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La Sainte

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La Sainte avait un métier sur Terre, une carrière brillante même. Un jour on a proposé à Gaston un poste d’expatrié. Enchantée que le faible coût de la vie sur l’autre planète et les clauses du contrat de Gaston lui permettent comme elle en rêvait d’arrêter de courir toute la journée et de se dévouer enfin totalement à ses rôles d’épouse et de mère, elle a tout planté pour déménager sa tribu sur Vénus, puis Mercure deux ans plus tard et aujourd’hui Mars.


Chaque fois, c’est la même musique : langue, horaires, habitudes alimentaires, climat, calendrier scolaire, etc. il faut tout réapprendre. Elle devient experte dans l’art de l’emballage-déballage express et une championne de l’adaptation, vu que les boîtes de relocation payées par la boîte promettent monts et merveilles et se montrent incapables de les fournir.

Une fois installée sur Mars, les heures s’écoulent parfois lentement quand les Chérubins sont à l’école et Gaston au bureau, alors elle s’inscrit à un cours de peinture sur soie ou bien elle rejoint d’autres Saintes qui vont enseigner le Terrien en prison ; ou alors elle devient présidente du club Bienvenue sur Mars. Qu’elle soit l’organisatrice en chef du catéchisme en Terrien ou qu’elle gagne trois cacahuètes à donner un coup de main à la librairie terrienne, d’aucuns y voient la preuve qu’elle mène une vie de Princesse désœuvrée. Alors les services qu’elle rend à ceux qui eux, travaillent dur, ne suffisent jamais. « Vous n’avez qu’à prendre tous les enfants à la sortie de l’école et les faire jouer en attendant… »

Un samedi matin d’hiver, seule avec les Chérubins dans les pattes, et préparant à déjeuner pour Gaston et deux collègues de passage qu’il a invités, la Sainte se retrouve à éponger le sous-sol inondé parce que le proprio remet depuis un an l’achat et la pose d’une babiole de deux sous. Lorsqu’enfin il ose se pointer et règle le problème en dix minutes, elle se montre délibérément odieuse. Elle en a ras-le-bol d’être la victime des conflits entre le proprio qui exige un loyer astronomique et la boîte qui paie en retard tous les mois. Encore un qui dira que décidément ces Princesses terriennes ne sont que des hystériques !

Elle n’est plus que la maman des Chérubins et la femme de M. Gaston, elle qui a rencontré son homme sur les bancs de la Grande Ecole et qui le devançait dans le classement de sortie. Elle se lève à 6h tous les matins pour tenir compagnie à Gaston qui part à l’usine aux aurores, sans recevoir en contrepartie de bulletin de salaire plein de zéros en fin de mois.

Elle est capable de se contenter d’être fière par procuration des promotions successives de Gaston qui se donne à fond, vu qu’il est libéré de tout souci domestique, comme des bons bulletins scolaires des Chérubins. A condition que de temps en temps on lui dise merci. Alors quand une année Gaston et les Chérubins ont oublié son anniversaire, elle en a pleuré pendant trois jours.

Ce que la Sainte redoute le plus, c’est le jour où il faudra rentrer sur Terre et retrouver un emploi « normal ». Elle aura beau avoir appris quatre langues, et pratiquer avec sa tribu – comme Monsieur Jourdain la prose – la communication émotionnelle et le coaching de vie sans avoir jamais suivi de séminaire au nom ronflant, on lui fera comprendre qu’une Princesse n’a rien à faire dans cette boîte.

Elle se console en pensant au jour où, de son nid, s’élanceront dans la vie plusieurs grands jeunes gens sains de corps et d’esprit, citoyens du monde multilingues et prêts à se rendre utiles à leurs semblables. Rien que pour ça, elle trouve que sa vie vaut le coup d’être vécue. Et malgré tout ce qui précède, elle ne donnerait sa place pour rien au monde.

Je dédie ce billet à toutes les Saintes, mes sœurs, mes compagnes, les Femmes d’Expat.

La gratuité est présente dans la vie de l’homme sous de multiples formes qui, souvent, ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste. (Benoît XVI)

Quand je disais que nous étions des Saintes ! (voir ici )

La dernière petite phrase assassine en date : “Ah ! l’emploi du temps surchargé des femmes au foyer…”

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A propos de l'auteur

Pour moi qui n’ai pas choisi le pays où je vis, ni celui où je vivais avant, l’expatriation s’apparente à un mariage de raison. Aucun coup de foudre n’a entraîné cette cohabitation. J’ai signé, sans connaître, et je n’ai d’autre possibilité que de m’adapter. Ou bien ma vie serait un enfer.On finit donc par se sentir chez soi, certains aspects sont plus faciles à vivre que d’autres, mais on s’attache toujours au pays et à ses habitants et lorsqu’on le quitte, on y laisse forcément un peu de soi-même. Mais on ne critique bien que ce qu’on aime, et je ne pourrais rire des petits défauts des Argentins si je n’avais développé pour eux, leur pays et leur langue, une profonde affection. ______________________________________________________________________________________________________________________ Le blog d'Anne

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