi que rarement les réseaux classiques de téléphone mobile fonctionnent ! Donc ne partez pas à l’aventure sans informer quelqu’un de votre destination.

Cela peut paraître étrange, mais ce sont peut-être les environs qui sont les plus risqués en raison des mines. Ce ne sot pas des messages alarmistes pour créer la peur, les mines sont une réalité, d’autant que toutes les zones ne sont pas forcément encore bien signalées !

Pénétrer sans autorisation dans des lieux interdits au public ou des sites militaires même abandonnés est en soi une expérience assez rare. Mais même si votre audace ne vous pousse pas jusqu’à entrer et explorer les restes de la base souterraine, approcher d’un tel site a quelque chose d’excitant, qui ne doit pas faire ignorer la réalité des dangers encourus.

Comment accéder à la base de Zeljava?

Il est peu probable que si vous entrez Zeljava dans votre GPS, il vous livre une réponse précise.

Prenez comme repère le parc national de Plitvice Plitvicka jezera. En venant du sud, suivez la direction de Prijeboj. Depuis Prijeboj, prenez la direction de Licko Petrovo selo et prenez la route vers Zeljava. Suivez les panneaux indiquant la zone militaire.

Si vous venez du nord, tournez à droite vers Bihac à Grabovac et suivez la route en direction de Licko Petrovo Selo.

picto attentionLa base militaire de Željava demeure un site très dangereux!  N’y allez qu’en compagnie d’un guide expérimenté. Les environs de la base, bordant les frontières croates et bosniennes, ont été minés et partout on observe des panneaux le rappelant. De plus, la base de Željava est bourrée d’explosifs, de grenades, de munitions. Compte tenu de sa nature ultra sensible, on croise régulièrement des militaires croates et des policiers aux frontières (MUP) peu avenants qui surveillent et peuvent questionner sur la présence en ces lieux.

»En savoir plus sur la base aérienne de Zeljava (en anglais)

Vidéo de Zeljava d’hier à aujourd’hui

L’auteur de cet article et IDEOZ Voyages déclinent toute responsabilité par rapport aux choix de voyageurs de se rendre dans cette base.



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A propos de l'auteur

Voyageuse dès le berceau, je nourris un amour viscéral pour les pays d'Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (notamment l'Ex-Yougoslavie...). Dans ces terres, qui m'ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. J’essaie de me montrer curieuse de tout, de mettre de côté mes idées reçues, de découvrir les pays depuis les sites incontournables jusqu’aux plus inattendus, insolites ou traditionnels quitte à me perdre pour mieux me laisser surprendre. Je privilégie les rencontres, repas et hébergements chez les habitants, pour explorer les traditions, les cultures, l’histoire et les plaisirs culinaires typiques.J'essaie de faire d'Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation.   Me contacter par mail? En savoir plus sur moi et sur le projet IDEOZ Voyage...

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