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Introduction à la Ville

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Etre entre deux voyages, ce n’est pas cesser de voyager. On peut traîner ses regards en voisinage. Et se sentir étrangère même dans son monde. Elle vient de se noyer dans un sale virus qui l’a tenue, quatre jours durant, au fond du lit, enfiévrée, suante, étonnée d’avoir accueilli un moment malade alors que, vaniteuse, elle se gargarise de son excellente santé. Comme quoi, la vie rappelle à l’ordre les fanfaronnes.

 
Parce qu’elle a côtoyé d’autres ciels, le sien, celui dont elle avait l’habitude, lui paraît désormais inconnu. Est-il possible que l’entendement s’ouvre quand l’œil se pose sur d’autres horizons ?
Dans ses nuits agitées, il y avait des mots qui brassaient, elle a transpiré ses souvenirs, elle a secrété ses regrets, elle a exsudé ses remords. La voilà chancelante à trier ces photos qu’elle vole quand elle rentre du travail. Elle en aura des voyages à raconter, cette étrange étrangère, puisqu’au seuil de son quotidien, elle chipe les instantanés qui la font rire ou s’attendrir.
Parce qu’étrangère, toujours, elle s’est ressentie. N’appartenant à nul monde, désirant rencontrer le monde. Elle aurait aimé une de ces vies d’aventurière, partir sur les routes avec quelques crayons et du papier. Mais le talent du croqueur de saynètes n’était pas là, pas plus que le courage d’accepter l’insécurité. Alors, sa vie d’aventurière, elle se la construit dans son imagination, sur des pages blanches et derrière son écran.
Raconter sa ville, en touriste, en acceptant d’être étonnée… Pourquoi pas ? Ou encore raconter tous ces lieux que l’on croise, au hasard du boulot, au choix d’un week-end.
A partir d’un sourire posé sur le goudron ou contre un mur, on peut inventer des histoires surprenantes. Qui connaît celle du « pocheur mystérieux » ?

 

Le Tango des pigeons


Les villes et les pigeons, une histoire les lie. Quand il fait beau, traquer les pigeons dans la ville permet de jolies balades. Les places offrent ces espaces où les volatiles picorent les miettes tombées des cornets de glace. Ils dansent, les oiseaux, un tango, indifférents aux passants. Un pas de deux, de trois, sur les pavés, sous les frondaisons.
L’étrange étrangère aime à contempler les pigeons, leur œil rond, rougeoyant. Elle envie leur vol qui leur permet de planer au-dessus des cheminées. Ils se posent à un rebord et espionnent, à travers les voilages, la vie de ceux qui habitent la ville. Il y a sans doute des enfants qui jouent, des vieillards qui s’assoupissent dans un fauteuil avachi. Et puis il y a ceux qui s’aiment, dans l’après-midi du printemps, alors que le chèvrefeuille exhale son odeur sucrée.
La vie, la vraie vie, c’est d’aimer. Alors, en regardant danser les pigeons, la chorégraphie d’un alerte tango, l’étrange étrangère sent son cœur palpiter. Une pensée, pour un homme chéri, sautille, entrelace les entrechats des oiseaux messagers.

Allons z’à la campagne


A quelques encablures de son appartement en ville, l’étrange étrangère traîne ses baskets, parfois, les jours de soleil, au bord d’un lac qui ne doit son existence qu’à un barrage.
 
Il y eut un temps où un village nichait au fond de la vallée et sous les eaux tranquilles, doivent dormir des maisons, une église, de petites rues, ce qui fut la boulangerie ou l’école élémentaire. Mais qui imaginerait que ce lac n’est que le rêve des hommes. Il a tellement l’allure d’être vrai, d’avoir toujours clapoté sur les rives rocheuses des collines.
 
Alors, dans la chaleur d’un après midi de printemps, parcourir les chemins tracés, en suivant les courbes de l’eau, devient un moment d’une absolue sérénité. Il suffit de s’éloigner de la plage, où barbotent les enfants où s’alignent les cahutes qui offrent une boisson, une glace.

 

La paix se trouble d’un clapotis, du chant d’un oiseau, du bruissement du vent dans les arbres. La lumière se perd au dédale des feuillages, à ce moment là de l’année où les verts sont pléthores au point que l’œil s’épuise à les distinguer.
 
Comme un cadeau, un arbuste à peine fleuri, troue de son rouge profond les frondaisons. Sont-ce les chagrins des fantômes restés dans la vase, au fond du lac qui, à la renaissance de la nature, chantent qu’il ne faut pas les oublier ? Ils accrochent alors une larme de garance tout au bout d’un rameau.
 
Et de vieilles charmilles s’admirent à la surface lisse, qu’un frisottis trouble à peine. Les troncs torturés sont les sculptures qu’offre la balade. L’étrangère traque des détails insignifiants : l’entaille qui défigure la hampe d’un bouleau, la fracture qui écorche la roche ; le taillis courbé par un blizzard d’hiver.
 
Et puis, dans ce silence habité, il y a toujours un rapace qui tourne, tout là-haut, dans l’azur, à l’affût d’un mulot.
 

Quelques mots comme ça


Au printemps, des brassées de fleurs colorent la ville. Les jardins s’habillent des corolles dressées qui murmurent que les jours grignotent la nuit, que la chaleur chasse les gelées matinales. Bien sûr, il y aura encore des pluies. Parfois le matin sera frisquet, illuminé de bleu, mais grelottant.
L’étrangère vole le frémissement des jonquilles qui dodelinent. Elle contemple les tulipes en parterre où se mélangent les jaunes et les rouges, qui se piquent de blancs.
 
 
Mais ce sont les pensées qui l’émeuvent le plus, discrètes, qu’il faut traquer entre deux buissons. Ces pensées, qu’elle sème en marchant et qui vivent, le temps d’une larme ou d’un sourire.
 
 

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